Bécassine!


Bécassine!
2018
Bruno Podalydès

Adaptation de la bande dessinée éponyme de Caumery et Émile-Joseph-Porphyre Pinchon, le film avait pour ambition de remettre sur le devant de la scène ce personnage de la culture française de « boniche bien brave » comme on dirait, quelque peu sombré dans un oubli absolu depuis sa parution en 1905 alors même que son prénom est entré au dictionnaire, devenant un adjectif péjoratif pour se moquer de la naïveté d’autrui. Il faut dire que ce ne sont ni le film de 1940 ni la version animée de 2001 qui ont pu revigorer la popularité du personnage tant les films ont été décrit comme oubliables voir mauvais, avec en prime un cuisant échec en salles.

L’histoire prend place en Bretagne (ou Picardie selon l’origine choisie mais je ne me rappelle déjà plus) à la fin du XIX° siècle. Fille de fermiers très modestes, Bécassine se rêvait vivant la grande vie à Paris, mais sans jamais oser y aller malgré les encouragements de son oncle (Michel Vuillermoz). Finalement, plus proche de la ménopause que de sa jeunesse, elle va se réveiller sur le tard et partir baluchon en main direction la capitale. Elle tombera alors sur la marquise de Grand-Air (Karin Viard) et son compagnon (Denis Podalydès), qui lui proposeront un travail de nourrice, lui faisant découvrir un rêve plus grand encore, celui d’une maman de cœur.

Outre mon amour pour les histoires se déroulant à cette douce période, mais généralement plus dans l’aristocratie britannique, ce film avait un autre argument de poids pour me convaincre : son réalisateur. Si la BD m’était totalement inconnue, son réalisateur nous avait – surtout moi – régalé de cette douce et improbable note poétique qu’est Comme un avion. Et avec en prime un casting solide (avec en plus de ceux cités Josiane Balasko et Vimala Pons), le projet était donc intéressant à plus d’un titre malgré la globale qualité désastreuse des adaptations de BD, mais vu le bide retentissant (à peine deux cent mille entrées avec une exploitation digne des plus gros blockbusters avec près de 700 salles et ce en plein mois de juillet, pour ainsi dire le meilleur de l’année) prudence était de mise. Et effectivement, dès les premiers instants le constat est terrible : personnages caricaturaux à outrance, jeu théâtrale insupportable et transposition catastrophique. Et tout du long le constat sera invariable, à savoir un enchaînement de gags et situations rocambolesques qu’on imagine fort bien dans une BD, mais qui à aucun moment ne fonctionne premier degré sur écran. Si petit à petit on fait l’effort de s’intéresser à l’histoire et aux personnages, le bilan reste sans appel tant pas une seule pitrerie ne fonctionne. Et même artistiquement, hormis quelques compositions musicales agréables, la réalisation est souvent raté, que ce soit les plans de nuit illisibles ou les mouvements de caméra trop cartoons. Pire encore, le personnage principal n’est pas crédible, alternant entre bêtise et ignorance absolue d’un côté, et génie créatif de l’autre. Sans être un navet absolu, le film ne fonctionne juste pas et prouve que chaque support possède ses propres codes et que le travail d’adaptation n’est décidément pas évident.

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