Euphoria

Euphoria
2019 – 2026
Sam Levinson
De phénomène culturel à indifférence générale. Nous étions en 2022, après moult reports suite au Covid, la seconde saison du show sort enfin et connaît des audiences records. Absolument tout le monde en parlait, c’était une des plus grosses séries du moment, un vivier à talent comme rarement on en aura vu de pareil, puisque si les polémiques autour de la transidentité de Hunter Shafer ont clairement freiné sa carrière, que Barbie Ferreira a été virée suite à ses dérapages ou encore Angus Cloud qui fut fauché trop tôt pour pleinement décoller, on a tout de même Sydney Sweeney qui a désormais une belle carrière au cinéma, mais surtout Jacob Elordi et Zendaya qui sont clairement parmi les acteurs les plus en vogue de leur génération avec déjà plusieurs nominations aux Oscars. Et pourtant, il y a dix jours s’est achevée la troisième et dernière saison, longtemps attendue de par les calendriers de star de notamment le trio de tête, mais partie sans une once de son succès d’antan. Petit retour donc sur une série, certes historique à postériori pour son casting, mais qui a toujours été largement surcotée.
Pas revue depuis son premier visionnage il y a quatre ans, et j’avais au passage loupé les deux épisodes « spécial Noël » entre les deux premières saisons, mes souvenirs des débuts sont assez vagues, mais il me semble très improbable que l’envie de m’y replonger un jour me prenne. On y suivait alors une bande d’adolescents, déjà vieux pour l’époque, même en 2018 pour le tournage de la première saison pratiquement pas un seul avait moins de 20 ans, avec une moyenne à presque 24 ans encore au lycée pour la seconde saison. Il y avait en tête Rue (Zendaya), cas typique de petite bourge faisant de la merde, testant ses limites avec la drogue, quitte à détruire tout le monde autour d’elle (sa jeune sœur était alors jouée par Storm Reid, mais absente en saison 3). Un petit monde de jeunes privilégiés, entre alcool, drogues, sexe, amour et amitié, avec souvent l’un entrant en problème avec un autre. On pensera notamment à la rivalité entre Cassie (Sydney Sweeney) et Maddy (Alexa Demie), avec Nat (Jacob Elordi) au milieu. Le père de ce dernier (feu Eric Dane), riche entrepreneur collectionnant tous les vices comme avec un travelo mineur (Hunter Shafer). Et comment ne pas citer également Lexi (Maude Apatow), la seule fille bien à peu près normale et seine d’esprit, mais bien évidemment éperdue de Fez (Angus Cloud), une petite frappe dealeur.
Si effectivement, avec le recul la série était encore une fois un vivier à talents ahurissant, et qu’on peut reconnaître au show d’énormes qualités de mise en scène et photographie, une qualité très cinématographique pour une série dite « de prestige », pas grand chose ne la sépare de la masse de Elite ou 13 Reasons why, à ceci près que ces dernières, au moins dans leurs deux premières saisons, dosaient bien mieux les dérives, et surtout se reposaient sur des scénarios plus poussés, des enquêtes prenantes et bien mieux rythmées. Et niveau talents des acteurs, je n’aurais pas tellement plus parié sur le casting d’Euphoria, au contraire. Donc pour moi, dès le début la série était très largement surcotée, à peine bonne, mais pas grâce à ce qu’elle racontait mais plutôt grâce à la manière de le faire.
Place donc à la troisième et dernière saison, fin du supplice serais-je tenté de dire. Si réunir tout ce monde là tenait presque du fantasme à force, avec en plus un Colman Domingo impérial et un Adewale Akinnuoye-Agbaje (akka Mr Eko dans Lost) en grand méchant au charisme de fou, la saison a une pléthore de problèmes. Alors oui, ça reste magnifique visuellement, toute la saison ayant été tournée en Vistavision et l’image fait plus cinéma que jamais, on sent que la série a coûté très très cher. Les acteurs sont au top, mais l’histoire… Déjà la différence de traitement des personnages est juste ahurissante : Nat est juste là pour être un énorme bouffon, humilié et stupide de bout en bout (se cacher ça serait une bonne idée, non connard ?!) ; Jules n’est plus qu’une escorte faisant de la figuration, au même titre que Lexi est effacée au possible. Le personnage de Cassie montre à quel point l’écriture est mauvaise, dénonçant l’ultra sexualisation et un commerce de quasi prostitution, d’autant qu’en parallèle on voit aussi ce type de dérive, mais d’un autre côté son personnage est si arriviste et n’a littéralement que ça à proposer, et dans le même temps la série se veut très sulfureuse, donc cherche à aguicher le spectateur avec exactement ce qu’elle dénonce. Au mieux c’est de l’hypocrisie totale, au pire c’est tellement mal écrit que la série ne comprend pas elle-même de quoi elle parle. Quant à Maddy, la seule chose qui la sépare de sa BFF est la façon de présenter les choses, mais dans le fond elle renie toute forme de morale et ses principes au nom de l’argent. Reste Rue, que je n’ai jamais tellement apprécié, et en même temps, c’est une junkie égoïste et débile. Elle va à nouveau faire tourner l’histoire autour de la drogue, et ça fatigue. Cette saison 3 m’a paru de surcroît incroyablement longue, y allant constamment à reculons tant le rythme était mauvais, l’histoire hypocrite ou mal construire, et dans tous les cas à l’opposé de mes valeurs, donc le temps fut d’autant plus long. Et ne parlons pas de la fin, oubliant des personnages et des pans entiers de scénario, pour verser dans du nihiliste / fatalisme usant. Content d’en avoir fini, et je ne veux plus jamais entendre parler d’histoires de jeunes cons avec leurs petits problèmes de bobos s’ennuyant.
Saison 1 et 2 : 
Saison 3 : 