Brutus Vs César


Brutus Vs César
2020
Kheiron

Censée être l’une des « grosses » comédies de l’été, le film s’est fait assez discret, avant de finalement annoncer son rachat par Amazon pour une diffusion sur leur service de streaming. Le géant américain de la vente en ligne n’en est pas à son coup d’essai puisque en plus de blockbusters américains comme Bloodshot, leur service de streaming propose de temps en temps quelques exclusivités françaises. Si le contexte actuel reste mondialement catastrophique (sur le plan économique bien sur, l’incident étant sanitairement risible), en France le cinéma se porte relativement bien, enfin dans la mesure où très peu de films sont disponibles et que de fait leurs résultats sont corrects, voir inespérés (par exemple les Blagues de Toto qui va atteindre le million d’entrée alors qu’il aurait dû mourir noyé sous les blockbusters estivaux). Voir le film sortir sur une plateforme de streaming était donc peu rassurant, et face à une contre-omerta quasi sans précédent, assassinant le film comme on ne voit que très rarement, je voulais voir ça de mes propres yeux.

Ne se déroulant pas durant l’antiquité comme en attestent le casting et les rencontres anachroniques, le film ne raconte pas non plus l’histoire de Brutus et César, qui par définition ne peuvent ni être lesdits personnages ni liés par le sang, du moins pas père et fils, mais nous y reviendront plus tard. Nous suivons donc « Brutus » (Kheiron), fils illégitime (?) de Jules César (Ramzy Bedia), qui sera choisi par deux sénateurs (Gérard Darmon et Thierry Lhermitte) pour fomenter l’assassinat de son père, peu à peu devenu un tyran ingérable. Mais c’est une tanche, donc c’est mort et fin de l’histoire.

Au secours. Dès la première scène, on le sait : ça va être de la merde, mais on ne se rend pas encore compte d’à quel point. On y voit Brutus faire un spectacle de marionnette, et tout le ressort comique est qu’il doit expliquer que si il est là, c’est que l’empereur a fait crac crac avec une femme. Mon dieu que c’est drôle de parler de parler sexe avec un petit garçon… Non, c’est juste glauque et malsaisant ! S’en suit une surenchère de castings ratés, notamment les deux protagonistes principaux, hors sujet d’un point de vue ethnique (c’est malheureusement le soucis quand on prend des bases historiques, on doit respecter des vérités historiques), mais surtout invraisemblables au niveau de l’âge. Onze ans d’écart, c’est ce qui sépare deux frères, deux amants, mais nullement un père et son fils ! La preuve, Kheiron a plus d’écart avec sa partenaire d’amour à l’écran que avec son père. Encore, l’âge reste subjectif et on s’en fout un peu, de même moderniser le langage, admettons, mais mettre aux forceps un casting cosmopolite où la gaule n’a pratiquement aucun caucasien, où une femme noire est bras droit de l’empereur de Rome, où Spartacus est gros, tatoué, et surtout encore là 30 ans après sa propre mort, d’un point de vue historique absolument tous les choix du film sont une aberration absolue. Et en étant à ce point incohérent, le film nous sort constamment et nous oblige à avoir des réflexions racistes, machistes et grossophobes, prouvant qu’il échoue sur tous ces points et se montre donc néfaste à sa propre cause. Pour enterrer le clou, tous les autres points sont un enfer : les décors sont risibles (même une production télé aurait plus de gueule), l’humour se vautre constamment, aucun changement de ton (romantique, solennel ou épique) ne fonctionne et le film ne va même pas au bout de sa propre histoire, comme teasant une suite ridicule qui n’arrivera jamais. Il suffit de voir Pierre Richard imiter le coït pour se rendre compte du niveau de décrépitude général, explorant les bas fonds des pires navets de l’histoire. Au moins le calvaire ne dépassera pas les 80 minutes générique compris, mais le masochisme a ses limites.

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