Gods of Egypt

Gods of Egypt
2016
Alex Proyas

Dans cette époque de haters et autres trolls, il est de bon ton de massacrer un film ou un produit culturel, parfois même avant la sortie par principe. Rien qu’à l’annonce du projet, en raison de son casting caucasien pour interpréter des égyptiens, le film avait subit un « whitebashing » colossal, racisme anti-blancs qui se répand comme une traînée de poudre, puis quand la première bande-annonce est tombée on a reproché au film son déluge d’effets spéciaux, problème générationnel qui prend une ampleur sans précédent avec le phénomène des blockbusters toujours plus gros. Avant même sa sortie le mal était déjà fait, le film se faisant copieusement démonter, et le four abyssal était prévisible avec un tel péplum budgété à 140 M$, sans frais de pub. Difficile effectivement de le soutenir vu le résultat, mais pas de quoi crier au scandale.

Si on est tous à peu près familiers avec la mythologie romaine ou la culture chrétienne, il n’en est peut être pas autant pour celle des dieux égyptiens, et je ne parle pas de ceux de Yu-Gi-Oh. Créateur de la vie, Ra (Geoffrey Rush), dieu du soleil, a engendré deux fils pour régner sur l’Egypte : Osiris, roi du Nil qui commande aux hommes, et Seth (Gerard Butler), gardien des déserts. Las de voir son frère si faible et incompétent, Seth a profité de la passation de pouvoir entre Osiris et son fils Horus (Nikolaj Coster-Waldau) pour faire irruption, tuer son frère, ôter la vue à Horus, soumettre les autres dieux et s’imposer comme nouveau roi. Dès lors, l’enfer s’est abattu sur terre et ses habitants vivent un cauchemar. Beaucoup croient encore en Horus, persuadés qu’il viendra les sauver, mais privé de ses yeux il n’est guère plus que l’ombre de lui-même.

On a beau se retrouver dans l’Egypte ancienne, on est bien là devant une pièce de Shakespeare où l’oncle et son neveu se disputent le trône, même s’il est vrai que tout est paré d’or, qu’il y a des bestioles un peu bizarres et que le ratio de taille est variable. Assurément la plus grosse erreur du film, il nous la rejoue Percy Jackson en faisant des dieux des humains de très grande taille, donnant un effet étrange et carrément raté aux personnages tant les incrustations numériques sautent aux yeux. En effet, la taille des dieux est d’une variabilité perturbante, les humains leur arrivant à hauteur d’épaule ou de fesses en fonction de la scène, et c’est tout simplement ignoble. De manière générale, c’est presque tout le film qui sonne visuellement faux, la taille des décors semblant elle aussi sujette au changement en fonction du plan, et les effets spéciaux sont si omniprésents que pas une seule scène ne semble avoir été tournée sans trucage. Pire encore, ces derniers ne convainquent pas vraiment, les monstres sonnant faux (Anubis avait plus d’impact dans Pyramide) et les dieux se la jouant Chevaliers du Zodiaque. Néanmoins, on notera quelques effets de lumière sympas concernant les objets divins, le bateau de Ra a de la gueule, et il y avait un vrai potentiel dans l’identité visuelle des enfers, mais rien à faire, l’histoire a du mal à prendre. Le jeune Bek (Brenton Thwaites) ne relance pas spécialement l’intrigue avec sa romance téléphonée, et l’ambiguë déesse de l’amour incarnée par l’incendiaire Elodie Yung, l’une des deux révélations majeures de l’exceptionnelle saison 2 de la meilleure série de tous les temps, est certes le plus gros atout du film, mais elle ne suffit à faire la différence. Sans être une infâme bouse, le film est simplement vide, tentant de cacher sa pauvre querelle de dieux sous une épaisse couche crasseuse d’effets spéciaux épiques, envoyant suffisamment la sauce pour qu’on ne s’ennui pas, mais il a bien du mal à justifier son existence.

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