Nomadland


Nomadland
2021
Chloé Zhao

Dans cette morne période où des milliers de films ont été décalés, sacrifiés sur des plateformes ou directement dans les bacs, voir carrément annulés puisque la pandémie a drastiquement fait grimper les coûts de tournage, la dernière cérémonie des Oscars fut encore plus endeuillée que la précédente, notamment à l’international et particulièrement en dictature française où l’entièreté de la sélection était composée de films inconnus au bataillon, pas encore sorti en salle, ce qui tendait à rendre l’engouement inexistant. Aux Etats-Unis le bilan n’était pas bien meilleur : les salles restaient pour la plupart fermées ou rouvraient timidement, et c’est surtout les zones propices aux films d’auteur (Los Angeles, New-York) qui subissaient de plein fouet la politique de gestion du Covid. Après avoir fait des scores dérisoires à domicile, surtout que disponible sur Hulu, le film pourtant lauréat de trois Oscars, meilleure actrice, meilleure réalisatrice et surtout meilleur film, vient donc de débarquer chez nous dans une indifférence inédite.

Entre un système de retraite punitif, des salaires de misère, des zones abandonnées ou simplement l’envie de voyager, nombreux sont les américains à choisir, par envie ou dépit, le mode de vie nomade, vivant dans des campings car pour les plus riches, ou dans de simples camionnettes faisant péniblement office de maison pour d’autres. Le film sera centré autour de Fern (Frances McDormand), veuve qui a dû partir de chez elle, faute d’un unique employeur faisant vivre toute la région, mais qui a fermé son usine. Vagabondant de petit boulot en petit boulot, elle sillonnera le pays dans son van.

Voilà qui devrait ravir tous ceux qui se désolent de voir le cinéma français se vautrer dans la misère humaine : voici la version américaine en pire. C’est un concours du plus gros crève-la-faim quasi SDF, où chacun a perdu son travail, ses amis, sa famille, voir tout ça à la fois à grand renfort de cancers, suicides et autres joyeusetés. Ah c’est terrible, il faut dénoncer les injustices, la misère humaine, l’esclavagisme des grandes entreprises ! Ah mais ils sont heureux de voyager comme ça ? Ah mais Amazone en fait c’est un super employeur ? Mais genre tout ça c’est uniquement par choix ? Mais donc le film dénonce quoi ? Rien. Dans quel but ? Aucun, si ce n’est donner la parole à ces gens-là, d’autant que le film a réellement prit des gens de la route pour s’incarner eux-mêmes. Pour ma part la démarche est veine, ou alors ratée puisqu’à aucun moment on ne se dit que c’est un choix valable, d’autant plus avec le personnage de Dave. Le fusil de Tchékhov sur la vaisselle, qu’on voit venir à des kilomètres, montre de toute façon la pauvreté de l’écriture du film. Donc non seulement le film ne raconte pas grand chose, est maladroit et plutôt dangereux dans un climat aussi morose que celui actuel, mais en plus son message est à l’opposé de ce qu’il voudrait être. Et qu’en est-il de la réalisation ? Si certains panoramiques sur les paysages sont beaux, d’autant que profitant souvent des levés et couchés de soleil pour embellir les scènes, la réalisation volontairement documentaire est poussive : comme suivant la respiration des personnages, bougeant sans cesse, gangrénées de mouvement parasites. Foncièrement, le film n’est pas non plus une catastrophe, mais c’est typiquement du pathos graveleux et moribond que je hais viscéralement.

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