Minuit dans l’univers


Minuit dans l’univers
2020
George Clooney

Vendu comme l’Interstellar de Noël par Netflix, le film jouissait aussi de la présence devant et derrière la caméra de George Clooney, qui a déjà fait ses preuves en tant que réalisateur. Néanmoins, connaissant la politique de Netflix, qui avec le crise du Covid risque bien de devenir la norme mondiale à force, on sait qu’ils préfèrent minimiser les coûts et que les vraies grosses productions sont vouées à disparaître. Difficile donc de revendiquer une même ambition avec un budget divisé par deux, voir trois ou quatre.

Le film se déroule en 2049 alors que la Terre est devenue de plus en plus inhabitable à cause de la pollution et du dérèglement climatique, ayant prit une ampleur ingérable au cours des dernières années. Les derniers survivants sur Terre se terrent dans des abris souterrains, et l’arctique est l’un des derniers endroits « viables » où s’est réfugié le scientifique Augustine Lofthouse (George Clooney). Le dernier espoir de l’humanité est une lune de Jupiter : K23. Une mission doit justement en revenir (avec à son bord notamment Felicity Jones, David Oyelowo et Kyle Chandler), et Augustine va tout faire pour les prévenir de rebrousser chemin.

La science-fiction est l’un de thèmes préférés, car le cinéma est fait entre autre pour s’évader, pour vivre des expériences impossibles dans la vraie vie. Depuis que l’homme a un jour posé son regard sur les étoiles, il ne rêve que d’y voyager, lui qui voyage pourtant si peu sur sa propre Terre. La première moitié du film se concentre justement sur le vieux scientifique isolé dans une station de recherche au Pôle Nord, devant traverser mille dangers pour rejoindre une autre station, et l’autre moitié se concentre sur le vaisseau en provenance de K23 qui doit revenir sur Terre. Le vieil homme mourant, une petite fille pleine de vigueur : le duo fonctionne bien, mais rien de très original ni passionnant, et la narration a de bien gros sabots tant tout se voit venir à des kilomètres. Pour l’équipage, faisant de la pure figuration durant toute la première moitié du film, les histoires de chacun nous indiffèrent au plus haut point, et leurs péripéties ont déjà été vues des centaines de fois, et en tellement mieux et plus cohérent. Comment ont-ils pu laisser passer le coup de la blessure franchement ?! Foncièrement le film n’est pas mauvais ni mal fait (enfin pas trop), mais il est simplement « classique », mal équilibré et trop évident dans son scénario, qui peine d’ailleurs à justifier – voir ne tente même pas – la situation sur Terre. Et puis surtout, il y a cette pirouette scénaristique complètement claquée et incohérente (le bleu et le vert sont deux couleurs différentes hein) qui rend inutile la moitié du film. Avec en prime une fin qui laisse perplexe (au moins dans Passengers par exemple il y avait des dizaines de milliers de colons), il serait vraiment difficile de conseiller ce film, même aux amateurs les plus acharnés du genre.

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Final Fantasy VII Remake


Final Fantasy VII Remake
2020
PS4/PS5

Incontestablement classé parmi les plus grands RPG de tous les temps au panthéon du jeux-vidéo, Final Fantasy VII n’en fini plus de faire fantasmer les joueurs depuis sa sortie en 1996 au Japon puis l’année suivante dans le reste du monde. Il faut dire qu’outre la révolution de l’époque, un peu gâchée par une mise en scène kitch et une localisation à la truelle mais qu’on excuse par nostalgie et de par la richesse colossal du contenu et de son univers, la saga a su entretenir la flamme. Depuis le modding a permis au jeu de rester voir devenir agréable à l’œil, mais ce qui a surtout fait perdurer la saga fut les nombreux jeux spin-off, dont on retiendra surtout Crisis Core, à l’immense potentiel gâché par du remplissage ennuyeux à souhait mais possédant quelques très grands moments, mais aussi un film d’animation qui a bouleversé le paysage cinématographique mondial : Advent Children. Prouesse visuelle frisant la perfection mais foncièrement vide, le film poursuivait un fantasme qui hanta les fans de la première heure pendant une décennie entière : le « trailer » de l’E3 2006. Servant de vitrine pour la PS3, le trailer montrait ce que pourrait donner un remake de Final Fantasy VII sur PS3, seulement il ne s’agissait là que d’une démo technique, rien de plus. Faire un jeu 3D moderne ne demande pas la même charge de travail qu’à l’époque, et Square-Enix estimait qu’il leur faudrait 30 ans pour réaliser un véritable remake aussi ambitieux ! Ce fut la douche froide, et l’univers étendu s’arrêta aussi tôt.

