Blade Runner 2049

Blade Runner 2049
2017
Denis Villeneuve

Grand classique de la SF qui a bluffé son monde de par ses effets spéciaux prodigieux pour l’époque ainsi que de par la créativité poussée de son univers, Blade Runner s’est progressivement érigé au rang de film culte, notamment au travers de sa version « final cut » (remontage dix ans après la sortie) qui fait loi. Il faut dire qu’entre l’atmosphère surprenante du film, très sombre et faisant appel à des musiques psychédéliques mémorables, et l’ascension fulgurante de la carrière d’Harrison Ford, venant d’enchaîner deux monuments du cinéma, Star Wars et Indiana Jones, toutes les planètes étaient alignées pour en faire un immense succès. Pourtant, sans être non plus un ratage total, avec seulement 27 M$ aux Etats-Unis lors de sa sortie initiale (et probablement aux alentours de 45-50 M$ dans le monde) l’heure n’était pas à la fête et personne ne se serait douté que 35 ans plus tard une suite pointerait le bout de son nez, surtout pas avec un budget ahurissant de 185 M$ (150 M$ après réductions d’impôts). Plus encore, aussi imaginatif que fut le premier, il n’en restait pas moins trop philosophiquement superficiel et son histoire n’était qu’une enquête sommaire prévisible, et l’idée d’une suite pouvait laisser perplexe. Certes confié à Denis Villeneuve, automatiquement propulsé comme génie absolu de la SF avec l’étourdissant chef d’œuvre Premier Contact, le film va tout de même pulvériser toutes nos attentes.

Alors que l’action du premier film se déroulait en 2019, nous voici propulsé en 2049, trente ans après. Suite aux incidents opposant les humains aux répliquants (clones humains robotisés censés servir d’esclaves), plus exactement le modèle Nexus 6, l’intégralité des modèles furent rappelés pour être détruits, ce qui a conduit à une baisse de productivité telle qu’un gigantesque black out obligea le monde à revoir tout son fonctionnement. L’entreprise fabriquant les répliquants ayant fait faillite, c’est désormais un certain Niander Wallace (Jared Leto) qui a reprit l’affaire, mais remplacer un parc entier de serviteurs, non seulement au niveau mondial mais aussi sur les colonies, prend beaucoup trop de temps et une productivité basée sur l’ancien modèle ne suffit plus. Si les répliquants pouvaient se reproduire, les perspectives sur le long terme seraient phénoménales, mais les recherches n’aboutissent pas. Nouveau modèle de répliquant jugé sans risque, l’agent K 2.6 (Ryan Gosling) va faire une découverte qui bouleverserait l’ordre établi lors d’une de ses missions de Blade Runner (ceux chargés de localisé et éliminer les anciens modèles Nexus, dirigés par Robin Wright) : le corps d’une répliquante qui aurait pu avoir un enfant. Si cela s’avérait exact, ce serait une catastrophe pour le gouvernement qui justifie l’utilisation d’humains de synthèse comme esclaves sous prétexte d’une incapacité émotionnelle et reproductrice, tandis que pour l’entreprise de Wallace cette potentialité pourrait être son patient zéro.

Première séquence, première claque historique. On survole des kilomètres et des kilomètres de cultures sous serre avec un vrombissement faisant littéralement trembler les murs dolby atmos, nous immergeant d’emblée entre les sons puissants qui ponctueront le film, l’ambiance sombre parfois glaçante, l’envergure vertigineuse des décors et le mystère planant. Quelques secondes s’écoulent et les questions se bousculent déjà : qui est le pilote de l’appareil, pourquoi vient-il dans un endroit pareil, qui se cache derrière la combinaison (Dave Bautista) et que cultive t-il ? Malgré le fait que Blade Runner ait déjà posé les bases de cet univers, on semble le redécouvrir à chaque plan, à l’image de la pyramide qui passe d’impressionnante à spectaculaire. Exit les maquettes réalistes qui faisaient leur effet à une époque révolue, grâce à une technologie plus au point que jamais chaque plan est iconique, immersif et artistiquement dingue. Les décors donnent d’eux-même le tournis, mais le film sublime les images avec une mise en scène grandiose et des jeux de lumière colossaux. En prenant le pari de prendre son temps et de se poser comme contemplatif à l’occasion, affichant une durée de 2h40 sans pour autant paraître long une seule seconde, le film permet aux décors de parler d’eux-même, certaines visions se passant de commentaires. On en ressort estomaqué, le souffle coupé par une qualité visuelle sans précédent : une nouvelle référence ultime.

