Naruto The Last

Naruto The Last
2015
Tsuneo Kobayashi

Sans même parler de la manne financière colossale que représentait – et du coup représente toujours – Naruto, quand on couve une œuvre depuis tant d’années, il est difficile voir impossible de s’en défaire totalement. Sachant que la fin du manga papier datais de seulement deux semaines avant la sortie du film (au japon) et que le temps nécessaire à la production d’un film d’animation est de minimum un voir deux ans, et qu’ensuite le film Boruto a suivi à peine quelques mois après, on se doute que la fin du manga Naruto n’a jamais eu l’intention de signifier l’arrêt de l’univers, loin s’en faut. D’autant plus que si jusqu’à présent les différents films issus du manga qui sortaient chaque année n’avaient « aucune valeur » dans la mesure où ils n’étaient pas considérés comme appartenant au même univers, cette fois pour la toute première fois, l’histoire racontée était écrite pas l’auteur du manga en personne, l’incluant donc officiellement dans la continuité du manga. Reste un problème de taille : Naruto Shippuden. En effet, à force de faire n’importe quoi et de nous refourguer des épisodes fillers (Hors Série) de partout, l’anime a au final accumulé plus de deux ans et demi de retard sur le manga papier, et mise à part la dernière poignée d’épisodes sur la préparation du mariage, l’intégralité du film se passe après l’anime. Donc pour un film reprenant les doubleurs et les idées visuelles concrétisées par l’anime, se passer après des événements qui seront diffusés des années après est une hérésie. Mais soit…

Apparemment pas totalement fini, l’arc sur la princesse Kaguya vient trouver là un nouvel écho. Le frère du Rikudo Sennin s’était apparemment exilé sur la Lune pour surveiller la prison de sa mère, et pour son dernier descendant encore envie, Toneri, le coup d’éclat de Zetsu noir, fils de Kaguya, qui avait réussi à briser le sceau et ramener sa mère, est la preuve que la doctrine du Rikudo a ses limites. L’espèce humaine est faible, et pour être sûr que le problème ne se représentera plus jamais, Toneri va décider de ni plus ni moins que d’anéantir tout le monde en envoyant s’écraser la Lune sur Terre. Ayant besoin du pouvoir des Hyuga – possédant le Byakugan de Kaguya – pour son œuvre, il va alors kidnapper la sœur d’Hinata et tenter de s’en prendre à cette dernière. Accompagnée par Naruto, Sakura, Saï et Shikamaru, elle va partir pour une mission de sauvetage de sa sœur, et par là-même du monde entier.

Alors que Naruto a traversé tant d’épreuves aux côtés de Sakura qu’il a aimé pendant tant d’années, la romance avec Hinata, bien qu’amorcée depuis le tout début, n’a jamais vraiment convaincu. Le personnage n’a presque jamais eu d’importance dans l’histoire et elle aura été absente d’une très grande partie de Naruto Shippuden. Le sel de leur relation n’aura eu que deux moments forts : le moment de bravoure d’Hinata face à Pain puis un autre moindre durant la 4° Guerre. L’histoire de Toneri n’est en fait ici qu’une simple toile de fond, le vrai sujet du film étant en réalité la relation entre Naruto et Hinata. Et heureusement d’ailleurs, le méchant étant stéréotypé à souhait, son background quasi inexistant et la façon dont le tout se termine laisse perplexe, nous faisant croire qu’une autre forme final au boss allait apparaître au moment fatidique. Un prétexte extrêmement bancal donc, mais le reste est magistral. Retraçant via des flashbacks revisités tout ce que les deux ont vécu ensemble en parallèle de l’histoire, le film arrive à donner de la crédibilité à cette flamme et pourquoi ça ne pouvait être personne d’autre. La sincérité et la poésie qui s’en dégagent sont magnifiques, les musiques sont sublimes, et jamais le manga n’avait eu droit à un traitement visuel pareil. La qualité de l’animation est d’un niveau inédit, chaque image regorgeant de détails et de jeux de lumière, le tout dans une fluidité qui fait un bien fou. Le film a même l’intelligence et l’audace de rappeler les faits importants de l’intrigue du manga liés à cette nouvelle aventure, le tout dans un mélange magnifique entre du théâtre d’ombre et de l’encre se répandant dans l’eau. Dommage qu’en dehors des deux tourtereaux le scénario soit si faible et que Sasuke continue de se tapir dans l’ombre, sans compter le mariage simplement esquissé via un diaporama en générique de fin. Toujours pas de fin digne de ce nom pour le manga, mais le film apporte une réponse magnifique à un manque impardonnable et s’impose comme une romance touchante et réussie.

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Naruto Shippuden

Naruto Shippuden
2007-2017
Hayato Date

Manga culte de ma jeunesse, Naruto en aura fait bavé à ceux qui le suivaient assidûment entre une avalanche de HS plus insupportables les uns que les autres, quelques passages ratés et de grosses longueurs. Le décrochage fut pour ma part assez rapide, dès 2008, les débuts de Shippuden n’étant pas à la hauteur des deux années d’attente où chaque nouvel épisode de HS testait notre résistance psychologique, et côté manga papier l’entre Akatsuki / sommet des cinq Kage était passablement mollasson. Mais voilà, depuis le manga est « fini » (pour mieux prendre la relève derrière avec les enfants), de même que l’anime, et il était grand temps de découvrir comment tout cela allait finir.

Ennemi de l’ombre, aussi mystérieux qu’inquiétant et dont les membres sont censés être les ninjas les plus puissants au monde, le début de Naruto Shippuden nous confronte donc à la terrifiante organisation Akastuki. Si on ignore alors dans quel but ils agissent de la sorte, leur objectif est en tous cas de capturer tous les Bijus. Célèbre père fondateur du nindô actuel (l’art du ninja), le légendaire Rikudô Sennin aurait scindé l’arbre originel, source du chakra, en neuf créatures mythiques censées guider et protéger le peuple : les Bijus. Depuis ces temps immémoriaux, les choses ont bien changé et les Bijus ne sont plus ces protecteurs d’autrefois, s’étant retournés contre les hommes. Pour les empêcher de nuire, une solution avait alors été trouvée : les Jinchurikis, des hommes dans lesquels on scellait un Biju. Toute la première partie se concentrera donc sur l’Akatsuki, traquant les Jinchurikis pour leur extraire leur Biju dans un but bien obscur qu’on ne comprendra vraiment que vers la fin.

