Assassin’s Creed IV : Black Flag

Assassin’s Creed IV : Black Flag
2013
PC

Alors que l’aventure d’Assassin’s Creed III se terminait par un énorme retournement de situation avec une entité de l’ancien monde réveillée qu’on supposait en possession du corps de Desmond Miles, la suite de la saga semblait tracée : il y avait fort à parier que le prochain jeu nous fasse terminer l’histoire avec l’ancêtre Connor Kenway, tout en le revivant à travers l’esprit habité de Desmond. C’est alors qu’Ubisoft a annoncé non pas une pseudo-suite spin-off du troisième jeu, mais bien un quatrième, avec ce que cela implique : un nouvel ancêtre avec un nouvel univers à visiter. Donc un soin au moins équivalent avec en prime une plongée au cœur de la piraterie du XVIII°, un cadre potentiellement meilleur que celui de la guerre d’indépendance qui avait souffert de son côté trop historique. Un jeu porteur d’espoir, mais le résultat sera l’un des plus décevants de l’histoire du jeu vidéo.

Graphismes : 16/20

Après la claque monstrueuse du dernier jeu, on ne pouvait que s’enthousiasmer de parcourir des environnements bien plus riches et foisonnants, mais le jeu va commettre l’erreur suprême : le open world sans chargements. Autrement dit une unique mappe d’une taille considérable à charger en une fois, au lieu des diverses zones étendues séparées des derniers jeux. Le bilan est tout simplement catastrophique : pour la même puissance de machine, le résultat est significativement moins bon, et les performances maximales demandées sont ahurissantes. On peut théoriquement atteindre un résultat avoisinant son prédécesseur, mais l’affichage pur n’est pas le seul problème du jeu. En effet, on déplore une quantité de bugs alarmant : des ennemis visibles sur la carte mais pas à l’écran, une distance d’affichage gênante de par sa faible portée, des textures souvent grossières, des baisses de framerate (taux d’images par seconde) insupportables lors de la pluie ou autre surenchère trop lourde, et surtout une redondance terrible en ce qui concerne les environnements. La technique pure n’ayant que peu changé, elle reste très bonne, mais malgré des visages plus fins, le jeu est en net recul en terme de performance physique.

Jouabilité :
Hors Animus : 02/20

Dans le jeu, on incarne donc un personnage mystère, employé de Abstergo Enterprise dont le nouveau projet est l’idée de commercialiser l’Animus. Grâce à une technique nouvellement développée, n’importe qui peut revivre les souvenirs de n’importe qui via le sang de la personne, et c’est ce que notre personnage énigmatique fait, revivant les souvenirs d’un ancêtre de Desmond. Pour protéger l’anonymat du héros, le jeu adopte une vue à la première personne, et c’est l’une des choses les plus vomitives jamais vues. Interface encombrante, déplacements chaotiques, gestion de la caméra saoulante : se balader dans les locaux est un calvaire. Pire encore, les mini-jeux proposés sont ou trop faciles, ou super chiants, et le résultat est au mieux inutile, au pire inquiétant quant au scénario et la tournure des événements. 

Dans l’Animus (sur terre) : 13/20

Heureusement, cette partie correspond aux trois quart du jeu, et on reprend grosso modo ce qui faisait le succès des Assassin’s Creed. Mais visiblement l’inspiration n’est plus là. Sur la terre ferme, rien de neuf à l’horizon et une redondance à toute épreuve : des forts à prendre, des personnes à suivre puis tuer, des bâtiments à infiltrer pour prendre un objet ou une vie, des contrats d’assassinats et point barre. Sachant que seules les deuxièmes et troisièmes ne provient pas de missions annexes, cela montre toute l’étendue des missions proposées. La gestion de son île est une perte de temps et d’argent, et seule la récompense des « missions assassins » en vaut la peine. En plus de ça, les bugs innombrables nuisent gravement au plaisir de jeu, aboutissant à des passages d’une difficulté rageante et on bute souvent parce qu’on ne trouve pas la technique à adopter, alors même que le principe de la saga est qu’on peut généralement gérer les choses comme on veut. La précision est aussi à la ramasse, et on peste de ne plus pouvoir escalader les rochers. On reste dans du système de jeu dynamique et efficace, mais il serait temps de se renouveler.

