Mange, prie, aime

Mange, prie, aime
2010
Ryan Murphy

Tout laisser tomber pour partir à la découverte du monde, voilà le genre de chose à laquelle on rêve souvent mais que presque personne n’ose faire pour de vrai. Déjà parce que ça coûte une fortune, et puis ça nécessite une forme d’égoïsme assez énorme pour laisser tous nos proches et amis comme ça. Mais bon, ça fait du bien de rêver, et c’est exactement ce que devait nous proposer le film. Seulement la promesse n’est pas tenue…

Après un mariage qui a raté et une nouvelle relation avec un petit jeune (James Franco) vouée à l’échec, Elizabeth (Julia Roberts) va décider de prendre le large, partir explorer le monde et redécouvrir les plaisirs de la vie. Première escale en Italie à la recherche des joies culinaires, de la chaleur du Sud et de la tranquillité qui y règne. Ensuite, direction l’Inde en quête de spiritisme, puis retour à Bali où elle avait déjà été, pour faire le point sur sa vie (et trouver l’amour avec Javier Bardem, de toutes façons l’affiche spoil à mort).

Trois pays chauds, trois endroits tranquilles et dépaysants : un cadre de carte postal pour un voyage magnifique. Alors pourquoi ça ne l’est pas ? Déjà le film met un temps fou pour démarrer vraiment : près de 40 minutes pour atteindre l’Italie, première escale. De même, difficile de nous intéresser quand le personnage principal est à ce point égoïste, traitant les hommes comme des êtres inférieurs qui peuvent s’estimer heureux si elle pose son regard sur eux. D’une rare arrogance, elle ne sait jamais ce qu’elle veut, ne se projette jamais dans l’avenir et se contente de vivre le moment présent dans un total détachement. Un personnage quasi antipathique. C’est donc presque rageant de la voir passer du bon temps avec tant d’insouciance et dans une facilité abusive. Tout coule de source pour elle, que ça soit l’argent ou la sympathie des gens. Une histoire de pourrie gâtée par la vie et qui n’y trouve que tardivement son bonheur, et au delà de ça l’histoire ne vaut rien. Chaque aspect de sa quête intérieure est vide ou trop superficiel, et pourtant le film s’attarde dans les grandes largeurs. D’une lenteur ahurissante, ce film décompose et étire chaque partie de son voyage jusqu’à l’en priver de toute substance. Même le casting cinq étoiles déçoit, mais c’est encore une fois un problème d’écriture, leurs personnages étant bâclés. Une idée qui avait de quoi séduire, mais le film est un ratage complet à quelques décors près.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Requiem for a Dream

Requiem for a Dream
2001
Darren Aronofsky

Depuis le temps que j’ai découvert ce thème musical exceptionnel de Clint Mansell, considéré comme le meilleur de tous les temps en terme d’épique – et limite meilleur thème tout court -, il était temps de découvrir le film pour lequel il a été composé (ou redécouvrir, je ne suis plus très sûr). Seconde réalisation du désormais célèbre Darren Aronofsky, le film avait connu un immense succès compte tenu de sa quasi absence de distribution, et les années l’ont édifié au rang de chef d’œuvre. Très loin de ce à quoi je m’attendais, le film est effectivement une claque à bien des niveaux.

La vie, ça se fini de toutes façons entre quatre planches, à condition de retrouver le corps. Alors à quoi bon se poser la question de savoir quand et comment tout ça va prendre fin ?Pour Sara Goldfarb (Ellen Burstyn), la seule chose qui compte dans la vie c’est son émission de télévision favorite, et elle a d’ailleurs été tirée au sort pour y participer. Sa seule obsession d’ici là est de perdre ses kilos en trop pour rentrer à nouveau dans sa magnifique robe rouge, et est prête à tout pour y arriver. Pour son fils Harry (Jared Leto), seules deux choses comptent : se faire un max de tune en coupant et en revendant de la drogue, et se défoncer grave avec sa copine Marianne (Jennifer Connelly). Des comportements obsessionnels qui vont les conduire à la folie.