Mais le film n’est pas qu’une simple épopée visuelle fantastique dans un univers transcendant, c’est aussi une enquête passionnante et sombre abordant une multitudes de thèmes très profonds. Reprenant le style du premier film en traitant le thème de la nature humaine face aux simulations potentiellement plus humaines que nous, l’histoire première est une investigation sur la face sombre de notre civilisation, mais dans les deux cas le concept est bien plus poussé. Jouant sur les à priori du spectateur, le film nous balade de piste en piste, nous persuadant d’avoir toutes les cartes en main alors même que la vérité sera tout autre. Des rebondissements jamais gratuits pour une construction bien plus subtile qu’il n’y paraît, mais là encore à l’image du premier film l’intérêt se porte davantage sur les thèmes annexes, notamment la nature de la vie. Un organisme créé en laboratoire a t-il une âme ? Une machine peut-elle avoir des sentiments ? Et peut-on à la fois avoir une âme et des sentiments quand on est dépourvu d’enveloppe charnelle ? Le plus bel écho de ces thèmes nous viendra du personnage de la compagne artificielle Joi (Ana de Armas). Si sa technologie holographique s’explique parfois difficilement, son personnage est sans doute le plus intéressant de tous : une IA attachante qui tente d’humaniser un répliquant. On prendra une triple claque philosophique, sensorielle et technique avec la séquence impliquant la prostituée (Mackenzie Davis), véritable prouesse artistique, scénaristique et mécanique. La synchronisation marquera définitivement les esprits.

Un film viscéral, stupéfiant de la première à la dernière image, porté par des acteurs exceptionnels, une histoire immense, un univers vertigineux, un son puissant qui prend aux tripes et dont on en ressort complètement secoué. Espérons qu’après en démarrage en demi-teinte le bouche à oreille en fasse un énorme succès car la porte reste grande ouverte pour un éventuel Blade Runner 2052 après un Dune (prochain projet de Denis) qu’on imagine déjà colossal puisque coup sur coup son réalisateur vient de nous livrer deux chef d’œuvres majeurs. Monsieur Villeneuve, merci.

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The Jane Doe Identity

The Jane Doe Identity
2017
André Øvredal

Festival recelant parfois de jolie pépites, le festival du film fantastique de Gérardmer nous proposait cette année entre autre une bien mystérieuse autopsie. Père et fils médecins-légistes, Tommy (Brian Cox) et Austin (Emile Hirsch) vont un soir recevoir le corps d’une jeune femme pour y pratiquer son autopsie. Inconnue retrouvée enterrée dans le sous-sol d’une maison où ses habitants furent sauvagement assassinés, sa présence et sa conservation parfaite intriguent les autorités. Qui est-elle ? Pourquoi était-elle là ? Comment est-elle morte ? Tant de questions qui pourraient trouver une réponse en étudiant sa dépouille, mais en commençant à l’examiner, les questions vont se faire de plus en plus nombreuses.

Le principe premier du film était génial : tenter de résoudre une enquête en analysant le corps d’une défunte. Les conditions dans lesquelles a été retrouvé le cadavre attisaient notre curiosité et l’idée de réviser notre anatomie par la dissection d’un de nos semblables était gageure. Le début de l’opération est véritablement passionnant entre curiosité morbide et intérêt scientifique, mais pour développer le concept le film va tomber dans le plus terrible des travers : la facilité. Après une bonne amorce, le film va se contenter de basculer vers du cinéma horrifique bas de gamme, prévisible et dénué de toute originalité. On nous fait un insert sur une clochette, et évidemment quelques scènes plus tard elle reviendra exactement comme prévu. Après demi-heure de film, tout devient poussif, vu et revu. Heureusement que le film est cours, sans quoi j’aurais difficilement tenu…

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Conjuring 2 : Le Cas Enfield