Mais soudain, alors qu’on ne l’attendait plus, une bande-annonce d’un véritable remake fut annoncé en grande pompes à l’E3 2016, soit dix ans pile après la fausse annonce. Des combats s’annonçant dantesques, des images à couper le souffle. Après un Final Fantasy XV extrêmement décevant et au développement catastrophique, le studio avait grand besoin de redorer son blason, mais un point annoncé très tôt vint calmer les ardeurs. Non, le jeu ne sera pas un remake de l’ensemble du jeu d’origine, ni même du premier CD, mais seulement de la partie sur Midgar, qui comptait à peu près pour 5 heures des 40 heures du scénario de base. Sachant que le jeu ne décollait vraiment qu’une fois avoir quitté Midgar, partant découvrir le monde, il y avait de quoi craindre pour la durée du jeu, son intérêt, mais aussi sur le temps qu’il faudra attendre pour en voir le bout. Cinq jeux ? Plus ? Etalés sur plus d’une décennie ? Le temps nous le dire, mais il est l’heure de faire un premier bilan de cette introduction de l’un des jeux les plus mythique de l’histoire.

A noter que le test a été réalisé sur une version « mise à niveau » PS5

Graphismes : 18/20

C’est évidemment la première chose qui frappe avec le jeu : il est beau. Plus que ça, il est même absolument parfait. C’est là toute là force d’un monde fantastique et du jeu vidéo, du moins dans ce style là, c’est qu’il n’a pas à être pleinement réaliste ou totalement photo réaliste. Le jeu peut se permettre quelques effets de style, de direction artistique, et la lumière peut se permettre de dépasser la réalité, de même que les personnages peuvent avoir un style un peu cartoonesque, du moins ne pas respecter totalement la réalité. Par rapport au film d’animation qui a imposé dans l’imaginaire collectif ce à quoi ressemblait « pour de vrai » cet univers, le jeu est en temps réel aussi abouti que le film d’animation, c’est dire la prouesse. Pour ce que le jeu veut faire, c’est parfait, et la fluidité est à toute épreuve. Les jeux de lumière sont stupéfiants, la mise en scène grandiose, et les effets lors des combats impressionnent. Pourquoi pas 20 alors ? Si la version PS5 corrige quelques soucis, sur le plan technique il n’en reste pas moins qu’il arrive de tomber sur des décors moins travaillés, les fameuses « textures baveuses », et certains PNJ ont clairement des modèles fait « à l’arrache », ou tout du moins avec un degré de finition tellement moindre que la différence est flagrante. De même, ne pas sortir de Midgar abouti inéluctablement à une frustration immense et une redondance terrible des décors, bien que le jeu fasse preuve de beaucoup d’imagination pour se renouveler, mais ça ne suffit pas. On a hâte de voir la puissance du moteur et des effets de lumière dans des décors plus originaux.

