Blood Father

Blood Father
2016
Jean-François Richet

En 2010 on annonçait le grand retour de Mel Gibson avec Hors de contrôle, mais le film fut un échec critique et commercial. L’année suivante le très bon Le Complexe du Castor devait définitivement le faire renouer avec le public après des années de passage à vide à cause de ses dérapages médiatiques, mais finalement non plus, il ne fait depuis qu’enchaîner les rôles de gros durs ou de méchants dans des sous-productions ou des suites qui se sont cassé les dents. Encore une fois, on annonce prématurément son retour, le film n’étant pratiquement pas sorti en dehors de la France, a tout juste rapporté quatre millions de dollars dans le monde et ne sortira à priori pas aux Etats-Unis.

Ancien alcoolique qui avait de mauvaises fréquentations, John Link (Mel Gibson) venait de sortir de prison depuis tout juste un an quand les emmerdes vont lui tomber dessus. Disparue depuis quelques années, beaucoup plus pour lui de par son séjour à l’ombre, sa fille va refaire surface, l’appelant à l’aide. Complice dans une affaire de trafic de drogues, elle a par accident tué l’un des caïds du milieu, lui attirant les foudres d’un cartels des plus dangereux. Lui qui s’était imaginé mainte fois ces retrouvailles, il n’en espérait pas tant.

Alors oui, on retrouve l’acteur de légende en grande forme et son charisme ne s’est pas tari d’un iota, la barbe lui va très bien et il est une fois de plus un badass évident, mais le film est d’un banal confondant. Le père qui protège sa fille avec des trafiquants en toile de fond, c’est bien trop classique pour qu’on le tolère tel quel, et l’histoire d’ex taulard aux alcooliques anonymes n’est pas une idée follement originale non plus. Un scénario pas très intéressant donc, mais heureusement il y a une vraie dynamique de récit et les personnages sont assez bien écrits à défaut de dépasser leur statut de stéréotype, avec parmi eux William H. Macy en parrain de John et Thomas Mann en réceptionniste simplet. Un film sans grand intérêt en dehors de retrouver un acteur trop peu présent, bien que son efficacité certaine nous offre un divertissement honnête.

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La Ferme du pendu

La Ferme du pendu
1945
Jean Dréville

Si la France venait tout juste de sortir de la Seconde Guerre Mondiale, elle n’allait pas s’arrêter à cette seule bonne nouvelle durant l’année 1945. En effet, dans ce film sorti quatre jours et 46 ans avant A.L. un certain Bourvil faisait ses débuts au cinéma, bien que son rôle y soit quasi figuratif, poussant une fois la chansonnette au fond d’une tablée, coursant celui qui l’a fait cocu à deux reprises puis se mêlant une dernière fois à la foule. Rien de très glorieux, et le film n’a pour sa part rien de mémorable.

Dans un petit coin rural du pays, trois frères et une sœur venaient de perdre leur père, menaçant donc la ferme familiale de vente à cause des parts des uns et des autres. Chose impensable pour l’aîné, il va faire pression sur les trois autres pour que personne ne touche à l’héritage et que tous continuent de trimer comme des bêtes dans la ferme. Une situation sous haute tension qui va donner des envies de se barrer à la sœur, tandis que les esprits des deux frères cadets vagabonderont ailleurs.

Déjà pour commencer, pas bravo à ceux ayant décidé du titre du film, gros spoiler d’un événement ne survenant que dans le dernier quart de l’histoire. Ensuite, les personnages sont chiants. La sœur n’est qu’une pauvre chose qui tombe dans les bras du premier venu, le plus jeune des frères est d’une mollesse insupportable et le cadet mérite amplement le retour de karma qu’il va se manger à force de coucher avec toutes les femmes du village, même celles qui sont mariées, faisant passer tous les hommes pour des cocus lamentables, et toutes les femmes pour des salopes complètement débiles. Pour ce qui est de l’aîné, l’adjectif « connard » semble tout désigné tant rien ni personne ne vaut quoi que ce soit à ses yeux en dehors de sa ferme, n’hésitant à rabaisser tout le monde, faire pression sur eux et multiplier les sales coups, sans compter son arrogance, son côté dédaigneux et son air de supériorité immérité. Un caractère d’enfoiré qui se manifeste aussi physiquement entre sa forte corpulence, ses gimmicks méprisables et son hygiène atroce. Voir tout le monde s’écraser devant un tel être abjecte est offusquant, bien plus que ce la patiente ne le permet, alors pourquoi s’infliger ça en tant que spectateur ? Personnellement, malgré les rebondissements et certains personnage attachants, ça m’insupporte plus qu’autre chose.

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Love, Rosie

Love, Rosie
2015
Christian Ditter

Dans une romance, il n’y a souvent que deux possibilités : soit ils se rencontrent et c’est le bonheur, soit il y a quelque chose qui gène, comme quelqu’un d’autre, une maladie ou des histoires de castes. Donc au bout d’un moment, quand la plupart des romances sont basées sur le même moule, on en a vite marre. Entre des notes excellentes et un casting sympathique, on pouvait espérer un certain renouvellement ici, mais la formule reste invariablement classique.

Ah bah non, pas lui, c’est mon meilleur ami. Eh bien si, comme d’habitude c’est le bon copain d’enfance qui est l’amour de sa vie, mais comme personne ne veut se l’avouer on commence à se faire sa vie avec un autre / une autre, et au fil des années on se rend compte qu’on est malheureux mais c’est jamais le bon moment pour tout avouer à l’autre. Voilà les tourments qui accableront Rosie (Lily Collins) et Alex (Sam Claflin), les deux meilleurs amis du monde qui en réalité fantasment sur l’autre depuis le premier jour.

Payes-toi la pair d’abrutis ! Mais bon, après tout ce genre de problème n’est pas insurmontable, la preuve en est avec l’excellente série How I Met Your Mother qui fait passer la pilule avec un humour légendaire et qui justifie le tout avec une romance magnifique et bouleversante donnant naissance au titre. Ici, sans atteindre le niveau de la série, il y a aussi quelques bonnes idées pour tenir la route, notamment la fille, qui avant même son arrivée est à l’origine de blagues très cocasses. La meilleure amie de Rosie est aussi un très bon personnage et de manière globale la plupart des intervenants sont intéressants de par leur dimension tragique ou comique. L’intervention du professeur avec l’ordinateur, le passage dans l’ascenseur ou encore les divers running-gag sur Bettany sont autant de bonnes idées qui confèrent au film une grande efficacité comique, mais en dehors de ça le principe du film est usant. Les meilleurs amis qui se courent après, on a vu ça des centaines de fois, le discours gênant au mariage aussi et le film n’innove pas assez pour se démarquer. En résulte une énième comédie romantique reposant sur le même thème, même s’il est vrai que cette itération est sympathique.

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Final Fantasy X HD Remaster

Final Fantasy X HD Remaster
2016
PC

RPG incontournable pour bon nombre d’amoureux de Square-Enix et de leur saga Final Fantasy, FFX fut un succès phénoménal pour le studio, bien que les critiques furent assez largement moins bonnes que pour leurs trois opus sur Playstation première du nom. Forcément, leur premier gros jeu sur une nouvelle console ne pouvait pas être directement parfait, mais il n’empêche qu’il est cher au cœur de nombreux joueurs, fascinés par son univers post-apocalyptique où la religion a prit le contrôle d’un gouvernement mondial pour tenter de donner du sens à un monde en continuelle reconstruction, subissant le passage d’une entité divine appelée Sin qui sillonne pays après pays pour tout ravager, matérialisation des pêchers de ses habitants. Découvert sur le tard après avoir vécu les aventures de bien d’autres RPG plus aboutis et l’espoir gonflé par des hordes de fans qui adulent le jeu, ma déception fut immense et mon verdict sévère. Alors quand il y a quelques mois Square-Enix a sorti une version HD et remastérisée de son hit sur PC, l’envie de vérifier si mon ressenti initial était justifié s’est fait sentir, et il est vrai que les changements apportés sont notables et qu’une partie de son potentiel m’avait échappé.

