L’Ascension

L’Ascension
2017
Ludovic Bernard

En 2008, un franco-algérien de banlieue parisienne s’était lancé un défi personnel : gravir le plus haut sommet du monde, le mont Everest. Prénommé Nadir Dendoune, il a tiré de son incroyable expérience un livre, Un Tocard sur le toit du monde, dont le film est censé y puiser son inspiration. Pourtant, malgré la supervision du principal concerné en tant que co-scénariste, l’histoire du film diffère beaucoup.

Il n’y a aucune limite à ce qu’on pourrait accomplir par amour, du moins quand on aime vraiment. Refusant inlassablement de sortir avec Samy (Ahmed Sylla), le jugeant incapable de faire quoi que ce soit, Nadia (Alice Balaïdi) va lui lancer un défi irréalisable pour se débarrasser de lui, bien loin de se douter que le bougre allait prendre le challenge au sérieux. C’était le deal : pour obtenir l’amour de son âme sœur, il devait gravir l’Everest, et c’est exactement ce qu’il va essayer de faire.

Le roman original nous comptait une histoire de dépassement de soi, de retour à la nature et de quête personnelle, un peu à la Into the Wild, mais l’approche du film est aussi très intéressante. En plus de donner un but plus noble et profond au héros, car rien n’est plus fort que l’amour, le film met aussi en avant deux aspects diamétralement opposés mais qui trouvent un point d’ancrage en cette folle aventure : les médias et l’humain. Pour financer une telle expédition, il faut bien trouver des sponsors, de l’argent, et l’un d’eux sera une radio amateur qui se chargera de garder le contact avec l’alpiniste en herbe, d’assurer la promo de l’événement, d’en conter les exploits, de le faire entrer dans la légende. De l’autre, on suit le combat de Samy, parcourant des terres qui lui étaient inconnues et faisant des rencontres lui apportant un regard nouveau sur le monde, notamment son fidèle porteur de sac Johnny avec qui il va nouer une bouleversante amitié qui balaye nos doutes sur la nature profonde de l’homme, qui quand elle n’est pas pervertie par la société nous inonde de bonté. Si l’humour n’est pas très recherché et que la réalisation ne rend pas suffisamment hommage au caractère exceptionnel des décors traversés, il se dégage du film une sincérité et une pureté revigorantes qui méritent à elles seules qu’on s’y attarde.

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La Momie

La Momie
2017
Alex Kurtzman

Quand on jette un coup d’œil à ce qui rapporte le plus dans l’univers du cinéma, les franchises y ont une belle place et Marvel a montré à quel point ça pouvait rapporter gros. Du coup, Warner a lancé ses DC Comics et une nouvelle saga dérivée d’Harry Potter, Universal son univers étendu de Fast and Furious, la Paramont également avec Transformers. Mais pour lancer une machine pareille il faut le matériel nécessaire derrière, à moins d’avoir l’ambition et l’imagination pour créer sa propre mythologie. Se rendant compte qu’elle possédait les droits des monstres les plus légendaires, Universal a voulu les rassembler déjà quatre fois. En 2003 le cross-over ultime était là avec La Ligue des Gentlemans extraordinaires, mais non seulement le film était raté mais en plus Marvel a montré l’importance d’introduire au préalable le plus de protagonistes possible. Trop tard, Van Helsing (rassemblant aussi Dracula et le Loup-Garou) était déjà dans les tuyaux et les résultats furent tout aussi mitigés en 2004. En 2010 ils ont essayé de relancer l’affaire avec le fameux loup-garou dans The Wolfman, mais ce fut un naufrage financier à cause d’un budget délirant (150 M$). Faux départ mais Dracula Untold avait enfin réussi à s’imposer au box-office malgré une qualité discutable, seulement les choses ne se sont tout de même pas faites. Faisant fi d’un passif alarmant, le studio a cette fois vu les choses en grand en faisant signer les acteurs les plus bankables d’Hollywood pour déjà une poignée de films annoncés comme «événementiels». Du cache misère pour un projet qui puait le pétard mouillé, et en voici le reboot des effluves avec le remake de la trilogie d’aventure de La Momie, déjà pas ouf.

Vers la fin de l’ère égyptienne, une princesse prénommée Ahmanet (Sofia Boutella) fit appel aux forces obscures du dieu de la mort, Seth, pour accéder au trône en tuant son père et le nouveau né qui avait compromis son accession. Prit sur le fait par de loyaux sujets, elle fut momifiée vivante et son sarcophage fut caché loin de ses terres, en Iraq. Plusieurs millénaires plus tard, un militaire arrondissant ses fins de mois en pillant de tombes, Nick Morton (Tom Cruise), va trouver le fameux sanctuaire et réveiller des forces qu’il aurait mieux valut ne pas déranger.

