Chaos Walking


Chaos Walking
2021
Doug Liman

Alors que beaucoup espéraient le voir travailler sur une suite de Edge of Tomorrow qui n’arrivera probablement jamais, le réalisateur Doug Liman s’est attaqué à la trilogie littéraire du Chaos en marche, ces fameuses sagas pour adulescents comme on dit par chez nous, c’est-à-dire des films généralement de quête identitaire dans un univers dystopique où l’amour occupe une place déterminante. Beaucoup d’appelés, pratiquement aucuns élus, et seule une poignée ont dépassé le stade du premier film. Tourné en 2017, quasi intégralement retourné deux ans plus tard pour cause de projections tests alarmistes avant de subir moult reports, le film a finalement été jeté dans la fosse en mars 2021 aux Etats-Unis où les restrictions sanitaires l’ont immédiatement condamné, au point d’annuler sa sortie dans nombre de pays pour le revendre à Amazon. Avec en plus une réception mitigée voir mauvaise, on aurait tôt fait de faire l’impasse dessus, surtout que les suites ne verront jamais le jour. Et pourtant…

Le film se déroule au XXIII° siècle sur une planète située à 64 ans de voyage stellaire de la Terre, appelée « Nouveau Monde » dans l’espoir que cette planète soit le nouvel Eden pour l’humanité. Seulement voilà, cette terre ne s’est pas avérée si accueillante, avec notamment une population locale sous-estimée qui s’est révélée être bien plus développée que de simples faunes locales, et il ne reste désormais qu’une centaine de survivants, surtout depuis que le peuple local a massacré toutes les femmes et les enfants sur place. N’ayant plus non plus de moyen de communication et n’ayant plus aucun contact avec des vaisseaux ou la Terre, ils se pensaient peut-être les derniers représentants de l’humanité (dirigés par Mads Mikkelsen). Plus jeune des survivants, Todd Hewitt (Tom Holland) va un jour croiser le chemin de Viola (Daisy Ridley), venue dans un vaisseau spatial qui s’est crashé à l’atterrissage. S’il reste du monde là-haut, l’espoir subsiste peut-être.

Ne savant absolument rien du film, je n’ai pu qu’être surpris par son originalité. Mine de rien, les films se déroulant sur des planètes qui ne sont pas la Terre sont rares, et l’univers propose en plus une singularité intéressante à bien des niveaux : le bruit. Phénomène inexplicablement exclusif à l’homme (au sens mâle, les femmes n’étant pas touchées), le principe du bruit est que les pensées se manifestent visuellement et de façon audible. Non seulement les gens entendent les pensées des autres, mais ils les voient se matérialiser. Ainsi, il est pratiquement impossible de mentir ou de dissimuler quoi que ce soit, et au contraire les esprits forts pourront même matérialiser tout ce qu’ils veulent. Transparence incontrôlable pour les uns, pouvoir d’illusion surpuissant pour d’autres. Grâce à un budget confortable et plusieurs années de post-prod, le film propose des rendus particulièrement beaux et intéressants pour matérialiser ce concept, et que ce soit narrativement ou pour la mise en scène, l’idée est très bien utilisée. Premier volet oblige, le film reste assez flou sur où en est l’humanité au sens large (sur Terre, potentielles autres colonies sur d’autres planètes) et on se doute que le souci de cohabitation à peine esquissé aurait été un sujet principal des suites. Mais même en considérant ce film comme une histoire indépendante, d’autant que sauf surprise de taille, elle le restera, malgré une trame assez prévisible le concept fascine, l’immersion est excellente et les protagonistes sont attachants. Que ce soit la SF en général ou les « young-teen book adaptation », ce sont deux genres qui me parlent énormément, et de fait mon jugement est peut-être un peu biaisé de par les affinités évidentes, mais objectivement je trouve le film extrêmement réussi et captivant.

 

Ce contenu a été publié dans Cinéma, Critiques. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *