CODA


CODA
2021
Siân Heder

Sorti dans l’indifférence générale le 13 août 2021 sur la plateforme de streaming Apple tv+ qui peine à s’imposer, surtout en Europe où certains des fers de lance comme l’exclusivité de diffusion du baseball n’intéresse personne, ce remake américain de La Famille Bélier racheté 25 M$ à Sundance (un record), a finalement surpris tout le monde en se retrouvant nominé aux Goldens Globes, où il est reparti bredouille, puis aux Oscars, où entre deux scandales il rafla meilleur scénario adapté, meilleur acteur secondaire pour le père, et consécration ultime, meilleur film.

Remake oblige, le film raconte peu ou prou la même histoire que le film français de 2014. On suit donc la jeune Ruby (Emilia Jones), seule enfant « normale » dans une famille de sourds et muets, cherchant sa place dans un monde incertain alors qu’à l’aube de la fin de son lycée, elle doit décider de la vie qu’elle mènera, tiraillée entre une famille handicapée se reposant beaucoup sur elle comme un pont vers les autres, et sa passion pour le chant, concept que ne peut comprendre sa famille.

Amour, passion, famille et quête identitaire sont donc comme pour le film original les pivots d’une histoire sympathique mais cousue de fils blancs, à laquelle vient se greffer ici une histoire de travail sur un bateau de pêche. Mais si l’histoire de la pêche rajoute des enjeux et une plus-value au niveau décors, c’est assez nocif sur l’image des sourds puisque le film le dépeint bien plus comme un handicap majeur rendant quasi impossible le vivre-ensemble tant ils se reposent sur leur fille, et ça va à l’encontre du message souhaité. Et dans sa globalité, ce scénario d’enfant incompris voulant réaliser ses rêves malgré le rejet parental, c’est vieux comme le monde, et c’était mille fois mieux traité dans le Cercle des poètes disparus par exemple. Donc oui, l’opposition chant / surdité est cocasse, mais si en France le film a tant marché c’est en très grande partie de part le talent et la beauté ahurissante de Louane. Si l’actrice chante également bien ici, force est de reconnaître qu’elle ne se démarque pas tant que ça voir pas du tout par rapport à ses camarades très talentueux, et côté charme l’impact est moindre. Il faudra aussi faire avec le style Sundance, c’est-à-dire un rythme très lent et une propension accentuée pour le drame, donc même si le film est visuellement plus ambitieux et recèle quelques bonnes idées d’adaptation, certains choix sont contre-productif et le résultat est incontestablement moins bon que l’original. On a déjà vu des Oscars plus scandaleux comme Nomadland, mais c’est probablement là encore le film le moins intéressant de la sélection qui a reçu le sacre suprême…

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