Gros budget, gros casting et intérêts colossaux : ils n’avaient pas le droit à l’erreur. Si les premiers chiffres au box-office sont excellents et que la barre des 500 M$ pourrait être atteinte, ce Dark Universe part extrêmement mal, que ce soit le film en lui-même ou ses tentatives pour introduire la saga. L’histoire de la future momie ne démarrait pas si mal, mais une fois dans le présent tout n’est qu’une succession de maladresse ou de pauvreté artistique. On découvre un héros lambda, beau-gosse et bad-guy, balançant des vannes et nous ressortant le coup des deux « bro » qui font n’importe quoi et plaisantent toutes les deux secondes. Du cliché sur pattes sitôt rejoint par «la fille» (Annabelle Wallis), la bonasse de 22 ans de moins, là uniquement histoire d’avoir une romance, mais mon dieu que c’est vide… On arrive ensuite au truc le plus classe de la bande-annonce, le héros qui se réveille à la morgue. La raison est sympa, le développement est minable, passant à autre chose dans l’indifférence la plus totale. Et c’est comme ça tout le long, restant à la surface des choses dans un conformisme désespérant. Du pur produit formaté sans saveur, appliquant à la lettre la formule classique à base d’action, humour et romance. Le problème c’est que les effets-spéciaux sont parfois limites, les acteurs n’y croient pas une seconde, l’histoire est aseptisée et chaque gag tombe à l’eau.

Côté «Dark Universe», le personnage de Dr Jekyll (Russell Crowe) est accablant, stéréotype du mégalomane excentrique avec à la clef une performance d’acteur effroyable. Enfin ça reste plus acceptable que la fin avec une transformation aussi téléphonée qu’invraisemblable, achevant de nous convaincre : c’est une bouse. Vu le succès commercial on y échappera pas, l’univers étendu sera développé, mais gageons que le public ne se laissera pas duper une fois de plus. Un tel massacre mérite une sanction exemplaire.

Disponible en vidéo complémentaire :
https://www.youtube.com/watch?v=HbozTwqbILY

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Mister Showman

Mister Showman
2009
Sean McGinly

Inspiré par un vrai mentaliste qui avait connu son heure de gloire et avait réussi à faire un come-back tardif, le film raconte comment le grand Buck Howard (John Malkovich) s’est une nouvelle fois emparé de la scène après des années de retraite. Etant un homme difficile à vivre (bipolaire, capricieux, exigeant et arrogant), son personnel jetait régulièrement l’éponge, et il se retrouvait alors dépourvu d’assistant pour gérer sa tournée. Jeune homme ayant arrêté ses études de droit pour se consacrer à sa passion qu’est l’écriture, Troy Gable (Colin Hanks) se devait néanmoins de trouver un travail pour payer ses factures, et c’est ainsi que les deux hommes se sont rencontrés. Face à un tel personnage l’entente semblait difficile, mais Troy va apprendre à connaître l’homme se cachant derrière, tout en restant fasciné par les énigmatiques tours de son maître.

Tout le monde n’y est pas forcément sensible, mais certaines personnes dégagent un tel charisme qu’elles en deviennent pour beaucoup un gourou hypnotisant qu’on pourrait suivre jusqu’au bout du monde. C’est clairement le genre d’histoire que le film met en avant, mais ça ne prend pas. Dans notre monde où même les plus gros effets-spéciaux des meilleurs blockbusters nous lassent, où la course aux graphismes dans les jeux-vidéo n’est plus une fin en soi, le mot « impressionnant » semble perdre tout sens au fil du temps. Alors pour réussir à nous vendre du rêve avec un spectacle de magie, il faut à minima faire voler en éclat les lois de la physique ou de la nature. Ici, on nous montre de l’hypnose comme on en soupe depuis des siècles avec pour clou du spectacle un tour de passe-passe quasi grotesque et malaisant où il doit retrouver son cachet caché : on ne joue pas avec de l’argent, surtout pas avec une telle désinvolture. Le show est mou, vu et revu, la mise en scène plate et le fameux showman est ringard, voir pathétique. Pire, les acteurs ne sont pas au mieux et on se croirait devant un téléfilm. Dans ces conditions, même si on croisera Tom Hanks et Emily Blunt, s’intéresser à cette tournée serait un véritable tour de magie, contrairement à ceux montrés dont la redondante et la platitude auront tôt fait de nous endormir.

