Steve Jobs

Steve Jobs
2016
Danny Boyle

Ignominie dans le paysage informatique, Apple est pour ainsi dire la pire marque qui soit, et son succès, qui peina certes à arriver, reste aujourd’hui inexplicable. Impossible à entretenir, améliorer ou retoucher, leurs machines ne servent pas à grand chose, étant incompatibles avec beaucoup de choses – de moins en moins peut-être – et n’étant pas taillées pour supporter des jeux à grosse configuration, mais elles sont surtout atrocement chers, et il en va de même pour leurs gammes téléphoniques. Présenté comme un génie, l’homme qui porta à lui seul l’entreprise nous a quitté en 2011, et qu’on aime ou pas ses produits il n’empêche qu’ils pèsent lourd dans le monde économique et culturel. Sachant les tumultes qu’Apple a connu et avec Danny Boyle à la barre, sans compter la pluie de nominations et de prix que le film a reçu, le film méritait donc toute notre attention.

Présentation pour le moins originale, le film se découpe en trois séquences de 40 minutes, chacune centrée sur un moment clé de la vie de Steve Jobs (Michael Fassbender), qui créa la société Apple avec Steve Wozniak (Seth Rogen) en 1976. Ainsi, le film se focalisera sur trois présentations qui, chacune à leur façon, bouleverseront la vie de Steve Jobs et façonneront le futur d’Apple : la présentation du tout premier Macintosh en 1984, celui du NeXTcube en 1988, et enfin l’iMac en 1998.

Connaissant le réalisateur et son immense talent, le doute quant à la qualité du film n’était pas permit, surtout avec le casting ahurissant qui est réuni, la seule question était de savoir à quel niveau le situer. Brillant directeur d’acteurs, Danny Boyle frappe encore très fort en nous proposant un Steve Jobs aussi charismatique et calculateur que détestable, arrogant et égoïste. Si Michael Fassbender confirme encore une fois qu’il est l’un des meilleurs acteurs de l’histoire, il peut aussi compter sur le soutien de Kate Winslet, irréprochable en garde fou, mais aussi Jeff Daniels, bluffant en père spirituel, et les différentes incarnations de Lisa sont plus qu’honorables (à noter aussi la présence de Sarah Snook, bien que tertiaire). Et pour un film se basant en grande partie sur la relation entre les personnages, atteindre ce niveau de jeu donne tout de suite un impact majeur à l’histoire. Sa présentation est d’ailleurs très intéressante, basée intégralement sur les coulisses de trois présentations. Qu’on connaisse ou non le personnage de Steve Jobs, le film porte de toute façon son choix sur non pas l’homme public, qu’à peu près tout le monde connaît, mais sur l’homme privé, encore plus antipathique, tout en ayant un bon fond. D’une étroitesse d’esprit n’égalant que sa mégalomanie, il est néanmoins fidèle en amitié et son aspect paternel, d’abord réfuté, s’avère touchant. Montrant l’ambition d’un homme solitaire malgré lui, le film mêlant humour grinçant et dynamisme haletant n’est pas sans rappeler l’extraordinaire Social Network, d’autant que les sujets sont proches, et sans égaler complètement l’illustre model, il nous plonge avec la même fascination dans une industrie en passe de révolutionner son monde avec à sa tête un homme loin d’être conventionnel. En plus d’être éclairant, le film est donc une pleine réussite cinématographique, narrant une histoire captivante et aux protagonistes impressionnants.

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