À la folie… pas du tout


À la folie… pas du tout
2002
Laetitia Colombani

Difficile de parler du film, de ce qui fait son originalité, sans trop en révéler, voir c’est impossible. Et de toutes façons, la première demi-heure du film sonne tellement faux que sans savoir d’emblée le vrai sujet traité, beaucoup risqueraient de ne pas laisser sa chance au film, qui ne démérite pas dans sa globalité, donc faisons fi des convenances et embrassons pleinement ce vilain mot : « spoiler ».

Qu’est-ce que l’érotomanie ? C’est une maladie mentale faisant qu’on peut interpréter chaque signe comme une déclaration d’amour, de voir des sens cachés et une idylle là où il n’y en a pas. Il suffit parfois d’un rien, d’un geste dénué d’arrière-pensée mais qui déclenchera chez la personne atteinte d’érotomanie un sentiment de certitude absolue quant à l’amour que l’autre lui porte. Ici, c’est une certaine Angélique (Audrey Tautou), qui en croisant un certain Loïc (Samuel Le Bihan) dans certaines conditions (tâchons de garder quelques mystères tout de même), va être persuadée que ce dernier, comme elle, a eu un coup de foudre comme dans les livres, et de fait, c’est certain, il quittera sa femme (Isabelle Carré) pour elle dans les plus brefs délais tant leur amour est immense et réciproque. A quel point est-elle folle ? Jusqu’où va la conduire cette folie ?

Sujet de prédilection de sa réalisatrice, le film parle de la folie. Avant la création du précédent site en décembre 2010, j’avais vu – mais de fait pas critiqué – son autre long-métrage, Mes stars et moi, qui parlait aussi d’amour et d’obsession, mais du côté fan. Il me semble que le film était décevant mais pas inintéressant, mais ne me rappelant plus si l’idée du fan, mieux placé que n’importe qui pour s’occuper de carrières et devenir un agent d’exception, avait été correctement exploitée, je préfère ne pas trop en parler. Reste aussi son tout premier court-métrage, Le Dernier bip, où elle se mettait elle-même en scène et disponible sur le DVD du film dont il est question aujourd’hui, qui traite également de la folie, dépression, obsession, et plus grave encore, avec d’ailleurs le même acteur déjà présent dans le rôle de l’inspecteur. C’est aussi ça l’avantage du support physique : on y découvre des scènes coupées, des idées de fins « alternatives ». Plus qu’un produit de consommation d’un service de streaming, c’est une œuvre qui respire, qui existe au delà d’elle-même. Bref.

Une histoire d’amour, qui plus est avec un homme marié et des complications de « soyons discrets », voilà qui sonne peu ragoutant aux premiers abords, d’autant que force est de reconnaitre que Samuel Le Bihan joue atrocement mal. Oui mais voilà, au bout de demi-heure, le film révèle sa vraie nature : on avait jusqu’alors qu’un point de vue totalement biaisé sur une histoire qui n’était pas ce qu’elle prétendait être, du fait du souci mental de l’héroïne. Qu’en est-il vraiment ? Comment cela va t-il évoluer ? Eh bien c’est justement là que le film est bon : la gestion des timings, des quiproquos, coïncidences, est bien plus fine qu’il n’y paraît, et même en connaissant d’emblée la retournement, on reste surpris par certains rebondissements. Ca reste globalement cousu de fils blancs et on regrette certaines coupes tant beaucoup d’intrigues secondaires sont purement jetées aux oubliettes en cours de route, et on regrette de ne pas voir plus Sophie Guillemin tant elle est à tombée par terre, mais donc dans l’ensemble le film est solide sur son histoire principale, avec une Audrey Tautou impeccable et adorable. Les années passant, il a même désormais un côté kitch charmant. Ne vous attendez pas à un grand film, mais voilà de quoi divertir sainement avec une petite touche d’originalité, vous permettant de dire « oui, je sais ce qu’est l’érotomanie, et d’ailleurs je peux te conseiller un ptit film bien sympa ».

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