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DUFF

DUFF
2015
Ari Sandel

La période charnière des teen-movie où les American Pie foisonnaient semble désormais révolue, mais ça n’empêche quelques tentatives ici et là, même si presque aucune n’arrive jusqu’en France, celle-ci incluse. Avec 34 M$ aux Etats-Unis et 43 M$ dans le monde, ce film est assez largement passé inaperçu, mais contrairement à la plupart des derniers essais ça n’a pas été un four retentissant, ce qui est déjà beau et laissait espérer un quelconque renouveau ou une efficacité revigorante. En fait non, le film a juste eu la chance de sortir en pleine disette.

Savez-vous ce qu’est un ou une DUFF ? Eh bien dans le monde merveilleux du lycée américain où l’on aime par dessus tout mettre des étiquettes aux gens, à supposer qu’ils en aient réellement besoin tant on y croise des clichés ambulants en puissance, il s’agit d’un membre d’un groupe qui sert de faire-valoir, celui qui met les autres en valeur. D’où l’abréviation DUFF (Dodu Utile Fade et Facile). Jusqu’alors loin de se douter qu’elle en était une, la discrète Bianca (Mae Whitman) va découvrir à son détriment que ce statut peu flatteur lui colle à la peau. Bien décidée à y remédier, elle va demander l’aide du beau gosse footballeur (Robbie Amell) qui se trouve être un voisin et ami d’enfance.

Alors déjà qu’un lycée américain est une avalanche de stéréotypes, y rajouter des noms par dessus n’est pas une grande marque d’originalité. Une absence de concept qui fait mine de poser un prétexte légitime pour nous ressortir une histoire vieille comme le monde : la moche qui devient « belle » (ça reste une brune aux traits grossiers et aux yeux noirs dégueulasses), avec en prime les éternelles histoires de la pimbêche remise à sa place, du fantasme qui s’avère décevant ou encore du sempiternel coup du meilleur ami. Et forcément, comme il faut du ressort dramatique, pile quand ça va aller mieux une tuile va tomber, puis pile quand elle va se rendre compte qu’elle se trompait elle va arriver au mauvais endroit au mauvais moment, à tel point qu’on pourra prédire chaque retournement de situation avec une précision désespérante. Evidemment, dans l’ensemble c’est fonctionnel, sympathique et parfois un tantinet drôle, mais c’est surtout désarmant de paresse.

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Une merveilleuse histoire du temps

Une merveilleuse histoire du temps
2015
James Marsh

Tout le monde ou presque connaît déjà au moins de nom Stephen Hawking, brillant scientifique qui a fait beaucoup avancé la recherche sur l’univers et son fonctionnement, bien que ce que la plupart des gens retiennent de lui c’est sa maladie qui a fait de lui un corps désarticulé et inerte, cloué sur un fauteuil et parlant à l’aide d’un ordinateur. Apprendre qui était l’homme derrière le personnage pouvait être intéressant, et entre d’excellentes critiques, plus de 120 M$ au box-office mondial et plusieurs nominations aux Oscars avec à la clef un prix d’interprétation pour l’acteur principal, c’est indubitablement une franche réussite.

Le film nous narre donc la vie de Stephen Hawking (Eddie Redmayne), démarrant par son entrée à Cambridge en 1963 où il avait été accepté pour y faire sa thèse de doctorat (auprès de David Thewlis). C’est à ce moment-là de sa vie qu’il rencontra son grand amour Jane (Felicity Jones), qui lui apportera par la suite une aide indéfectible. En effet, peu après son entrée dans sa nouvelle université, il fut diagnostiqué comme souffrant d’une maladie dégénérative musculaire, ne lui laissant que deux ans à vivre. Grâce au soutien de Jane et à son envie de découvrir les mystères de l’univers, il trouvera la force de se battre.

