La Guerre des Boutons

La Guerre des Boutons
2011
Yann Samuell

Racontant les querelles de deux bandes rivales d’enfants à la fin du XIX° siècle, le livre de Louis Pergaud est récemment tombé dans le domaine public, donnant libre court à qui veut en faire une nouvelle adaptation cinématographique. En effet, une version portant le même titre était sorti en 1962 et avait prouvé le potentiel commercial de l’histoire en faisant quasiment dix millions d’entrées en France. Et il y a deux ans, deux productions reprenant à leur compte le livre se sont affronté à une semaine d’intervalle, espérant jusqu’au dernier moment que l’un des deux se déprogrammerait (celui-ci en l’occurrence, une tentative de soudoiement a même eu lieu pour le repousser), mais ce fut un double KO : 1,4 millions d’entrées pour le premier et 1,5 pour le second, soit à peu près leurs budgets respectifs (12,8 M€ / 15 M€). Le succès du modèle est donc loin, mais quant n’est-il de la qualité ?

Tout comme le grand classique de 1962, le film replace lui aussi l’histoire durant la guerre d’Algérie. Dans un petit village du midi, on suivra les rivalités de deux classes d’une même école : celles des professeurs Merlin (Eric Elmosnino) et Labru (Alain Chabat). Telle une guerre de religion (enseignée par le curé Fred Testot), les deux clans s’affrontent virilement à grands coups de lance-pierre et épées en bois, opposant les guerriers de Lebrac (dont la mère est jouée par Mathilde Seigner) contre ceux de Aztec. Un jeu qui se termine souvent tout débraillé, les boutons finissant par terre, arrachés.

Dès le début, ça ne marche pas. Il y a de base un problème d’époque, le temps où se passe le film étant beaucoup trop avancé pour qu’on est encore l’ambiance des Pagnol. Ça a beau être un coin paumé, leur retard culturel est inexplicable. Mais ça reste du domaine du détail, surtout comparé aux autres problèmes du film. Comme bien souvent, la plupart des enfants sont insupportables et médiocres, et cela se répercute sur les adultes en les traînant vers le bas, comme les joutes « verbales » des deux professeurs : des moments particulièrement honteux et indigestes. Pire encore, ce qui aurait dû être le nerf du film, les affrontement rivaux entre les deux groupes d’enfants, n’est qu’une risible chamaillerie filmée avec les pieds. Il y avait plusieurs drames humains à traiter (la guerre, la misère), mais ces sujets ne sont qu’évoqués. Le seul point positif du film, outre une ambiance assez légère, c’est le duo Lebrac / Lanterne, cette dernière apportant un personnage intéressant et réussi. Les protagonistes étant en pleine adolescence affichant 14 et 13 ans au compteur, on pouvait néanmoins espérer une romance un peu moins bac à sable, mais ça reste attendrissant. L’ennui n’est donc pas accablant, mais clairement le film n’est pas à la hauteur.

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