La partie juste avant Shippuden nous avait justement laissé sur le départ de Naruto, parti s’entraîner avec Jiraya pour affronter cette menace qui le concerne directement, étant le Jinchuriki de Kurama (Kyubi). Son retour à Konoha sera un grand moment, permettant à la fois de voir les progrès de chacun mais surtout de voir leur évolution physique, près de trois s’étant écoulés. Le premier arc fait aussi très plaisir dans la mesure où l’Akatsuki va se heurter au village du désert désormais sous la protection d’un nouveau Kazekage qui n’est autre que Gaara, plus classe et puissant que jamais. Un retour en force donc, mais l’anime déçoit néanmoins sur un point : la qualité de l’animation. Il est vrai que l’affrontement Naruto / Sasuke avait mit le paquet, mais certains passages sont assez indignes, notamment quand Deidara vole au dessus de Suna. L’image y est saccadée, pas très fine et les boucles temporelles sont grossières. On dénote aussi un déséquilibre flagrant entre la qualité de l’affrontement contre Sasori par rapport à l’ennui de celui contre Deidara, ne permettant pas à Naruto de briller autant que Sakura ou même Kakashi dont les progrès semblent plus impressionnants. Il faudra attendre l’arc suivant pour comprendre toute l’étendue de sa force, tentative de sauvetage de Sasuke avec une toute nouvelle équipe.

Si Sakura et Naruto sont toujours dans l’équipe 7, suite au combat contre Deidara, Kakashi sera mis au repos forcé, et il faut bien remplacer Sasuke pour la mission (le repère d’Orochimaru chez qui est parti Sasuke ayant été localisé). On fera ainsi la rencontre de Saï, un membre des forces spéciales de l’ombre (l’ANBU), une pâle copie de Sasuke dénué de tout charisme (heureusement que sa présence se fera de plus en plus anecdotique, au point de pratiquement l’oublier), et aussi Yamato, remplaçant de Kakashi et descendant direct des Shenjus, ninjas capables de contrôler le bois et les Bijus, très pratique dans le cas précis. En effet, en plus de perfectionner ses anciennes techniques et de développer sa force, l’entraînement de Naruto aura surtout consisté à maîtriser la puissance du Biju qui est en lui, celle de Kyubi. Dans un combat épique et surpuissant, on verra ainsi Naruto se métamorphoser en Kyubi miniature, capable de rivaliser avec le grand Orochimaru en personne. Un second arc encore plus captivant que le premier, se terminant par une rencontre avec un Sasuke plus perdu que jamais dans ses ténèbres. Un grand moment du manga assurément.

Continuant sur une lancée magnifique, on enchaîne alors sur un tout nouveau entraînement où l’on apprend que la technique ultime de Naruto, le Rasengan, n’est en réalité qu’un ébauche de technique incomplète. Alors que l’Akatsuki continue ses attaques, Naruto devra apprendre à insuffler son élément à son Rasengan, à savoir le vent. Mettant cette fois en valeur l’équipe Ino / Chôji / Shikamaru, on suivra ainsi en parallèle un entraînement palpitant et une confrontation avec deux membres de l’Akatsuki qui semblent encore plus dangereux que les précédents. Néanmoins, les premiers signes de faiblesse apparaissent puisqu’aussi sympathique que soit cet autre trio de ninja, ils semblent avoir atteint leur limite et ne sont pas taillés pour ce genre d’affrontement, nous faisant attendre l’arrivée du messie Naruto avec une pointe d’ennui.

La suite sera probablement l’un des moments les plus importants et marquant de la mythologie Naruto puisque d’un côté Sasuke, qui a tué Orochimaru (moment extrêmement décevant dans la mesure où le méchant le plus iconique meurt lamentablement), traque son frère pour enfin venger son clan, et de l’autre côté on suit Jiraya qui enquête sur Pain, celui qui apparaît comme le cerveau et l’homme le plus dangereux de tout l’Akatsuki. La partie avec Sasuke sonne un peu creuse et redondante, mais son combat contre Itachi réservera à la fois de belle surprises visuelles et scénaristiques. En plus de nous montrer enfin le vrai pouvoir des Sharigans avec l’Amateretsu, feu ultime, et Susano, armure et arme ultime méga classe, on aura aussi droit au comment du pourquoi sur la fameuse nuit où tout a basculé. Certains choix sont discutables et ça n’explique pas exactement tout (d’où le retour durant la 4° guerre) mais ça a le mérite de surprendre et d’émouvoir. RIP Itachi…

Plus intéressant mais avec là aussi quelques problèmes de rythme, l’arc Pain est assurément un arc majeur de Naruto. Faisant la lumière sur une des facettes de Jiraya au travers de souvenirs de la Seconde Guerre Ninja, l’anime marque énormément de points en terme d’ambiance : les thèmes spécialement composés pour le personnage et l’univers l’entourant sont puissants, jouant sur le caractère épique, mélancolique et mystérieux. Personnage préféré de nombreux fans, Jiraya perdra la vie au cours d’un combat impossible à gagner contre Pain, entité possédant plusieurs corps avec chacun des capacités spéciales. Un ennemi visiblement invincible, et pour espérer se mesurer à lui et empêcher la destruction de Konoha, Naruto va devoir apprendre à maîtriser une chose que Jiraya lui-même ne maîtrisait pas totalement : l’art des Sennins. La chakra vie en chacun et en toute chose, et la nature en regorge. À l’image de son mentor, Naruto va devenir un ermite. Formé par le roi des grenouilles en personnes, Naruto va se trouver une nouvelle source d’énergie autre que Kyubi, une qu’il pourrait totalement contrôler. L’entraînement est un poil longuet, et comme pour l’attaque de l’Akatsuki où l’équipe de Shikamaru tentait de gérer la situation, on sent que personne à Konoha n’est en mesure de tenir tête une seule seconde à Nagato, l’homme qui est derrière l’escouade Pain, faisant qu’on reste encore une fois là à attendre que Naruto vienne tout défoncer. Et effectivement, en plus d’avoir une classe monumentale en ermite, il envoie clairement du lourd et fait en plus preuve d’un certain talent de stratège.

En terme de mythologie, ces deux arcs entre-mêlés sont primordiaux et développent pas mal de bonnes choses, que ce soit en terme de personnages ou au niveau de l’univers en général. Niveau combat, les confrontations avec l’Akatsuki sont presque toutes géniales, pas mal de recherches en terme de design et on atteint ici une sorte de climax. Que ce soit l’Amateretsu ou Susano pour le Sharingan de Sasuke, ou l’art du Sannin et son Rasengan élémentaire pour Naruto, sans compter Pain, l’ennemi le plus classe jamais vu, le paroxysme de l’anime est ici. Malgré quelques passages en deçà, cette première moitié de Shippuden est une excellente cuvée, globalement même supérieure à sa jeunesse. On aura même droit à deux épisodes de flash-back sur la jeunesse de Kakashi à l’époque où il faisait équipe avec Obito Uchiwa et Rin avec pour professeur nul autre que le père de Naruto, le Yondaime Hokage. Et pourtant, c’est à ce moment-là que le manga va entamer sa lente descente aux enfers.