Etant donné que le bougre est toujours vivant, difficile de créer une quelconque tension ou suspense autour de sa maladie annoncée comme mortelle, plus encore lors d’une opération chirurgicale dite « à risque ». On se concentrera donc surtout sur sa romance, placée sous le signe de la dévotion pour elle, de la perte de soi pour lui. Une situation atroce aussi bien pour l’un que pour l’autre, lui ne voulant pas être boulet spectateur de sa propre vie et elle s’accrochant tant bien que mal malgré les tentations (Charlie Cox). On peut tout de même se poser des questions d’impartialité quand on sait que l’histoire est basée sur un livre écrit par la fameuse Jane, mais après tout Stephen a personnellement validé le film. Dans tous les cas, compte tenu du personnage dont il est question, il est dommage de se focaliser à ce point sur sa vie sentimentale tant en sortant du film on est totalement incapable de dire en quoi c’est un génie et surtout ce qu’il a apporté au monde en dehors de théories non prouvées et de surcroît basées sur des travaux tiers. On reste sur du drame sentimental, certes particulièrement bien mis en scène et interprété, mais trop classique pour prétendre mériter une telle réputation. L’homme n’en ressort pas grandi, le spectateur non plus.

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Le Défunt récalcitrant

Le Défunt récalcitrant
1941
Alexander Hall

Avant que la télé ne débarque dans nos foyers avec les rediffusions puis plus tard les supports physiques, les films sombraient dans l’oubli une fois leur exploitation en salles terminée. Il y a tout juste dix ans, ce candidat pour l’Oscar du meilleur film, réalisateur et acteur retrouvait enfin le chemin de nos maisons, s’offrant au passage de prestigieux doubleurs que les habitués reconnaîtront sans mal. N’y avait-il pas eu de doublage français à l’époque ? À moins que la qualité n’eusse été trop mauvaise.

Jeune homme beau et dynamique, Joe Pendleton (Robert Montgomery) avait tout pour réussir dans la vie, étant même promis à un brillant avenir dans la boxe. Oui mais voilà, alors au volant de son avion, il n’a pas survécu pas au crash, c’est tout du moins ce que les croques-morts du paradis avaient cru, laissant même ses proches l’incinérer. Ils vont alors se retrouver avec un esprit vivant sur les bras, devant le recaser dans un corps. Pour cela rien de plus simple, il suffit de l’insuffler dans un corps fraîchement mort, par exemple le riche banquier Bruce Farnsworth tout juste noyé dans son bain par l’amant de sa femme. Une nouvelle vie va alors commencer pour Joe.

L’idée du film est à la fois originale et amusante : le ciel a fait une erreur et va chambouler le monde pour la réparer. On met ainsi un grand bout-en-train dans le corps d’un banquier moribond et détesté, causant un véritable choc pour l’entourage du normalement mort. Ça reste gentillet et le film n’exploite pas complètement le filon, mais ça marche et on a le droit à pas mal de passages drôles, notamment avec l’ex entraîneur de boxe perplexe devant la réincarnation et le croque-mort Jordan, charismatique majordome dans l’âme ne pouvant être vu que par Joe, créant nombre de situations cocasses. Néanmoins, il nous fera un sacré affront à la toute fin, oubliant le principe fondamental de la conscience de soi et du sens de la vie : nous ne sommes que la somme de nos émotions et de nos souvenirs. Le pire c’est qu’on sent que toute l’équipe du film a dû être sacrément fière de leur fin, se disant que c’était « original et beau ». Non, c’est juste gnangnan et psychologiquement plus terrifiant que la mort. L’âme c’est bien gentil, mais c’est l’esprit qui nous dit que l’individu qu’on est existe réellement. Une grossière erreur qui nous laisse sur un arrière-goût désagréable, atténuant la bonhomie qui se dégage de ce conte familiale.

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The End

The End
2016
Guillaume Nicloux

Visiblement épaté par Near Death Experience (comment pourrait-il en être autrement ?), le réalisateur nous propose à son tour une plongée dans l’ennui, abandonnant un homme pitoyable au beau milieu de la nature, remplaçant la garrigue de la Sainte Victoire par la forêt de Fontainebleau. Seulement cette fois, ça n’est pas une promenade d’expiation où le héros vient y chercher la mort, même si ça cause plus que ça ne se suicide, mais au contraire un homme (Gérard Depardieu) certes abîmé et résigné, mais toujours attaché à la vie et souhaitant simplement chasser un petit coup avec son chien. Une journée qui s’annonçait banale dans une forêt qu’il croyait connaître comme sa poche. Pourtant, après quelques heures de marche à tourner en rond, il va devoir se rendre à l’évidence : son chien manque à l’appel, il est perdu et quelqu’un lui a volé son fusil. Son fusil bordel !

