Tenet


Tenet
2020
Christopher Nolan

Le sauveur ! Alors que le monde était plongé dans une pandémie terrible et que les compagnies sacrifiaient à tour de bras leurs films pour gonfler leurs catalogues de streaming dans un avenir qui semblait voir la fin des cinémas arriver au profit des plateformes en ligne, ce qui s’annonçait comme un blockbuster événement a eu le courage de sortir dans une période difficile de réouverture timide des salles. Dans l’absolu oui, c’était un acte courageux et risqué, mais de là à parler de sauveur des salles alors qu’il n’était pas le seul et que deux ans plus tard la situation semble à peu près rentrée à la normale, à ceci près que la Chine n’est plus du tout l’eldorado qu’il était, privilégiant désormais des productions locales et boycottant grandement les films américains, le film n’a clairement eu aucun impact. D’ailleurs, avec 205 M$ de budget brut, plusieurs décalages et autant de campagnes marketing, les quelques 362 M$ récoltés ont sonné comme un gadin, mais hors Chine ce fut le plus gros succès sur la période de mars 2020 à avril 2021, donc peut-être que d’une certaine manière le film a sauvé quelques cinémas et dans tous les cas l’effort fut à saluer. Mais maintenant que les choses se sont décantées et l’effet événementiel est passé, il est temps d’analyser plus froidement l’œuvre et ce qu’elle vaut réellement.

Le monde est-il condamné ? Pour le futur, aucun doute. Pour le présent, le futur est un problème et il faut agir contre. Plus que le voyage dans le temps, une technique d’écoulement du temps en sens inverse a été inventée. Le but ? Pour ceux du futur, revenir à une époque où les ressources n’étaient pas épuisées et où l’on pouvait vivre tout simplement. Pour ceux du présent, cela permet d’éviter les catastrophes et empêcher le monde de sombrer. A la tête d’une sorte de brigade temporelle, Neil (Robert Pattinson) va recruter un homme (John David Washington) pour mettre un terme aux agissements de Andrei Sator (Kenneth Branagh), mafieux collaborant avec ceux du futur souhaitant piller les ressources du passé.

Présenté comme révolutionnaire, d’une ambition folle, le film est tout simplement décevant. Qui dit voyage temporel dit soucis de paradoxes à éviter, et le film s’y vautre pleinement malheureusement. Comment des gens du futur peuvent piller des ressources du passé ? Car sans ces ressources leur futur n’existerait pas tel quel, donc modifier le passé n’a aucun sens, ou alors ils ne sont dès lors plus dans la même réalité, ce qui là encore n’a pas grand sens. On a aussi le souci de l’œuf ou la poule avec des cycles de causes-conséquences directement corrélés, mais comme le début n’est possible que grâce à la fin, quel a été l’élément déclencheur dans la première itération ? C’est là aussi un beau paradoxe temporel, donc d’un point de vue général le scénario ne fonctionne tout simplement pas, et il s’avère pourtant décevant de simplicité. Vendu comme un thriller tortueux et difficile d’accès, il est finalement d’une grande linéarité : premier acte dans le sens normal, second avec un écoulement inverse, puis la fameuse guerre finale où tout se mélange mais pas tant que ça (seulement deux équipes).

Reste ensuite tout ce qui est casting et visuel. Concernant les intervenants, comme le film est assez long il peut se permettre de présenter beaucoup de personnages avec à la clé beaucoup de stars connues (Michael Caine, Elizabeth Debicki, Clémence Poésy, Himesh Patel ou encore Aaron Taylor-Johnson), mais en vrai leur écriture est au mieux caricaturale (le mafieux russe), au pire inexistante (le héros s’appelant littéralement « Le Protagoniste »). Côté visuel, le réalisateur nous avait habitué à des plans vertigineux, dantesques, et le concept laissait présager du lourd, mais la déception est de mise. Les effets « marche arrière » font bizarre, saccadé, et pas d’exploitation grandiose à l’horizon. La mise en scène en ressort presque prétentieuse par moments, mais pas autant que son héros qui restera insipide de bout en bout. Un concept des plus mal exploité donc, pour un film à la James Bond sans grande profondeur ni envergure malgré tout le potentiel. Un divertissement honnête tout de même, mais laissant un goût amer d’inachevé.

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