Ainsi donc c’était ça : un film sur des camés dans un délire psychédélique. Entendre la fameuse musique alors que deux jeunes chourent une télé et la trimbalent dans toute la ville, c’est assez surréaliste. Mais c’était donc ça le message caché derrière ces notes de musiques : la folie humaine. Dans ce domaine, le film s’impose sans mal comme une référence, que ce soit grâce au talent immense de ses acteurs, surtout la mère, ou grâce à une réalisation inventive et ambitieuse, faisant fit de son petit budget (même si du coup on se paye un grain sur l’image dû à la piètre qualité des caméras), mais surtout grâce à l’ambiance sonore, point le plus magistral du film. L’histoire augmente crescendo dans la folie, et même si elle n’innove pas grand chose et traite de sujets au fond banals, c’est d’une grande maîtrise, avec un soucis du timing impressionnant. Alors bien sûr, cette vision sombre et pessimiste de la vie risque de ne pas plaire à tout le monde à cause de sa violence tant graphique que psychique, mais dans ce domaine le film excelle et il serait dommage de passer à côté.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Monstres contre Aliens

Monstres contre Aliens
2009
Rob Letterman, Conrad Vernon

Nom de Dieu c’est quoi cette merde ? C’est marrant, s’il y a bien un film que j’oubli à chaque fois, c’est bien celui-ci. Un jour je le vois passer aux stratosphères du box-office (enfin faut pas exagérer mais le film a tout de même connu un certain succès – 381 M$), ils en reparlent de temps à autre, mais dès que je voyais l’affiche, bim, alerte au navet. Des fois j’allais même jusqu’à regarder la page du film, et paf les notes désastreuses qui apparaissent, désintégrant toute pulsion de visionnage. Mais voilà, après des années de clairvoyance, j’ai craqué, voulant en avoir le cœur net une bonne fois pour toutes. Donc pas de soucis, c’est bien l’un des pires films d’animation qu’il m’ait été donné de voir.

Visiblement écrit par des fans du très surfait Men in Black, le film fait exactement ce que son titre indique : il fait s’affronter des monstres et des aliens (enfin un, avec ses robots et ses clones). Une météore qui tombe sur la planète et pouf, une pauvre femme se retrouve à faire plusieurs dizaines de mètre de haut (taille extrêmement variable en fonction des plans) le jour de son mariage. Elle sera appréhendée par l’armée puis enfermée à vie avec d’autres monstres de foire potentiellement dangereux. Mais le jour où la Terre va se retrouver menacée par un extraterrestre, l’armée va déployer son équipe de monstre pour contrer l’offensive.

Raah, mes yeux sont entrain de fondre ! Mais c’est quoi ce délire, bordel ! 175 M$ pour cet immondice visuel, vous êtes sérieux ? Depuis que l’animation s’est mise à la 3D (pas le relief mais le numérique), on a eu un sacré nombre d’accidents, mais celui-ci en est un méchamment costaud. Il n’y a strictement rien qui tienne la route, que ce soit d’un point de vu technique ou artistique. Le niveau de détail est franchement ridicule, les textures fades, la tentative de grain de peau ignoble, les couleurs brûlent la rétine, et le design provoque un AVC. Les monstres sont passablement ratés, dénués de toute forme d’originalité, pire encore pour l’extraterrestre, mais le summum de l’insupportable nous vient des humains. Des nez terrifiants, des proportions alarmantes, et surtout un aspect global repoussant. Alors forcément, impossible de s’attacher au moindre personnage, même l’héroïne, pourtant potentiellement intéressante. Je ne relèverai même pas la nullité extrême de l’histoire, honte absolue qui se contrefout de la logique entre les vêtements extensibles à outrance et la taille variable de ses personnages, très choquant, mais le fond est bien pire. Rien à tirer du film, même pas son humour, d’une pauvresse fatigante. On atteint pas non plus le degré de vide abyssal du Chat Potté, mais diantre que c’est lamentable !