Jouabilité : 16/20

On en rêvait, on y est presque. Si sur le fond le film Advent Children était assez décevant, en termes de combats le spectacle était total, et manette en main on rêvait de retrouver les mêmes sensations. Si c’était pour retrouver du tour par tour, autant jouer au jeu d’origine, qui restera un must intemporel de toute façon. Eh bien le jeu se rapproche sensiblement de ce qu’on pouvait espérer, proposant de l’action RPG incroyablement bourrin et jouissif, tout en restant technique. En fait, le jeu est très proche des jeux de combat Dissidia, avec le même système de jauge de PV et de choc, avec des attaques plus ou moins efficaces sur l’une des deux, et mettre un ennemi en état de choc permet de faire baisser bien plus vite ses PV. Sur certains c’est inutiles, sur d’autres c’est indispensable, avec pas mal d’entre deux qu’il faudra jauger. Dans tous les cas, le jeu se veut très accessible, proposant un mode facile où l’on peut foncer dans le tas sans se poser trop de question, un mode difficile où chaque erreur sera potentiellement fatale (avec l’éternelle obligation de lvl up), et le mode Normal, pour ceux qui veulent se donner bonne conscience alors qu’il auraient probablement plus de plaisir sur le mode facile. Chaque personnage se joue d’une manière totalement différente, renouvelant l’expérience et permettant de corriger les faiblesses des uns par les forces des autres, et c’est globalement très plaisant. Reste deux soucis notables : l’absence de recover (touche rond dans les Kingdom Hearts et Dissidia), permettant de se rétablir après un choc aérien, évitant de se faire enchaîner salement. Ce premier point brise parfois le rythme, et on comprend mal cette absence. L’autre souci notable est le faible sentiment de progression. Certes, le jeu est une première partie et on imaginait mal débloquer l’omnislash directement, mais n’avoir que deux limites et si peu de techniques est dommage. On regrettera aussi le faible intérêt des missions annexes, et surtout la lourdeur du chapitrage coupant toute envie de tenter le 100%. A noter aussi une grande déception incompréhensible, alors que c’était un principe de base repris sur tous les autres jeux depuis : le niveau maître d’une matéria n’en génère plus une nouvelle, alors que c’était la base même du farming et manne financière incontournable (surtout avec la matéria « Tout »). On pourra aussi se plaindre de très légers soucis de caméra, mais globalement la gestion est excellente, et tous les problèmes sont peut-être lié à la ville étriquée de Midgar et le fait que ça ne soit qu’une première partie.

Durée de vie : 08/20 

Amer déception, et c’est probablement là le principal défaut du jeu : il souffre du syndrome Crisis Core, à savoir du remplissage intempestif et nuisible. En ligne droite et en mode facile, on viendra à bout de l’histoire en 15-20 heures, ce qui à titre personnel est une excellente durée de jeu car rarement les jeux plus longs nous tiennent tout du long en haleine. Oui mais voilà, même si certains passages sont plus développés, l’équipe n’a pas su transformer un segment original de cinq heures en plus de contenu, faisant que même le scénario « principal » est composé de remplissage insipide comme de passer des heures à actionner des mécanismes (éteindre des lampes, ouvrir des vannes, actionner des leviers) pour avancer dans des dédales où il ne se passe rien de nouveau. Et que dire des missions annexes, à base de recherche de chats ? Non, le jeu reposait sur un passage trop court, et l’étirement est laborieux. Sur les 15-20 heures de missions « centrales », un grand maximum de huit présentent réellement un intérêt. Et de part la construction en chapitre cassant toute envie d’exploration, autant dire qu’on ne s’y replongera pas.

Bande son : 18/20

On passera très vite sur ce point : le jeu reprend les musiques d’Uematsu, peut-être le plus grand compositeur de tous les temps. Les musiques d’origines sont légendaires, les réorchestrations sont grandioses. Le jeu bénéficie aussi d’un doublage VF de très grande qualité, reprenant les acteurs du film d’animation, qu’on a pu entendre ailleurs à quelques occasions spéciales, notamment à l’époque où les Kingdom Hearts avaient un doublage français. L’immersion n’en est que plus grande.