Après avoir enchaîné quelques uns des meilleurs épisodes, l’anime va sombrer dans ce qui est probablement sa pire partie : le sommet des cinq Kage. Si Itachi était un excellent personnage, Sasuke n’a jamais été qu’un connard fini prenant systématiquement les pires décisions. La construction de son équipe est un passage pénible ; le coup d’état de Danzo, chef des ANBU, pour devenir Rokudaime, le sixième Hokage, n’apporte rien au final ; et mise à part Gaara qu’on aimait déjà, le reste des Kage est un défilé de stéréotypes insupportables entre le vieux papy, la brute et la bonasse. Pire encore, nombre d’épisodes viennent polluer le paysage en nous racontant le passé de chacun, insipides au possible, sans compter le pseudo twist sur le « véritable » cerveau de l’Akatsuki : Tobi (des twist sur le sujet, vous allez vous en bouffer !). Tout part en vrille entre un Sasuke qui rejoint l’Akatsuki, trahissant la mémoire de son frère et dont l’arrogance sans pareille lui aurait valut la mort dans un monde plus juste. On est sur un tel niveau de connerie que Zestu blanc va se suicider en se téléportant comme un con au milieu des cinq chefs ninjas, normalement les plus puissants de leurs pays, et Sasuke fera pratiquement pareil, sans pour autant avoir le sort qu’il méritait. Le tout s’achève lamentablement sur un Sasuke tout puissant qui tue l’Hokage et que ni Naruto ni Sakura ne vont réussir à arrêter.

Visiblement pas conscients du niveau de frustration et de connerie que ce procédé avait déjà par deux fois créé, ils nous ressortent ensuite le coup du combat qui débute alors que Naruto est parti s’entraîner ailleurs. Apparemment très loin d’avoir puisé tout le potentiel de son compagnon scellé en lui, il va apprendre à entrer en symbiose avec son Biju, comme le Jinchuriki d’Hichibi, qui lui a non seulement réussi à le dompter mais est aussi devenu ami avec, permettant de non pas soutirer du chakra, mais d’accéder à l’ensemble de sa force. Un entraînement qui aurait pu être intéressant – enfin plus que ce qu’il n’est puisque les retrouvailles avec les parents sont puissamment émouvantes – si le fameux huitième Jinchuriki Killer B, certes plus supportable sur la fin, n’était pas à ce point exacerbant. Un entraînement dans le plus grand des calmes alors qu’au même moment Tobi proclamait ouverte la Quatrième Grande Guerre Ninja si les différentes nation ne lui livraient pas les derniers Jinchurikis. Une situation de crise à laquelle les Kage vont répondre par une alliance jusqu’alors inédite : toutes les nations ninja face à une même menace.

Arc se déroulant sur près de 250 épisodes (dépassant ainsi les fameux 172 épisodes de l’arc Dressrosa de One Piece), il s’agit – et de loin – du plus long de tous, et clairement ça se ressent tant tout semble s’éterniser, surtout le combat final. Mise à part Tobi, Zetsu et Sasuke, l’intégralité de l’Akatsuki étant décimée on pouvait croire une telle guerre impossible, mais les bougres s’étaient bien préparés. En plus d’avoir cultivé des dizaines de milliers de Zetsu blancs, chair à canon pour le menu fretin, Tobi a fait alliance avec Kabuto, l’ex bras droit d’Orochimaru, maîtrisant à son tour l’endo tensei, sort qui permet de faire revenir une personne d’entre les morts, tout en la contrôlant, à condition de sacrifier un corps vivant. Et voilà comment d’un coup d’un seul les plus grands ninjas de l’histoire, ceux des deux côtés tombés au combat, vont se retrouver obligés de se battre pour Tobi. La mise en place est laborieuse à souhait, on sent directement qui sont les faire-valoir, et si on apprécie de voir tous les personnages vus depuis le début enfin réunis, on doit aussi se taper des nouveaux et les trois Kage insipides. Comme par hasard, si les morts du côté de l’alliance Shinobi se conteront en centaines, ce ne sont pratiquement que des figurants ou des rôles très secondaires qui sont touchés, à une exception près.

L’endo tensei permet moult retrouvailles, mais rares sont celles à vraiment valoir le coup (hormis celles qui viendront après, amenant chacune d’excellentes explications sur la mythologie ou amenant pas mal d’émotion). Il faudra attendre le réveil d’Itachi pour que les choses se bougent un peu, tentant une ultime fois de ramener Sasuke sur le droit chemin. À grand coup de surenchère après de longs passages à vide, le manga va aller de révélation en révélation, nous apprenant, ô surprise qu’on avait deviné depuis des années, que Tobi n’est nul autre qu’Obito, le membre supposé mort de l’équipe de Kakashi. Plus encore, cela fait vingt ans qu’il prévoyait de ramener le légendaire Madara Uchiwa à la vie grâce à l’endo tensei, technique qu’il connait et dont il peut revenir, finalement pas mort du temps du premier Hokage et qui a récupérer Obito dans les ténèbres pour le former dans ses derniers instants de vie. Et alors que Madara et Obito officient ensemble pour ramener Jubi à la vie et ainsi lancer le Genjutsu final qui plongerait le monde dans une illusion idyllique, Sasuke a ramené de son côté Orochimaru à la vie, seul capable de ramener les quatre premier Hokage qui pourront parachever l’histoire de son frère pour ainsi savoir s’il doit détruire Konoha ou sauver le monde de Madara.

Un peu méfiant face au double changement de bord de Sasuke et Orochimaru, on aura tout de même droit à un passage bien sympa où l’Hokage originel qui a fondé le village de Konoha nous raconte son histoire et celle de son meilleur ami Madara. À l’image de Naruto et Sasuke, ils étaient tout deux amis et rivaux, mais en pleine période de guerre où leurs clans respectifs s’entre-tuaient, avoir réussi à imposer une trêve et même fonder un village commun était énorme, trop peut-être. Certaines rancœurs avaient la vie dure, et il aura suffit de si peu pour pousser Madara à se retourner contre son ami d’enfance et tenter de tout détruire, au point de revenir aujourd’hui d’entre les morts pour terminer son œuvre. Loin d’avoir le niveau de One Piece en terme de flashback et même plus généralement de gackground de personnages, trouver là une histoire passée si captivante est suffisamment rare pour le noter. Et pendant ce temps, le combat s’éternise, s’éternise…

