Split

Split
2017
M. Night Shyamalan

Après avoir signé plusieurs films particulièrement marquants à la fin des années 90 début 2000, M. Night Shyamalan a connu une traversée du désert terrible en cumulant les échecs commerciaux et critiques. On le croyait définitivement mort mais son précédent film The Visit fut un très bon succès et nombreux furent ceux à parler de grand retour, alors même que le film est de loin le pire de toute sa carrière. Alors quand les gens ont commencé à s’exciter sur Split, la prudence était de mise.

Le film s’axe autour de la personne de Kevin Wendell Crumb (James McAvoy), jeune homme perturbé qui souffre de schizophrénie particulièrement aiguë, abritant en lui pas moins de 23 personnalités. Deux d’entre elles, Patricia et Dennis, se servent d’une histoire de menace de l’arrivée d’un monstre pour faire peur aux autres et prendre le contrôle de Kevin. Sensible au charme des jeunes filles, Kevin va kidnapper trois étudiantes (incluant Anya Taylor-Joy et Haley Lu Richardson) qui vont découvrir terrifiées cet homme aux multiples personnalités.

Quand on se retrouve face à un film de M. Night Shyamalan, on passe tout le film à chercher le message caché, à se demander quel sera le twist ending complètement mind fuck. Dès les premières scènes les théories fusent : et si le père qui raccompagne les filles était Kevin, cachant sa nature depuis toutes ces années ? Et si en réalité il n’y avait jamais eu de filles et que tout se passait dans sa tête ? Mais non, une poignée de minutes plus tard on apprend que le père va bien et une alerte enlèvement pour les trois filles a été émit. On cherche alors les pistes les plus farfelues, se disant que forcément, connaissant le réalisateur, il nous réserverait forcément quelque chose pour le final. Oui, mais non. En réalité le film est exactement ce qu’il semble être, tout est ultra prévisible et le « retournement » n’en est pas vraiment un, nous laissant dans une déception des plus totales. Le film est donc scénaristiquement décevant, mais est-il mauvais pour autant ? Pas non plus, nous proposant tout de même une étude surprenante et un axe original pour la schizophrénie du personnage, brillamment interprété par un acteur investi. On reste dans du slasher (film où un antagoniste s’amuse à terrifier ses proies) classique mais le film apporte quelques points sympathiques comme la fille presque aussi tarée que son ravisseur incarnée par la fascinante Anya Taylor-Joy, mais aussi le personnage de la psychiatre donnant un peu de profondeur à l’analyse, ou encore l’humour, assez efficace. On pense par exemple au coup de l’alarme dans la voiture et aux « etc » de Hedwig, rire garanti. En parlant d’Hedwig par contre, personnalité de Kevin censée avoir neuf ans, son âge mental n’est pas raccord, se rapprochant plus d’un enfant de 4-5 ans. Le film est donc assez solide et plaira énormément à ceux qui n’en attendait rien, mais difficile de ne pas se montrer déçu compte tenu des faiblesses d’écriture alors même que le réalisateur nous avait habitué à tellement mieux.

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Captain Fantastic

Captain Fantastic
2016
Matt Ross

Passé de festivals en festivals, le film a glané quelques prix à Cannes et Deauville avant d’enfin pouvoir arriver dans nos salles de cinéma où il fut très chaleureusement accueilli. Succès assez confidentiel avec tout juste dix millions de dollars dans le monde faute de distribution d’envergure, le film a pourtant reçu des critiques exceptionnelles et aurait pu être un challenger de poids pour les Oscars, mais il n’a finalement eu qu’une nomination pour son acteur principal et ses chances de remporter la statuette sont quasi nulles. Pourtant, on tient là l’un des films les plus édifiants de l’année.

