Avatar : de Feu et de Cendres


Avatar : de Feu et de Cendres
2025
James Cameron

Dans une réalité alternative où il n’y aurait eu aucun souci d’écriture, de tournage ou autre, ce troisième opus serait sorti il y a dix ans déjà. Et dire que le tournage s’est finalement terminé en 2020 et que lors de la sortie du second, Avatar : la voie de l’eau, il y a trois ans, une sortie était encore programmée pour 2024. Autant dire que les sorties des opus 4 et 5 pour 2029 et 2031 n’ont rien de gravé dans le marbre, et fut une époque où ils étaient datés pour 2017 et 2018, c’est dire. Une saga hors norme qui a le mérite de prendre son temps, et pour l’instant le résultat est là : trois films très bien accueillis, tous dépassant les deux milliards au box office (même si je m’avance un peu pour le 3ème). Mais passé la claque colossale du premier Avatar, seul film que j’ai vu trois fois au cinéma, cette saga va-t-elle enfin dépasser le statut de simple vitrine technologique ?

On reprend l’histoire tout juste après la voie de l’eau, alors que la famille Sully tente de faire face à la perte de leur fils aîné, tué par l’un des soldats des hommes du ciel. Aveuglée par la rage, Ney’tiri (Zoe Saldana) va exiger que Spider (Jack Champion) retourne « auprès des siens » (chez les hommes), lui qu’ils avaient élevé comme leur fils avec Jake (Sam Worthington). Ils vont alors quitter le peuple de l’eau (dirigés par Kate Winslet et Cliff Curtis), au grand dam de leurs enfants, notamment Kiri (Sigourney Weaver) qui s’est beaucoup attachée à Spider. Pendant ce temps, le colonel Quaritch (Stephen Lang) est plus que jamais déterminé à capturer le traître Jake, alors qu’une autre menace se profile : le peuple des cendres, dirigé par Varang (Oona Chaplin).

Cette fois, j’ai enfin pu voir le film dans d’excellentes conditions : Imax 3D, dans une grande salle sans le moindre souci (pas de personne devant, pas de bruit, juste une terrible envie de pisser en sortant après les quasi 5h entre le transport, l’attente, les publicités puis les 3h17 de métrage). Et oui, passons rapidement sur l’évidence, c’est encore et toujours une claque technique ahurissante, un spectacle plus grandiose et épique que jamais. Enfin ça c’est si on est objectif. Subjectivement, je suis certes moins resté sur ma faim que pour le second – j’ai d’ailleurs eu ironiquement exactement la fin que je voulais pour le précédent en termes d’ampleur – mais ça reste la même chose avec plus de bateaux et de poiscaille, et surtout jamais aucune des deux suites n’a su me procurer les mêmes frissons que lors de ma découverte de Pandora. D’ailleurs, pour une saga qui s’appelle « Avatar », le concept de base est désormais totalement absent… Bref, c’est magnifique, surtout ce qui entoure le peuple des cendres, mais ça reste assez limité.

Place maintenant à l’éléphant au milieu de la pièce qui dérange de plus en plus : le scénario. Déjà pas si incroyable dans le premier, s’appropriant pas mal de thématiques déjà connues en restant beaucoup à la surface mais avec néanmoins un côté mère nature très travaillé, les suites n’ont rien su en faire, si ce n’est des incohérences. Le peuple Na’vi était censé représenté un modèle d’idéal, mais visiblement ils ne valent pas mieux que les humains, voir pire : ils sont xénophobes envers les humains et n’ont aucune cohésion d’ensemble. Comme nous, ils ont des cultes différents (Eowa la forêt, l’esprit de l’eau et celui du feu, et semble t-il aussi les marchands du vent), vivent en communautés séparées, et se font même la guerre entre eux. Amer constat que de voir que l’herbe n’est pas plus verte ailleurs…

Outre ce point, tout n’est que constat d’échec : Quaritch reste (et restera ?) éternellement le même méchant, son arc de rédemption est laissé en suspend et aucun autre vrai antagoniste ne pointe le bout de son nez ; Ney’tiri est devenue une raciste incohérente avec la princesse tombée amoureuse du premier film ; Jake est un terrible père obnubilé par sa révolution et traite ses enfants comme des soldats, dénué de toute once d’amour, même envers sa femme malgré ses dires ; leur voyage de départ est stupide et son déroulé encore pire (il suffit d’un rien pour convaincre une famille d’aller jeter l’un des leurs ou un marchand pour se peindre une cible sur le front) ; et au final les enjeux sont strictement les mêmes que dans le second : sauver les machins baleine et repousser les humains. D’ailleurs, on en parle des baleines ? Une espèce pacifique qu’il faut convaincre de rentrer en guerre, ça ne vous rappelle rien ? On dépasse un peu trop la simple « inspiration » des Deux Tours. Le seul point positif du scénario est cette gourou du feu, Varang, dont la romance avec Quaritch est aussi malsaine qu’amusante. On pourrait aussi citer celle de Spider et Kiri, les deux piliers du film qui remplacent Jake et Ney’tiri pour les rôles de l’humain tombant amoureux d’une autre vie et la princesse à la grande spiritualité, mais elle n’est qu’à peine introduite.

Nous y voilà donc, la fin de ce premier arc sur Pandora, assez poussif il faut l’avouer. L’aventure fut palpitante, une découverte colossale suivie d’un nouveau bond technique avec tout un univers aquatique (encore que pas très original), mais ce troisième opus n’apporte quasiment rien à cet édifice, prolongeant une histoire qui commence à s’embourber. Il serait grand temps de prendre un nouvel envol, de retourner sur Terre peut-être ? Visiter d’autres planètes, aller dans l’espace ? Il était question des lunes de Pandora également, un peu de diversité pitié ! On ne peut pas tout miser sur les visuels, d’autant que les humains et tout ce qui les entoure est en net recul, décuplant une impression devenu réalité : c’est tout simplement du cinéma d’animation, à la différence que les curseurs du réalisme sont poussés au maximum et que chaque personnage bénéficie de motion capture. Le rêve des Créatures de l’esprit est devenu réalité, mais quel dommage que le fond ne suive pas. Espérons que les suites trouvent une ambition nouvelle, sans quoi le public risque de se lasser.

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