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2020
Anthony Marciano

Au milieu des grosses sorties de fin d’année et des challengers des Oscars sortant en début d’année, il est difficile de s’y faire une place, d’autant quand sur le papier le film a l’air sympa sans plus. Déjà, retracer la vie de quelqu’un, ça a déjà été fait un paquet de fois, et même en « vrai » avec Boyhood qui a réellement été tourné sur douze ans. De plus, pour le raconter via l’angle de la caméra, on tombe dans le gros cliché du found-footage : le gars un peu bizarre qui se met à tout vouloir filmé du jour où on lui offre une caméra. Un semi-bide en salle, un concept éculé et des mécaniques usées. Et pourtant, ça marche.

Parfois quand on fait le bilan de sa vie, on se dit qu’on a fait le mauvais choix. Difficile de dire à quel moment précis on a dévié du chemin qu’on voulait, mais à l’heure de faire le bilan, Max (Max Boublil) ne sera pas très satisfait. Lui qui a passé des décennies à enregistrer tout et n’importe quoi, il va se repasser le film de sa vie pour essayer d’en tirer des leçons.

Plus on remonte, et plus on se dit « mon dieu la chance qu’ils ont eu ». Par rapport aux nouvelles générations, j’ai connu l’arrivée d’internet, les percées de l’informatique, les débuts du jeux-vidéos. Si on remonte aux années 80, il n’y a pas beaucoup de changements, si ce n’est qu’ils en ont encore plus ressenti l’impact de part l’arrivée proportionnellement plus brutale. Si on remonte, ceux nés dans les 70 se sont un peu fait entubés. Trop jeunes pour vivre la période hippie, trop vieux pour s’émerveiller plus tard devant les mangas et les nouvelles technologies. En revanche, de fin 40 à 60, c’était un peu la période bénie : pas de séquelles de la guerre, on découvre l’âge d’or du cinéma, c’est l’effervescence économique, pas besoin de diplômes ou de se prendre la tête avec le boulot, il suffisait de se bouger et tout se faisait au mérite, et avec du bol on fini sa carrière début des années 2000 avant que le marché du travail ne devienne un cancer absolu. Donc quand le film nous rappelle toutes les bonnes choses qui sont arrivées depuis les années 80, on ne peut qu’acquiescer.

Une formule feel-good en-plein de nostalgie, nous partageant les bons moments d’une bande de potes, évoluant au fil des ans, mais dont un quatuor d’amitié (incluant pour les adultes Alice Isaaz et Malik Zidi) solide se dessine peu à peu. C’est plein de douceur, de moments suspendus, de drames et de barres de rires entre potes. Il y a aussi la famille, étrangement gérée (si on suit beaucoup Noémie Lvovsky, mère de Max, pour son père incarné par Alain Chabat on ne comprend pas vraiment son histoire – absent ou mort ? Jusqu’au message inattendu et sans suite, on pensait savoir, mais le doute resurgit), mais donc le film se concentre surtout sur l’amitié. Le film gère remarquablement bien le passage du temps, notamment grâce à un casting particulièrement bien choisi : une fois compris qui resteront les personnages principaux, soit le second âge (16-20 ans), on reconnait incroyablement bien les personnages. Bon après l’actrice est la même de 16 à 35, et je crois que Max Boublil double sa version jeune, mais donc ça fait trois changements physiques réussis. Excellent travail de maquillage, d’accessoiristes et de décors donc, puisque non seulement l’immersion marche bien, mais par rapport aux personnages principaux, une actrice de 28 ans est crédible à 16 ou 35 ans, de même qu’un acteur de 45 ans est crédible même à 25 ! Enfin ce qui marche surtout dans le film, c’est l’ambiance. On y croit à cette amitié, à la simplicité des moments, les acteurs sont bons, l’histoire de leurs vies nous touche (pas mal de par l’écho de la notre d’ailleurs, de par la proximité culturelle de l’âge), et niveau humour le film est très efficace. Il ne faut pas s’attendre à une révolution ou à la comédie de l’année, mais voilà un film plus intelligent qu’il n’y paraît, nous proposant une introspection sous forme de balade aux diverses émotions du panel que nous offre la vie.

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