Scénario : 14/20

C’était une claque monumentale à l’époque, mais forcément, l’histoire ne décollant et ne révélant son potentiel que bien plus tard dans la trame narrative, cette première partie en pâtie lourdement. On reste sur de la réflexion de surface, aussi bourrue que Barret, faisant de la propagande écologique sur fond de vilaine méga-corporation, alors que le vrai sujet est la gestion des traumatismes, la quête d’identité et l’avenir de l’humanité au sens large, sa propension à détruire la planète ne s’arrêtant pas à l’écologie, loin s’en faut. C’est même une menace très tertiaire au regard des cataclysmes cosmiques et militaires. L’univers est d’une richesse folle, mais on en effleure à peine la surface, et les ajouts ne pèsent pas bien lourd. Au contraire, mise à part le développement du personnage de Jessie, les autres ajouts sont nuisibles : les fileurs ne servent qu’à nous embrouiller et complexifier inutilement l’histoire (à moins que ?). Une mise en bouche, mais le plat tarde à arriver.

Note globale : 15/20

Un bel enrobage au potentiel immense, mais une simple introduction qui peine à se suffire à elle-même, voilà comment on pourrait résumer la situation. Beau à se damner, jouissif manette en main, le jeu est la première pierre d’une très grande histoire, mais on en verra que la première goutte, peinant un remplir un immense verre. Midgar est une ville intéressante, catalyseur d’une idéologie qui montrera ses limites, mais dans le jeu d’origine, c’est un lieu parmi tant d’autres, et pas là où les plus grands moments auront lieu. Trop peu de confiture pour une tartine bien trop grande, le jeu ne proposera que quelques heures vraiment captivantes au milieu d’un océan de missions au mieux oubliables, au pire ennuyeuses à souhait, nous poussant à rusher pour en finir. Bien sûr, faire tous les modèles des personnages, les animations, le système de combat, tout ça est un immense travail et il était tellement plus simple de tout situer au même endroit pour accélérer le développement, mais on espère maintenant que le développement de la suite s’en trouvera simplifié et qu’il ne faudra pas attendre 4-5 ans entre chaque épisodes, car aussi frustrante que soit cette introduction, elle démontre surtout un potentiel immense qu’il nous tarde de pleinement découvrir.

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Un Chien qui rapporte


Un Chien qui rapporte
1931
Jean Choux

Pendant que certains se régalent devant leurs programmes préférés, sur YouTube ou les services de streaming, d’autres errent devant leur poste de télévision, avides de découvertes et autres films oubliés. On parle de chien ? Il n’en fallait pas plus, le film est lancé, les jeux sont faits plus rien ne va plus.

Ah qu’il fatiguant d’être une femme seule ! Mais plus fatiguant encore, il y a la recherche d’un amant, eh puis il faut qu’il soit beau, jeune et riche voyons ! Et voilà qu’un beau jour, un vieux rondouillard va sonner chez Joyane Plaisir (Arletty) avec LA solution miracle : un chien. Et pas n’importe quel chien, un chien qui rapporte ! Mais qui rapporte quoi ? Des hommes pardi ! Une fois relâché, il a été dressé à sauter dans la voiture d’hommes, et c’est justement ce qu’elle souhaite.

Le scénario se limite à un chien qui ramène des prétendants à celle qui le loue. Une affaire florissante pour son propriétaire semble t-il, et qui fait aussi le bonheur des clients. Clientes en l’occurrence. Entre romance et comédie burlesque, le film est une véritable étrangeté, n’hésitant pas à oser des plans de caméra inversés, alambiqués, et même des accélérations. On trouve ça brouillon et maladroit avec le temps, mais ce fut très probablement fou et novateur pour l’époque. Eh puis c’est aussi le tout premier rôle principale pour Arletty, qui s’imposera comme la camionneuse « charmante », la femme qui n’est pas en sucre et qui a encore moins de tact et de sensibilité qu’un homme, sans compter son timbre de voix qui ferait passer le plus beau poème pour des jurons de taulards. Il faut passer outre le surjeu de l’époque, la musique qui ne retient que les premières notes de « petit bateau », mais par curiosité, pourquoi pas. Au nom du caractère historique de certains films d’antan, beaucoup de cinéphiles s’imposent bien pire.