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Le Bison (et sa voisine Dorine)

Le Bison (et sa voisine Dorine)
2003
Isabelle Nanty

Pour son unique réalisation, au succès modéré, Isabelle Nanty revisite le conte de fée de manière originale. La princesse (elle) est enceinte de son cinquième enfant, est bouboule, colérique, et son statut de concierge de l’immeuble ne fait pas rêver. Pire encore, son mari (Pierre-François Martin-Laval) vient tout juste de se barrer. Mais quel prince charmant pour la sauver de son malheur alors ? Pour elle ce sera Le Bison (Edouard Baer), son nouveau voisin. Il n’est pas tout à fait d’accord et demande juste qu’on lui foute la paix, mais pas de bol, on lui demande pas son avis.

Très classique sur la forme comme sur le fond, le film est malgré tout une bonne pioche. L’idée de prendre un pauvre gars qui a rien demandé à personne et lui faire perdre le contrôle de sa vie, c’est amusant, surtout quand ça le saoule à ce point. Clairement le degré zéro de la romance, et c’est ça qui rend le film un peu spécial. Il ne souhaitait rien de ce qui lui est arrivé, il subit son quotidien dans la douleur, mais au final il y trouve bien plus que ce qu’il pensait. Une histoire qui me parle beaucoup : un gars simple qui préfère garder ses distances avec les enfants, mais qui se retrouve embarqué la dedans par la force des choses. Alors oui, un môme c’est chiant, ça braille, ça fait des caprices et c’est pas forcément très malin, mais c’est terriblement affectueux et attendrissant. Et à partir du moment où le non-héros se rend compte que son opinion n’est de toute façon pas prise en compte et qu’il lâche prise, le film en devient presque émouvant, tout en gardant sa fraîcheur et sa légèreté de ton. Une petite histoire simple et mignonne, qui ne va pas chercher très loin, mais à quoi bon ?

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

La Folle journée de Ferris Bueller

La Folle journée de Ferris Bueller
1986
John Hughes

Monument de la comédie américaine, le film compte parmi les plus grands succès de tous les temps (en terme d’entrées), ayant cumulé sur son seul sol natif 70 M$, d’autant plus impressionnant de par son maintient semaine après semaine (le film n’a jamais chuté de plus de 24% d’une semaine sur l’autre au box-office). Un film générationnel qui continu d’en inspirer certains, mais avec le recul l’engouement s’explique difficilement.

Qui ne s’est jamais fait la réflexion « quel dommage d’aller en cours par une si belle journée » ? Entre le penser et prendre acte, il y a un énorme faussé, sauf pour Ferris Bueller (Matthew Broderick), fin stratège. Terrible comédien, il a néanmoins la crédulité extrême de ses parents pour compenser, et c’est ainsi qu’il a déjà réussi à se faire porter malade neuf fois en l’espace d’un semestre. Mais que faire de sa journée ? Pas question de la passer seul, il va devoir faire sortir son pote Cameron de son lit de malade et faire évacuer du lycée sa petite amie Sloane. Ensemble, ils vont passer une folle journée.

Les années 80 semblent très loin, presque un autre monde. Des couleurs flashy, une décontraction hallucinante, des problèmes secondaires et une joie de vivre franche et communicative. Pour une fois on peut le dire : c’était mieux avant. Mais bon, la naïveté de l’époque passe par moment pas très bien, notamment quand le héros fait le foufou chez lui, pas très crédible. De même, l’informatique n’en étant qu’à ses balbutiements, le film exagère à outrance l’axe des possibilités, et de manière générale le film ne semble jamais se rendre compte quand il franchit la barrière de la cohérence. Le film est très sympa, divertissant, conviviale et généreux, mais il va souvent trop loin, que ça soit avec ses nombreux regards caméra ou dans son humour simpliste. Le running gag du proviseur est d’une lourdeur infâme, et le coup du concert improvisé sonne tellement faux que ça ruine toute la séquence. On frise le côté honteux à bien des reprises. Certains passages restent malgré tout très drôles, comme tout ce qui tourne autour de la légende « Ferris Bueller » – l’occasion d’un caméo de Charlie Sheen d’ailleurs -, et la fameuse musique « Oh Yeah » de Yello superbement utilisée, re-immortalisée quelques mois plus tard avec Le Secret de mon succès, autre comédie à succès. Facile et un peu débile, le film est tout de même une joyeuse comédie d’une grande légèreté (sauf niveau humour parfois), et on s’en amuse suffisamment pour passer un bon moment.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

