RoboCop

12 juin 2014 3 Par Antoine

RoboCop
2014
José Padilha

Grand classique de la science-fiction – comme à peu près tous les films de Verhoeven -, Robocop était resté comme un projet au formidable potentiel, mais au résultat mitigé à cause des limitations technologiques de l’époque. L’idée d’un remake avait alors de quoi enthousiasmer, en apportant bien sûr des modifications d’envergure sur l’histoire, cette dernière n’ayant pas été très clairvoyante sur l’avenir. Mais alors le voyant Total Recall s’allume, nous rappelant la douloureuse tentative de remake. Plus de légitimité ici donc, mais prudence est mère de sûreté.

L’action du film se déroule dans un futur assez proche (une centaine d’années), alors qu’un conflit fait rage entre les pro-robot et les défenseurs du travail humain. Dirigeant de la plus importante entreprise d’armement robotique, Raymond Sellars (Michael Keaton) tente par tous les moyens d’imposer ses machines sur le territoire américain, malheureusement hostile au projet. Pourtant, grâce à son armée, il impose au monde une image de paix indiscutable avec ses recrues mécaniques, aidé en plus par un journaliste (Samuel L. Jackson) spécialisé dans le détournement d’opinion publique. Mais seulement voilà, le public américain n’est pas prêt à voir ce genre de machines prendre la place de leurs policiers dont le jugement émotionnel serait irremplaçable. Alors qu’une loi s’apprête à être votée, Sellars décida de donner une raison au public d’aimer une machine : en mettant un homme dedans grâce aux prouesses du docteur Norton (Gary Oldman). Et quel meilleur candidat que Alex Murphy (Joel Kinnaman, marié ici à Abbie Cornish), policier dans un état critique ? Seulement contrôler un homme n’est pas aussi facile que pour machine…

Il suffit de voir le journaliste télévisuel manipuler les téléspectateurs pour crier au génie : plus qu’une simple guerre contre la criminalité, le film se dote ici d’un vrai contexte et d’un fond largement plus intéressant et profond. Une pertinente critique du système américain, dominateur et répressif, prêt à écraser toute personne ne partageant pas son point de vue, telle une dictature. Le film pointe du doigt bon nombre de travers de leur économie, que ce soit l’hyper-consommation ou la course à l’armement pour un pays se voulant pourtant pacifiste. Au delà de ça, le film repose les éternelles questions d’intelligences artificielles, de la position de l’homme et du pouvoir de l’esprit. On peut donc dire que le film réussi parfaitement la contextualisation de l’histoire, qui reprend donc en gros la trame originale en ajoutant des intérêts politiques et économiques. Et au final, l’histoire est plus probante, il est vrai aidé par un visuel plus réaliste grâce aux progrès technologiques. Un réalisme qui touche aussi la direction artistique, du coup un peu trop classique, même si on notera l’idée intéressante du changement d’armure en fonction de l’impact souhaité (quand l’humain ou la machine doit dominer). Niveau action on est plutôt bien servi, bien que la violence soit moins sanglante que dans l’originale, ce qui n’est pas forcément un mal. On s’étonnera une fois de plus du choix d’un outsider pour le rôle titre, mais le casting est solide dans son ensemble. Peu de surprises pour les fans de l’original qui retrouveront un film dans sa droite lignée bourré de clin d’œil (citons au passage le beau remixe du célèbre thème principal), mais plus qu’un hommage réussi, le contexte inédit du film rend l’expérience plus intéressante et percutante.