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Slow West


Slow West
2015
John Maclean

Certains sont nostalgiques des Westerns, et quand on contemple la magnificence des décors des deux premières saisons de Westworld, comment ne pas l’être ? Il y a bien sûr quelques exceptions de temps à autre, arrivant à devenir de jolis succès, mais globalement le genre appartient désormais au passé. Malgré quelques têtes connues, outre le duo d’affiche on retrouve par exemple Rory McCann (le limier de Game of Thrones) ou l’éternel méchant bidon (Ben Mendelsohn), le film n’a pratiquement pas eu droit à une sortie en salle, à peine trois cent mille entrées dans le monde, et même sa sortie en DVD/Blu-ray fut anecdotique voir inexistante, le film étant par exemple en France une exclusivité télé.

Ah l’amour, que ne ferait-on pas en son nom ? Au début du XIX°, gringalet à peine pubère, Jay (Kodi Smit-McPhee) a vu sa dulcinée partir d’Écosse pour les terres sauvages de l’Amérique. N’écoutant que son courage, il partira à son tour essayer de la retrouver. Chasseur de prime le prenant en pitié, Silas (Michael Fassbender) va l’escorter jusqu’à destination.

Road movie sur fond de Western, le film avait quelques bonnes cartes à abattre : le charisme du chasseur de prime, les décors enchanteurs de la Nouvelle-Zélande (parce que pourquoi pas), et le doux parfum de l’aventure. Le film est assez dynamique, de fait notamment de sa durée dépassant tout juste les 80 minutes, et on s’amusera de violence aussi absurde qu’ironique, mais globalement le scénario n’est clairement pas le point fort du film. Les coïncidences fortuites sont trop systémiques, en trop grand nombre, et la fin est une vaste blague. En même temps, c’est une apothéose à la mesure du fatalisme darwinien dépeint, mais la pilule passe mal. Quelques bons arguments, mais le film est à l’image de son message, assez vain.

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Cessez-le-feu


Cessez-le-feu
2017
Emmanuel Courcol

Ah la guerre ! Bien sûr, l’armée existe encore aujourd’hui, il y a bien eu les séances de torture lors de la guerre d’Algérie dans les années 60, mais même avant ça la Seconde Guerre Mondiale avec ses 250 000 soldats morts était de la rigolade face à la boucherie de la Première Guerre Mondiale, qui coûta la vie à pas moins de deux millions de nos soldats. On ne peut qu’imaginer la violence des affrontements, l’horreur sur place, et forcément ça laisse des traces, même sur ceux qui ont eu la chance de ne pas finir en gueules cassées.

Le film prend place en 1923, nous racontant l’après pour deux frères. Le plus jeune, Marcel (Grégory Gadebois), vit sur Paris avec sa mère. Plus handicapé psychologique que physique, il est rentré sourd et muet, asocial et ayant peur de tout, surtout de vivre et aimer. Infirmière de guerre, Hélène (Céline Sallette) lui a alors appris la langue des signes et essaye de l’aider. De son côté, son frère Georges (Romain Duris) a fui la réalité en partant vivre quatre ans en Afrique. De retour, il constatera que les blessures de la guerre sont toujours aussi vives.