Heureusement que le film est court, car sinon qu’est-ce qu’il serait long… Vieux, fatigué et à l’obésité croissante, notre gégé national traîne péniblement son cadavre de baleine dans une forêt vaguement psychédélique où la logique n’a plus sa place. Mise à l’épreuve, jugement divin, hallucination ou connerie infinie, on ne saura pas, constatant simplement une série d’événements et de rencontres malaisantes. Métaphore de la folie humaine ou mise en abîme de la décrépitude de l’acteur ? Mais peut-être n’y a-t-il rien à creuser, juste à subir un périple éprouvant faisant écho à la vie moribonde du personnage principal. Un semblant d’intérêt fait mine d’arriver vers la fin, donnant enfin une conséquence à tout ça à défaut d’y donner du sens, mais vient ensuite une pénultième scène qui enlève le peu de cohérence que ce film avait. Comme dirait la fille, ça n’est pas de la mauvaise volonté, c’est un fait, ça ne rentre pas. Eh bien dans ce film non plus on ne rentrera pas.

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Les Cowboys

Les Cowboys
2015
Thomas Bidegain

Quand la réalité dépasse la fiction. Ecrit en 2011 et démarrant au début des années 90 avant même l’affaire Mohamed Merah et que l’enrôlement de jeunes françaises dans le djihad – et pas uniquement d’ailleurs – ne prenne une telle ampleur, le film raconte le calvaire d’Alain (François Damiens), père de famille dont la jeune Kelly, 16 ans, ne rentra jamais à la maison. Inquiet et cherchant des réponses, il découvrira qu’elle entretenait une relation avec un certain Ahmed, 18 ans, devenu au fil des ans islamiste radical et qu’il l’aurait rallié à sa cause. Entre une justice laxiste et des groupuscules musulmans extrémistes bloquant les informations, Alain mènera l’enquête de son côté, épaulé par un fils (Finnegan Oldfield) bien décidé à sauver sa sœur du lavage de cerveau dont elle a été victime.

C’est ce qu’on appelle un film en plein dans l’actualité, un peu trop d’ailleurs. Sorti quelques jours seulement après les attentats du Bataclan, le film faisait vraisemblablement trop écho au drame qui avait ébranlé le pays puisque malgré de très bonnes critiques, une présence remarquée à Cannes et une distribution importante, il a dû se contenter de deux cent mille entrées. Au moins, c’est déjà ça comparé à Bastille Day qui dans un contexte similaire fut carrément retiré des salles au bout de deux jours. C’est néanmoins dommage puisque le film traite intelligemment son sujet, montrant que cela peut arriver sans prévenir et à n’importe qui. Le fait que l’histoire se déroule avant la montée du djihadisme rend l’histoire d’autant plus importante puisque personne n’était psychologiquement préparé à ce genre de choses, faisant d’autant plus patauger l’enquête. On sent la détresse des proches, l’intangibilité du danger et le côté grandissant de la menace. Il faut dire que nos deux cowboys font du très bon boulot, ne parlant en plus que très peu, jouant beaucoup sur l’intériorisation, nous faisant presque oublier la présence étonnante de John C Reilly. Visuellement le film est aussi très fort, n’hésitant pas à nous plonger directement au cœur de la Syrie et ses paysages sauvages, renforçant l’immersion du spectateur qui accompagne nos protagonistes aux quatre coins du globe. Même culturellement le film est pertinent, évitant soigneusement les amalgames en montrant de bons citoyens français et musulmans, mais aussi d’autres nationalités. Un film pertinent et percutant donc, bien qu’abordant une histoire déjà bien trop ancrée dans l’imaginaire collectif.

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Equals

Equals
2016
Drake Doremus

Source de toutes nos souffrances, nos sentiments nous poussent parfois à commettre des erreurs, des crimes parfois même. Devrions-nous nous en séparer quitte à perdre ce qui fait de nous des êtres humains ? Voilà un thème dont il a été moult fois question en science-fiction, bien que la réponse ne varie jamais : c’est une aberration qui vide notre existence de sens. Pratiquement pas sorti en salle malgré des têtes d’affiche qu’on ne présente plus, le film explore à son tour ce fascinant débat.

La prochaine grande évolution de notre société sera-t-elle l’émancipation de nos pulsions primaires ? Dans un contexte post-Troisième Guerre Mondiale où la majeure partie de la population fut décimée, une décision radicale fut prise : la création d’un monde aseptisé où les émotions sont réprimées, idéologiquement et culturellement dans un premier temps, puis chimiquement si besoin est. Destruction des liens familiaux, isolement des individus, suppression des contacts physiques, uniformes et uniformisation des niveaux de vie. Pourtant, des personnes atteintes du SOS (Switched On Syndrome, ce qui veut dire que les gens souffrent de DEN – Déficience Émotionnelle Neurologique) sont régulièrement détectées, mettant en danger l’équilibre en place. Jusqu’alors employé et citoyen model, Silas (Nicholas Hoult) va se mettre à ressentir des choses pour sa collègue Nia (Kristen Stewart).

