Projet dernière chance

29 juin 2026 0 Par Antoine

 
Projet dernière chance
2026
Phil Lord, Christopher Miller

Après s’être fait virés du film Solo et avoir chapeauté la saga animée Spider-Man, le duo Lord & Miller revient enfin à la réalisation 12 après leur dernier film, La Grande aventure LEGO. Le duo avait jusqu’alors toujours œuvré dans la comédie, et il est étonnant de les voir attachés à cette adaptation du roman de Andy Weir, lui qui avec Seul sur Mars est un adepte de la hard SF des plus sérieuses. Et l’histoire du film est assez folle, puisque non seulement Amazon a laissé – apparemment – carte blanche aux réalisateurs, mais en plus ils auront eu pas moins de 250 M$ de budget, devenant donc le film de hard SF le plus cher de l’histoire, très loin devant les 165 M$ de Interstellar, d’ailleurs battu d’un cheveux (683 Vs 681 M$) sur la sortie initiale, même si avec les ressorties le second l’a largement emporté (774 M$ aujourd’hui). J’étais donc des plus curieux devant ce projet, d’autant que son concept est lui aussi proche du monument cité, mais aussi très original.

Et si une forme de vie détruisait les planètes ? Découverts entre le soleil et Vénus, une ceinture de ces êtres microscopiques s’est rapidement propagée, commençant à grignoter la planète et cherchant à entamer notre soleil. D’ailleurs, le phénomène semble toucher toutes les galaxies voisines, constatant la mort des étoiles les unes après les autres. Scientifique ayant découvert leur méthode de reproduction, source potentielle de combustible pour une mission de la dernière chance, le professeur Grace (Ryan Gosling) va se réveiller dans le vaisseau se dirigeant vers une planète entourée de ses destructeurs de planète, mais qui résiste pourtant. Quel en est le secret ? Cet étude pourrait sauver la Terre, mais pas uniquement.

Vendu dès les premières bande-annonce et même sur son synopsis officiel, ne tournons pas autour du pot d’autant qu’il y a tellement à dire dessus : outre le côté « mission dernière chance » à la Interstellar, c’est avant tout un film à la Premier Contact sur comment communiquer avec une race extraterrestre, et toute la collaboration scientifique qui en découlera. Si le film n’est ni une ode à l’aventure aussi ahurissante que Interstellar et s’il n’a pas vocation à être un choc sensoriel et émotionnel à la Premier Contact, il propose une approche assez folle, pour ainsi dire la plus pragmatique et la plus logique concernant la communication. Alors oui, ça part du principe que la démarche est peu ou prou la même en face, ou qu’un supériorité technologique ou mental permet de s’en passer (ce n’est pas très clair d’ailleurs), mais la manière de procéder force le respect, brillamment terre à terre. L’idée de la narration croisée entre la découverte du problème / lancement de la mission et le réveil brumeux post hibernation spatiale est excellente également, rentrant à la fois directement dans le vif du sujet, et montrant progressivement les enjeux, tenants et aboutissants. En revanche, un point me chagrine un peu : on constate d’emblée la mort des deux autres astronautes (incluant Ken Leung), mais ça ne sera jamais expliqué ou montré, alors même que le film frôle les 2h40.

Mise à part que l’approche du film est excellente, son traitement brillant, que Ryan Gosling a le charisme nécessaire à porter quasi seul le film et que ses deux duos (sur Terre avec Sandra Hüller et dans l’espace avec Rocky) sont touchants, le film réussi aussi son double pari d’offrir un très grand spectacle (des scènes Imax vraiment spectaculaires) et un quasi film familial drôle et touchant comme le duo de réalisateurs en a l’habitude. Pour son concept très pesant de fin du monde avec un traitement hard SF de l’entraide inter espèces, c’est réellement un tour de force ahurissant. Un film qui s’inscrit indiscutablement au panthéon des plus grands récits du genre, peut-être moins cathartique et marquant que certains modèles, mais qui fera sûrement bien plus consensus.