Quand on pense à ce à quoi ressemble une vie aux Etats-Unis, on s’image la petite maison de banlieue bien tranquille et tout ce qui va avec, mais certaines personnes rejettent ce style de vie. Ben (Viggo Mortensen) et sa femme avaient ainsi décidé d’élever leurs enfants (incluant George Mackay) loin de notre monde capitaliste, fourbe et formaté, prônant un retour aux choses simples de la vie. Vivant dans une cabane perdue au milieu des bois, ils se nourrissent de la chasse et de la cueillette, font communion avec la nature et s’éduquent eux-même. Une situation qui leur allait très bien, jusqu’au jour où la mère – hospitalisée depuis quelques temps – décéda.

Dès que l’on se met à penser différemment, on nous traite de fou, de sectaires, d’extrémistes ou de fanatiques. Chacun d’entre nous semble programmé pour mener une vie de con, faisant ses études, galérant ensuite pour trouver un boulot, le garder et y gravir les échelons pour pouvoir fonder une famille, leur garantir la sécurité matérielle et rembourser consciencieusement son prêt immobilier, voir pourquoi pas s’offrir une belle voiture et partir de temps à autre en vacances. Dit comme ça ça donne envie de se flinguer, et pourtant c’est ainsi que 99% des gens des pays « développés » conçoivent leur morne existence. Que serait alors une vie en communion avec la nature où l’humain et les sentiments seraient au cœur de toute chose ? On découvre ainsi une famille atypique, rebutante aux premiers abords, mais les barrières tombent les unes après les autres. Dans notre monde consumériste où le gaspillage alimentaire est colossal, voir une famille qui lutte contre, en trouvant elle-même ce dont elle a besoin, sonne exemplaire. On se pose aussi des questions sur l’éducation, se demandant si celle a domicile est suffisante et si elle ne gène pas la socialisation, mais on constate très vite la supériorité en tous points des enfants, donnant lieu à une scène magnifique où une fillette de huit ans met sa misère à deux lycéens en culture générale. Les choix éducatifs qu’on y découvre sont assez déroutants mais quand on constate les résultats et qu’on y réfléchit très sérieusement, on prend conscience de leur pertinence. Dire la vérité en toutes circonstances peut parfois choquer, amusant l’être taquin qui sommeille en chacun de nous, mais ce courageux choix décuple l’authenticité des sentiments qui lient cette famille.

Véritable claque idéologique qui remet en cause notre style de vie, le film n’est pas qu’une simple source d’inspiration. Si le scénario n’est que prétexte pour nous montrer un art de vivre en totale opposition avec le monde moderne, l’écriture du film force le respect. Alors même que la famille monoparentale comporte six enfants, trois garçons et trois filles, chacun d’entre eux a une personnalité bien marquée et un rôle important dans l’histoire. La ressemblance physique et la qualité du casting renforcent la crédibilité de cette famille, donnant un impact de grande ampleur au film. Même en terme de réalisation le film est excellent, montrant le monde sous le regard plein de vie et coloré de nos sept aventuriers, conférant à l’image une poésie aussi singulière que le point de vu défendu, sans pour autant renier totalement le monde « civilisé ». On en ressortira néanmoins avec un certain regret : celui de ne pas avoir vu développer le choc culturel avec une découverte poussée de cet autre monde. Qu’importe, ce brillant film anti-système fait voler en éclat nos principes étriqués de citoyens sous xanax et ça fait un bien fou.

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Deepwater

Deepwater
2016
Peter Berg

Faire un film en mer coûte cher, mais c’est souvent impressionnant et cela donne de très bons films parfois, mais à l’image de The Finest Hours ou Poséidon le film fut un cuisant échec commercial. Doté d’un budget brut de 110 M$, soit un peu plus de 200 M$ en incluant les frais de marketing, le film n’en a rapporté que 119 M$, ce qui fait de lui le plus gros échec de l’année avec Gods of Egypt, qui a lui aussi perdu pratiquement une centaine de millions.