Graphismes : 15 / 20

Le travail accompli par cette nouvelle version est très bon, gardant la direction artistique et le style graphique de l’époque tout en proposant une modélisation actualisée et une refonte de certains décors, bien trop vides dans l’original. Les personnages semblent enfin avoir une âme, leur côté plastique et absent appartenant désormais au passé, remplacés par de vraies émotions palpables avec des animations faciales réalistes. Les décors sont eux aussi plus fins, leurs textures sont mieux détaillées et les animations de combat ont elles aussi subit un lifting réussi. Le jeu reste très fidèle à ce qu’il était mais la mise-à-jour change la donne, rendant les environnements et les personnages plus vivants, nous permettant de mieux apprécier une direction artistique en réalité très aboutie avec de sublimes cinématiques, des lieux magnifiques et des chimères impressionnantes.

Jouabilité : 15 / 20

Dernier jeu de la franchise à proposer un système de tour par tour classique, il ne révolutionne par la formule, d’où les changements par la suite, possède nombre de points rageants ou perfectibles, mais reste globalement très abouti. Comme d’habitude, dans les combats le joueur aura accès à trois personnages, bien qu’interchangeables à tout moment, pouvant soit attaquer classiquement, envoyer un sort de magie blanche, de magie noire, une compétence, une technique ou une invocation de chimère pour Yuna. En revanche, c’est au niveau de la progression que le jeu innove, proposant un système de sphérier où l’expérience amassée permet d’avancer dessus et de débloquer des augmentations de statistiques ou des compétences en dépensant des sphères de caractéristiques obtenues au combat. Ça semble complexe au début mais on s’y fait vite et la progression est très rapide, permettant de terminer le sphérier de tous les personnages en « seulement » 60 heures. En revanche, il est dommage que les différences entre chaque personnage disparaissent au fur et à mesure de la progression, de même que les chimères deviennent à terme inutiles, alors même que leur suprématie première était écrasante, surtout Bahamut, seule chimère classique à pouvoir d’emblée dépasser les limites. D’ailleurs, grâce à un système d’aide intégré, les joueurs frustrés et pas très forts pourront s’affranchir des limites de dégâts, HP et MP, leur permettant d’enfin se confronter aux monstres les plus ardus, mais d’un autre côté cela gâche le plaisir de jouer dans la dernière ligne droite, le boss de fin se tuant en un seul coup quand le sphérier est parfait et les limites débloquées. À noter que la progression physique dans l’histoire est la plus frustrante de tous les jeux de la franchise, étant exclusivement basé sur des couloirs dans lesquels on ne reviendra potentiellement jamais si on choisit de laisser de côté les quêtes annexes.

Durée de vie : 19 / 20

Voilà typiquement le genre de jeu qui fait plaisir à tout le monde. Pour peu qu’on ne s’intéresse qu’à l’histoire et qu’on veuille faire tout le jeu d’une traite, la difficulté de l’aventure n’est pas très importante, n’imposant pas spécialement de phase de montée de niveaux, et en 25 heures on peut boucler le jeu. De l’autre côté, pour ceux qui ne comptent pas leurs heures et qui souhaitent découvrir chaque recoin de Spira, finir le sphérier de chacun des personnages, capturer les dix exemplaires de chaque monstre, finir toutes les quêtes secondaires et battre toutes les créatures surpuissantes du centre d’entraînement, on peut facilement atteindre les 100 heures de jeu.

Bande son : 18/ 20

Mea culpa. Il est vrai que le doublage anglais est quelque peu caricatural, mais en réalité on fini par s’y habituer. Intégralement retravaillées certes, les musiques du jeu ne m’avaient pas spécialement marqué, mais là aussi mon jugement premier était loin du compte. La plupart des thèmes sont magnifiques, et deux d’entre eux sont tout simplement légendaires : Zanarkand et Suteki Da Ne, aidant énormément à conférer au jeu cette poésie si profonde.