On a tout d’abord Naruto, enfin arrivé sur le champ de bataille, Sakura, Kakashi et Gaï (me semble t-il) qui affrontent Tobi, puis il invoque Jubi, puis Madara et toute l’alliance Shinobi arrive, puis c’est au tour de Sasuke d’arriver, puis les quatre Hokage morts, puis enfin les cinq Kage actuels avec Orochimaru et l’équipe qu’avait monté Sasuke. Une fois que tout le monde est arrivé et qu’ils se mettent sur la gueule, on a Neji qui meurt comme une merde, permettant à Naruto de se bouger enfin le cul puisqu’il est, depuis son entraînement, largement plus fort que toute l’alliance Shinobi réunie. Après des années de lutte intérieure, on va enfin avoir droit à une collaboration entière entre Naruto et Kyubi, donnant lieu à une transformation physique assez classe, non sans rappeler le costume d’Hokage de son père. Mais même là la supériorité de Tobi / Obito restera totale, devant attendre l’arrivée de renforts pour enfin avoir le dessus. La fin du boss de fin du manga ? Eh non, puisque retournement de situation, Obito a toujours été un pion de Madara, véritable ennemi suprême qui récupérera les pouvoirs de Jubi pour devenir à son tour le ninja le plus puissant au monde. Seulement après une pléthore d’épisodes de combat contre lui, on apprend que plot twist, Madara était déjà un pion choisi avant même la construction de Konoha par nulle autre que Zetsu noir, qui est en réalité le fils caché de la princesse Kaguya, déesse originelle qui a créé le chakra. Puis quintuple rebondissement de malade, on apprend que le monde idyllique auquel croyaient Madara et Obito ne pouvait exister puisque le Genjutsu final avait pour but de libérer la princesse Kaguya de sa prison, la Lune. Mon dieu, plagiat de l’enfant lunaire de Legend of Dragoon ? Mais oui bien sûr, mais reste bien assis sur ton siège, puisqu’une révélation en cache trois milliards d’autres !

En effet, toute l’armada de Zetsu blancs cachés dans le sol que Madara croyait naïvement avoir créé sont en réalité les victimes du tout premier Genjutsu final et tous les gens du monde entier risquent de finir comme ça ! Heureusement, les fils historiques de Kaguya qui avaient fini par la sceller dans la Lune pour mettre fin à sa tyrannie avaient prévu le coup. Effectivement, nul autre que le légendaire Rikudo Sennin, qui avait scellé une partie de sa conscience pour si sa mère venait à être libérer, va venir en aide à Naruto et Sasuke en leur conférant des pouvoirs incommensurables pour appliquer à nouveau le sceau lunaire. Donc après un très long combat contre Obito, un monstrueusement long combat contre Madara, on enchaînera sur un immensément long combat contre Kaguya, l’occasion à chaque fois de nous refourguer des flashbacks de plus ou moins bonne qualité. Tout cela amène à trois problèmes majeurs, découlant tous les uns des autres. Les retournements de situation semblent arriver comme un cheveu sur la soupe tant les personnages en question n’ont pas, ou presque pas, été développés. Du coup, le manga est obligé de nous pondre des flashbacks sur des personnages mal introduits et donc peu intéressants de prime à bord, se donnant ainsi des airs de correctif tardif ou fait à l’arrache (le mangaka ayant apparemment tout inventé au fur et à mesure, je pencherais pour la deuxième option). Et tout cela abouti à un autre problème d’envergure : la durée. Depuis la proclamation de la 4° Guerre Ninja, les choses n’ont que trop duré. Même si certains passages pris indépendamment sont très bons, on suffoque, on en peut plus, il faut que cela finisse.

Avant d’enfin pouvoir reposer dans ce monde de paix nouvellement créé où les cinq pays ninja marchent enfin main dans la main suite à cette menace sans précédent qui les a obligé à s’unifier, il restait un dernier problème à régler : Sasuke. Si finalement Orochimaru va réellement se ranger, le dernier représentant du clan Uchiwa restait toujours dubitatif sur le sort de ce monde. Incapable d’avoir fois en l’humanité, il sera persuadé que le monde a besoin d’une menace continue ou d’une dictature pour le maintenir en l’état, planifiant donc d’assassiner les cinq Kage et de diriger ce nouveau monde. Faisant écho à leur mythique affrontement devant les mêmes chutes qui opposèrent jadis Madara à Hashirama, Naruto et Sasuke vont donc régler ça une bonne fois pour toute dans ce même lieu, alors même qu’ils ressortent d’une série de combats dantesques. C’est encore une fois le retournement de trop, prouvant que le mangaka n’a jamais réellement su quoi faire de Sasuke tant c’est une girouette totale changeant totalement de convictions d’une scène à l’autre. Il veut détruire Konoha, la protéger, la diriger puis finalement de nouveau la raser, le tout dans ce même arc beaucoup trop long. Ça n’a aucun sens, les deux combattants sont presque à bout avant même d’avoir commencé et on se doute que Sasuke ne mettra pas à exécution son plan. En résultera un double chaos pathétique se soldant par la perte d’un bras chacun. Le pire c’est que le manga se terminera pratiquement comme ça, passant juste vite fait sur le passage de flambeau entre Tsunade et Kakashi, qui deviendra donc le sixième Hokage, tandis que Naruto (qui va retrouver un second bras grâce à la médecine de Tsunade) est plus ou moins promis à devenir le septième Hokage avec déjà la certitude d’une promotion Jûnnin sous deux ans, se terminant sur le départ du village de Sasuke, cherchant la rédemption. Mais heureusement, l’anime nous dira au revoir plus en douceur en réparant certains manques du manga.

Il n’a jamais été question d’arrêter le manga : deux ans avant la fin de l’anime et moins d’un an après la fin sur papier, le film Naruto the Last, écrit par le mangaka lui-même et s’inscrivant donc dans la chronologie officielle, prenait la suite. Plus encore, quelques mois plus tard, la relève était là avec Boruto, fils de Naruto dont on peut désormais suivre les aventures. Néanmoins, si on considère le manga Naruto comme un tout et non pas comme une première partie d’une plus longue histoire qui a encore cours, une fin pareille serait hautement décevante. Se terminant sur le mariage entre Naruto et Hinata, le film Naruto the Last laissait donc deux années pleines de champ libre pour raconter l’après guerre et développer des histoires que les lecteurs avaient découvert stupéfiés, notamment les romances. Et c’est justement là l’intérêt de tous les derniers épisodes de l’anime, hormis la mission de Sasuke pas vraiment passionnante. On découvre ainsi comment un monde en paix a dû se réinventer, lui qui dépendait beaucoup des missions de sauvetage, escorte et élimination. La mission HS de Shikamaru au pays du Silence, bien qu’un peu bancale, en est un excellent exemple, mais c’est surtout la dernière ligne droite qui mérite toute notre attention.