Tiré de l’histoire vraie de la pire catastrophe pétrolière de l’histoire des Etats-Unis, le film nous raconte comment l’ambition du groupe BP fit des ravages en 2010. Chargé de commencer le forage d’une nappe de pétrole sous-marine sur la plateforme de Deepwater Horizon, Jimmy Harrell (Kurt Russell) et son équipe (inclant Mark Wahlberg et Dylan O’Brien) vont débarquer alors que le bouchon (installation sécurisant le forage) fut posé avec 42 jours de retard et que l’équipe l’ayant posé n’a même pas testé son étanchéité avant de partir. Faire des économies sur la sécurité, ça ne pardonne pas.

Le film avait tout du blockbuster intelligent et remarquable. On part sur une histoire vraie ayant eu des répercussions terribles, dénonçant à la fois la course au profit et l’absence de conscience de certains dirigeants, offrant en prime du très grand spectacle avec des séquences explosives et du lourd au casting auquel viennent se rajouter en plus de ceux sus-nommés Kate Hudson et John Malkovich. Si l’écriture des personnages est un peu faible, le charisme des acteurs permet un attachement assez rapide, permettant de créer une certaine inquiétude quand au sort de chacun. Là où le film marque surtout des points c’est au niveau du réalisme : non seulement les passages de destruction sont impressionnants, mais en plus le film nous explique assez bien le fonctionnement d’une station de forage en haute-mer, renforçant l’immersion. La tension monte assez vite et prend vers la moitié du film un tournant brutal quand tout lâche en même temps, donnant lieu à une avalanche survitaminée et colossale. Malheureusement, pour le dernier tiers du film il ne reste plus grand chose à détruire et les enjeux sont tous atteints ou définitivement perdus, faisant drastiquement chuter l’intérêt. Au final le film sonne même un peu creux et on ne retiendra que le test en pression négative et l’implosion qui en suit. Pour du pur divertissement, c’est très efficace malgré la dernière partie inutile, mais il ne faudra pas espérer des prouesses d’écriture.

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Ben-Hur

Ben-Hur
1959
William Wyler

Monument du cinéma qu’on ne présente plus, le film est classé 14° film ayant fait le plus d’entrées de l’histoire avec 13,8 millions d’entrées en France et l’équivalent après inflation de 847,7 M$ sur le seul territoire américain. Production pharaonique qui coûta encore plus cher qu’un autre Péplum aux multiples points communs, Les Dix Commandements (bien que selon l’inflation les deux millions de plus représentent 40 M$ de moins), le film possède le record absolu (ex-æquo avec Titanic et Le Retour du roi) du plus grand nombre de prix gagnés aux Oscars avec un total de onze récompenses, incluant meilleur film, réalisateur, acteur et la plupart de ceux techniques. Pourtant, très peu des nouvelles générations l’ont réellement vu et mis à part la fameuse course de chars, pas grand monde ne sait encore de quoi parle le film. Il s’agit d’un manquement culturel assez grossier, alors tâchons de le combler.

L’histoire démarre vers l’an 20 après Jésus Christ alors qu’un Tribu de l’Empire Romain, Messala (Stephen Boyd), est de retour en Judée, terre qui l’a vu grandir. Voulant étouffer le nouveau mouvement protestataire du peuple juif rejetant leurs dieux, il va quérir l’aide de son vieil ami d’enfance, Judah Ben-Hur (Charlton Heston), souhaitant que ce dernier dénonce ses frères rebelles. Peu enclin à pareille délation, Ben-Hur va alors le repousser et s’attirer les foudres de Rome, se jetant sur la première occasion pour emprisonner sa famille et l’envoyer aux galères (navires où les esclaves sont enchaînés aux rames). Tenant debout grâce à sa haine, Judah va tout faire pour revenir se venger.

