
Évanouis
2025
Zach Cregger
Trois ans après un Barbare prometteur mais qui partait complètement en vrille, Zach Cregger nous revient avec un nouveau film d’épouvante qui a clairement fait sensation : près d’un million d’entrées en France, plus de 151 M$ rien qu’aux Etats-Unis, et un total de 269 M$ dans le monde, ce qui est colossal pour le genre. On est bien loin des débuts du réalisateur, qui il est vrai avait fait Miss Mars, sympathique au demeurant, mais tragiquement lié à celui-ci. Le film est en effet dédié à feu son meilleur ami avec qui il avait réalisé, écrit et joué pour celui susnommé.
Il est 2h17 du matin, 17 enfants d’une même classe se réveillent à l’unisson, se lèvent et quittent leurs maisons, s’évanouissant dans la nature. Que s’est-il passé ? Où sont-ils ? Pour le savoir, le film va nous proposer plusieurs points de vue sur cette histoire. Celui de Justine (Julia Garner), la maîtresse de la classe où tous les enfants sauf un ont disparu ; celui de Paul (Alden Ehrenreich), un policier ; Archer (Josh Brolin), le père d’un des enfants disparus ; Marcus (Benedict Wong), le proviseur de l’école ; un jeune drogué qui a peut-être été témoin de quelque chose, ou encore Alex, le seul enfant de la classe qui n’a pas disparu.
D’emblée, on se dit que quelque chose cloche. Une classe de 18 élèves ?! Est-ce possible ?Rah c’est pas en France qu’on verrait ça ! Et en même temps, le début est un peu une occasion manquée : le film démarre directement par la disparition des 17 enfants, et la scène aurait pu nous glacer le sang, mais au contraire, il est choisi de pratiquement la tourner en ridicule avec un montage et une musique presque comiques. Ensuite, on sent que la maîtresse ne sait rien sur cette affaire, qu’elle la subie encore plus que la plupart des autres puisque la ville entière la soupçonne. J’avais alors cru à un film sur le harcèlement à la Pas de vagues ou La Chasse, mais dans un ton plus thriller / horrifique. Et en fait, quelle excellente surprise que de voir qu’en réalité le film se construit sous forme de puzzle à regarder sur plusieurs angles, reprenant le concept de films comme Simon Werner a disparu… ou Angles d’attaque, ce qui est à chaque fois gage de qualité. L’idée marche ici d’autant mieux que les histoires se font suite, sont complémentaires, faisant que les changements de vision se font dans la continuité du récit. Pas de façon chronologique, mais de façon de comprendre ce qu’il se passe. En termes de mise en scène et gestion de la peur, Zach Cregger semble confirmer son accointance avec l’horreur, donc le film coche énormément de cases pour s’imposer comme l’une des œuvres les plus abouties de l’année. Oui mais…
Si bien sûr tout est fait pour faire ressentir l’angoisse au spectateur, une angoisse qu’il ne faut pas forcément extrapoler directement aux personnages, plus d’une fois on se dit que les réactions des protagonistes ne fonctionnent quand même pas. Le danger semble trop important pour des comportements plus qu’irresponsables, tombant dans une inconscience peu crédible (mon dieu le junky !). Personne ne pense jamais à demander des renforts, ou tout simplement appeler la police. La gestion des rôles est parfois maladroite, avec des personnages fonctions peu utiles (au passage coucou à nouveau le caméo de Justin Long) qui ne servent qu’à assurer le spectacle pour ne pas trop en dire. Après, chacun est libre d’en penser ce qu’il veut, mais personnellement le changement de ton dans le dernier tiers m’a un peu déçu, espérant une résolution plus rationnelle. Un concept fort et un sacré savoir-faire, reste maintenant à progresser niveau intrigue pour que le fond soit à la hauteur de la forme.