En effet, les derniers épisodes tourneront autour de la préparation du mariage de Naruto et Hinata. Chaque épisode sera centré sur un personnage secondaire devant trouver un cadeau, permettant d’enfin mettre en lumière ces personnages oubliés qu’on a si peu vu durant tout Naruto Shippuden. Dans un monde où l’on peut enfin penser au futur et se projeter, il est passionnant de voir vers où vont les aspirations de chacun, comment naissent certaines romances. Déjà introduite bien avant Shippuden, celle de Shikamaru et Temari est particulièrement soignée puisqu’après s’être croisés dans le mini-arc sur sa mission au pays du Silence, la recherche du cadeau leur fera faire une balade en amoureux tant attendue. Cette petite série d’une dizaine d’épisodes va se révéler incroyablement bonne, développant à leur juste mesure les personnages et nous offrant à la fois de franches barres de rires, comme avec la gratuité hasardeuse des apparitions d’Orochimaru ou le stress de Shikamaru face aux réactions de Temari avec la musique solennel derrière, mais aussi de magnifiques passages émouvant, que ce soit les romances ou les symboles forts d’amitié. Entre l’amour paternel d’Iruka et celui fraternel de Gaara, certaines scènes manquent de peu de nous émouvoir aux larmes.

Car oui, Naruto ça n’est pas que des combats tombant dans la surenchère et la démesure au fur des épisodes, c’est aussi des personnages forts et charismatiques avec qui on a juste envie de passer du temps. Cette douceur et cette simplicité que le manga nous a refusé, l’anime nous l’offre avec une générosité immense pour nous laisser avec un sentiment de quiétude et de reconnaissance. Le chemin fut long et tumultueux. Beaucoup ont douté, certains ont même abandonné. La lumière était finalement au bout du tunnel et l’on est heureux d’y être arrivé.

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Chasseuse de géants

Chasseuse de géants
2018
Anders Walter

Annoncé en janvier dernier, le film semblait se destiner à être l’un des gros cartons de cet été tant la bande-annonce vendait du rêve. Une ado marginale qui affronte seule des créatures maléfiques, ça pouvait être un bon pitch, d’autant que les héroïnes sont rares. Finalement, après être reparti bredouille du festival de Gérardmer, le film ne s’est jamais doté de date de sortie, et le voilà débarquant directement en vidéo. Un sort à la fois décevant et inquiétant, laissant craindre une moindre qualité qui aurait refroidi les distributeurs. Heureusement, même si le film n’est clairement pas ce qu’on croyait, il n’en est rien.

Vivant avec un grand frère solitaire et une grande sœur (Imogen Poots) qui doit gérer seule la famille et travailler pour subvenir à leurs besoins, Barbara (Madison Wolfe) s’est peu à peu refermée sur elle-même et ne parle plus à personne. Persuadée que le monde cours un grand danger et que des géants sont sur le point d’attaquer son village, elle passe son temps à élaborer des pièges et se préparer pour tuer ceux qui s’approcheraient. Nouvellement arrivée, sa camarade Sophia (Sydney Wade) va essayer de rentrer dans son jeu et devenir son amie. De même, sentant la fracture grandissante entre entre Barbara et les autres, la psychologue scolaire (Zoe Saldana) va elle aussi essayer de lui venir en aide. Mais-est réellement elle qui a besoin d’aide ou est-ce les autres qui ont besoin d’elle pour repousser les assauts des géants ?

Si le film avait, d’après la première campagne marketing, des airs de Jack le chasseur de géants en mode contemporain, il est en réalité bien plus proche d’un Le Secret de Terabithia voir d’un Labyrinthe de Pan. Si le film s’est « vendu » autour des géants et de la confrontation avec eux, il s’agit surtout d’une histoire de drame humain et de comment se construire à l’adolescence quand ses repères s’envolent. Le côté fantastique est donc presque là artificiellement pour aguicher, servant néanmoins de léger suspense quant à la véracité de ce que l’on nous montre, mais la prise de partie est telle que le doute n’est jamais vraiment permis. Fort heureusement, le film n’en avait de toute façon pas besoin tant ses qualités sont nombreuses. En terme de réalisation, le film frise la sans faute entre une photographie magnifique, des plans très esthétiques et lisibles, des mouvements de caméra très doux et de judicieux choix de mise en scène pour bien mettre en valeur les créatures. Pour ce qui est de l’écriture et de l’ambiance, le film est là aussi très bon, jonglant habilement entre légèreté et tragédie, et dressant le portrait de personnages complexes et intéressants. Des protagonistes d’autant plus fascinants et attachant que les actrices (la gente masculine étant quasi absente) sont toutes exemplaires, mention spéciale à la jeune Sydney Wade (rôle sur-mesure puisque son personnage vient de la même ville anglaise que l’actrice, Leeds) qui est assez largement bluffante et dont la carrière future mérite toute notre attention. Le film n’est donc pas le blockbuster épique qu’on pouvait croire, mais une œuvre bien plus intimiste et psychologique, et c’est tant mieux.

À découvrir aussi au format vidéo sur ma chaîne Youtube :
https://www.youtube.com/watch?v=t2EVqHNzicU

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Naruto – La Légende de la pierre de Guelel

Naruto – La Légende de la pierre de Guelel
2005
Hirotsugu Kawasaki

Dès qu’on touche à une histoire de civilisation avancée qui aurait disparu de la surface du globe, mes yeux s’illuminent. De L’Atlantide, l’empire perdu au Château dans le ciel en passant par Voyage vers Agartha, sans oublier la temporalité phare de Chrono Trigger, ces vestiges sont source de fascination, d’émerveillement et d’éveil spirituel. C’est bien simple, même un film aussi foireux que Transformers 5 réussissait à nous emporter en beauté grâce à un dernier tiers exceptionnel. Une formule miracle au potentiel pas toujours si bien exploité, et avec beaucoup de mauvaise volonté ça peut carrément être raté.

Pour cette deuxième – et dernière pour ma part avant Naruto the Last vu le niveau – aventure sur grand écran du plus célèbre de tous les ninjas, le chemin de Naruto, Sakura et Shikamaru va croiser celui de personnages bien étranges. Non pas animés par le chakra, ils vont faire se heurter à guerriers dont l’énergie repose sur une force ancestrale qu’on croyait disparu voir n’ayant jamais existé : les pierres de Guelel. Prêts à tout pour mettre la main sur le gisement premier qui leur octroierait une force considérable, ils prônent un monde sans guerre où leur ordre serait mondial et contrôlerait tout. Seulement derrière leurs idéaux soi-disant pacifiques, la réalité est bien plus sombre…

Sur le papier le film avait un certain potentiel, nous caressant dans le sens du poil en nous vendant de la civilisation antique et en mettant sur le devant de la scène un des personnages préférés des fans : Gaara, accompagné par Kankuro (et Kimari bordel !). Seulement comme pour La Princesse des neiges, tout tourne quasi exclusivement autour de Naruto et des nouveaux protagonistes, les autres faisant de la pure figuration à la limite de l’insulte. Comme pour le premier film, les séquences d’action sont assez pauvres, les personnages semblent très loin de se battre sérieusement, l’animation reste du même niveau – pas ouf – que l’anime et tout se déroule dans une prévisibilité fatigante. On sent dès le début qu’il y a anguille sous roche, que certains méchants sont manipulés et que le grand vilain est bien évidemment le prophète de mes deux. L’aspect mythologique est expédié sans une once de respect et alors que le film fait mine de commencer, on se rend compte qu’on est finalement à quinze minutes de la fin et que le combat final se résume encore à Naruto qui fait un Rasengan et pouf. C’est fainéant comme jamais, encore plus poussif et mou. Cette fois c’est sûr, même les HS sur le riz au curry étaient plus intéressants.