Si vous relisez la bible, vous ne trouverez nulle trace de Judah Ben-Hur, à ne pas confondre avec le traître Judas Iscariote ou le révolutionnaire Judas le Galiléen. Et pour cause, si notre héros croise bien la route du prophète et que le film met en avant la naissance et la mort de Jésus, l’histoire est le fruit de l’imagination de Lew Wallace, général américain qui a écrit le roman, dont est adapté le film, en 1880. Le film a donc une connotation biblique, mais ça n’est pas à proprement parler un récit biblique. En revanche, on retrouve une histoire très similaire aux Dix Commandements où deux frères non unis par le sang vont s’opposer, l’un pour asseoir la suprématie d’un empire, l’autre pour libérer son peuple juif. Néanmoins, dans un cas Charlton Heston devient gourou pour rétablir l’ordre des choses, tandis qu’il devient ici conducteur de char, même si pour les deux films la solution est pacifique, c’est le jugement divin qui viendra ou non abattre son courroux.

La similarité ne s’arrête pas là puisque les deux films sont aussi d’impressionnants Péplums aux budgets colossaux, n’hésitant pas à bâtir d’immenses décors pour un seul plan, ne lésinant pas non plus sur les costumes et les figurants puisque certaines scènes impliquent la présence de plusieurs dizaines de milliers de personnes en tenue d’époque. Une débauche de moyens au service d’une mise en scène très efficace, trouvant un angle de représentation pour Jésus intéressant (bien qu’au moment de partir avec sa croix l’incrustation d’obscurcissement soit risible) et faisant régulièrement des transitions travaillées entre les scènes, comme par exemple en passant d’un intérieur à un autre où les deux plans conservent un pilier dans le même axe, créant un bel effet de symétrie. On saluera aussi le dressage des chevaux qui offrent en préambule de la course un tour de piste à la synchronisation parfaite, évitant même toute forme de faux-raccord en arrivant à le filmer en quasi plan-séquence, excusant ainsi les quelques erreurs de la course au nombre de chevaux et de concurrents variable. Tourné en 65 mm, le film était à son époque au sommet de la technologie, permettant aujourd’hui un affichage en haute définition sans avoir à pâlir en terme de résolution, faisant du film une grande épopée visuellement intemporelle, ou presque. Si les décors ont été fait en dur et que l’absence d’effets spéciaux a évité au film un vieillissement prématuré, plusieurs techniques utilisées font que certains passages sonnent faux. Les lumières nocturnes étant très difficiles à capter à la pellicule, le film utilise le procédé de la « nuit américaine », à savoir tourner en plein jour en rajoutant un filtre bleu par dessus, ce qui est assez flagrant. De même, les séquences en pleine mer ayant été réalisées en studio, l’eau semble parfois étrange, mais le pire reste la gestion des fonds. Point de ciel ou d’horizon au loin, presque chaque arrière plan que l’on voit dans le film est une peinture faite à la main, faussant la perspective et gâchant le superbe des décors. Alors quand les trois se cumulent…

Encore aujourd’hui techniquement très impressionnant, le film est-il pour autant réussi ? Qu’on soit ou non croyant, le message du film reste assez louable malgré la délicatesse de pachyderme avec lequel il est délivré, mais l’histoire est assez classique. Deux amis d’enfances qui deviennent les pires ennemis, une trahison et une rancune tenace, ça fait un peu léger pour un film de plus de 3h30, d’autant que les rebondissements sont assez téléphonés. On pense notamment à l’amitié entre Judah et le chef romain ou la rencontre avec l’éleveur de chevaux, et les dialogues n’aident pas non plus. Là aussi on tombe dans une avalanche de clichés entre les retrouvailles des deux amis qui virent quasi homos et les grandes déclarations comme « soit tu es avec moi, soit tu es contre moi ». Un mélange de banalités et de discours solennels qui n’aide pas au jeu des acteurs, souvent à la limite de la sur-interprétation. On peut alors avoir un peu de mal à rentrer dedans, mais il ne faut pas pour autant s’arrêter face à ces quelques austérités. À l’heure où on parle de réalisme, voir un film où tout a été fait à la main force le respect, surtout quand on regarde la course de chars dont la violence n’avait rien de factice (des cascadeurs ont failli y perdre la vie et des chevaux y sont mort). Le charisme des personnages est indéniable, les enjeux semblent dépasser de loin la simple condition humaine et la reconstitution historique du film surclasse toutes les productions actuelles en terme d’ambition.