L’Enfance nue

L’Enfance nue
1969
Maurice Pialat

Une filmographie presque vide et pourtant, Maurice Pialat a obtenu au cours de sa vie plus de prix que la plupart de son confrères réalisateurs, imposant son style naturaliste, au plus près de la réalité, qui pollue aujourd’hui le cinéma français tant c’est un genre mort, souvent ennuyeux et inintéressant. Le cinéma, ça n’est pas fait pour rappeler aux gens leur quotidien de manière insipide. Mais bon…

Pratique courante à l’époque, nombre de familles choisissaient d’abandonner leur enfant, soit parce qu’il était une déception, soit faute d’argent, soit pour cause de mortalité accrue, auquel cas certains orphelins venaient gonfler les listes. Les changements de foyer ne leur apprenant ni à faire confiance ni à aimer, la plupart de ses enfants tournaient mal, se ragaillardissaient et devenaient de vils délinquants. On suivra ici le tumultueux parcours de François, tout juste dix ans, toutes ses dents mais pas toute sa tête.

Bienvenu dans la quatrième dimension. Difficile de croire que du temps de nos parents, pareils gens se baladaient en toute liberté. C’est tout de même extrêmement dangereux ! Non seulement ils sont dangereux pour eux, mais surtout pour les autres. Alors leur confier des enfants, surtout de ce type, c’est de la folie pure et dure. On donne les pires gamins possibles à des espèces de vieux dégénérés consanguins, et après on s’étonne que ça parte en vrille. Déjà que la première famille était très spéciale, mais alors la deuxième, la deuxième ! C’est bien simple, si une personne avec un QI de 60 se pointerait, il serait un génie absolu. La logique n’avait visiblement pas encore été inventée à l’époque, de même que les bonnes manières, la bienséance et la morale. Si c’est ça la réalité de l’époque, alors il y a de quoi trembler de peur à l’idée que nos parents y ont grandit. On en rit parfois, mais la plupart du temps c’est juste lamentable. Néanmoins, on voit d’où puise ses inspirations une certaine émission. Ainsi naquit Groland.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

M. Peabody et Sherman : Les Voyages dans le temps

M. Peabody et Sherman : Les Voyages dans le temps
2014
Rob Minkoff

Je  n’y connais absolument rien en animation en je ne saurais dire pourquoi, mais les faits sont là : exceptés les blockbusters de super-héros, les films d’animation sont ceux qui coûtent le plus cher, et de loin. C’est bien simple, la norme est maintenant aux alentours de 150 M$, et même si leur popularité auprès des enfants en font bien souvent des cartons, voici le plus gros perdant de l’année en terme de ratio, avec « seulement » 273 M$ dans le monde. Et pour cause, difficile de savoir à qui s’adresse le film.

Initialement une série éducative des années 60 sur un Chien surdoué (M. Peabody – Guillaume Gallienne) et son enfant humain qu’il a adopté (Sherman), l’adaptation raconte l’histoire de cette famille peu commune, d’autant qu’elle voyage dans le temps. Un hobby institutionnel, mais qui doit être soumit à des règles de sécurité bien strictes. Seulement au cours d’un dîné de réconciliation avec des parents dont la fille s’est battue avec Sherman, cette dernière très curieuse au sujet de la machine à voyager dans le temps va faire un saut incontrôlé aux terribles répercutions.