Conjuring 2 : Le Cas Enfield
2016
James Wan

On ne peut pas dire que James Wan manque d’imagination quand on jette un coup d’œil à sa filmographie tant il a révolutionné le cinéma horrifique en inventant de nouveaux artifices redoutables, mais pourquoi se fatiguer à inventer des histoires quand la réalité regorge de faits palpitants ? Avec le couple Warren (Patrick Wilson et Vera Farmiga) qui s’est confronté à de multiples manifestations mystérieuses durant les dernières décennies, Warner a même vu les choses en grand en axant une licence entière autour dudit couple et des cas auxquels ils se sont confrontés. Après un premier Conjuring sympathique qui a explosé les compteurs au box-office, le premier spin-off Annabelle a presque atteint un score identique malgré une qualité médiocre, et les deux suites de ces deux films ont chacun dépassé leur prédécesseur. Il faut dire que la mention « tiré d’une histoire vraie » est aguicheuse, mais ça ne fait pas tout.

Le film se penche cette fois sur une affaire datant de 1977, se déroulant dans le quartier de Enfield à Londres. Une famille monoparentale de quatre enfants avait alerté les autorités concernant de terrifiantes et énigmatiques manifestations, mais à force de voir la situation empirer avait ensuite contacté les médias pour faire connaître leur détresse au public. Intrigués par des enregistrements audio semblant venir d’un vieillard mais émanant en réalité d’une anglaise de 12 ans, le couple Warren accepta alors de mener l’enquête.

Si déjà le film ne prend aucun risque en traitant de manière classique une histoire classique, on fait face à deux problèmes majeurs : la gestion de la peur et la véracité. Si  son prédécesseur ne faisait déjà pas grand chose pour nous surprendre tant les mécanismes semblaient antédiluviens, on a ici un phénomène à la fois inverse mais prévisible. En prenant quasi systématiquement le contre-pied des rouages habituels du genre, le frisson est oblitéré par la prévisibilité de ce qui ne va pas se passer. Or quand on sait ce qui n’arrivera pas, on sait par déduction ce qui va arriver. Concernant la véracité, l’histoire nous laisse à bien des moments perplexes. Au bout d’un moment on fini par s’en rendre compte et ça devient risible : les manifestations sont assez bidons lorsque quelqu’un d’autre que la famille est présente, et comme par hasard ceux qui sont toujours aux premières loges sont la fille et sa mère. Complicité ? Tous ceux qui ont étudié l’affaire de près en sont persuadés, d’autant que jouer le jeu permettait au couple Warren ainsi qu’à l’église de se redonner un peu de légitimité en pleine période de lynchage médiatique. Et puis au bout d’un moment, le coup du démon à exorciser, ça va bien. Evidemment, le film essaye de rendre ça le plus divertissant possible en faisant comme si tout était vrai, nous faisant angoisser à l’idée que de pareilles entités démoniaques ou fantomatiques existent, mais entre de trop grosses ficelles, un frisson minimal, une originalité en berne et une durée de 130 minutes nous laissant pleinement le temps de remettre en question ce que l’on voit, l’intérêt décroît fortement.

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Du plomb pour l’inspecteur

Du plomb pour l’inspecteur
1955
Richard Quine

Témoignage du passé, le cinéma porte en lui les vestiges de notre histoire et mérite tout autant notre attention. Alors quand plus de 60 ans après la sortie en salle un studio prend la peine de restaurer un film, c’est la moindre des choses que de s’y intéresser. Genre de prédilection aux Etats-Unis, surtout dans les années 50, le film policier trouvait cette année là un thème très récurrent : l’espionnage (de ses voisins). Sorti la même année que Fenêtre sur cour, le film montre une équipe policière tenter de mettre la main sur un malandrin en épiant sa donzelle, s’étant posté dans l’appartement d’en face. Une opération néanmoins compromise d’emblée sans que la police ne le sache, l’inspecteur Sheridan étant tombé amoureux de la complice présumée dont il avait la surveillance et fomentant de mettre la main sur le magot et de se tirer avec elle. Un double jeu dangereux qui ne pouvait que mal finir…