En mer : 05/20

Atroce, tout simplement atroce. Aucun moyen de transport dans aucun autre jeu au monde n’aura connu une maniabilité aussi lourde et absurde. Non seulement d’une lenteur colossale, le navire nécessite en plus une manipulation indigeste pour tourner : pousser le joystick à fond vers la direction souhaitée, puis quand la barre du navire se bloque, tout relâcher et répéter l’opération jusqu’à avoir le bon cap. En pleine mer calme, tout va bien, mais quand les éléments s’agitent, ou qu’on se retrouve prit dans une bataille navale, difficile de garder à la fois les yeux sur l’ennemi et sur son gouvernail. Plus grave encore, si la terre est proche, il devient carrément impossible de jongler en plus avec la carte pour ne pas se manger un rocher, surtout que notre vassal nous préviens vraiment une seconde avant l’impact. Il y a aussi les explorations sous-marines, grotesques entre le niveau d’oxygène et les requins qui s’y massent, mais il y a pire : les abordages. Si déjà il faut mettre l’intégralité de ses revenus dans l’amélioration de son navire pour espérer toucher le gros lot, une fois en plein abordage commence la partie la plus délicate et généralement meurtrière. Pour espérer ne pas crever sous les coups simultanés de dizaines de pirates ou corsaires, le canon-sur-pivot est une arme non négligeable, mais les 2/3 des navires ennemis sont trop haut pour atteindre le sommet de la coque, tirant ainsi dans le vide. Et pour peu qu’on soit à la bonne hauteur, le mouvement des vagues et des grappins font que 95% des tirs seront manqués. Ajoutez à cela un décrochage de mat majoritairement fatal et vous obtiendrez un taux de réussite avoisinant les 2%, s’améliorant progressivement jusqu’à un maxi de 35%, ce qui reste une entreprise folle. Quant à la pêche, elle aussi hasardeuse qu’inexistante (une seule découverte prise en 30 heures).

Durée de vie : 14/20

En ligne droite le jeu se boucle en 25-30 heures, et plus proche de 50 pour approcher les 100% de synchronisation. C’est évidemment énorme, mais c’est un chiffre artificiellement gonflé par des missions sans intérêt, des passages à vide et des séquences régulièrement recommencées pour cause d’échec. Donc non seulement l’envie de s’attarder sur l’aventure principale est faible, mais les à côtés sont presque handicapant. Donc oui, le jeu dure beaucoup, mais à quel prix ?

Bande son : 15/20

On y est habitué depuis le temps, mais ça fait toujours plaisir de le voir être confirmé d’épisodes en épisodes : les castings vocaux sont toujours aussi réjouissants. Des voix des plus connues se donnent la réplique, et on est content de constater que le héros pirate dont on revit l’histoire soit doublé par nul autre que Thor (du moins pour la version française). On regrette par contre que certains passages connaissent des décalages entre le son et l’image, mais rien de récurrent. En revanche, si quelques musiques sonnent divinement, le jeu est encore une fois que peu inspiré globalement, et on dénote de nombreux chants de pirates pour le navire qu’on apprécie de pouvoir zapper.

Scénario : 04/20

Voilà clairement le point qu’on attendait le plus au tournant : on ne sait pas trop ce qu’il est advenu de Desmond Miles, mais on sait que Junon est désormais libre et on s’attendait à voir le monde sous son joug. De plus, à force de constater que les passages avec Desmond étaient largement supérieurs à tout le reste, un boulevard était tracé, mais non. À la place on se retrouve plongé au cœur d’Abstergo l’air de rien, bossant sur un projet de film interactif où le spectateur revivrait sur demande les moments les plus intenses des personnages les plus intéressant de l’histoire, et tout cela via l’Animus. Une façade en réalité pour en apprendre plus sur un lieu des Anciens appelé « l’Observatoire », lieu qui abrite une technologie capable de surveiller n’importe qui pour peu qu’on ait son sang. Pendant tout le jeu on s’attend à avoir une révélation colossale, comme Desmond qui serait amnésique et qu’on incarnerait en réalité toujours lui, même si on soupçonne au début quelqu’un comme Shaun, mais lui et Rebecca y bossent déjà sous couverture. On ne veut pas croire en ces vidéos « post-mortem » et en la déclaration d’un fou qui fait clairement référence à une apparence féminine, mais face à une absence quasi totale d’éléments faisant avancer la vraie histoire, le doute n’est pas tellement permis : Desmond est mort et on incarne une cruchasse lambda. Donc mise à part découvrir que les Anciens étaient épiés et que leur sang se balade quelque part dans un lieu tenu secret par Junon, c’est désespérément vide et l’histoire de Edward Kenway (oh surprise père de Etham et grand-père de Connor) n’est qu’une insulte aux histoires légendaires de pirates, Barbe-noire étant montré comme une lavette, le Kid est une fille et son histoire entre en contradiction avec le précédent jeu, et les autres acolytes ne valent pas mieux.

Note Globale : 11/20

Voilà une douche des plus froides. Alors qu’on avait atteint des sommets et que ce jeu s’annonçait épique et grandiose, il commet la trahison ultime, bafouant tout ce qui faisait la force de la franchise. Après avoir dévoilé une quantité de choses terrifiantes, on sombre quasiment dans le degré zéro du scénario, le jeu se limitant presque à faire mu-muse chez les pirates. D’un bout à l’autre les déceptions se multiplient et on se lasse très vite de cet univers nautique. Moins grave mais tout aussi injurieux, le jeu nous inflige une jouabilité horrible, perdant en précision, en efficacité, et nous assommant avec des phases en bateau cataclysmiques. Les graphismes perdent en finesse, la musique en inspiration, et le plaisir n’y est plus. On retrouve bien notre base fétiche, mais l’âme est corrompue. Reste t-il un avenir pour la licence ? À moins de prévoir du costaud sur le personnage mystère (ressusciter Desmond ?) et sur les Anciens, de mettre le paquet sur le présent et d’arrêter ces folies maritimes, l’avenir d’Assassin’s Creed risque d’être très sombre.

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