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Naruto – Les chroniques ninja de la princesse des neiges

Naruto – Les chroniques ninja de la princesse des neiges
2004
Tensai Okamura

Entre une histoire qui n’avance pas dans les parutions hebdomadaires du Jump et un anime insupportable de par l’avalanche d’épisodes hors-série, j’avais lâché le manga Naruto en 2008. M’y étant remis en fin d’année dernière, j’avais donc sorti une première critique de l’anime sur sa première grande partie avant le fameux saut temporel Shippuden, et après six mois supplémentaires j’en vois enfin le bout. D’où la diminution drastique de critiques sur le site ces derniers temps. Pour patienter d’ici à ma critique de l’anime Shippuden (comptant pour 500 des 700 épisodes de la série), petit retour sur les films d’animation qui ont été créés autour de cet univers. À priori uniquement les deux premiers, les moins mauvais d’après mes souvenirs. S’en suivront ensuite, après la critique de la seconde partie de l’anime, celles des deux vrais films du mangas (The Last et Boruto), les deux seuls écrits par l’auteur du manga et qui sont considérés comme canons (c’est-à-dire que l’histoire fait partie intégrante du manga, contrairement aux autres films dont les intrigues n’ont jamais eu lieu ou alors dans des mondes parallèles). Bref, passons donc au tout premier (et il y en a eu une bonne dizaine) film tiré de l’univers du plus célèbre ninja.

On a vu de ci de là que la technologie au sens moderne du terme était présente entre des caméras de sécurité et autre magnétoscope. Le film franchit un autre pas en ce sens puisque la mythique équipe 7, composée de Naruto Uzumaki, Sakura Haruno, Sasuke Uchiwa et dirigée par Hatake Kakashi, va avoir pour mission d’escorter une vedette de cinéma. Jouant les princesses à l’écran, elle est aussi une princesse dans la vraie vie : celle du pays de la neige. Se cachant depuis des années, elle va se retrouver malgré elle embarquée dans une révolution visant à lui rendre le pouvoir et destituer un tyran qui asservi son peuple.

Pour ce tout premier long-métrage, le résultat est pour le moins décevant. De toutes les histoires à raconter dans cet univers si riche, on s’attarde ici sur un tyran de bas étage, une prophétie téléphonée et l’éternel coup de la princesse à sauver. Pas de grandes révélations non plus sur le tourment œil de Kakashi et son passé avec animaux, et le plus grand mystère de tous les temps n’a pas été résolu : pourquoi ça tombe la neige ? On pouvait aussi espérer une qualité supérieure côté animation, mais là encore le film montre son absence d’ambition en peinant à faire mieux que la série. Pour ce qui est des combats là non plus il ne faudra pas s’attendre à des miracles : il y en a peu et sont vite expédiés. Sakura fait de la figuration, Sasuke ne sortira même pas son Sharingan et Kakashi ne le fera pour sa part qu’une seule fois. C’est terrible à dire, mais entre un manque d’action, une animation identique à la série et une histoire faiblarde, on est à peu près au même niveau que les épisodes de HS de l’anime. Et encore, certains étaient meilleurs…

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Deadpool 2

Deadpool 2
2018
David Leitch

Il y a deux, après des années de bataille pour que le projet aboutisse, l’irrévérencieux Deadpool débarquait sur nos écrans dans l’excitation générale, quasi hystérique. Alors que la mode des super-héros battait son plein plus fort que jamais et que les X-Men furent parmi les premiers à entrer dans l’arène, le vent de fraîcheur que soufflait le film a tout emporté. Les records sont tombés par dizaine, que ce soit celui du plus gros démarrage de tous les temps pour le studio, pour un film classé R et même au final celui du film le plus rentable de la saga avec à la fois le budget le plus faible (58 M$) et les recettes les plus élevées (783 M$) dépassant même Days of Future Past. Il est vrai qu’entre une classification R autorisant le film à une vulgarité inédite et une violence plus graphique qu’à l’accoutumée, sans compter un montage très libre (bordélique ?) et du brisage de quatrième mur intempestif, le film changeait clairement la donne. Seulement voilà, de l’humour dans ce genre de film, on en a régulièrement, la violence psychologique a plus d’impact que de simples images, et pour ce qui est du scénario le film était à la fois classique et prévisible. Donc pour ma part, question renouveau il fallait repasser et je n’attendait rien de plus de cette suite qu’une irrévérence toute relative avec le meilleur ratio possible de gags corrects. Et effectivement, cette suite ne viendra pas bouleverser grand chose.

Un peu plus élaborée que la précédente, l’histoire nous plonge ici face à un dilemme digne de Minority Report : peut-on juger une personne sur ces actions futures dans le présent ? Visiteur venu d’un futur de désolation, Nathan Summers / Cable (Josh Brolin) a pu remonter le temps pour revenir avant le point de non retour. Dans sa réalité, le mutant Firefist est la cause du cataclysme, mais dans le présent, il n’est encore qu’un adolescent plein de colère envers son orphelinat (dirigé par Eddie Marsan) qui l’a maltraité durant des années. Wade Wilson, alias Deadpool (Ryan Reynolds), pense que l’enfant peut encore être sauvé et va tenter de s’interposer entre lui et Cable. Pour se faire, il va engager une équipe de mutant laissés pour compte et créer sa propre bande de super-non-héros : la X-Force.

De moins en moins à contre-courant, cette suite fait ce que toutes les suites font à Hollywood : réitérer la même formule avec un budget plus conséquent pour faire les choses en plus grand. Ainsi, avec 110 M$ de budget le film se dote de meilleurs effets spéciaux, fait preuve de plus d’ambition scénaristique et se calme sur l’avalanche de gags et le montage décousu. On retrouve bien sûr la sève du premier avec un quatrième mur plus explosé que jamais, des références à gogo et de l’humour trash, mais le travail gagne en maturité en proposant une histoire plus solide et aux véritables enjeux dramatiques. Chose pas évidente aux premiers abords, le film réussi à être crédible dans les phases solennelles. Autre bon point à noter : aucun des personnages – hormis le directeur de l’orphelinat – n’est manichéen et savent continuellement se remettre en cause. Ça contrebalance suffisamment l’humour moins présent pour garantir un intérêt sensiblement équivalant, tout en apportant pas mal d’espoir pour la suite : les nouveaux personnages introduits sont charismatiques et la fameuse scène post-générique génialissime rend infini le champ des possibles. On est encore loin d’avoir affaire à un must du genre, mais le film arrive à imposer une identité très personnelle et la formule marche.

