
Tron : Ares
2025
Joachim Rønning
Véritable révolution technologique à sa sortie en 1982, Tron est devenu une œuvre culte, qui pour ma part a été découvert à travers la plongée immersive dans Kingdom Hearts II où j’avais trouvé le monde fascinant. Presque trente ans plus tard, Tron l’héritage tenta de surfer sur la nostalgie, en oubliant au passage tout ce qui faisait le charme du film d’origine au profit d’un divertissement lambda, et les résultats furent d’ailleurs en demi-teinte. Pourtant, Disney voulait très vite récidiver, car dès l’année suivante Kindgom Hearts Dreams Drop Distance proposa une virée dans le second film, et un projet de troisième long-métrage fut régulièrement sur la table depuis 2015. Un projet chaotique qui connu moult changements, et financièrement c’est assurément un désastre et la mort de la franchise pour un long moment tant les pertes avoisinent les 200 M$. Au niveau artistique et divertissement, le constat est tout autre.
Le complexe de Dieu est désormais une réalité, mais les visions diffèrent. L’héritage de la grille et du cybermonde créé par Kevin Flynn (Jeff Bridges) s’est scindé en deux entités. D’un côté la société Dillinger, dirigée par Elisabeth (Gillian Anderson) puis son fils Julian (Evan Peters), y cherchant à développer des IA et des armes de guerres. De l’autre, Encom, dirigée par Eve Kim (Greta Lee), société spécialisée dans le divertissement et les jeux-vidéos, qui aspire à se servir de cette technologie pour également révolutionner le domaine médical et agricole. Si créer la vie par modélisation est devenue possible, le processus reste encore instable, limité à une durée de vie de 29 minutes. Une course entre les deux pour trouver la solution à cette limitation pourrait changer l’avenir de l’humanité.
Deux critiques semblent revenir fréquemment autour du film : encore une histoire d’IA, et on suit l’histoire au travers des yeux d’Ares, une IA qui va remettre en question sa réalité, campée par Jared Leto, que beaucoup ont trouvé peu expressif. Eh bien déjà vos gueules, le scénario est autrement plus abouti qu’un Mission : Impossible – The Final Reckoning par exemple, et Ares est une formidable réussite. L’idée de vouloir utiliser l’imprimante 3D, dans une version futuriste laser, pour carrément imprimer des êtres vivants, c’est une dinguerie ! Dans le bon sens du terme. On est pleinement dans de la SF pur jus qui ose pousser loin son concept, quoique esquivant ce qui est attrait à l’âme, transposant un peu facilement une personne d’un monde à l’autre, alors que techniquement ça serait logiquement un meurtre avec création de clone, mais ça reste raccord avec les précédents volets. Concernant Ares et globalement le traitement de l’IA, ça me rappelle les plus belles pépites du genre comme Chappie ou WALL·E, et le film a une vraie poésie thématique sur la découverte du monde avec une touchante naïveté concernant Ares, et une exécution pas forcément si aveugle pour Athena. On ne l’attendait pas là, mais le film est une vraie réussite au niveau de son scénario, intelligent, riche et développé.
Et pourtant, malgré toutes ces qualités, ce n’est même pas là que le film brille le plus. La claque monumentale vient de son ambiance, que ce soit les effets spéciaux ahurissants, la musique épique marquante ou sa direction artistique folle. J’ai beau chercher, aucun film n’a récemment atteint un tel niveau de FX, d’autant que combinés à une DA sublime qui arrive à révolutionner les visuels de la grille, les transposer avec un brio vertigineux dans le monde réel, et également rendre hommage au film d’origine bien mieux que la première suite. Côté bande originale, Nine Inch Nails fait un travail colossal, décuplant le grandiose de scènes pourtant déjà gigantesques à la mise en scène démesurée. Un tel niveau de spectacle est déjà une immense réussite en soi, mais avoir su le mettre au profit d’une histoire captivante et ambitieuse, c’est un tour de force comme on en voit rarement.