Scénario : 16 / 20

Effectivement, passé demi-heure de jeu on a les clés de la grosse majorité des éléments de l’histoire, mais l’univers est bien plus riche qu’il n’y paraît. Placé dans le peau de Tidus, star de Blitzball de Zanarkand qui fut là lors de la toute première attaque de Sin, fléau qui ravage le monde pour le purifier de ses pêchers, le joueur découvrira que 2000 ans se sont écoulés et que le monde a beaucoup changé. La technologie étant considérée comme prohibée et source de la colère divine première, ses derniers utilisateurs, les Al Bhede, hérétiques rejetés, vivent reclus et sont assimilés à de dangereux terroristes. Les autres sont revenus à une vie plus ordinaire et en communion avec la nature, ayant bâtit leur nouvelle vie sur un dogme religieux visant à redonner espoir au peuple en basant leur tradition sur la lutte contre Sin en formant des invokeurs, parcourant le monde avec leurs gardiens à la recherche des priants qui leur accordent le pouvoir des chimères, créatures surpuissantes dont la dernière d’entre elles peut vaincre Sin, bien que ce dernier revive éternellement. Un monde paradoxal et inquiétant dans lequel Tidus (et le joueur par extension) va se réveiller, découvrant au cours de son voyage toutes les nuances de ce nouveau monde, ayant choisit de devenir l’un des gardiens de Yuna, fille d’une légende des invokeurs, le seul ayant jamais battu Sin.

Note Globale : 15 / 20

Loin d’être le meilleur Final Fantasy à mes yeux, il n’en demeure pas moins un digne représentant du savoir-faire du studio de création japonais Square-Enix. Oui, le système de combat au tour par tour est basique, la caméra est souvent mal placée, n’est pas contrôlable et ne rend pas justice aux graphismes qui sont ici sous leur plus beau jour. Le système de couloirs est lassant, la progression est extrêmement linéaire et le doublage n’est pas terrible, mais il n’en reste pas moins que le jeu a toutes les qualités d’un Final Fantasy. Son histoire est magnifique, nous tenant en haleine jusqu’à un final de toute beauté, la direction artistique est superbe, les musiques prodigieuses, les combats sont malgré tout assez dynamiques et le sphérier reste une belle idée originale et aboutie. Le monde de Spira est d’une immense créativité et nous fait nous poser des questions existentielles importantes. Un jeu d’une grande profondeur qui mérite qu’on s’y attarde, et ce remaster HD nous en offre une occasion sublimée.

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Au nom de ma fille

Au nom de ma fille
2016
Vincent Garenq

S’il y a bien un homme qui lui a pourri la vie, c’est bien Dieter Krombach. En 1971, alors qu’André Bamberski (Daniel Auteuil) vivait au Maroc avec sa femme (Marie-Josée Croze) et ses deux enfants, Dieter, qui était sensé être un bon ami de la famille de par la complicité de leurs filles, se tapait en réalité sa femme. Après avoir déménagé en France, il espérait retrouver son foyer comme avant, mais Dieter les avait suivi et avait remit le couvert, entérinant définitivement son mariage. Une trahison qu’il a toujours eu en travers de la gorge, mais ça ne l’empêchait pas de laisser de temps à autre ses enfants à son ex femme et celui qui l’avait prise. Seulement lors de l’été 1982, sa fille alors âgée de 14 ans mourut subitement chez eux et l’affaire fut classée. Anéanti par le chagrin et cherchant à comprendre, ce qu’il va lire dans le rapport d’autopsie va se révéler accablant. Et si Dieter avait violé et tué sa fille ? Va alors débuter un long combat contre un homme potentiellement responsable des pires atrocités et une justice corrompue et faible.