On enquête sur quelqu’un, on se rapproche de ladite personne et on tombe bêtement amoureux. Un cas d’école pas très original, mais il est vrai que le cinéma a connu plus de représentants depuis qu’avant la sortie du film, donc mieux vaut ne pas lui en tenir rigueur. Néanmoins, même si on fait l’impasse sur la créativité du film qui enchaîne les clichés au point d’être fatiguant de prévisibilité, difficile de passer outre la mollesse outrancière de l’enquête qui piétinera jusqu’au dernier quart-d’heure, mais surtout il est encore plus impardonnable d’avoir à ce point raté le personnage principal. Si déjà sa romance sonne horriblement faux malgré la grosse dizaine de scènes de baisers, sa connerie explosera tous les records, ne faisant attention à aucun détail et fonçant comme une brute lobotomisée. Si la dernière ligne droite réussira à maintenir vos paupières ouvertes, contrairement au reste qui fera plus se décrocher votre mâchoire, une avalanche de soupirs incontrôlables viendront témoigner d’une bêtise sans nom venant de tous bords. Un potentiel très vague souffrant d’une écriture misérable.

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Conspiracy

Conspiracy
2017
Michael Apted

Pendant que certains films comme celui sur les Emoji explosent des records de diffusion (nombre de salles) tout en affichant des retours historiquement dégueulasse (pour garder le même exemple, on parle de 12/100 sur Metacritic et à peine 2/10 sur IMDb, c’est dire), il y en a d’autres qui figuraient pourtant au sommet de la black-list des meilleurs scénarios, et qui malgré un casting de dingue se retrouvent pour ainsi dire privé de sortie. Pour une fois qu’on tient un thriller politique épineux de cette qualité, il est dommage que le public soit massivement passé à côté.

Suite à une ancienne mission qui s’était passablement mal finie, l’ex interrogatrice de la CIA Alice Racine (Noomi Rapace) avait quitté ses fonctions sur le terrain, travaillant désormais sous couverture en tant que conseillère en réinsertion dans un quartier sensible de Londres, espérant y glaner à l’occasion quelques indices sur de possibles attaques terroristes pour le compte du MI6 (Toni Collette). Ayant mit la main sur un dangereux djihadiste et ne disposant pas d’interrogateur sous le coude, la CIA (John Malkovich) va à nouveau faire appel à Alice, mais c’était trop tard : elle était déjà entrain d’interroger ledit suspect soit-disant pour leur compte. Au cœur d’une machination, Alice va devoir découvrir ce qui se trame.

À se faire bourrer le moud à tous les journaux télévisés avec la menace terroriste, enchaînant les faits sordides avec un sens du spectacle putassier, on peine à s’enthousiasmer quand le cinéma en rajoute une couche. Seulement voilà, le film innove en y additionnant une suspicion de complot gouvernementale où les terroristes ne sont que le bras armée d’une menace tapie dans l’ombre de ceux censés les combattre. La situation de base est originale, le concept assez poussé et le fait que le spectateur lui-même fasse sa propre enquête de son côté pour élucider d’où vient la traîtrise nous immerge directement dans le film, d’autant que la sympathie des personnages nous est acquise d’emblée quand on met devant la caméra un tel casting, comprenant en plus Michael Douglas et Orlando Bloom. L’introduction des personnages est systématiquement un modèle de simplicité et d’efficacité, ne s’attardant jamais plus que de raison au profit d’un scénario très bien ficelé qui gère quasi parfaitement tous ses effets de surprise. Seul l’un d’eux m’a sauté aux yeux tandis qu’une autre potentialité s’est effectivement concrétisée, mais la mise en scène avait fait très fort. Peu de scènes d’action mais le rythme effréné nous ferait presque penser le contraire, prouvant une fois de plus la solidité de l’œuvre. Ecriture de qualité, casting au top et dynamisme à toute épreuve.

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L’Expérience interdite

L’Expérience interdite
1991
Joel Schumacher

Contrairement à ce que disent certains pseudo journalistes et autre stagiaires à la con d’allociné, ça n’est pas un remake de ce film qui s’apprête à débarquer au cinéma mais bien une suite 26 ans après l’original. Le film sortant aujourd’hui même aux Etats-Unis, je souhaitais me replonger dans les origines, mais il faudra attendre deux mois de plus pour voir de nouveaux jeunes étudiants retenter l’expérience, probablement sous le regard avisé de l’investigateur.

