Voyage vers Agartha

Voyage vers Agartha
2012
Makoto Shinkai

Font chier ces japonais… Leurs films d’animations sont les plus beaux au monde (du moins pour ceux reposant encore sur du vrai dessin et non pas de l’animation 3D sans âme), ils possèdent un charme fou, des musiques magnifiques, une direction artistique incroyable, avec une mythologie toujours fascinante, mais un problème récurrent fait encore une fois son apparition : la morosité. Persuadés de vivre dans un grand tout où la vie mortelle n’est qu’un segment sur le chemin de l’âme, ils participent à la dévaloriser et vénèrent des dieux effrayants qui eux non plus ne croient pas en la valeur d’une vie.

Dans un magnifique village de campagne japonais, la jeune Asuna va en faire les frais. Fille unique qui vie seule avec sa mère depuis la mort de son père, elle croyait s’être enfin fait un ami, et peut être même plus, mais le mystérieux garçon qui l’avait sauvé des griffes d’un terrible monstre sera découvert mort quelques jours plus tard. Croyant l’avoir retrouvé, elle va suivre un autre garçon, qui est en réalité le frère du défunt, pourchassé par un commando armé. Tous deux sont en fait des protecteurs du royaume magique d’Agartha, et Asuna va entreprendre un voyage vers cette contrée interdite, vestige d’une civilisation à l’agonie, accompagnée par son instituteur qui espère ramener sa femme à la vie grâce à la magie des lieux.

Il n’est point aisé de faire la part des choses entre le fantasme féminin de rencontrer un mystérieux inconnu aux origines surnaturelles ou celui des hommes d’être exceptionnel et de faire une démonstration de force à ces dames, mais le fait est là : on retrouve cet éternel schéma narratif romantique. Enfin ce n’est pas étonnant dans la mesure où le grand maître Miyazaki occupe une place dominante dans la culture du cinéma d’animation japonaise, et ce film semble porter sa patte tant tout lui rend hommage que ce soit au niveau du design des personnages, des monstres, de la mythologie ou de l’histoire en général, et on ne s’en plaindra pas tant le film frôle la perfection d’un point de vu artistique. Côté univers, le film est extraordinaire, mélangeant la culture et le folklore local avec L’Atlantide, l’empire perdu pour un résultat détonnant, nous offrant une aventure sublime. Mais donc voilà, c’est triste, morose, dépressif à s’en tailler les veines. Les paysages sont magnifiques, mais comme pour l’Atlantide la gloire d’antan n’est plus qu’un lointain souvenir à peine concevable et le peuple est désormais aigri et a perdu le goût de vivre depuis bien longtemps. Et quand tout ce qui vient de ce monde (créatures, spectres ou dieux) déprécie aussi la vie, un certain malaise vient quelque peu gâcher une fresque pourtant grandiose. Un film d’aventure émouvant et éblouissant, mais bien trop grave et dépressif.

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