Tiré d’une histoire vraie, le récit du film aura fait beaucoup parlé de lui au fil des années, faisant régulièrement la une entre 1982 et 2009, ne laissant que peu de place à l’imagination quant à l’issue de l’affaire pour ceux qui s’en souviennent.  La question n’est donc pas de savoir quand, comment ou pourquoi, on se concentrera sur le combat d’un père ayant perdu celle qu’il aimait le plus au monde. L’intérêt du film est donc l’envers de l’enquête, nous montrant pas à pas les tentatives désespérées du père, les avancements de l’investigation, les découvertes troublantes et les divers soutiens obtenus. Sa motivation force le respect tant son acharnement ne vacillera pas 28 années durant, redoublant continuellement d’efforts et trouvant régulièrement des idées brillantes pour sa cause. Certains personnages apportent aussi beaucoup comme l’avocat et le professeur d’allemand, sorte de gardes-fou et soutiens moraux. Le combat est plein de rebondissements, l’affaire est à la fois importante et marquante, les acteurs sont d’une rare justesse et avec seulement 78 minutes de film l’histoire est particulièrement bien condensée. Une retranscription sobre et digne.

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Les mots pour lui dire

Les mots pour lui dire
2014
Marc Lawrence

Vaguement sorti dans quelques pays entre 2014 et 2015, le film est sorti chez nous directement en DVD en décembre dernier mais est passé complètement en dessous de mes radars. Réalisateur à qui l’on doit notamment Le Come-Back, l’une des plus belles comédies romantiques jamais vues, il retrouve ici son acteur fétiche pour une nouvelle histoire emplie de romance produite par Showtime, chaîne de télévision à qui l’on doit la série Californication dont la la troisième saison semble avoir beaucoup inspiré le film.

Scénariste d’un seul succès, Keith Michaels (Hugh Grant) a depuis vu sa carrière décliner, au point qu’aujourd’hui plus personne ne veut de lui ou de ses scénarios. Au bord du gouffre et sans le sou, il va accepter un poste d’enseignant en université dans un coin paumé et humide, loin de se douter de toutes les responsabilités et du travail qu’il allait avoir. À des années lumière de se soucier de ses élèves et de ses cours, il va peu à peu prendre conscience de son importance et de ce qu’il pourrait leur apporter.

Une immaturité flagrante, une carrière d’écrivain au point mort après un seul et unique succès, le recours fréquent à l’alcool et le goût prononcé pour les jeunes femmes : l’inspiration est évidente, mais heureusement le film n’est pas qu’une copie conforme de la série susmentionnée. Moins accès sur l’auto-apitoiement et la recherche de l’âme sœur, les diverses romances étant ici bien plus secondaires, c’est surtout de renaissance humaine et professionnelle dont il est ici question avec la découverte de l’enseignement. Une quête identitaire intéressante et très bien portée par l’acteur britannique Hugh Grant, toujours aussi classe et charismatique, donnant accessoirement la réplique à Marisa Tomei, femme s’essayant à une reconversion tardive en intégrant la classe du professeur, et J.K. Simmons, campant le proviseur de l’établissement. L’histoire est simple, assez prévisible même, mais le cadre est sympathique, l’approche efficace et l’humour grinçant.

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Octobre 2016

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Avant toi

Avant toi
2016
Thea Sharrock

Souvent cantonnés à de modestes succès, les films romantiques n’ont pas l’habitude de déchaîner les passions comme ici, mais à l’image de Nos étoiles contraires, dernier film du genre à avoir connu un succès planétaire, il semblerait que la tristesse fasse vendre. Avec plus de 207 M$ dans le monde à l’heure actuelle (sortira t-il en Chine ?), cela faisait deux ans qu’on avait pas vu un engouement pareil, et il est vrai que le film a de solides arguments.

Adaptation du roman de jojo Moyes, le film raconte le calvaire de William Traynor (Sam Claflin), ancien grand nom de la finance qui menait une vie de rêve et à qui tout réussissait, mais qui va du jour au lendemain se retrouver quasiment intégralement paralysé à cause d’une collision avec une moto. Anéanti par la prison qui lui sert de corps, il a perdu du goût à la vie et ses parents vont alors embaucher la jeune et pétillante Louisa Clark (Emilia Clarke), qui va tout faire pour lui redonner la joie de vivre.