Découvrez aussi mon émission spéciale consacrée au film, pleine d’informations et d’analyses complémentaires : https://www.youtube.com/watch?v=o81ja0dMSew

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Radin !

Radin !
2016
Fred Cavayé

Les salaires stagnent, le coût de la vie augmente, le pouvoir d’achat s’effondre. Comment lutter contre la fatalité ? Simple, il suffit de se serrer la ceinture pour faire des économies. Seulement voilà, dès que l’on veut faire des économies, qu’on souhaite avoir un capital solide pour avoir la conscience tranquille, on a vite fait d’être qualifié de pingre, de radin. Que se passerait-il si on avait effectivement un économe compulsif poussé à l’extrême ?

Comédie qui s’est gavée durant les dernières vacances de la Toussaint avec pratiquement trois millions d’entrées, le film met en avant François Gautier (Dany Boon), avare parmi les avares. Vivant dans l’ancienne maison de sa mère, il fait attention à tout, que ce soit l’eau, l’électricité, l’alimentaire et même les déplacements. Pour aller au travail, il s’y rend soit à pied soit en stop, et pour les courses les promotions et coupons de réduction sont ses meilleurs amis. Son seul but dans la vie est d’économiser le plus d’argent possible, mais un obstacle de taille va se mettre sur sa route : Laura (Noémie Schmidt), sa fille.

Qu’on soit riche ou pauvre, pour ainsi dire personne ne s’inquiète pas de la santé financière de son foyer. De là à sombrer dans un tel extrémisme, tout de même pas, mais difficile de rester pleinement serein sans avoir réellement de quoi voir venir, donc même si le portrait dressé est très caricatural, on peut se sentir concerné jusqu’à un certain niveau. Et quand ça touche, c’est drôle. Le film va loin dans son délire, les situations marchent et les acteurs, notamment Dany Boon, sont suffisamment crédibles pour nous embarquer. On notera pas mal de passages marquants, le coup du resto et du concert express en tête, assurant du divertissement efficace et dynamique. Le principe du film n’est pas très neuf et le scénario est particulièrement basique, mais pour peu qu’on ne soit pas trop exigeant on passe un bon moment.

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Jack Reacher : Never Go Back

Jack Reacher : Never Go Back
2016
Edward Zwick

Sorti un peu de nulle part et loin de se reposer sur la saga littéraire la plus populaire qui soit, le premier Jack Reacher avait été une très bonne surprise, nous proposant un film d’action efficace doublé d’un thriller intéressant, mettant en avant un homme providentiel à la classe infinie, le genre de dieu vivant qui revient sur le devant de la scène alors qu’on croyait la légende devenue un mythe comme on a pu en voir dans Taken ou John Wick, deux autres excellents films du genre dont le second a apparemment réussi le tour de force de proposer une suite encore plus aboutie (vivement sa sortie française pour vérifier ces dires). Cette fois, il semblerait qu’on se rapproche plus d’un Taken 2, reprenant son personnage charismatique pour une histoire et un dynamisme bien en deçà du premier.

Il n’y a pas que Meetic, Tinder et autres réseaux de rencontres pour trouver quelqu’un, il suffit parfois de simplement se tenir au courant de qui a reprit son ancien boulot. Ex major de l’armée, Jack Reacher (Tom Cruise) entretenait jusqu’alors une correspondance écrite avec la nouvelle major Susan Turner (Cobie Smulders), mais le jour de leur rencontre en chair et en os cette dernière fut embarquée pour haute trahison. Incrédule, Jack va alors enquêter sur ce qu’il soupçonne d’être un coup monté.