Plus que la peur de la mort elle-même, c’est la peur l’inconnue qui nous paralyse le soir quand l’obscurité gagne nos maisons et que les ténèbres se répandent. Certains se raccrochent aux religions pour alléger ce fardeau, mais nous attendons tous la preuve véritable de l’au-delà qui nous libérerait de nos plus grandes angoisses. Avec toutes les histoires sur les NDE (Near Death Experience, c’est-à-dire expérience de mort imminente en français), un étudiant en médecine (Kiefer Sutherland) va tenter de se donner lui-même la mort sur une courte période à titre expérimental, accompagné par ces amis et collègues (Julia Roberts, Kevin Bacon, William Baldwin et Oliver Platt) prêts à le ramener à la vie.

Sujet hautement sensible que la mort. La définition elle-même pose problème, la mort clinique n’étant pas irréversible ni forcément effective. Quelqu’un peut être déclaré mort si son électrocardiogramme est plat, de même que si ses fonctions respiratoires ne sont plus actives ou que l’encéphalogramme (activité du cerveau) est plat. Autrement dit, certaines parties du corps peuvent être « éveillées » après la mort, notamment le cerveau. Le voyage astral est une réalité : on peut voir au delà de son enveloppe charnelle et nos sens eux-mêmes sont clairement sous-développés. De là à dire que les NDE et autres phénomènes similaires sont liés à des capacités cognitives non établies, il n’y a qu’un pas que nous sommes nombreux à franchir, faisant du sujet-même du film une vaste supercherie. Mais soit, tâchons de ne pas en tenir rigueur.

Derrière les notions de paradis et enfer, le film apporte un questionnement intéressant en soulevant le thème du purgatoire projeté dans la vie réelle. Après être revenus d’une telle expérience, les cobayes vont se retrouver confrontés à leurs hantises passées et l’angle de développement est louable. Ça reste un traitement très superficiel et on pourrait pousser le concept bien plus loin, mais le simple fait de soulever des questions de la sorte rend le film intéressant. Niveau réalisation on est sur une production des années 90, et même pour l’époque le film a assez mal vieilli, mais heureusement le prestigieux casting rattrape un peu le coup, assurant une certaine intemporalité à l’œuvre. L’idée d’une suite n’est en revanche pas mauvaise du tout tant le concept n’en était qu’à ses prémices, en espérant que la nouvelle expérience soit plus ambitieuse.

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Seven Sisters

Seven Sisters
2017
Tommy Wirkola

Si les ventes de dématérialisé représentent une part du marché un peu plus importante qu’avant, le plus gros des recettes d’un film se fait toujours lors de la sortie en salle. Avec Netflix, le passage par la case cinéma ne pouvait plus se faire à cause de notre chronologie des médias, et même dans les pays où une sortie simultanée entre le service de vidéo à la demande et les salles obscures serait possible, cela ne se fait que de façon marginale. Pour cette production de science-fiction, thème pas forcément très porteur, d’autant plus sans acteurs bankables, la sortie française semblait ne pas pouvoir peser bien lourd, mais ce fut pourtant l’un des plus gros succès de cette fin d’été avec près d’un million et demi d’entrées. Un engouement pour une fois assez mérité.

Le film se déroule dans un futur assez proche proche où la surpopulation a atteint un niveau tout simplement ingérable. La création de champs agricoles enrichis n’a pas suffit à stopper la famine, et pire encore, les modifications génétiques sur les aliments ont conduit à la prolifération des naissances multiples, le taux de jumeau, triplets, quadruplets voir plus ayant explosé. Pour endiguer le problème, l’entreprise de Nicolette Cayman (Glenn Close) a trouvé une solution temporaire : cryogéniser les enfants à la naissance pour n’en garder qu’un, l’enfant unique. Incapable de se séparer de ses sept filles, une jeune mère va confier à son père (Willem Dafoe) la charge de les élever et de les cacher, les Siblings (nom donné aux enfants non autorisés) étant traqués et arrêtés. Officieusement baptisées chacune comme un jour de la semaine, en dehors de leur foyer elles revêtiront toutes la même apparence, celle de Karen Settman (Noomi Rapace), sortant chacune le jour de leur prénom. Un système infaillible durant trente ans, mais un beau jour Lundi va disparaître. Mais que lui est-elle arrivé ?

