La Venue de l’avenir


La Venue de l’avenir
2025
Cédric Klapisch

Cannes n’est pas toujours très clément. Sorti en plein festival de Cannes, le film y avait reçu des critiques assez tièdes, jugeant le film assez bancal dans sa narration, voir carrément brouillon. Malgré une sortie d’envergure, un budget solide (près de 16 millions d’euros) et un réalisateur de renom, ce fut alors le giga gadin en première semaine : moins de deux cent mille entrées, une véritable catastrophe. Et là, le miracle des spectateurs : alors qu’en moyenne une première semaine compte pour 50 à 40 % des entrées, surtout sans aucune vacances pour booster derrière, le bouche à oreille porta le film à pratiquement un million d’entrées, restant dans le top 20 près de trois mois ! Et effectivement, le potentiel était bien là.

Qui était Adèle Meunier (Suzanne Lindon) ? Alors qu’une mairie de Bretagne cherche à raser une vieille bâtisse abandonnée pour y construire un centre commercial, elle va réunir tous les descendants de cette dernière pour ainsi obtenir leur accord. Une trentaine de personnes vont alors élire quatre représentant (Abraham Wapler, Zinedine Soualem, Julia Piaton, Vincent Macaigne) pour partir visiter ladite maison, à la recherche de cette vie passée.

La grande originalité du film, bien qu’en réalité mélanger les époques soit assez commun (je pense notamment à la SF avec Cloud Atlas, ou au fantastique avec The Fountain ou Un amour d’hiver), est qu’on suivra en parallèle le présent, sur les traces d’un passé – en l’occurrence le début du XXème siècle – qu’on suivra également, où la jeune Adèle part à Paris sur les traces de sa mère (Sara Giraudeau) disparue, faisant la rencontre au passage de Anatole (Paul Kircher) et Lucien (Vassili Schneider), deux aspirants peintre / photographe. On notera au passage un casting assez fou et particulièrement juste avec également Cécile de France, Fred Testo, Vincent Perez, Olivier Gourmet, la chanteuse Pomme ou encore François Berléand. Une forme de narration où les deux se répondent, ce qui est je trouve la force et la faiblesse du film. Dès la première scène, j’étais totalement conquis : une musique très belle, avec une scène qui dénonce la société moderne du paraître totalement artificiel, alors que se joue l’art véritable d’une autre époque juste derrière. On voit la simplicité, la joie de vivre d’antan, puis on bascule d’un coup sur ce même quai de gare un siècle plus tard avec ses grands TGV oppressants et cette foule asphyxiante.

C’est amusant cinq minutes, puis très vite c’est usant : j’ai d’un côté un récit d’époque qui me fascine, de l’autre le présent qui me fatigue (bigre la séquence poussive de l’opium !), avec des personnages creux et qui n’a rien de plus à raconter que sa profonde mélancolie et nostalgie. Le récit d’antan est passionnant, et je me suis fait la réflexion que le film me voulait juste du mal à chaque « retour à la réalité ». Laisse moi profiter bordel ! Et en vrai non, car ce double récit dénonçant nos dérives modernes sonne particulièrement juste et renforce l’attrait du passé, mais c’est vrai que je dois me ranger du côté de la presse pour constater que le récit est un peu chaotique, mal équilibré, et même si c’est probablement voulu, le présent ennuyeux occupe bien trop de place. Dommage car le film aurait pu être immense, et il garde des fulgurances importantes et reste très agréable au global, mais le projet aurait mérité un rééquilibrage, voir une réécriture sur son côté présent. On est pas passés loin d’un très grand film.

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