Le film démarre effectivement très mal : on nous réintroduit un personnage qui n’en avait pas besoin au travers d’une séquence plus grotesque que classe, puis on enchaîne sur une romance téléphonée pas bien passionnante avec une histoire de conspiration comme on a pu en voir des centaines. Pire, le héros passe d’énigmatique à arrogant avec un acteur qui se donne un rôle flatteur en se rajeunissant (il est décrit comme dans la quarantaine, et non la vraie décennie suivante qui le caractérise) et en s’offrant un flirt avec une femme de vingt ans sa cadette, une habitude lassante d’autant que les deux acteurs cabotinent pas mal. Le côté fantôme introuvable du personnage est passé à la trappe, l’enquête est poussive, les antagonistes caricaturaux, l’histoire médiocre et le dénouement ridicule. Tout cela est vrai, mais le film vaut largement le détour pour une raison : Danika Yarosh. L’un des principaux enjeux du film sera Samantha, la fille supposée de Jack Reacher, incarnée avec talent par ladite actrice tout juste majeure. Véritable bouffée d’air frais au sein du film, elle est de loin le personnage le plus attachant et intéressant, loin d’être un simple side-kick là pour faire rire. Ses interventions sont intelligentes, ses répliques drôles et émouvantes, l’actrice est formidable et sa beauté ahurissante. Le coup de foudre est immédiat et impossible de détourner le regard. Donc oui, le film semble avoir été fait pour de mauvaises raisons (faire du fric et gonfler l’ego de son acteur) et son écriture est globalement mauvaise, mais tout n’est pas à jeter et le film reste un divertissement honnête avec suffisamment de scènes d’action pour se laisser regarder entre deux interventions miraculeuses de la jeune recrue.

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Alibi.com


Alibi.com
2017
Philippe Lacheau

Séparé de son coréalisateur des Babysitting, son acteur et scénariste a néanmoins regroupé sa bande de potes pour une nouvelle comédie complètement barrée dans l’esprit de ses deux précédentes. Fort de son succès avec plus de cinq millions d’entrées en deux films, il délaisse ici le found-footage pour du cinéma plus traditionnel mais avec encore une fois un concept fort à la base, emportant semble t-il une fois de plus l’adhésion du public puisque sa popularité ne désemplie pas d’après les premiers chiffres. Un engouement logique tant la formule marche.

Vous êtes dans le pétrin ? Besoin de vous trouvez une excuse pour vous dérober auprès de vos proches ? N’essayez pas n’importe quoi, faites confiance aux expert. Chez Alibi.com, Grégory Van Huffel (Philippe Lacheau) et ses acolytes peuvent vous sortir de n’importe quelle situation. Un commerce prospère, mais difficile d’avouer à sa copine (Élodie Fontan) qu’on est un imposteur professionnel quand elle est elle-même juriste avec un sens aiguë de la justice et de la vérité. Une situation jusqu’alors viable, mais quand il va rencontrer ses beaux parents (Didier Bourdon et Nathalie Baye) un problème de taille va se poser : son beau-père l’a engagé pour lui fournir un alibi pour un weekend avec sa maîtresse.

Après une succession de caméos sympathiques pour illustrer ce en quoi consiste le fait de fournir des alibis à autrui, le film nous montre donc la situation délicate d’un héros obligé de mentir à son aimée et de couvrir un beau-père infidèle. Le procédé est d’ailleurs excellent puisque Alibi.com fourni une carte bleue pour que le client effectue ses dépenses sans tracement tandis qu’un complice utilise la carte bleue du client sur les lieux de l’alibi pour se couvrir jusque dans les moindres recoins. La société devient d’emblée crédible et plus on y croit plus les moments drôles gagnent en impact, et comme en plus les acteurs ne sont pas mauvais. On reste dans une romance assez basique et niveau histoire les enjeux et personnages sont classiques, mais le film compense ses lacunes par un humour très bien écrit, frais et efficace, bernant nos esprits de cinéphiles en déjouant toute forme de prévisibilité en alternant aléatoirement entre gag téléphoné et contre-pied total. Une comédie bien déjantée qui prend un récit classique pour le bousculer à grand coup d’idées neuves, se permettant même des petits kifs gratuits à l’image du clin d’œil à Star Wars, regorgeant de trouvailles. On passe donc un bon moment, pas révolutionnaire mais bien dans l’air du temps et très efficace.

