Impardonnable


Impardonnable
2021
Nora Fingscheidt

Adaptation d’une mini série britannique appelée Unforgiven sortie en 2009, le film partait donc avec deux à priori assez importants : son statut d’adaptation d’une œuvre jugée médiocre, et son statut de film Netflix, plus réputé pour la qualité de ses séries que de ses films. Plus encore, à une lettre près son titre donnait Impardonnables, soit l’un des pires films de l’histoire de l’humanité.

L’histoire est celle de Ruth Slater (Sandra Bullock), une femme qui a passé 20 ans de sa vie en prison pour le meurtre d’un shérif, qui tentait de l’expulser de chez elle à l’époque. Avoir passé plus du tiers de sa vie en prison laisse des marques, et il est difficile de se reconstruire quand on a un casier aussi chargé que « tueuse de flics ». Mais outre le fait de se reconstruire, elle souhaite surtout savoir ce qu’il est advenu de sa petite sœur, placée dans une famille d’accueil et dont elle n’a jamais eu de nouvelles depuis.

Avec une patte d’auteur plus marquée, une lumière désaturée et un rythme plus contemplatif, un tel rôle d’écorchée nous plongeant dans une grande misère humaine aurait sans doutes valu à minima une nomination aux Oscars pour son héroïne, et il fallait quelqu’un de charismatique pour parvenir à montrer à la fois la faiblesse extrême d’une telle situation, mais toute la détermination et le courage d’une femme cherchant à s’en sortir. D’autant que le doute n’était pas vraiment permis, mais la situation n’a rien de méritée. On suivra donc d’un côté la tentative de retrouver un travail et un semblant de vie sociale aux côtés de Blake (Jon Bernthal), et de l’autre la recherche de la sœur perdue de vue grâce à l’aide d’un avocat (Vincent D’Onofrio). L’histoire se suit très bien et les acteurs sont excellents, reste que le scénario a quelques défauts. Par exemple, les quasi 30 ans d’écart entre les deux sœurs n’est pas expliqué puisqu’il est improbable qu’une même mère reste fertile trente ans après son premier enfant (en admettant qu’elle ait à peine 20 ans pour l’aînée, ça ferait une cinquantaine pour le second, or la ménopause est en moyenne vers 45 ans). De plus, l’attitude protectrice des parents d’adoption et le comportement de la sœur elle-même ne semble pas coller avec la vie d’une femme de 25 ans, ce qui nous fait constamment perdre le fil tant on cherche à comprendre comment tout cela peut tenir debout. On notera également que tout ce qui concerne le centre, le chantier, la boucherie ou les gens qu’elle y croise, tout n’est qu’exposition sans la moindre conséquence pour l’histoire dans sa globalité, ce qui prouve là encore des soucis d’écriture importants. L’histoire reste donc intéressante mais pas si aboutie, et la fin abrupte laisse trop de choses en suspend. Le potentiel était là, mais le résultat reste mitigé.

Ce contenu a été publié dans Cinéma, Critiques. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.