Ladies First

1 juin 2026 0 Par Antoine


Ladies First
2026
Thea Sharrock

Remake d’un film français déjà sorti directement sur Netflix, le film était un projet risqué sur le papier de par le flop du film original, d’autant que très décrié à sa sortie. Pourtant, Netflix croyait visiblement fort en ce concept d’inversion des mœurs, mettant suffisamment sur la table pour s’offrir un casting de luxe, d’autant que rare, Sacha Baron Cohen n’ayant pas été vu six années durant, alors même que ses parodies furent de véritables cartons et que chaque fois où il a endossé un rôle plus sérieux, il fut systématiquement acclamé comme avec Les Sept de Chicago qui lui a valu une nomination aux Oscars (bien que Borat 2 aussi, comme quoi… ).

Pour Damien Sachs (Sacha Baron Cohen), la vie est profondément injuste : au nom de la diversité et de l’inclusivité, étant un homme blanc hétéro, il doit être mille fois meilleur que n’importe qui pour mériter sa place. Nouvellement employée, Alex (Rosamund Pike) va se sentir insultée face à une équipe marketing, censée être dirigée par elle, exclusivement composée d’hommes à part elle, voyant en plus son patron parler librement du fait qu’une femme soit là uniquement pour l’inclusivité et avoir la paix avec les associations. Tentant de garder sa caution femme et de sauver les meubles, Damien va courir la rattraper, se cognant dans un poteau, assommé sur le coup. A son réveil, le monde entier va se retrouver inversé : un monde matriarcal avec une sur-représentation des femmes aux postes de dirigeants, où l’objectivation des corps ne se fait plus que sur celui des hommes, où les hommes sont assignés aux tâches ménagères pendant que les femmes boivent de la bière avachies sur le canapé, etc.

J’aime énormément le principe même des films aux réalités alternatives où le principe est souvent (exclusivement ?) de prendre un bon gros connard riche et arrogant, et lui montrer les vraies valeurs de la vie. Je pense bien évidemment à Family Man, mais aussi le trop méconnu film français Mon Inconnue, reprenant le même concept. Ici l’idée d’un monde parallèle aux valeurs inversées est à la fois excellent et pas vraiment ni abouti ni honnête. Oui, statistiquement il y a moins de femmes de pouvoir et à poste égal elles ont souvent un salaire inférieur. Mais déjà cela peut partiellement s’expliquer par leur cupidité moindre, mais également des mentalités qui évoluent peu rapidement, ou encore des obligation biologiques comme la grossesse qui de fait représente un frein potentiel aux carrières. De même, on ne peut nier les réalités biologiques faisant que statistiquement, les hommes ont une masse musculaire et un physique plus imposant que les femmes, expliquant aussi la sur-représentation des hommes dans les métiers du bâtiment. En revanche, là où le film a foncièrement tord, ou a au moins plusieurs décennies de retard, c’est dans l’objectivation des corps : même la mode se met à accepter tout type de corp féminin, acclamant plus que jamais les rondeurs (on pense à la dernière femme fatale de 007 First Light qui affole la toile avec ses formes généreuses saluées, quand par le passé une telle représentation aurait été taxée de presque obèse), donc si oui, le fantasme du corps de la femme est réel, il est surtout universel. Toutes les beautés de femmes existent, alors que dans ce monde inversée, la réalité actuelle est préservée quant à l’unidimensionnalité de l’objectivation des hommes, qui doivent rester inlassablement grands et sculptés, avec une pression de plus en plus grande sur la musculation. J’avais d’ailleurs, compte tenu de la transformation physique de l’acteur colossale, parié sur au moins une scène torse nu de Sacha Baron Cohen, eh bien ça n’a pas manqué, loin s’en faut, mais il a bien raison d’en être fier et d’en profiter. Bravo à lui.

Le concept en reste à la note d’intention, montrant à peine ce monde où les hommes se font draguer, voir plus, où ce genre de pouvoir de l’offre et la demande inversées semble colossal, à tel point que j’ai personnellement vu immédiatement le potentiel ahurissant que d’être un homme convoité dans un monde cherchant à l’inclure, plutôt que le notre où c’en devient de plus en plus un handicap. Il y aurait tellement plus à faire, à jouer avec ça, mais le film se contente d’en rire légèrement par un mimétisme inversé des situations. C’est efficace, drôle et avec ce côté « sens de la vie et bonnes valeurs » louable, mais qui aurait pu être poussé tellement plus loin. On notera que le casting est vraiment excellent (avec en rôles secondaires Richard E Grant, Emily Mortimer et Charles Dance) et c’est vraiment amusant de voir des femmes jouer aux hommes et inversement, mais par exemple si tout était totalement inversé, ça aurait pu être meilleur. Pourquoi garder par exemple une libido énorme chez les hommes et inexistante chez les femmes, mais changer les questions d’hormones ? Imaginez être un homme avec une libido classique dans un monde où les femmes auraient une libido similaire ! De quoi inverser à lui seul la courbe de natalité d’un pays entier^^ Bref, une comédie sympathique et efficace, mais un peu frustrante tant elle ne va pas au bout de sa démarche.