Il est de retour

Il est de retour
2015
David Wnendt

Si en principe on peut rire de tout avec tout le monde, quelques sujets restaient jusqu’alors tabous : le viol de petits enfants, le massacre de chiots ou de petits chatons, les juifs et Adolf Hitler. On a pu en entendre quelques boutades ou légères blagues relativisées, mais jamais quelqu’un n’avait encore osé aller à fond dans le sujet. Adaptation du best-seller de Timur Vermes, cette production allemande arrivée chez nous grâce à Netflix abat toutes les barrières humoristiques en faisant ce que personne n’aurait pu ne serait-ce qu’envisager : rendre le Führer sympathique.

Fait assez largement admis, Adolf Hitler s’est donné la mort le 30 avril 1945 dans son bunker à Berlin, mais que se serait-il passé s’il avait voyagé 70 ans dans le futur ? Partant de ce principe un peu loufoque, le film nous montre la découverte du monde actuel par l’ancien chef du troisième Reich, toujours aussi soucieux d’aider son prochain et participer à la grandeur de son pays. Homme cultivé et avisé, il va tout mettre en œuvre pour faire connaître ses idées, épaulé par une société de communication clairvoyante, consciente du statut de messie de l’individu.

Avec un film transposant magiquement Hitler dans nos temps modernes, on s’attend à ce que tout le monde lui crache à la gueule, cherche à le tuer, et que de son côté il déverse une haine sans borne contre les juifs et les étrangers, voir qu’il propose la réouverture des chambres à gaz. Il aurait aussi pu jouer la carte négationniste en niant en bloc l’existence desdites chambres et des massacres arbitraires, ce qui aurait déjà été polémique, mais le film va tellement plus loin. Par une succession de démonstrations de sa bienveillance et de son intelligence, le film prouve le caractère quasi saint du personnage, à la fois bon camarade, homme convivial, politicien intègre et visionnaire. Tout le monde ou presque l’apprécie, son seul vrai antagoniste étant le « méchant » du film, renforçant d’autant plus son auréole et son charisme. En résulte un effet comique prodigieux qui prit au premier degré en fait le film le plus couillu de l’histoire, et au second une hilarante inversion dénonçant au passage l’adhésion de plus en plus importante des idées extrémistes à cause d’une immigration agressive et invasive qui renforce une situation d’appauvrissement inquiétante. Une histoire provocante, polémique et satyrique, à mi-chemin entre Borat et La Vague, dont la force d’écriture et l’originalité inédite en font une comédie majeure dans le paysage cinématographique.

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