Spell

Spell
2021
Mark Tonderai
Balancé en VOD pour y mourir en pleine pandémie Covid, le film a effectivement eu une exposition inexistante et n’a fait aucun bruit à sa sortie. Le temps va t-il rattraper cette injustice ? Tout juste ajouté au catalogue Netflix, le film a immédiatement bondit à la troisième place du top, et je dois dire que ce fut une très bonne surprise, s’attaquant au genre horrifique par un assez original, ou tout du moins plutôt rare : le vaudou (bien qu’au passage, entre l’avion, le côté désertique et l’intégralité de la population locale noire, et le fait d’insister sur des origines lointaines, l’absence de réseau, le questionnement sur les lois locales, je pensais que l’action se situait en Afrique, mais pas du tout, cela se passe dans les montagnes de l’est des Etats-Unis).
Riche homme d’affaire qui a quitté son petit village natal pour faire fortune à la ville, Marquis T Wood (Omari Hardwick) va apprendre le décès de son père, devant alors se confronter à son passé après plusieurs décennies à lui avoir tourné le dos. Il va alors partir avec sa femme et ses deux enfants en direction des Appalaches, mais pris en pleine tempête, leur avion va s’écraser dans les montagnes. A son réveil, Marquis va se retrouver dans un lit rustique d’un grenier aménagé d’une vieille maison de ferme, mais d’après ceux qui l’ont recueilli, aucune trace de sa famille, refusant même de le laisser bouger du lit. Un sauvetage aux airs de séquestration, aux bienfaiteurs semblant cacher de sombres secrets.
A mi chemin entre du film de secte à la Midsommar et de la pure séquestration style Misery, le film installe avec brio une ambiance très oppressante et stressante. Non seulement le héros de l’histoire doit craindre pour sa vie, étant pris dans un piège dont il doit en comprendre les ressorts, mais en plus l’incertitude concernant sa famille rajoute une pression monumentale. En supposant qu’il n’y ait pas de twist à base de déni de deuil ou autre, ne pas savoir ce qu’il est advenu de sa famille rajoute une seconde épée de Damoclès au dessus de sa tête : peut-être que sa famille est également captive, peut-être sont-ils morts dans le crash, ou peut-être ont-ils été éjecté de l’avion ailleurs, nécessitant une assistance d’urgence et il faut alors sortir de là au plus vite pour leur apporter secours avant qu’il ne soit trop tard. On est donc plongé dans l’ignorance totale sur la situation de chacun, ne pouvant que spéculer sur leur sort, sur les intentions des gens du coin, craignant donc à la fois pour ce qu’il se passe à l’écran, mais également en hors champ. Atteignant à peine les 1h30, le film est très bien rythmé, prenant et avec une gestion des effets horrifiques bien équilibrée entre visions violentes et stress constant, avec même un setup payoff assez jouissif concernant sa fin, efficace et surprenante. On peut même féliciter le métrage pour sa mise en scène magnifique, gérant l’éclairage avec brio (vu le casting et les plans de nuits, c’est un modèle du genre) et offrant des plans vraiment beaux (les flammes, les plans éclairés par la lune avec la cabane, mais surtout les fameuses poupées). J’ai rarement vu autant de cinéma dans un film d’horreur, et si la formule reste assez simple, son exécution est formidablement efficace. Très belle surprise pour un genre qui atteint rarement de tels sommets.