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A Cure for Life

A Cure for Life
2017
Gore Verbinski

Projet qui est resté assez longtemps confidentiel et dont la campagne publicitaire fut d’ailleurs très timide, le film a pourtant de quoi attiser la curiosité des cinéphiles, même les moins aguerris. Entre un réalisateur à qui l’on doit d’excellents divertissements – hormis son étron animé – un jeune acteur prodigieux qu’on ne présente plus en tête d’affiche et une bande-annonce énigmatique et angoissante laissant entrevoir un film de la trempe de Shutter Island, la hype était juste monstrueuse. Des attentes difficilement tenables, et pourtant le film y arrive presque.

Voulant faire fi des tracas de la vie quotidienne, un patron d’une grosse société s’était retiré dans un centre thermal, mais en son absence la boîte est entrain de couler et seule une fusion pourrait les sauver, mais impossible de le faire sans sa présence. Jeune employé ambitieux, Lockhart (Dane DeHaan) va être chargé d’aller le récupérer sur place, ce qu’il pensait n’être qu’une simple formalité, mais les choses ne vont pas se passer comme prévu. Victime d’un accident de voiture et la jambe dans le plâtre, il va être contraint de rester sur place, un lieu loin d’être uniquement ce qu’il prétend être.

Avant même que le film ne commence, il avait déjà engrangé pas mal de points : jouer la carte du mystère avec comme cadre un vieux château inquiétant perdu au milieu de la campagne Suisse, c’est déjà en soi d’excellents prémices. Une fois dedans, les réjouissances continuent entre la patte visuelle du réalisateur toujours aussi esthétisante, un Jason Isaacs glaçant en directeur du centre médical, une Mia Goth méconnue et qui fascine dans son rôle mystérieux et quasi fantomatique pendant la première moitié (seulement deux petites apparitions) et un style mi thriller mi horreur très réussi. Certains plans sont très forts, le suspens marche bien, l’histoire est assez solide et l’ambiguïté installée dès le début est très bien gérée. En nous laissant en toile de fond l’aliénation au travail et la noblesse d’un retour aux choses simples de la vie, le film justifie pleinement l’existence du centre et le bien-être de ses pensionnaires, nous faisant régulièrement remettre en question les doutes du héros, lui même atteint par le vice du travailleur qui oublie de vivre. Le film n’en est pas pour autant parfait, souffrant par moment de quelques problèmes de rythme (ce qui est le cas de pratiquement tous les films dépassant de beaucoup les deux heures, en l’occurrence 2h27) mais son plus gros problème reste la gestion du danger. Quand on est intimement convaincu que sa vie est menacée et que des solutions s’offrent à nous, ne pas se précipiter dessus est rageant et le héros tombe dans des pièges aussi vieux que le cinéma, le plaçant au même niveau d’intelligence que les personnages de films d’horreur de série B, laissant éclater quelques faiblesses d’écriture. Dommage car le film avait le potentiel pour s’imposer comme une référence du genre, mais au lieu de ça on devra se contenter d’une bonne cuvée joliment emballée.

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Le Chemin de l’immortel

Depuis 2006 et ma découverte de RPG Maker XP, il m’est arrivé à plusieurs reprises de consacrer un temps conséquent à la création de jeux-vidéos. Le premier était d’ailleurs arrivé à un point très avancé (près de 25h jouables), mais suite à une perte de données rendant l’intégralité des maps du jeu buguées le fruit de six ans de travail fut réduit à néant. Néanmoins, avec l’arrivée de RPG Maker VX mon désir de création reprit de plus belle, mais faute de temps deux projets tombèrent à l’eau.