Square-Enix avait tenté de faire un film d’animation pour adultes (Les Créatures de l’esprit), et malgré une qualité impressionnante à tous points de vus, ce fut un échec retentissant. Donc la question de savoir si ça s’adresse aux enfants ne se pose pas. D’ailleurs une bonne dizaine de gags du film tourne autour du postérieur et de l’air qui peut en sortir. De plus, le principe même du chien savant qui adopte un enfant humain ne peut être accepté sans discuter que par les plus petits. On a donc du mal à comprendre ce que viennent faire des références culturelles pointues et des calembours au milieu de tout ça. Aucun enfant ne pourrait comprendre plus de la moitié des références du film, même si les époques et leur contexte sont aisément décelables. Donc qu’on soit grand ou petit, on restera hermétique à une partie de l’humour du film. Dans le même ordre d’idée, le fameux chien risque bien de faire hérisser le poil à beaucoup de gens, non seulement parce qu’il nuit à la cohérence de l’histoire, mais en plus son côté autoritaire et froid n’aide pas à le rendre sympathique. Ce qui est déjà plus fédérateur et indiscutable, c’est l’aspect technique. Sans faire preuve d’un design remarquable, le film est techniquement très beau et certains jeux de lumière et décors forcent le respect. La petite fille est quant à elle de loin le meilleur personnage (le seul bon ?) et casse un peu le côté scolaire de cette aventure au fil conducteur très faible. Une idée louable au fort potentiel, mais très mal exploitée avec un soucis de cohérence inexistant, et on ne s’y retrouve que partiellement.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Mister Babadook

Mister Babadook
2014
Jennifer Kent

Jamais vraiment entendu parler de ce film avant de tomber par hasard sur le VLOG du cinéma de Durendal, où il avouait n’avoir jamais été autant terrifié par un film d’horreur, et que même des jours plus tard l’inquiétant Babadook le hantait toujours. Tout juste l’avais-je croisé dans les chiffres du box-office en bas de page sans y prêter attention. Cette production australienne est-elle si angoissante ? Assurément pas…

Les enfants sont une réelle source de déception, surtout les siens. Et quand on échoue dans leur éducation, la honte pèse alors sur notre famille. La pauvre Amelia subit quotidiennement la folie de son fils, chaque jour prit de terreurs nocturnes et construisant inlassablement des armes ô combien dangereuses, et qui lui vaudront même un renvoie de son école. Au bout du rouleau, elle doit en plus faire face à la nouvelle phobie de son fils : Mister Babadook, un livre cauchemardesque sur un monstre qui vient vous hanter la nuit.

Une mère, son gosse et un être démoniaque. Par moments le film tente de nous faire croire que l’histoire va au delà, notamment avec la scène à la police, mais non, le gros du film n’est qu’un huis clos banal sur un esprit frappeur. Les coups de semonce et les apparitions sont eux aussi des modèles de classicisme, utilisant des codes cinématographiques désuets qui ruinent les effets angoissants et le suspense de par leur prévisibilité. Mais si c’était très bien fait ça ne serait pas un problème et on sursauterait pareil, mais ça n’est pas le cas. On ne s’ennui pas non plus totalement, mais le gamin tête-à-claque et bruyant, de même que le fameux Babadook, ne sont pas une bonne idée. Le conte pour enfant marchait pas mal, psychologique et intriguant, mais dès qu’on passe aux manifestations, ça n’est pas au niveau. Plein de concepts disséminés, mais seuls les moins bons servent au final. Donc non, le film ne fait pas peur et n’innove en rien.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Le Hobbit : la Bataille des Cinq Armées

Le Hobbit : la Bataille des Cinq Armées
2014
Peter Jackson

Cette fois semble la dernière : entre un Peter Jackson qui y a passé beaucoup trop de temps à son goût et des héritiers de J.R.R. Tolkien peu enclin à céder les droits de ces autres œuvres, il semblerait que cette troisième partie de la trilogie du Hobbit soit la dernière incursion cinématographique en Terre du Milieu pour un bout de temps. Triste tant aucun autre film d’héroïque-fantaisie ne tient la comparaison avec Le Seigneur des Anneaux, à part peut-être justement ce préquel, toujours mené de main de maître avec une ambition aussi grande que son budget, permettant un visuel parfois meilleur (même si malheureusement, depuis Un Voyage inattendu, le grandiose des décors se perd un peu). Il est donc l’heure de faire nos adieux à une immense saga, en espérant le rendez-vous à la hauteur de l’événement.