Si l’univers dystopique décrit est assez classique – et pour cause, il pose des questions essentielles sur notre futur et les thèmes les plus importants sont souvent les plus récurrents – le concept du film est quant à lui bien plus original et aguicheur. Une seule actrice, une seule identité mais sept personnes réelles avec chacune une particularité physique mais surtout morale. D’un simple coup d’œil on peut identifier la personnalité de chacune, abusant pour ça de quelques clichés entre la lesbienne refoulée, la nympho, la sportive ou l’intello geek, mais le talent de l’actrice est si grand qu’on lui accorde d’emblée toute notre crédibilité. La prouesse technique est aussi pour beaucoup dans l’immersion, arrivant à créer jusqu’à sept clones sur certains plans, une illusion indiscernable. Le principe n’est d’ailleurs pas que poudre aux yeux, l’écriture des personnages est très poussée et le concept encore plus, nous réservant de « belles » surprises. L’histoire est dans sa globalité bien plus prévisible, mais il n’empêche que le film ménage particulièrement bien ses effets en misant sur une violence physique et morale très déstabilisante. Mieux encore, le film est pêchu, très beau visuellement avec quelques plans mémorables, et l’ambiance futuriste est pleinement maîtrisée. De l’excellent travail, même si on aurait aimé un scénario un peu plus complexe sur le fond et moins sur la forme, de même que l’extrême violence en rebutera plus d’un. On est même au dessus du traumatisme de l’épisode 8 de la saison 4 de Game Of Thrones pour ceux qui se demandent.

Disponible aussi en vidéo complémentaire :
https://www.youtube.com/watch?v=QhaaTSpIF8M

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On voulait tout casser

On voulait tout casser
2015
Philippe Guillard

Il y a des films sur lesquels on ne ressent pas le besoin de s’attarder, celui-ci en fait partie. Sorti il y a deux ans dans l’indifférence générale, le film est un énième film de potes (avec parmi eux Kad Merad, Benoît Magimel et Charles Berling) avec pour la centuple fois un homme condamné à mort qui le cache à ses proches, en l’occurrence Kad. Il apprend qu’il a un cancer, qu’il ne lui reste que quelques mois, il fait croire que tout va bien parce que tout le monde a une vie de merde et que presque tous, lui compris, ont des problèmes de couple et ont déjà divorcé. Mais bien sûr, le papier à la con qu’il a dans sa veste va tomber dans les mains de quelqu’un, ils vont prendre conscience de patati patata, remise en question de la vie, dramaturgie et compagnie et que c’est beau l’amitié. Originalité zéro, suspense négatif.

En France nous avons un don ahurissant pour faire chier le public en lui racontant une vie ordinaire et morose. À quoi bon raconter une histoire si elle n’est ni drôle, ni émouvante, ni intéressante, ni divertissante, ni éducative ? On en retire aucune leçon de vie ou de cinéma, les acteurs étant assez inconsistants, voir mauvais pour les moins connus que je n’ai même pas prit la peine de nommer. Eh puis franchement, on repassera niveau crédibilité de la bande, très loin de pouvoir prétendre être une bande de copains d’enfance puisque 16 ans séparent l’aîné du benjamin. C’est plat, les gags sont lourds et l’écriture est brouillonne, pour ne pas dire bordélique tant on oublie presque tous les enjeux principaux durant une bonne partie du film. Ça n’est pas non plus un calvaire total, mais autant passer son chemin.

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Le Procès du siècle

Le Procès du siècle
2017
Mick Jackson

Nominé aux Bafta dans la catégorie meilleur film de l’année et parlant de procès, que demander de plus ? Même pas besoin de savoir de quoi ça parlait, qui était impliqué dans le projet, j’avais déjà signé. Seulement dès la première scène, j’étais à la fois happé et angoissé : ce film parle de l’existence de l’Holocauste (massacre des juifs durant la Seconde Guerre Mondiale pour ceux qui se demandent). On part d’une question simple, à savoir « peut-on prouver que l’Holocauste a réellement eu lieu ? ». Oh mon dieu oui, le sujet le plus tabou de tous les temps va t-il enfin avoir le droit à un réel débat sur la véracité des supposées preuves ?! Ah bah non, faut pas abuser…

L’histoire se déroula fin des années 90 début 2000 alors que l’historien britannique David Ivring (Timothy Spall) intentait un procès en diffamation contre un professeur d’université américaine, Deborah Lipstadt (Rachel Weisz), qui l’accusait entre autre de négationnisme et racisme dans un ouvrage se moquant de ceux ne croyant pas en l’Holocauste. Si aux Etats-Unis la présomption d’innocence prime, faisant que dans un tel procès cela aurait été à Ivring d’apporter la preuve de la non existence de l’Holocauste, en Grande Bretagne c’est l’exact inverse : ce fut à Lipstadt de « prouver son existence ».