Le principe du film est simple : une âme perdue à sauver. C’est un peu le principe d’Intouchables, d’autant plus que la personne handicapée est très riche. On retombe donc immédiatement dans les travers classiques de ce genre de films, comme pour le récent Un Homme à la hauteur. La personne ne pouvait pas être un individu lambda, il fallait évidemment qu’elle soit riche sinon comment pourrait-on s’y intéresser ? Le pire, c’est qu’en réalité le film ne s’en sert pas tellement pour développer l’intrigue sentimentale, c’est surtout une alchimie de grande amitié humaine, donc cette tare scénaristique n’était même pas utile. L’histoire en elle-même est plutôt bonne, à ceci près que la fin est passablement ratée, faisant beaucoup de mal à sa cause et se basant sur une théorie de l’après qui ne repose sur rien. C’est dommage car le film a vraiment quelque chose de spécial entre son ton très poétique, sa réalisation aux plans soignés, mais surtout la sincérité des émotions véhiculée par des acteurs de très haut niveau (incluant Charles Dance, Brendan Coyle et Matthew Lewis, le Nevil de Harry Potter), surtout notre Khaleesi. Difficile de dire si elle est la meilleure actrice du monde ou si c’est l’hallucinante attirance charnelle qui parle, mais il est clair qu’elle dégage quelque chose d’unique et de fascinent. De mémoire je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi expressif, surtout en terme de sourcils et de fossettes, l’actrice possédant des muscles sur-développés au visage. Elle véhicule tant d’émotions qu’elle rend crédible le film à elle seule. Entre une direction artistique de qualité, des acteurs exceptionnels et une histoire très touchante, le film fait office de référence, et c’est d’autant plus dommage de se fourvoyer à ce point dans la dernière ligne droite.

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Ce sentiment de l’été

Ce sentiment de l’été
2016
Mikhaël Hers

Dans la catégorie « films joyeux », voici l’acceptation du deuil. Vivant le parfait amour à Berlin avec sa petite française, un américain va voir son monde s’effondrer quand sa fiancé va s’écrouler raide morte en sortant du travail (rupture d’anévrisme ?). Anéanti, il sera néanmoins soutenu par la famille de feu sa conjointe, mais cette proximité lui rappelant sa douleur, il va peu à peu couper les ponts. Un an plus tard, le hasard des choses lui fera revoir son ancienne belle-sœur à Paris, étant tous deux invités à une soirée d’une amie commune qu’ils partageaient avec la défunte. Va alors s’instaurer une tradition d’été de partager ensemble leurs souvenirs de celle qu’ils aimaient.

Ah que c’est glauque ce genre de films… On nous montre la misère humaine dans ce qu’elle a de plus fragile : l’affectif. On y ressasse donc le passé, les protagonistes s’enferment dans leur malheur, les choses n’avancent pas et les rechutes sont nombreuses. Le récit s’étale sur trois ans, et même après ça les séquelles restent sévères. Plus d’un millier de jours à retracer, ça peut paraître beaucoup, mais en réalité le film ne s’attarde que sur quatre étés (ou trois si Paris et Annecy sont le même été, pas fait gaffe) avec à chaque fois un ou deux jours de montrés, et la plupart du temps le film ne fait qu’alterner les plans sur la solitude des personnages et leurs discutions, créant de gros problèmes de rythme tant la narration est tout sauf fluide. Ce que propose le film n’a pas grand intérêt ni humainement ni philosophiquement, tout juste peut-on dire que les acteurs sont bons et que certains plans baignant dans la lumière sont jolis. C’est peu.

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Doctor Strange

Doctor Strange
2016
Scott Derrickson

Second film de la phase 3 du MCU (Marvel Cinematic Universe), l’origin story du maître de la magie vient ainsi compéter les rangs des Avengers, désormais de moins en moins accès sur des suites de leurs aventures, le planning des prochaines années étant en grande partie axé sur l’arrivée de nouveaux super-héros avec au minimum quatre programmées pour seulement trois suites et deux grands rassemblements. Un objectif de renouvellement louable, d’autant que la magie fait pour la première fois son apparition ici, faisant craindre une certaine incohérence mais redoublant aussi notre excitation, d’autant que le personnage est très peu connu du grand public. Entre la qualité de la collaboration Disney / Marvel et les premiers visuels très rassurants, on pouvait s’attendre à une très grande cuvée, mais finalement le film ne sort pas tant que ça du lot.