Une flèche décochée par Barde (Luke Evans) et s’en est fini de Smaug, de leur quête. Thorïn (Richard Armitage) a réussi à reprendre sa montagne et il peut désormais gouverner en paix. Vraiment ? Un plus grand danger s’apprête à s’abattre sur eux : Sauron. Retrouvant ses pouvoirs, il a mit sur pieds deux armées d’orques prêtes à se lancer à l’assaut de la montagne. Au même moment, une armée de nains marche dans la même direction pour stopper la tentative d’assaut d’une armée elfe, très intéressée par le trésor. Deux armées face à deux armées de Sauron, avec les rescapés hommes de Lacville au milieu de la bataille. La montagne d’Erebor sera le théâtre d’une guerre entre cinq « armées » dont dépendra l’avenir de tous.

Avec La Désolation de Smaug qui tournait beaucoup autour du Dragon, on avait pas mal eu tendance à assimiler la quête d’Erebor au dragon, et le voir mourir comme une merde au bout de dix minutes de film, ça choque. Mais finalement non, le but premier était de récupérer le trône, et pour cela il faut lutter contre les assaillants dans une ultime bataille. Scénaristiquement le film s’en sort pas mal, rebondissant rapidement et efficacement, arrivant même à continuer à donner de l’importance à Bilbon (Martin Freeman) alors qu’on aurait pu croire son implication révolue. La transition vers la trilogie originale est bien négociée, même si on retrouve l’éternel problème du sens de la vie après avoir vécu tant de choses. Goûter au frisson de l’aventure, trouver un but à sa vie, pour finalement redevenir l’être insignifiant qu’on était. L’amour aurait pu en être la réponse appropriée, mais ça n’est pas le cas. Mais bon, Le Retour du roi n’apportait pas tellement de meilleure réponse non plus. Une belle histoire qui trouve donc une conclusion à la hauteur, sans décevoir ni subjuguer.

D’un point de vu technique en revanche, il y a déjà plus de choses à reprocher au film, bien que pas spécialement spécifiques à cette troisième partie. Ignominie qui nous est encore une fois infligée, le HFR (doublement du nombre d’images projetées par seconde) prouve une fois de plus la connerie de son principe. L’image est tout sauf fluide, massacrant l’esthétisme du film, et pire encore, lors des plans rapprochés avec des personnages en mouvement, c’est tout simplement vomitif, donnant une impression d’accélération. Entre ça et la 3D bâclée qui obscurci l’image dans des propensions énormes, une bonne partie de l’immersion s’en retrouve ruinée. En découle alors une overdose d’effets spéciaux rendant les décors surréalistes et peu crédibles, notamment lors du sauvetage de Gandalf (Ian McKellen) par Galadrielle (Cate Blanchett), Sarouman (Christopher Lee) et le chef de Faucombe (Hugo Weaving). Déjà que la séquence semble sortir de nulle part, elle nous assomme en plus d’effets ratés ou tapant trop dans la surenchère. Difficile dans pareilles conditions de dire si la mise en scène est bonne ou si le design est agréable, mais en l’état on est loin de pouvoir les apprécier. Côté déception encore, citons cette fameuse bataille. Pour commencer il n’y a pas cinq armées mais plutôt trois (c’est pas parce qu’il attaque en deux fois que ça ne reste pas l’armée de Sauron) et une poignée d’hommes non entraînés. Et question spectacle, la bataille fait petit joueur comparée à celles du Seigneur des Anneaux, surtout que les trolls sont atrocement sous-exploités, de même que les verres géants, au final complètement inutiles. « La bataille des cinq armées », ça claque, mais dans les faits pas tant que ça, surtout comparé à ce qui a déjà été fait.

