Manhattan

Manhattan
1979
Woody Allen

Grand classique du cinéaste Woody Allen, le film est resté pendant longtemps son plus grand succès aux Etats-Unis avec près de 40 M$, depuis largement détrôné par son Minuit à Paris. De plus, le film avait connu un beau succès auprès des institutions cérémonials, raflant principalement l’Oscar du meilleur film étranger et le BAFTA du meilleur film. Une belle consécration pour le huitième film de son réalisateur.

Ode à la ville de New-York, et plus précisément à l’île de Manhattan, le film s’axe autour de la petite vie de Isaac Davis (Woody Allen). Pseudo écrivain prostituant ce qu’il croit être du talent à la télévision pour des shows comiques, il aime se plaindre de la continuelle déception de sa vie, entre un premier mariage inexistant, un second qui fit partir sa femme (Meryl Streep) avec une autre femme, et sa nouvelle relation qu’il voit vouée à l’échec de par les 17 ans de sa conquête. – Qui a dit pédophilie ? – Mais sa rencontre avec Mary (Diane Keaton), maîtresse de son meilleur ami, va lui redonner espoir, et il s’imagine alors voguant avec elle sur le flot de la vie.

Dès les premières minutes on comprend pourquoi le film est le préféré de Hank Moody (de la série Californication) : le héros a le même genre de mentalité. Il idéalise sa ville, se rêve écrivain et se dit en panne d’inspiration en dehors de sa ville, aime picoler et fumer pour le style, est nostalgique d’une époque qu’il n’a pas connu, porte un regard dédaigneux sur la jeunesse mais se sent attiré par elle. D’une nature calme et solitaire, il ne peut malgré tout s’empêcher de vivre auprès d’une femme, mais jamais la bonne. De sa vision pessimiste et auto-destructrice du monde, en passant par un langage un peu cru et l’humour qui va avec, on retrouve tout de lui. L’inspiration va beaucoup plus loin que le simple clin d’œil (on y retrouve même carrément sa fameuse Porsche). Ceci explique cela.

Pour ce qui est du film en lui-même, une question n’échappera à personne : pourquoi est-ce en noir et blanc ? Il s’agit même du contraire d’une bonne idée, car New-York est une ville colorée avec son parc verdoyant, ses publicités extravagantes, les doux rayons du soleil qui percent les nuages, le ruissellement de l’eau. Choisir de restituer la ville en si peu de couleurs n’est pas lui rendre hommage car on perd en informations visuelles. Mise à part ça, la réalisation est très belle, et les quelques musiques qui ponctuent le film desservent une atmosphère réussie. Pour ce qui est du scénario en revanche, il faudra faire avec le style habituel du réalisateur, à savoir des personnages atypiques et peu perspicaces sur les choses de la vie, à qui il arrive des péripéties romanesques tumultueuses encore une fois tournées vers l’amour et le milieu des écrivains. Un constat qui enlève encore un peu plus de crédit à ses films comme Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu, qui pourrait presque en être un remake, mais néanmoins moins abouti de par l’éparpillement des histoires et le manque d’intérêt de certaines. Ici, Woody Allen aura su canaliser son histoire pour l’optimiser au maximum, mais on n’échappera pas à son absence de fin habituelle. Le film peu éventuellement être considéré comme un grand classique de par la marque de fabrique qu’on retrouvera dans bien des films du réalisateur, mais on est loin du grand chef d’œuvre, et il a heureusement fait mieux depuis.

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