Looper

Looper
2012
Rian Johnson

Rien n’est plus délicat que le domaine de la science-fiction, et nombreux sont à s’y casser les dents. Mais chaque année, ou presque, une petite perle du genre sort de nulle part et nous surprend avec panache. L’an dernier, Source Code avait pleinement rempli ce rôle et avait généré un bouche à oreille énorme. Et cette année, Looper nous est présenté comme une nouvelle grande réussite. Et pourtant, la bande-annonce, aussi sympathique fut-elle, semblait annonciatrice de scénario limité et de chasse au suicide bizarre et maladroite. Mais quand les critiques sont à ce point enthousiaste, ça mérite au moins qu’on se penche dessus.

Le film prend place dans un futur relativement proche : 2044. Pas de grands changements si ce n’est quelques voitures volantes instables et une nouvelle drogue sous forme de gouttes pour les yeux, et aussi une mutation génétique qui permet à 10% de la population de faire léviter de petits objets momentanément. Mais la plus grande évolution est à venir : le voyage dans le temps. Trente ans plus tard, ce sera fait, et du fait de son illégalité, seul quelques grands mafieux l’utilisent pour se débarrasser des corps, apparemment traçable dans le futur. Du coup, ils expédient les corps en 2044 où des looper abattent, sans se poser de questions, les hommes cagoulés qui apparaissent. Un job bien payé mais qui a un prix : les looper, ou boucleurs, doivent accepter que dans trente ans ils seront expédiés dans le passé pour être éliminés, bouclant la boucle.
Joe (Joseph Gordon-Levitt) est l’un d’entre eux. Petit arriviste de première, il est le genre d’homme qui n’hésite pas à balancer son meilleur ami (Paul Dano) contre de l’argent, ami accusé de n’avoir pas bouclé la boucle. Etant lui aussi looper, il s’est retrouvé confronté à son futur lui lors d’un assassinat, et n’a donc pas rempli le contrat. Quelques jours plus tard, Joe se retrouve lui aussi confronté à son futur lui (Bruce Willis). Ni cagoulé, ni attaché, il réussi à s’enfuir et part à la recherche de « l’homme de la pluie », celui qui persécute les gens du futur et est le responsable de ses malheurs. Armé d’un numéro l’identifiant, il se doit de tuer l’enfant tant qu’il en est encore temps. Pour le Joe du présent, la situation est chaotique : il a tout perdu et il doit tuer son futur lui pour retrouver grâce aux yeux de ses employeurs.

Personnellement, je n’attendais pas grand chose du film, si ce n’est un film d’action sur fond de voyage dans le temps, avec tout de même un duo Willis / Gordon-Levitt prometteur. Et finalement, le film impose un style et une vision futuriste originale, bien exploitée, riche et solide. La vision de décadence de l’humanité est certes, assez pessimiste (prolifération des SDF, absence de police, rues délabrées, …), mais plutôt pertinente et sa logique est aboutie. Il y a néanmoins beaucoup de spéculations de la part du spectateur puisque si les évènements se déroulent à plusieurs époques, on retrouve majoritairement la même ville. La situation est-elle pareille partout ? Mystère… On retiendra aussi l’ambiance qui s’en dégage, étrangement surréaliste, où les histoires de télékinésies nous mènent au bord du fantastique. Et le mélange de tous ces éléments fonctionne parfaitement : un scénario en béton. Et orientation action oblige, le film est très dynamique. Pour ainsi dire aucun temps morts. Côté casting, le tandem de choc tient ses promesses (on saluera les efforts de Joseph Gordon-Levitt pour copier les mimiques faciales de son aîné), bien que Bruce Willis soit un peu trop effacé. On retrouvera aussi Jeff Daniels et Emily Blunt, moins impactant mais tout aussi crédibles. Si le petit règlement de comptes est assez classique, bien que ponctué de rebondissements bluffant, le fond est tellement bon qu’on ne peut qu’être conquis par tant d’ingéniosité. Seul bémol : la fin. En plus d’être prévisible, elle manque de force et d’envergure, amenant indubitablement à une petite déception qui fait tâche. Mais après tout, elle respecte bien l’ambiance générale. Une chose est sûre au moins : tout le monde y trouvera son compte. Les fans de science-fiction verront là un travail profond, et les autres apprécieront la force de la réalisation et le rythme tonique de l’histoire.

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3 réponses à Looper

  1. Julien dit :

    Même si je dois admettre que ce film a des qualités, je suis fan de science-fiction, mais je ne vois pas de « travail profond ». Le scénario est bâclé !

    Ok, l’idée de départ est plutôt bonne, les acteurs bons dans leurs rôles respectifs, le futur est quant à lui « plutôt réaliste » (pour une fois) en dehors des voitures volantes qui n’ont définitivement aucun avenir !
    Reste un sacré lot d’incohérences et d’éléments foireux ; à commencer par la fameuse machine à voyager dans le temps qui est d’un ridicule pathétique.
    La télékinésie est elle aussi complètement hors de propos et n’apporte strictement rien au film. Pire : elle lui ôte son aspect crédible.

    Pour en revenir au « travail profond », je vois mal comment on peut oser dire ça après avoir vu la conclusion ridicule de ce film. Comment imaginer que le héros se suicide alors qu’il aurait suffit qu’il décide tout simplement de ne jamais mettre les pieds à Shànghǎi ?
    S’il ne va pas en Chine, il ne rencontre pas sa femme et son double ne veut donc plus à tout prix revenir dans son époque et ne voudra donc plus tuer l’enfant.
    Autre solution : la paire de Joe aurait simplement pu tuer le Abe (Jeff Daniels) du présent, qui doit être ado.

    Et puis pour que le scénario soit cohérent, il aurait fallu aller jusqu’au bout : Joe se suicide → Le « maître des pluies » ne crée par sa mafia → Abe n’est pas envoyé dans le passé → Joe ne devient pas Looper et reste une racaille qui traîne dans la rue → Joe ne se suicide pas…
    En clair, après s’être suicidé, il devrait logiquement ressusciter sous la forme de la racaille qu’il aurait dû rester s’il n’était pas devenu Looper. CQFD.

  2. Antoine dit :

    C’est probablement ce qui c’est passé, mais dans une autre dimension. Car à ce niveau là, le meilleur ami est tué dans le présent à cause de son futur, qui n’existe donc plus. le point de départ du film serait alors un non-sens. Je pense qu’ils prennent le parti de dire que chaque époque se passe dans une dimension différente et ne peux influer que l’espace temps en cours sans en modifier les autres.

    Pour ce qui est du voyage dans le temps, je pense qu’il est impossible de l’expliquer et que le film gagne en crédibilité en choisissant le mystère et l’ignorance. Bon après c’est vrai que y’a plus classe qu’une sphère…

  3. Julien dit :

    Non, tu te trompes. Il n’y a pas d’histoire de dimension parallèle puisqu’après s’être suicidé, le Joe du futur disparaît instantanément… comme si son lui-du-passé avait effectivement tiré.
    Et pour la sphère, c’est pire que ça : c’est une sphère en CUIR ! Le matériau du futur par excellence ! 😛

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