Le film semble très intéressant au début dans la mesure où il avoue que le camp d’Auschwitz n’était pas dans un premier un camp d’extermination, et que les preuves de cette transformation sont pour ainsi dire nulles. Les nazis ayant dynamité les lieux au moment de partir, les preuves sur place ne sont que pures spéculations ou le fruit de tests irrecevables, quant aux preuves aériennes elles restent largement discutables, entrant souvent en contradiction avec les témoignages de l’époque et les plans architecturaux. Entre un nombre de victimes variant de plusieurs millions au fil des décennies en fonction d’accords assez obscures, voir ouvrir un débat sur l’existence de l’Holocauste paraissait être la plus grande révolution de l’histoire en terme de liberté d’expression, nourrissant de réelles interrogations sur les réalités historiques. On était alors très curieux de voir les preuves de chacun, mais le film – apparemment extrêmement fidèle à la réalité en citant mot pour mot les retranscriptions du procès – se montre particulièrement décevant d’un côté comme de l’autre. Du côté de Ivring, son arrogance l’a conduit à sa perte, le faisant se confronter seul face à la fusion de plusieurs cabinets d’avocats (incluant Tom Wilkinson) très puissants et disposants de finances considérables. Déstabilisé pour un rien, son attaque passera rapidement d’impressionnante à ridicule, débordé par une quantité de frasques choquantes faisant passer papy Le Pen pour un bon samaritain. Quant au monstre juridique faisant travailler la moitié des avocats de Londres, il n’apportera à aucun moment la preuve de l’existence de l’Holocauste, basant l’intégralité de leur défense sur la nature douteuse des travaux de Ivring. On espérait un procès au sommet, preuves contre preuves, mais ça n’est en réalité que débâcle contre déballage de frasques. Les acteurs sont assez bons et le film se dote d’une patte visuelle volontairement désuète pour nous plonger dans l’ambiance de l’époque, montrant un vrai travail artistique derrière entre la réalisation quasi télévisuelle et l’étalonnage plus fade et granuleux, mais ça ne saurait rattraper l’inconsistance monstrueuse du scénario. Veine tentative de faire croire à une quelconque importance historique.

PS : à force de refuser d’examiner les potentielles les contres-preuves et de fermer la porte à tout débat sans jamais fournir la moindre preuve de l’Holocauste, on en viendrait presque à douter de la version officielle. Comme dirait le juge, on ne peut qu’être choqué par l’absence totale de preuves.

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Ça

Ça
2017
Andy Muschietti

Voilà un film qui ne m’attirait pas spécialement, contrairement à l’écrasante majorité des gens. Alors que j’avais esquivé le pavé de plus de mille page de Stephen King, subit le téléfilm des années 90 qui était pour moi un nanar indigne comprenant la mort la plus risible de l’historie du cinéma, les gens attendaient quant à eux avec un intérêt colossal cette réadaptation du roman, la bande-annonce ayant pulvérisé le record du plus grand nombre de vues en 24h. Et depuis sa sortie, le film ne cesse de faire tomber les records : meilleur démarrage de tous les temps pour un film d’horreur et meilleur démarrage pour un mois de septembre avec dans les deux cas plus du double du précédent record, et en seulement 14 jours d’exploitation le statut de plus gros succès de tous les temps détenu depuis plus de 40 ans par L’Exorciste vient de tomber. Plus de 400 M$ en deux semaines, c’est tout simplement du jamais vu pour le genre, et même en terme de surnaturel le record de 673 M$ du Sixième Sens doit compter ses jours avant la chute. Un engouement gigantesque que personne n’avait vu venir aussi haut, non sans rappeler les élans nostalgiques ahurissants de Star Wars VII, Jurassic World ou encore La Belle et la Bête.