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Vieux Vidéo #2 – Biker Mice from Mars

Après avoir porté aux nus le monument du RPG qu’est à mes yeux Seiken Densetsu 3, redescendons d’un cran pour parler d’un jeu certes moins important, mais aussi très peu connu : Biker Mice from Mars. Adapté de la série animée des années 90, que vaut ce jeu de course sorti en 1994 sur Super Nintendo ? Eh bien pour moi c’est l’un des meilleurs du genre pour l’époque, et c’est pourquoi on en parle aujourd’hui.

https://www.youtube.com/watch?v=F0tacKmkzqc

Si le concept vous plait, n’hésitez pas à manifester votre intérêt en lâchant un pouce bleu, un commentaire bien sympa, partagez la vidéo et abonnez-vous si ça n’est pas encore fait.

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Jumanji : Bienvenue dans la jungle

Jumanji : Bienvenue dans la jungle
2017
Jake Kasdan

Et si je devais moi-même hypothétiquement réaliser une suite ou remake à Jumanji, que ferais-je ? Après avoir réévaluer le film culte de 1996, le constat était sans appel : aussi sympathique que fut le film, il n’a pas poussé son concept assez loin et le potentiel lattant était criant. L’idée de renverser la situation en, non pas exportant les menaces du jeu dans la vie réelle, mais en transposant le joueur dans la peau de personnages eux-mêmes téléportés dans la fameuse jungle angoissante et ô combien dangereuse, donnait un nouvel axe intéressant à aborder. En laissant couler quelques mois et la folie entourant le phénomène qui frôle le milliard de dollars de recettes (960 M$), j’avais réussi à dépasser mes à priori sur ce monument de nostalgie pour entrapercevoir la beauté du projet. Un jeu qui nous pousse à donner le meilleur de soi, à chercher la vraie raison de son existence, jouer sur la survie et les ravages qu’une vie perdue peut faire dans son entourage : le sujet était tout trouvé. Malheureusement, la machine Hollywood en aura fait une simple comédie sans aucune ambition.

Si dans les années 90 un jeu de société magnifique sculpté à la main en bois massif pouvais intriguer, les jeunes sont devenus aujourd’hui trop débiles pour apprécier l’art au sens large, ne cherchant que des échappatoires à leur morne vie, que ce soit via les drogues ou certains jeux-vidéos qui font honte à l’art vidéo-ludique : les simples défouloirs décérébrés. Évoluant pour mieux toucher son public, Jumanji devient ici un jeux-vidéo, s’attaquant cette fois à quatre jeunes lycéens qui vont se faire aspirer dans le jeu, découvrant à leur tour les dangers de la jungle du jeu.

Ou comment massacrer son idée de base en deux secondes. On passe d’une jungle mortelle, où des créatures aussi vicieuses que des plantes carnivores vous guettent à chaque recoin, à une immense blague où le danger est inexistant et où les avatars sont des gags ambulants. On retrouve le « geek » de service transformé en beau gosse bourrin (Dwayne Johnson), la chaudasse qui se retrouve dans le corps d’un petit gros (Jack Black), l’ingénue devenue bombasse (Karen Gillan) ou encore le grand black qui devient le rejeton rachitique (Kevin Hart). Un jeu pas très subtil sur « ne pas juger les gens à leur apparence », nous ressortant des clichés ambulants pour une morale éculée et biaisée. Rares sont les idées comique à vraiment marcher, la plupart du temps c’est plus navrant qu’autre chose, à l’image des points faibles exploités de façon bien putassière. Très vite l’humour tourne en rond et il faudra avoir des exigences très basses pour s’en contenter. Pour ce qui est de la jungle en elle-même, c’est tout simplement une catastrophe : le bestiaire est anecdotique, encore moins étoffé que dans l’original, le coup des vies annule tout sentiment d’insécurité et alors que des humains sont présent dans jeu, il manque le seul digne d’intérêt, le chasseur. Pire, la réalisation plate peine à donner un quelconque sentiment de grandeur et se vautre quand il s’agit d’instaurer ne serait-ce qu’une forme d’inquiétude. Alors oui, ça se laisse regarder de par la bonhomie des personnages et le caractère divertissant de cette comédie bas de plafond, mais nous refourguer une comédie passable avec un tel sujet est une aberration qui crèvera le cœur de tous les cinéphiles qui espéraient voir un développement à la hauteur. Succès commercial dantesque oblige, deux suites sont déjà programmées, mais l’espoir que le futur soit meilleur est inexistant quand le public se rue à se point pour célébrer la médiocrité.

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Jumanji

Jumanji
1996
Joe Johnston

Film mythique qui a bercé l’enfance de toute personne seine d’esprit née dans les années 80 à nos jours, Jumanji est pour beaucoup l’un des premiers choc cinématographique majeur dans son expérience personnelle, au même titre que Retour vers le futur ou L’Incroyable Voyage, alliant divertissement, concept fort et émotion. Quelques notes de piano accompagnées au violon et le cœur s’emballe, voyant défiler devant ses yeux des séquences mythiques à vous arracher des larmes, d’autant plus aujourd’hui en sachant que l’acteur de légende qui portait ce film n’est plus. Tant de douceur et de nostalgie, mais sont-ce là des facteurs obscurcissant notre jugement ? Pour mieux appréhender la suite spirituelle récemment sortie, il fallait tirer ça au clair et faire descendre ce souvenir de son piédestal.

Jeune garçon de bonne famille, Alan Parrish (Robin Williams) avait récupéré lors de l’été 1968 une relique bien étrange, comme l’appelant par le biais de tambours fantômes. Ce mystérieux artefact va s’avérer être un jeu de société empreint de magie, et lui et son amie Sarah (Bonnie Hunt) vont s’en rendre compte à leur dépend. Piqués au vif par leur curiosité, ils vont entamer une partie à l’issue tragique : Alan va se retrouver téléporté dans la jungle hostile dont s’alimente le jeu tandis que Sarah va être prit pour une folle. 26 ans plus tard, une nouvelle famille va finir par s’installer dans la maison jusqu’alors abandonnée des Parrish. Peter et Judy (Kirsten Dunst) vont à leur tour se lancer dans l’aventure, loin de se douter du danger qui les attend.

