
Mission : Impossible – The Final Reckoning
2025
Christopher McQuarrie
Alors que la saga a faillit s’arrêter avec Mission : Impossible III, semi-échec qui avait marqué un net recul alors que le budget s’était envolé, la saga s’est finalement relevée et a perduré jusqu’à atteindre les plus hautes cimes, tant au box-office (quasi 800 M$ !) que au niveau des critiques avec le sommet Fallout, son sixième opus. A la fois conscient que son acteur principal ne pourrait pas continuer tellement au delà de la soixantaine qu’il a entamé, et à la fois portés par le succès grandissant de la franchise, une ambitieuse conclusion en deux films fut lancée. Et patatras, la double cata. Tout d’abord le budget, censé être à la base de 150-200 M$, s’est envolé à 290 M$ avec le Covid, ce qui aurait demandé à minima à Dead Reckoning d’égaler le record de la saga pour se rentabiliser. Et malheureusement, le film s’est mangé de plein fouet le phénomène Barbenheimer, l’éclipsant aussi sec avec un bien maigre 565 M$ au final, ce qui en a fait un véritable échec financier (on rappel, il y a toujours une centaine de million en marketing à ajouter au budget initial, et plus de la moitié des recettes partent en frais de distribution). Quid de la seconde partie alors ? La mention « partie 1 » fut rayée du précédent opus, et cette seconde partie étant déjà en tournage, les dés étaient déjà jetés, donc autant en terminer, avec un petit changement de titre pour souligner le fait que la saga allait très probablement s’arrêter avec ce huitième film. Quoi qu’il en soit, cette saga a clairement marqué le paysage cinématographique, il s’agissait donc de partir avec les honneurs.
On reprend donc cette histoire de « L’Entité », une IA autonome qui a prit le contrôle de tous les systèmes informatiques du monde, s’en servant pour mener à bien tout simplement l’extinction de l’humanité. Ethan Hunt (Tom Cruise) et son équipe (Simon Pegg, Hayley Atwell, Pom Klementieff) sont le dernier rempart pour l’arrêter, bien que Gabriel (Esai Morales) soit toujours là pour s’interposer, pensant pouvoir contrôler cette IA. Dans une ère du tout numérique, peut-on encore s’interposer contre une telle entité ?
Bigre que j’y allais à reculons… Déjà que les 2h40 du précédent volet étaient interminables, là on en rajoute une couche avec plus de 2h50 ! Au secours ! Et comme pour la première partie, cette suite peine à démarrer, retraçant pompeusement les événements passés et la menace actuelle en mode « plus grande menace de tous les temps », mettant d’ailleurs plus de 20 minutes à lancer son générique. La mise en place est laborieuse, et globalement la construction du métrage est chaotique. On sent que la séquence du sous-marin aurait dû être le climax du film, mais que l’ensemble pue les reshoots et réécritures. En vrai, je pense que l’ensemble des deux Reckoning aurait dû faire 2h30, balancer à la poubelle une partie de l’intro du premier et tout Venise, couper lourdement sur le passage à l’aéroport et à Rome, avoir la scène du train en grosse séquence de milieu et tuer le méchant, puis balancer toute l’intro d’ici et conclure avec l’arc du sous-marin et jeter tout ce qui suit. Oui, même la séquence sympa en avion, car en vrai c’est un peu comme la fin de Fallout en moins bien.
Si le Covid et Barbenheimer ont failli tuer la licence, c’est finalement la grève des scénariste de 2023 qui acheva Mission : Impossible. Après la bérézina Covid qui propulsa le budget du précédent à 290 M$, c’était promis, il fallait réduire les coûts pour sauver les meubles. Résultat, avec la grève le tournage fut bloqué plus de six mois, avec toute l’équipe de pleinement mobilisée, faisant grimper le budget à une folie insondable : 400 M$. Pour rappel, le précédent avait rapporté 567 M$, et en tenant compte du calcul mentionné où le ratio doit grosso modo être de 2,5 voir 3, le film aurait été un échec en dessous du milliard. Si le film s’en est assez bien sorti à l’échelle de la franchise, ses 598 M$ le place tout simplement dans le top 3 des plus gros échecs financiers de l’histoire avec une colossale fourchette située entre 250 et 300 M$ de pertes. Autant dire que la fin ouverte – d’une nullité sans nom d’ailleurs, loin de conclure quoi que ce soit, ni classe, ni épique, ni émotionnelle – ne débouchera sur rien du tout, surtout pas dans un avenir raisonnable.
Un dernier chant du cygne qui devait être l’apothéose ultime, mais déjà il n’ont pas pu s’empêcher de laisser une porte non pas ouverte mais totalement béante, mais en plus le découpage en deux parties est d’une lourdeur atroce, alors même que les films affichent des durées stupides. Rythme ampoulé, scènes à rallonge : l’efficacité a drastiquement chutée. Oui, les personnages sont cools, voir iconiques pour Ethan Hunt, et on ne saluera jamais assez le travail fait sur les cascades et cette envie de tourner en décors réels, d’éviter le plus possible les effets spéciaux. Les images sont belles et cette véracité force le respect, indéniablement. Mais entre une histoire d’IA trop superficielle sentant le formol (on dirait Ennemi d’Etat sorti il y a presque trente ans !) et de gros soucis de rythme, l’intérêt s’amenuise encore un peu plus. Il est amusant de constater que la saga a pratiquement suivi le même chemin que Fast & Furious au final : quasi morte avec le troisième épisode, puis retour en force avec un pic au septième pour l’un, au sixième pour l’autre, avant de continuer de trop et perdre peu à peu son public. On se consolera en se disant que la chute est moins rude cette fois, mais ce diptyque final laissera un goût amer tant juste avant la licence avait trouvé la recette parfaite. Une grande saga s’en est allée.