Pas de surprises donc, Peter Jackson a ressorti la même formule et s’en sort à peu près de la même manière. Son travail de réécriture sur le scénario de ce préquel est louable, arrivant à rendre ce conte pour enfants presque aussi intéressant que sa précédente trilogie, et grâce à un budget quasi illimité, il a amené le spectacle à un degré supérieur (à condition de profiter du résultat dans de bonnes conditions, sans HFR ni 3D). Bien sûr, et c’est imputable au matériau de base, les prouesses techniques ne rattrapent pas l’envergure moindre de cette épopée, mais la fibre de l’aventure est palpable, communicative, surtout dans la première partie (la plus épique), et malgré un casting moins prestigieux et convaincant, il aura réussir à rendre la plupart de ses héros emblématiques, rajoutant même avec brio Tauriel (Evangeline Lilly), brillant personnage mais un peu sous exploité, contrairement à Legolas (Orlando Bloom), qui globalement n’a rien à foutre ici. Ainsi, sans vraiment valoir ses prédécesseurs, cette trilogie fut tout de même excellente, et cette troisième partie ne change rien au constat. Sur un air sublime de Billy Boyd, c’est donc le cœur lourd qu’on dit au revoir à cet univers, et j’espère qu’il n’y aura pas de remake de cette saga avant plusieurs générations.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire

Need for Speed

Need for Speed
2014
Scott Waugh

Depuis le temps que la saga Fast & Furious moissonnait le box-office, il était temps de faire jouer la concurrence avec un candidat logique, Need for Speed, la franchise vidéo-ludique de course automobile illicite. Référence absolue à ses débuts, elle a connu une belle heure de gloire jusqu’à Carbon en 2006, son paroxysme, avant une traversée du désert dont elle a encore du mal à s’en sortir malgré quelques réussites notables (spécialement NFS The Run dont le film s’inspire grandement). Décevant en salles dans presque tous les pays, le film a néanmoins frappé très fort en Chine, y récoltant le tiers de ses recettes mondiales (66 sur 203 M$).

Rivaux depuis qu’ils ont flashé sur la même fille, Tobey (Aaron Paul) et Dino (Dominic Cooper) le sont aussi sur la piste, étant tous deux des pilotes aguerris. Seulement l’une de leurs courses va mal tourner, et Dino va tuer par accident le frère de sa copine. Profitant de ses relations pour prendre la fuite et s’offrir un alibi, c’est Tobey qui va trinquer et prendre deux ans de prison. À sa sortie, il n’avait alors qu’une idée en tête : le retrouver et lui faire payer. Une affaire qui se réglera sur la piste du De Leon de Monarch (Michael Keaton).

Comme je le disais, le film rappelle beaucoup le jeu The Run puisque il s’agit pour une bonne partie du film de traverser le pays d’un bout à l’autre, même si ici la vraie course a lieu après. L’intérêt est donc similaire au jeu : découvrir de manière explosive les plus beaux décors des Etats-Unis, même si forcément, on a pas le temps d’en voir autant. On sent d’ailleurs pas mal le fan-service, car c’est avec joie que les amateurs du jeu retrouveront les voitures les plus prestigieuses et emblématiques de la franchise, de même que cette éternelle course-poursuite contre la police, quitte à perdre un peu en crédibilité par moments. Pas de nitro en revanche au programme. Du très classique donc, avec un film qui fait exactement ce qu’on attendait de lui, avec des acteurs sympathiques mais pas très connus. La réalisation fait son boulot correctement en donnant quelques sensations de vitesse, mais rien de mémorable. Seulement un détail vient tout chambouler : Imogen Poots. Sans elle le film aurait été tout juste divertissant, mais son apport est quasi historique. Clairement pas le genre de films où on s’attend à une grande performance, elle nous prouve pourtant toute la nuance de son jeu d’actrice par des jeux de regards stupéfiants (cf la scène dans la voiture après le passage à l’hôtel) et un art de séduction ahurissant, la faisant étinceler admirablement. J’en suis presque à crier « Oscar ! » (en tous cas sa nomination dans mes Choice Award est actée). En résulte un film de course dynamique et sympathique, nuancé par une immense actrice qui donne ses galons à une histoire faiblarde.

Publié dans Cinéma, Critiques | Laisser un commentaire