Mr. Nobody

Mr. Nobody
2010
Jaco van Dormael

Chaque choix fait dans la vie peut ouvrir ou fermer une infinité de possibilités, certaines plus réjouissantes que d’autres. Mais comment savoir lesquels sont les meilleurs et lesquels aboutiront à une fin tragique ? Quand une âme vient au monde, la personne entrevoit l’infinité de ses vies, avant que l’ange du silence ne vienne déposer son doigt sur notre bouche, laissant sa marque au dessus des lèvres et nous condamnant à l’amnésie. Mais ce jour là, Nemo fut oublié…

Nous somme aujourd’hui en 2092, Nemo a 118 ans, et il est sur le point de mourir, le dernier homme à mourir de cause naturelle. Nous somme en 2009, Nemo (Jared Leto) est marié à Anna (Diane Kruger), à Jeanne, à Elise. Nous somme en 2000 Nemo (Toby Regbo) est amoureux fou de Anna (Juno Temple), il vient de rencontrer Elise, il vient de danser pour la première fois avec Jeanne. Nous somme en 1993, Nemo est à la gare, il a choisit de partir avec sa mère, il est resté avec son père (Rhys Ifans). Toutes ces réalités sont vraies, elles se sont toutes produites et Nemo se souvient de chacune d’entre elles.

Sans nuls doutes la production européenne (franco-belge-britannique) la plus ambitieuse de ces dernières années, le film est une véritable claque scénaristique, remballant les références du genre comme L’Effet Papillon ou Cloud Atlas, bien que pas assez équilibré par ailleurs. Son confortable budget de 33 M€ lui permet les moyens de son ambition, mais ça n’est clairement pas une de ses qualités principales. D’une rare complexité, le film arrive à mener de front des dizaines d’histoires différentes à travers diverses versions de diverses époques (principalement trois : l’enfance, l’adolescence et l’âge adulte, avec une sorte de narration via la dernière époque, celle du denier soupir). Toutes ces réalités alternatives ont comme point de départ le choix du parent quant au divorce : celui de suivre une mère absente ou d’assumer un père sombrant chaque jour d’avantage, dévasté par la perte de sa femme. Les diverses histoires mettent surtout en avant l’amour qu’il éprouvera envers trois femmes : Anna, Elise et Jeanne, toutes trois présentes dès sa plus tendre enfance mais qui ne resteront qu’à certaines conditions. Néanmoins – et c’est fait exprès -, une seule des trois romances a un vrai fond, une sincérité éclatante et une magie émouvante : celle avec Anna. D’ailleurs, en dehors des présentations scientifiques bluffantes, la période de l’adolescence avec l’amour flamboyant entre Nemo et Anna est de loin le meilleur moment du film, montrant là ce qui est et sera le moment le plus heureux de toutes ses vies. On regrettera simplement le fait que Diane Kruger n’arrive pas à la cheville de Juno Temple, que ce soit en terme de jeu ou de charme. Mais là où le film fait vraiment très fort, c’est que le spectateur ne se sentira pas tellement perdu malgré la multiplicité des histoires, le tout se recoupant avec aisance et justesse. Un très beau film donc, alternant passages poétiques et émouvants. Malgré tout le chef d’œuvre n’est pas complètement là, la morosité prédominant et le soin apporté à l’alchimie des premiers instants avec Anna est telle que le reste paraît à côté beaucoup trop vide de sens, renforçant le désespoir ambiant. Mais ne boudons pas ce film, l’expérience reste bouleversante et d’un degré de complexité rarement atteint.

Ce contenu a été publié dans Cinéma, Critiques. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.