Il faut sauver le soldat Ryan


Il faut sauver le soldat Ryan
1998
Steven Spielberg

Grand classique de film de guerre qu’on se doit d’avoir vu. Déjà trois bonnes raisons de ne pas voir un film : classique veut dire surcoté, de guerre donc pas ma cam, et qu’on se doit d’avoir vu donc très très surcoté. N’étant pas amateur de film de guerre, sauf si ça permet d’apporter une vision nouvelle ou d’éviter que des moments pratiquement jamais abordés ne sombrent dans l’oubli, que le film se place encore et toujours du point de vue américain lors des événements de la Seconde Guerre Mondiale n’augurait rien de bon, mais j’ai fait l’effort de lui donner le plus possible sa chance : acheter le Blu-ray 4K et subir d’une traite les 2h40 de long-métrage.

Probablement l’un des scénarios les plus stupides jamais pondu par un être vivant, le film raconte comment l’état major américain, se rendant compte que la guerre avait déjà coûté la vie de trois frères sur quatre de la fratrie Ryan et que leur mère ne supporterait pas de perdre son dernier fils James (Matt Damon), va tout mettre en œuvre pour le retrouver et le sauver, porté disparu depuis une opération de parachutage en France. Alors en 1944, la guerre bat son plein, les soldats meurent par millions, mais le gouvernement va mobiliser l’escouade du Capitaine Miller (Tom Hanks) pour retrouver et sauver un seul soldat, peut-être déjà mort et qui devra vivre dans le cas contraire avec le traumatisme démultiplié de la guerre, qui outre son âme et son honneur, l’aura privé de sa famille. Des génies !

A quelques occasions le film soulignera la stupidité de la mission, mais « les ordres sont les ordres ». Ah on parle d’américains, et le premier et dernier plan du film est un drapeau des Etats-Unis flottant au vent. On parle de psychopathes là pour massacrer du nazi, tirant à s’en vider le chargeur sur des hommes désarmés sortant les drapeaux blancs. Au moins le film aura le mérite de reconnaître la monstruosité de la guerre, de tous bords : tous pourris. Mais s’en moquer ou rire avec ne change pas le constat. Le film est d’une stupidité déconcertante, tout n’est qu’inutile, futile, et on devra supporter la naïveté clinique d’un Vin Diesel qui se fera heureusement plomber bien vite. Quasi figurant, la liste des seconds rôles campés par des noms d’envergure donne le tournis :  Jeremy Davis (Faraday dans Lost), Giovanni Ribisi, Paul Giamatti ou encore Bryan Cranston. Enfin pour replacer les choses dans leur contexte, la plupart de ses acteurs étaient peu ou pas connus à l’époque, donc on est loin du cache-misère intentionnel.

Mais donc pourquoi le film a eu tant de nominations, de prix (dont l’Oscar du meilleur réalisateur) et un tel succès avec pratiquement un demi-milliard en salles ? L’immersion, la démesure, les moyens mis en œuvre. Encore aujourd’hui, la scène du débarquement reste mémorable, dantesque, et le film est tout le temps sous tension. Quelques personnages attachants, notamment le capitaine, et ça se laisse regarder. Mais en terme de puissance visuelle, difficile de garder l’émerveillement quand on a eu depuis des films comme Dunkerque, ou au niveau immersion et tension l’immense plan séquence de 1917, quoique souffrant lui aussi d’un scénario effroyablement vain. Le film n’est que haine, violence, un endoctrinement lamentable plutôt qu’un esprit de camaraderie, et toutes ses qualités techniques incroyables pour l’époque ne sont plus un argument valable aujourd’hui. Le film n’est pas mauvais, mais ses arguments d’époque n’ont plus lieu d’être, et à moins d’être nostalgique de la claque prise à l’époque, difficile d’y trouver un grand intérêt, comme c’est aujourd’hui le cas des films reposant uniquement sur la technique et le grand spectacle : les progrès en la matière rendront immanquablement désuets les maîtres du genre actuels.

Ce contenu a été publié dans Cinéma, Critiques. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.