C’est alors qu’en 2015 je découvris la version VX Ace du logiciel, sortie trois ans plus tôt, me redonnant une fois de plus l’envie de replonger dans une création vidéo-ludique accessible, permettant aux codeurs de seconde main de se concentrer sur l’histoire et la mise en scène. Ainsi est né « Le Chemin de l’immortel », principalement développé entre avril et juin 2015, avant encore une fois un abandon faute de temps.

Et puis un jour on est curieux, on fait le tour de ses créations passées et on se demande laquelle mériterait qu’on s’y attarde une fois de plus. C’est finalement le dernier projet en date qui apparu à mes yeux comme le plus prometteur, me fixant pour objectif de porter le développement jusqu’à la fin d’une introduction complète. Nous y voilà aujourd’hui, et au lieu de me le garder jalousement j’ai décidé de soumettre l’avenir du projet au public.

Vous pouvez ainsi découvrir l’introduction du jeu dès à présent :
https://www.youtube.com/watch?v=AU4vxdhyKr8

N’hésitez pas à me faire part de votre avis dans les commentaires, et si vous jugez le projet intéressant partagez la vidéo au plus de gens possibles.

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Et si on vivait tous ensemble ?

Et si on vivait tous ensemble ?
2012
Stéphane Robelin

La vieillesse devient de plus en plus un problème dans notre société. Non pas que des records de longévités soient battus, l’espérance de vie augmente mais pas l’âge maximal atteignable, ce sont surtout les pertes en chemin qui s’amenuisent. De ce fait, notamment grâce aux progrès de la médecine, le nombre de personnes âgées explose et il devient difficile de trouver les fonds pour leurs retraites mais aussi de s’en occuper physiquement. Que faire quand l’autonomie n’est plus et que certaines contraintes médicales s’y adjoignent ? Et si au lieu d’une maison de retraite ils se géraient entre amis ?

Amis depuis un demi-siècle, Albert (Pierre Richard), Jeanne (Jane Fonda), Jean (Guy Bedos), Annie (Geraldine Chaplin) et Claude (Claude Rich) commencent à sentir le poids des années. Jeanne est condamnée, son mari Albert souffre d’Alzheimer tandis que Claude dépéri depuis qu’il est veuf. Voyant la détresse de leurs meilleurs amis et se sentant eux aussi assez seuls avec les enfants et petits-enfants loin, Jean et Annie vont alors leur proposer un coloc entre vieux, chacun prenant soin des autres, épaulés par le jeune Dirk (Daniel Brühl).

Passé la longue présentation des personnages et de leurs problèmes respectifs, le film en vient à ce qui semblait être son sujet principal, à savoir l’idée d’un bande de vieux copains vivant ensemble, partageant joies et peines, mais en réalité le film s’inscrit plus comme une dénonciation d’un modèle de pensées infondé sur une classe d’âge incomprise. Oui, comme le disait de Gaule « la vieillesse est un naufrage », surtout quand c’est l’esprit qui fout le camp, mais pour autant cela ne leur enlève pas l’envie de vivre. Même après 70 ans on a envie de découvrir des choses, d’apprendre, d’aimer et même de baiser. Les vieux ne sont pas asexués et la graisse et les rides ne sont ni une contrainte ni une fatalité comme le prouve la sublime Jane Fonda, encore pleine de sensualité et de charme malgré ses 73 printemps au moment du tournage. Un message important mais qui met énormément de temps à se mettre en place, l’humour n’est pas très efficace, l’histoire un peu faiblarde et Bedos est mauvais. Heureusement que le thème est intéressant et que l’écriture des personnages est approfondie, sinon le temps paraîtrait bien long.

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