C’est sûr, nos problèmes actuels ne pèsent pas bien lourd face aux moments les plus sombres de notre histoire. C’est bien évidemment un sujet intéressant, plutôt bien traité par le film, quoique à trop petite échelle diront certains, mais pour ma part ça n’est pas le genre d’évasion que je recherche, donc il a fallu que je sorte de ma zone de confort pour accepter cette proposition. La première scène donne le ton, nous plongeant directement dans une tranchée, mais faute de budget la séquence n’est que peu marquante, et faute d’avoir introduit le moindre protagoniste, il n’y a aucun attachement. Hormis un geste nous rappelant qu’il s’agissait de Georges, difficile de faire le lien avec l’histoire qui suit, et la double narration dans deux zones géographiques nous perd un peu, d’autant que toute la partie en Afrique ne sert à rien dans l’intrigue globale. La reconstitution, décors et costumes, est très bien faite, mais en dehors de ça le montage est assez lent et l’écriture cousue de fils blancs. Un homme et une femme se croisent. Il la trouve inutile, elle le trouve prétentieux et grotesque, et bien évidemment cette première impression glaciale va finir en romance. Je l’ai annoncé dès la scène en question, ça n’a pas manqué. Le thème même du film allait me rebuter, mais même en prenant cela en compte, l’ennui reste palpable et je ne vois pas bien à qui il pourrait parler.

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Blue Steel


Blue Steel
1990
Kathryn Bigelow

Voilà le genre de film qui sème le doute quant à la qualité de la formation des forces de l’ordre, tout du moins aux États-Unis et tout particulièrement à New-York. Fraîchement acceptée comme policière dans la capitale économique nord-américaine, Megan Turner (Jamie Lee Curtis) va se retrouver face à une situation de vol à main armée à une caisse de supermarché. Première intervention de sa carrière, et entre le stresse de passer à l’action et la menace de mort, elle va vider son chargeur sur le braqueur. Une situation de légitime défense qui paraîtrait comme anodine, mais c’était sans compter sur Eugène, trader psychopathe qui va avoir ce jour-là une révélation en voyant Megan tirer froidement sur un homme. Stupéfié par la beauté du geste et sa classe à elle, il va récupérer l’arme du braqueur, tombée à terre, puis les jours suivants il n’aura de cesse que de tuer à tout va et retrouver Megan, dont il est tombé amoureux. De son côté, responsable de la mort d’un homme dont l’arme a disparu, elle va se retrouver mise à pied, embarquée malgré elle dans une sordide histoire de serial killer.

L’idée de base du film n’est pas mauvaise, elle se tient même. On connaît la propension des américains à vider leur chargeur sans réfléchir, et un taré de Wall Street défoncé à la coc qui pète un câble ne surprendra personne. Ainsi le film démarre plutôt bien, mais c’est son développement qui pose problème. À aucun moment le fameux Eugène ne fait ne serait-ce que semblant d’être normal, le malaise est continu, et l’enquête est juste ridicule. En fait, il n’y en a même pas : aucune filature, aucune protection, aucune logique. Oui, c’est le principe de se cacher en pleine lumière, mais encore faut-il croire en la lumière. Or quand un type débarque de nulle part et montre d’emblée des signes de démences, on s’interrogerait un minimum, surtout après les premiers soupçons. Reste ensuite d’innombrables soucis de cohérence, comme le bruit des armes à feu, qui comme par magie dans une couverture passe de 140 à 0 décibels (alors que logiquement cela devrait être moins efficace qu’un vrai silencieux, à 110 décibels, donc audible à plusieurs pâtés de maison, donc ne pas l’entendre à cinq mètre c’est d’une bêtise confondante). Dans le même genre, on se demande bien à quoi sert la formation de policier quand une agression classique par derrière est visiblement imparable pour une soit-disant professionnelle. On notera aussi la résistance surnaturelle des protagonistes, continuant à courir avec des balles dans le corps comme si de rien n’était. Toute la dernière partie est une aberration en terme de logique, cohérence scénaristique, et ça s’étire de trop. Un semblant d’idée, mais qui ne tient pas la longueur et souffrant de graves soucis d’écriture.

