American Fiction


American Fiction
2024
Cord Jefferson

Grand prétendant aux Oscars, nommé dans quasiment toutes les catégories dont les plus prestigieuses, le film y a reçu tout de même un prix de taille : celui du meilleur scénario adapté (étant tiré d’un roman). Pourtant, il fut balancé sans la moindre communication ni mise en avant sur Amazon Prime juste quelques jours avant la cérémonie. Une sortie française qui dénote avec le buzz l’entourant, d’autant que son sujet semblait à première vue très prometteur.

Ecrivain de seconde main gagnant péniblement sa vie, Monk (Jeffrey Wright) va un jour avoir une révélation à force de voir les médias blancs mettre en avant systématiquement des histoires de noirs en galère, de problèmes de « la street », avec d’autres auteurs noirs se complaisant dans ce registre alors qu’ils sont issu de la bourgeoisie et n’ont jamais approché de près ou de loin les galères qu’il décrivent. Et si c’était là le piège ? Et s’il faisait pareil ? Après la mort de sa sœur, il va mettre son plan à exécution et écrire une caricature du genre, une pure farce complaisante, mais qui sera prit premier degré par les éditeurs, y voyant là le prochain bestseller que les blancs vont s’arracher.

Le concept de base était génial : mettre le nez dans la merde de la fausse bienséance, le racisme inversé ou dissimulé. Des lecteurs blancs qui se jettent sur les récits tragiques de noirs des cités pour se donner bonne conscience et dire « oui oui je soutient le mouvement progressiste », alors même qu’il a été insufflé par des bourgeois sans le moindre problème. Une manière de dénoncer le phénomène de wokisme, où la diversité est le fruit d’une démarche mercantile, fourbe, et non d’une réelle envie d’inclusion, qui quand bien même n’aurait rien d’honnête. Seulement voilà, il faudra attendre près d’une heure pour que cela se mette en place, et ce sujet en or restera toujours en arrière-plan. Le vrai sujet est avant tout un homme cherchant sa place, que ce soit dans sa famille ou dans la société, à gérer ses traumatismes et ses échecs. Du bon vieux drame éculé, et plus que d’être relégué au second plan, cet entubage du système ne sera même pas pleinement développé, sans une once de répercutions. Juste « oh le bon sujet de film ! », histoire de toujours chercher le profit sans jamais rien remettre en question. Triste… C’est d’autant plus dommage que quand le film ose l’insolence, c’est juste jubilatoire, mais terriblement frustrant tant on effleure tout juste la surface. Le film est donc un peu ce qu’il dénonce : nous détourner du sujet avec du pathos, pour au final n’avoir aucun réel impact sur quoi que ce soit.

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