Le temps a passé et mon regard s’est affiné, découvrant meurtri des imperfections voir des erreurs qui m’indifféraient pendant tout ce temps. Oui, le film date un peu et en plus de deux décennies les effets spéciaux ont été ringardisés, même si les animatroniques étaient déjà bien vilains à l’époque. Mais finalement, après tout ce temps c’est surtout les jeux d’acteur et le scénario qui pèchent grandement. Concernant les acteurs, si certains sont excellents, notamment Alan adulte et la petite Judy qui est devenue cette figure incontournable qu’on connaît, la plupart sont complètement à côté de la plaque, soit en roue libre exacerbée soit en non jeu mortifère. Confronter un casting globalement médiocre face à des pointures rend le faussé encore plus palpable. Et c’est là le même problème pour l’histoire. Le concept du jeu maudit est fascinant et l’univers de la jungle semble assez riche, mais c’est à peu près tout. On ne verra pas une image de ladite jungle, le jeu n’a aucun sens, pas plus que ses joueurs. Si le but est de tuer les joueurs, vu ses pouvoirs le jeu ne devrait avoir aucun mal, mais si le but est d’endurcir les joueurs, le danger de mort reste d’un niveau aberrant. Pareillement pour les joueurs : s’il suffit de finir le jeu pour en dissiper tous les effets, pourquoi rester continuellement sur place à attendre que le déluge leur tombe dessus ? Ne serait-il pas possible de simplement bourrer les lancers de dés ? Après on ne peut que questionner la légitimité et la logique d’une telle histoire tant personne ne prend la mesure des enjeux et des risques, ou du moins n’a pas la présence d’esprit de s’y adapter. Face à la puissance de la musique et la portée tragique de certains passages, on sent aussi que tout le potentiel dramatique n’a pas été exploité tant la boule à la gorge ne demandait pas grand chose pour devenir un franc sanglot. Mon dieu ce passage dans la fabrique… Bref, les raisons qui ont fait de Jumanji un film si iconique sont toujours valides, mais avec le recul le film n’a pas su tirer tout le potentiel d’un tel sujet, donnant du crédit à un nouveau film se basant sur le même concept.

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Ma vie contre la mienne

Ma vie contre la mienne
2003-2017
Julien Lepage

Aujourd’hui est un jour spécial puisque non seulement je vais parler d’un livre d’un proche, mais cela faisait aussi pratiquement trois ans que je n’avais fini de livre, trouvant la lecture passablement ennuyeuse de par la médiocrité de la plupart des auteurs qui se contentent de scénarios ultra classiques et dont le style laisse à désirer, sans parler de la mollesse du récit plombé par des descriptions aussi pesantes qu’inutiles. C’est aussi pour ça que cela fait quelques années que j’ai arrêté la publication de nouvelles sur mon site, me concentrant sur de vrais romans qui visent à briser toutes les règles établies pour proposer quelque chose de beaucoup plus fort, ne se limitant pas à un simple genre ou à des thématiques fixes, et surtout visant à balayer le rythme habituel des œuvres littéraires, condensant en un livre de moins de 300 pages ce que certains étaleraient sur une quadrilogie où chaque tome dépasserait les 500 pages. Mais aujourd’hui ce n’est pas de moi dont il est question mais de celui qui m’a tout inspiré, créant une décennie avant moi son site de critiques cinématographiques où il faisait découvrir lui aussi à autrui ses créations littéraires et musicales : mon frère.

Nouvelle de 89 pages écrite entre 2003 et 2004, puis prolongée en 2006 avec l’histoire d’une dizaine de pages d’Hubert Marcheciel, près de 15 ans plus tard l’histoire prend enfin forme et un roman de plus de 250 pages développé autour de ces deux nouvelles a vu le jour en décembre 2017. Ceux qui suivent de près mes travaux savent que les premières nouvelles ont eu un impact certain puisqu’en 2014, cherchant à intéresser des CE2 à des cours de botanique, ma nouvelle Garden Man a vu le jour, rendant hommage au style et aux personnages des nouvelles. Si les enfants ne furent pas très réceptifs et que le projet de nouveaux chapitres toutes les semaines n’a pas abouti, il en a tout de même découlé un sketch que beaucoup considèrent comme mon meilleur : Hubert Marcheciel. Bref, trêves de tergiversions sur l’élève, passons au maître.

L’histoire nous plonge dans la petite ville de Saint Ronald des Monts, ville assez spéciale où les mœurs n’ont que peu d’intérêt aux yeux de ses citoyens, pour leur part peu gâtés par la nature, que ce soit sur le plan physique ou intellectuel, et parfois les deux. Lycéenne de 17 ans objet de tous les désirs, la jeune Jenny Studerbäkerstein a eu jusqu’à présent une vie sentimentale pour le moins agitée et décevante, et elle va justement décider de partir en quête du grand amour. Dans la seconde moitié, on y suivra un de ses aspirants les moins crédible, Hubert Marcheciel, d’une laideur sans commune mesure mais presque beau comparé à ce qu’il est intelligent. Jenny Studerbäckerstein trouvera t-elle le grand amour ? Swaggy arrivera t-il à faire d’Hubert un homme un vrai ?

Parodie de comédie-romantique très second degré reposant sur l’absurde, le livre se veut comme une vaste blague où le lecteur s’amuse à caillasser des handicapés physiques ou mentaux en se foutant royalement de leurs gueules. Ainsi, l’histoire, somme toute assez classique et prévisible dans son imprévisibilité (le running gag de Charly par exemple), est surtout un prétexte pour dépeindre des personnages hauts en couleurs dont les particularités amusent. C’est d’ailleurs dans les moments plus recherchés que le livre se perd, notamment durant l’enquête de Gérard-Simon ou les récits parallèles dans la seconde moitié, permettant néanmoins d’enfin développer des personnages importants tout juste évoqués comme l’astrologue. Quand le livre nous parle de ses personnages, il fascine et nous décroche de francs sourires, de même que le fil conducteur se laisse suivre sans problème, mais d’aucuns auront plus de mal avec les retournements de situations parodiques des soaps et surtout les passages quasi polars qui dénotent un peu. Un problème mit en exergue par la fameuse page 265, jouant sur une incohérence qui était évidente depuis le début et qui rend bancale une certaine quête. Mais là encore le livre joue la carte de l’humour et négocie toujours bien ses virages, faisant qu’on passe forcément un bon moment devant cette pastiche décalée, mais le côté foutraque que peuvent avoir des premières œuvres est indéniable.

On sent pas mal l’évolution entre les deux parties, la première n’ayant que peu évolué depuis 2004 comparé à la seconde qui a eu droit à une décennie entière de maturité supplémentaire. Les calembours et autres gags sont moins nombreux mais plus efficaces (en dehors des mythiques Stalline, CM2 et autres balles de magnum) et le style s’y veut plus fluide et agréable. Etant le prolongement d’un scénario qui se voulait bordélique dès l’origine, ça n’est pas ici qu’on pourra y voir de quelconques prouesses mais le pari est réussi : créer une œuvre parodique reposant sur des personnages loufoques aussi drôles qu’attachants. L’univers dénote d’une grande créativité, le style est atypique et les amateurs d’humour noir et surtout absurde trouveront là un maître du genre.

Découvrez aussi ma vidéo de présentation du roman où vous trouverez d’autres anecdotes et où je parle aussi de mes passages préférés :
https://www.youtube.com/watch?v=aXSJebSFF-w

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