Devine qui vient dîner…

Devine qui vient dîner…
1967
Stanley Kramer

À l’époque 35° plus gros succès de l’histoire en terme de nombre d’entrées, le film avait marqué les esprits de bien des manières. Si certains s’en souviendront comme du dernier mettant en scène Spencer Tracy, mort seulement quelques jours après le tournage, il fut surtout un film engagé sur le droit des personnes de couleurs, mettant le peuple face à une hantise pour bien des familles : le mariage mixte. Impensable à l’époque alors que le tiers des états interdisaient purement et simplement l’union des deux « espèces », le film eu l’effet d’une bombe et fut l’objet de nombreuses manifestations, suscitant la colère des intégristes et l’admiration des autres. Bien sûr, à l’heure où la mixité n’est qu’affaire de choix, de même que la préférence sexuelle, le film ne peut être jugé que sur ses qualités propres et non sur son contexte historique.

Le film se présente sous forme de huis clos théâtrale, alors que la jeune Joey ramène à ses parents (Spencer Tracy et Katharine Hepburn) son tout récent compagnon avec qui elle se voit déjà marié et pourquoi pas, le rejoindre à son travail prochain à Genève. Mais seulement voilà, elle la jolie blanche de bonne famille, son cher John (Sydney Poitier, qu’on a d’ailleurs vu aux Oscars cette année), certes médecin prestigieux, a le plus gros défaut du monde : il est noir ! Le dîné s’annonce des plus compliqués, d’autant que les parents de John seront eux aussi de la partie, et l’improbabilité de leur couple ne leur échappera pas non plus.

Oh mon dieu mais vous êtes noir ! Monsieur, je doit vous parler. Chérie, allons manger une glace. Mais, mon curé ? Quoi, ainsi tu pars toi aussi demain ? Mais alors ? Catastrophe, mes parents débarquent ! Chouette ! Nous voilà donc en direct de « Amour, gloire et beauté », du soap opéra ultra cliché et complètement parodique, ne faisant jamais dans la demie-mesure et lorgnant chaudement sur les coups de théâtre tonitruants. C’est drôle par moments, mais cela renforce surtout un décalage temporel pesant. L’histoire n’a plus la même saveur et le résultat est plus grotesque qu’autre chose. Et malgré deux nominations aux Oscars dont une victoire pour la catégorie meilleure actrice, on ne peut vraiment pas dire que le talent des acteurs rattrape un peu ce bilan, leurs rôles étant des caricatures ambulantes. Heureusement, c’est bien rythmé et cocasse, évitant ainsi l’ennui, mais l’intérêt n’est plus ce qu’il était.

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