Scandale


Scandale
2020
Jay Roach

D’aussi loin qu’on puisse remonter dans l’histoire de l’humanité, de par la prédisposition génétique qui fait que l’homme est naturellement (en moyenne) plus grand, plus fort, de nature plus violente et dominatrice que la femme, et comme on le voit également dans le règne animal, l’homme occupe naturellement une position dominante et il est prédisposé par sa nature même à être un prédateur sexuel puisque c’est à lui de faire la cours et de se battre contre les autres mâles. En a résulté l’évolution naturelle de la société où l’homme occupe des places plus importantes, sur-représenté dans les rôles décisionnaires et de direction. Oui mais voilà, la sédentarisation, le confort et l’évolution de la médecine ont fait en sorte d’adoucir et rallonger la vie, transformant peu à peu des vies précaires avec une certaine urgence à assurer sa descendance en des vies plus oisives, permettant un vrai libre-arbitre faisant disparaître le bestial (l’essence ?) en nous. Ainsi, certains hommes ont désormais le choix de se laisser porter, transmettant un fardeau que certaines femmes se délectent d’assumer. Le monde change, la norme d’hier devient une aberration de demain, et c’est ainsi que très récemment, le monde s’est rendu compte que les puissants étaient aveuglés par leur pouvoir, profitant de jolis minois dont la nature généreuse leur permettait de réussir.

Ainsi, le film revient sur un scandale qui a éclaboussé la chaîne de télévision américaine Fox News en 2016 : peu après son renvoi, une présentatrice porta plainte contre le président de la chaîne, l’accusant d’harcèlement sexuel. Une journaliste en fin de carrière, licenciée et qui ne trouvera sans doute plus jamais de travail, tentant de soutirer un plus gros chèque de départ ? Certains auraient tôt fait de le penser, mais peu à peu le silence va cesser et les voix vont s’élever.

A l’échelle de l’humanité, le phénomène d’écart des richesses a prit une ampleur phénoménale à mesure de l’évolution des technologies de communication : radio, téléphonie, télévision puis internet. De tout temps certains hommes ont su faire fructifier des affaires florissantes, mais jamais autant à la fois et à un tel niveau. Il n’y a jamais eu autant de milliardaires, mais sans aller jusqu’à un tel niveau, donnez du pouvoir et des millions à quelqu’un et très vite le sentiment de toute puissance lui fera perdre toute notion de réalité. Quand l’écrasante majorité de ses immenses fortunes ou personne de pouvoir sont des hommes, il n’est pas étonnant qu’un grand nombre aient eu des comportements choquants et répréhensibles. La différence c’est que maintenant, de par l’évolution de la société les femmes veulent plus de pouvoir, et depuis de nombreuses générations, les femmes abusent de leur beauté pour y parvenir. Un jeu à double tranchant : les hommes abusent outrageusement de leur position, mais jusqu’alors les femmes leur donnaient raison en utilisant leurs charmes pour gravir les échelons.

C’est donc assez hypocrite de crier au « scandale » dans la mesure où – et c’est totalement assumé – accepter de rogner sa vertu pour satisfaire un vieux libidineux permet une ascension professionnelle autrement impossible ou plus incertaine. Et puis d’ailleurs, quelle est donc cette obsession moderne si véhémente pour les pêchés de chair ? En quoi sacrifier sa vertu (parce que là on ne parle pas de viol mais de pression professionnelle) est plus grave que monnayer sa morale ou ses convictions ? Par exemple le film montre que pour leur travail des personnes acceptent de véhiculer des messages contradictoires à leurs convictions ou à cacher ce qu’ils sont. Là encore, on ne parle pas de traumatisme de viol, mais d’accepter des attouchements ou avances en échange d’une ascension professionnelle. Soyons un peu extrême dans la comparaison et remontons à la Seconde Guerre Mondiale. Quel est le pire crime ou traumatisme psychologique entre d’un côté une femme qui serait responsable d’un goulag, où elle aurait envoyé des milliers de gens à la mort car c’était son métier alors qu’elle était idéologiquement contre le gouvernement de Staline, et de l’autre une femme française ambitieuse persuadée que les allemands allaient gagner et qui a choisi de céder aux avances d’un haut soldat nazi ? En imaginant bien sûr qu’elle ait eu la chance de simplement finir veuve et pas en plus traitée comme une putain traitre à son pays et à qui on aurait rasé le crane. Et dire que certains croient qu’une alliance extraterrestre surveille la Terre et serait intervenue pendant la Guerre Froide pour éviter qu’on ne disparaisse à cause d’une guerre atomique. Oh non, clairement chaque page de notre histoire montre à quel point nous ne mériterions pas d’être sauvés…

Et le film dans tout ça ? Eh bien du point de vue de son histoire il a le mérite de montrer la réalité du pouvoir : les femmes abusent de leurs charmes, et cette course perpétuelle à la gloire ou à la richesse permet de faire régner une loi du silence qui arrange un peu tout le monde. Le problème c’est que le film veut se poser comme l’étincelle qui aboutira quelques mois plus tard au mouvement « Me too » et à la libération de la parole, mais dans les faits on reste sur un vieux pervers dégueulasse aux mains baladeuses, exerçant la fameuse pression du patron avec fourberie, mais en face le carriérisme exacerbé obtenant récompense est une forme d’acquiescement, ce qui a pour terrible effet de perpétuer la tradition. C’est donc un non événement, aucune révélation vraiment choquante, et on a vu tellement pire que l’histoire manque de fait d’envergure. L’hypocrisie du milieu et les retournements de veste en fonctions des avantages de carrière ou opportunité de timing empêche aussi d’avoir des victimes totalement blanches et un bourreau totalement noir. Dans les points positifs, on notera un casting vraiment excellent avec un travail de maquillage très abouti, d’ailleurs récompensé aux Oscars. Parmi les personnages importants, on retrouvera Charlize Theron, Nicole Kidman, John Lithgow, Margot Robbie et Kate McKinnon, mais on retrouvera également Allison Janney, Malcolm McDowell, Alice Eve, Ashley Greene, Madeline Zima ou encore Jennifer Morrison dans des rôles de quasi figuration. Pour l’histoire que le film veut raconter, il n’y a pas grand chose à redire, si ce n’est que certains choix, comme de présenter tout l’arrivisme et la fausseté de certaines femmes, font que l’impact déjà moindre se retrouve encore plus affaibli. Le monde est hypocrite à un point ahurissant, faisant mine de se réveiller et entamant un long processus de nettoyage de l’élite, mais aussi longtemps qu’il y aura des femmes voulant tirer avantage de leur physique, il y aura toujours quelque part un homme puissant souhaitant en profiter.

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