Chirurgien de renom, Stephen Strange (Benedict Cumberbatch) va du jour au lendemain tout perdre. Lui qui se croyait au dessus de tout, un accident de voiture va lui esquinter les mains, son outil de travail le plus précieux. Anéanti et cherchant un remède par tous les moyens, il va entendre parler d’un homme paralysé à vie qui a réussi à remarcher grâce à une médecine parallèle découverte au Népal. Bien décidé à découvrir ce qu’il en est, il va alors se rendre à Katmandou pour rencontrer l’ancien (Tilda Swinton). Là bas, tout ce qu’il prenait pour acquis va s’effondrer devant la puissance de la magie.

Au programme de cet épisode introductif donc, une formation accélérée à la magie puisque le but est de faire le plus rapidement possible de Strange un puissant sorcier capable de rivaliser avec Kaecilius (Mads Mikkelsen), l’ex disciple le plus puissant de l’ancien qui menace de faire venir sur Terre le maître de la dimension noir dont les promesses d’immortalités ont un prix. Un apprentissage supervisé par son collègue Mordo (Chiwetel Ejiofor), bras droit de l’ancien, avec pour toile de fond le passé de docteur de Strange, notamment sa romance avec son assistante et infirmière Christine Palmer (Rachel McAdams). En plus de nous présenter de nouveaux personnages, le but est aussi de faire découvrir au public Marvel la magie, énergie d’un autre monde, et tout ce qui entoure les univers parallèle, tout ça pouvant potentiellement prendre plus d’importance dans les prochains films de la franchise, d’autant qu’un objet lié aux Pierres de l’infinité est introduit et ceux qui suivent l’histoire du MCU savent les enjeux imminents qu’elles représentent.

Si la plupart des personnages et leurs interprètes sont bons, de même que toutes les portes que la magie ouvre, l’histoire est indéniablement le point faible de ce film. Le grand méchant du film est quasiment absent, il n’a ni passé ni personnalité ; la menace est difficilement quantifiable ; Strange rivalise avec Kaecilius dès son premier combat en situation réelle alors que son entraînement est encore balbutiant ; Strange enchaîne les combats quelques minutes à peine après s’être fait sévèrement blessé ; et point le plus important de tous, ce qui permet la résolution finale aurait pu être utilisé dès le début, rendant tous les enjeux du film vide de sens si on y réfléchi. Autre point négatif, si la musique est bonne elle manque en revanche d’originalité, son compositeur s’étant auto-plagié par rapport à son thème de Star Trek. Mais bon, heureusement, le film a d’autres qualités à faire peser dans la balance. Le style Disney / Marvel marche encore une fois très bien, nous proposant un rythme soutenu, une mise en scène soignée et un humour efficace qui contrebalance avec brio le sérieux pesant de certaines situations. On ne l’avait pas senti venir, mais le coup de la cape est vraiment sympa, non sans rappeler le tapis dans Aladdin. Le design entourant l’utilisation de la magie à coup de lumière orange est sympa, mais ce qui fait la véritable force du film est sa puissance visuelle, nous régalant de plans psychédéliques et surtout de renversements de bâtiments, voir de ville entières comme dans Inception, mais en bien plus poussé ici. La 3D est pour une fois sacrément bien exploitée et nombre de scènes impressionnent de par l’impact visuel procuré. L’histoire est donc un peu creuse et la logique discutable, mais la formule marche toujours, l’identité visuelle du film est très forte et Docteur Strange est assurément un très bon super-héros qu’on a hâte de voir aux côtés des autres justiciers.

Disponible en version alternative et vidéo :
https://www.youtube.com/watch?v=1CoaI-WyX5I

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