Oh qu’il est difficile de passer après Equilibrium et The Giver tant le film ne tient pas une seule seconde la comparaison… Si les bases du concept sont correctement posées et que l’univers créé est solide, le film n’a clairement pas un développement à la hauteur des modèles du genre. Dans Equilibrium il y avait une force de répression bien plus oppressante et le film avait une portée qui allait bien au delà du simple individu, sans compter son efficacité redoutable lors des séquences d’action. Quant à The Giver, en plus de proposer un univers infiniment plus riche allant jusqu’à des concepts métaphysiques, sa violence psychologique assorti d’un calme glaçant lui donnait un impact formidable, d’autant plus de part sa poésie si touchante. Ici, entre deux redites pas très inspirées, on se contentera d’une romance sympathique mais qui ne changera pas la face du monde, basant de surcroît la majorité de son développement final sur la connerie de ses protagonistes. Quand Guy Pearce dit de ne pas bouger, on ne bouge pas bordel ! Le concept est bon – on le savait déjà – et le casting solide – c’était une évidence – mais en dehors de ça on est clairement sur du sous-produit pas très abouti.

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Un jour dans la vie de Billy Lynn

Un jour dans la vie de Billy Lynn
2017
Ang Lee

Réalisateur qui n’est jamais là où on l’attend, Ang Lee nous revient enfin après l’immense succès de L’Odyssée de Pi d’il y a quatre ans, choisissant d’adapter le roman de Ben Fountain sur la guerre en Iraq. Passé complètement inaperçu avec moins de huit millions de dollars récoltés en dehors de la Chine (où il a fait 23 M$), le film avait tout de même fait un peu parlé de lui pour son aspect technique, se targuant d’arborer une résolution 4K à 120 images par secondes, le tout en 3D, soit l’équivalent de 40 fois plus de détails par secondes qu’un film normal. Oui mais voilà, quand strictement aucune salle française n’est en mesure de le diffuser dans ce format, et pratiquement aucune dans le monde, ça reste purement théorique.

Comme le titre l’indique, le film nous propose de découvrir une journée dans la vie du jeune Billy Lynn (Joe Alwyn). Héros de guerre, lui et le bataillon du colonel Dime (Garrett Hedlund) ont été convié par un homme d’affaire (Steve Martin) pour l’inauguration de son nouveau stade, accompagné par un certain Albert (Chris Tucker) chargé de négocier l’adaptation cinématographique de leur histoire en Iraq. Bien loin de se soucier des festivités, son esprit sera tiraillé entre le souvenir de ce jour avec son capitaine Shroom (Vin Diesel), sa sœur (Kristen Stewart) et la petite chearleader qui lui a tapé dans l’œil.

Des films sur la guerre en Iraq, on en a eu un sacré paquet, et on pensait à juste titre en avoir fait le tour. Du coup, si on en montre quelques passages via des flash-back histoire de, le film se concentre plus sur le ressenti qu’en ont les gens. Ainsi, il montre le point de vu des soldats, parfois motivés par la gloire ou l’adrénaline mais conscients de la merde qui les entoure et du flou concernant la raison de leur présence là-bas ; celui des médias et du système, là pour abrutir les masses et engrangé du pognon sur le dos de leurs compatriotes sous couvert d’un pseudo patriotisme ; et celui du peuple, partagé entre l’indifférence, l’adulation et le rejet, bien que globalement l’association militaire / héros est bien ancré dans les esprits. Si le film fait un bon travail de décryptage des divers styles de pensées, ça reste néanmoins assez superficiel au même titre que la critique du fonctionnement d’Hollywood, ultra standardisé, sans pour autant arriver à s’émanciper des codes du genre. « Il y a forcément une romance dans tout film hollywoodien ». Bah oui mais vous faite pareil ! Le film critique la mascarade instrumentalisée du gouvernement américain tout en se concentrant sur les frivolités d’un immense spectacle filmé comme tel. En quoi ce film est-il moins superficiel que ce genre d’événement ou que les grosses productions d’Hollywood ? En rien. Le casting est énorme, la réal pas dégueulasse et les messages portés par le film sont louables, mais le traitement n’est pas raccord, on note beaucoup de redondances et l’angle choisit n’est pas passionnant. De bonnes intentions mais le résultat ne suit pas.

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