Prenant place dans la ville de Berry dans les années 80 (contre 50 dans le téléfilm et le livre), le film retrace les mésaventures de sept jeunes de 13 ans : Bill (Jaeden Lieberher), Richie (Finn Wolfhard), Eddie (Jack Dylan Grazer), Ben (Jeremy Ray Taylor), Stanley (Wyatt Oleff), Mike (Chosen Jacobs) et Beverly (Sophia Lillis). Chacun rejeté de la société à leur manière, ils vont se retrouver en proie à la même menace : un clown (Bill Skarsgard) terrifiant s’amuse à faire peur aux enfants de la ville, et certains disparaissent même. En plus de pouvoir matérialiser les peurs de ses victimes, il se nourri de leur chair !

Alors que tout le monde attend fébrilement la seconde saison de l’exceptionnelle série Stranger Things, croisement miraculeux entre Les Goonies et Silent Hill, la formule visant à mélanger nostalgie, enfants et horreur refait surface avec une réadaptation d’un classique de la littérature qui a imposé dans l’imaginaire collectif l’image du clown terrifiant, bien que limiter le monstre de Ça à cette simple image serait erroné. Oui, c’est son apparence « basique », mais il est capable de revêtir n’importe quelle apparence imaginable. Une potentialité déjà bien mieux exploitée que dans le téléfilm, mais on a du mal à comprendre le choix de le faire apparaître systématiquement à un moment donné sous sa forme clown. Ou en fait si : c’est bien plus facile pour créer la connexion entre les enfants, tous pouvant dire « moi aussi j’ai vu le clown ». Une facilité scénaristique dommageable, de même que le raccourci ultra violent avec « le père ne voit pas le sang donc tous les adultes sont incapables de voir les manifestations, donc même pas la peine d’essayer de leur en parler ». Ah c’est sûr, ça évite de devoir trouver une bonne explication à « pourquoi les enfants se lancent-ils seuls contre un monstre pareil ? », mais du coup on reste continuellement là à se dire qu’ils sont des abrutis finis de ne même pas avoir essayé de prévenir quelqu’un qui serait mieux armé pour lutter contre une menace pareille. Enfin bon, la menace reste bien gentille dans la mesure où ses premières visites auraient pu faire mouche directement, prévenant de la menace avant de faire quoi que ce soit. Oui bonjour, c’est pour un meurtre, je ne dérange pas j’espère ? On reste globalement très dubitatif face à l’histoire, pas très originale ni crédible, abusant de stéréotypes, de clichés, d’hasards bien pratiques et de raccourcis honteux. On peut le dire, c’est assez mal écrit.

Heureusement, le reste des aspects du films sont pour la plupart bien plus convaincants. Commençons déjà par le point le plus réjouissant : le casting. Aucun mauvais acteur à signaler, les enfants sont tous très bons – étrangement le héros de Stranger Things est le moins bon du lot, c’est dire – notamment la jeune interprète de Beverly, absolument impeccable du début à la fin et la suite de sa carrière sera à suivre de très très près. Je prend les paris, elle recevra un Oscars dans les dix à venir. De fait on s’attache d’emblée aux personnages, surtout Beverly et Bill qui sont les plus importants, nous permettant de rentrer directement dans l’histoire, aussi peu crédible soit-elle. Si la mise en scène est convenue voir carrément contre-productive tant elle tue toute forme en suspense, la réalisation est très réussie, offrant une belle lisibilité à l’action et nous offrant quelques plans mémorables comme la désarticulation, la danse ou encore les corps flottants. Les panoramas sont magnifiques et certains mouvements de caméra sont superbes, comme toute l’introduction avec le bateau. Visuellement ça a de la gueule, le casting est au top et l’ambiance prend très bien, assurant un certain divertissement, mais difficile de s’enthousiasmer outre mesure face une écriture si faible et un frisson à ce point absent. Certes, le film avait de belles idées disséminées et il ose une forme rare de violence, tant physique que morale avec les parallèles sur les vrais monstres humains, mais c’est bien trop peu pour prétendre révolutionner le genre ou ne serait-ce que se poser comme une référence. Attendons le second chapitre pour être tout à fait définitif, mais c’est pour l’instant un peu trop creux.

Disponible aussi en vidéo complémentaire :
https://www.youtube.com/watch?v=QhaaTSpIF8M

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