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Outsiders


Outsiders
1983
Francis Ford Coppola

Adaptation d’un best seller de Susan E. Hinton, le film a connu à l’époque un joli succès critique et commercial, lançant la carrière de futures stars en puissance et porté par un réalisateur acclamé. En plus, en pensant film de jeunesse des années 80, nos yeux pétillent de nostalgie, repensant à des comédies cultes comme Le Folle journée de Ferris Bueller, ou encore Breakfast Club. Oui mais non, le temps est parfois assassin…

Le film n’est pas contemporain mais se déroule dans les années 60, en pleine rivalité de gangs en mode loubars à la Fureur de vivre. Dans la ville de Tulsa, pauvres et riches se foutent régulièrement sur la gueule. Les Socs (incluant Diane Lane) méprisent le petit peuple, et de leur côté les Greasers (incluant Patrick Swayze, Matt Dillon, Tom Cruise, Rob Lowe) sont enclins à la violence et se plaisent à croire que jouer les caïds équilibrera la balance sociale. Un moche jour, à force de s’envoyer des joyeusetés à la gueule et sous le coup de l’alcool, les choses vont déraper, la guéguerre va faire un mort et deux jeunes Greasers vont se faire la malle.

Mon dieu que les gens sont cons et que ce film est mauvais. Peut-être que les jeunes de l’époque étaient à ce point débiles et méprisables, tout ce que j’ai vu sur la jeunesse américaine des années 50-60 semble le confirmer en tous cas, mais ça n’en reste pas moins un mauvais film. Avec un point de vue extérieur et le recul nécessaire, en passant outre l’affect de voir de futures stars toutes jeunots, il faut bien reconnaître que le jeu est plus que frais, entre absentéisme et cabotinage atroce. Une direction d’acteurs à la ramasse, peu aidée par un scénario les faisant continuellement passer pour des tarés débiles, démarrant au quart de tour, lunatiques et bipolaires, et au raisonnement qui laisse pantois. Un frère cours, pour aller où ? Lui-même ne le sait pas, mais il y va à en perdre haleine. La violence c’est mal, aujourd’hui je fais la paix, mais demain go se battre parce qu’un homme c’est viril et ça se fout sur la gueule. Mon dieu… Et que c’est mou ! Aucune tension, des bagarres de bisounours, et dès que la situation dégénère, on cut et la séquence est éludée. Un procès qui viendrais donner quelques enjeux ? Le montage s’accélère et nous en prive, montrant quelques brides tels des souvenirs s’effaçant. Une introspection pour en tirer une morale ? Non plus, les gens n’apprennent jamais de leurs erreurs, tout arrive trop tard. Autant cette période a dû potentiel comme avec les films sur l’âge d’or d’Hollywood ou le rêve américain version Bewitched, mais il n’y avait semble-t-il rien à tirer de cette jeunesse…

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Le Problème « Cyberpunk 2077 »

On ne parlera pas ici des qualités intrinsèques du jeu qui sortira le 10 décembre après douze ans de développement, puisque de toutes façons un jeu sort en version béta de nos jours, et nécessite d’attendre presque un an pour avoir une version stable, exempt de bugs et corrigeant moult soucis techniques voir narratifs.

On se souviendra tous de la fin rushée de Mass Effect 3, des animations à la truelle d’Andromeda (qui pour le coup n’ont pas été corrigées pour cause de flop) et bien sûr des problèmes techniques innombrables sur l’ensemble des jeux Ubisoft. Les jeux coûtent de plus en plus cher, et visiblement il est plus rentable de vendre un jeu en cours de développement, puis voir si les ventes sont suffisantes pour le finir à grand renfort de mises-à-jour ou DLC.

Pour ceux qui vivent dans une grotte ou ne s’intéressent pas aux jeux-vidéos par snobisme et/ou atrophie cérébrale, Cyberpunk 2077 est l’œuvre artistique la plus ambitieuse de l’histoire de l’humanité. Faisant suite à un jeu de rôle papier qui plongeait dans un futur dystopique les plus passionnés et imaginatifs d’entre nous, le jeu nous plonge dans un futur pas si éloigné, presque familier tant d’autres œuvres telles Matrix, Mad Max, Blade Runner, Akira, Alita, Ghost in the Shell, District 9, Elysium, Chappie, FFVII, Mass Effect, L’homme bicentenaire, Intelligence Artificielle, Ex Machina, le cycle Robots d’Isaac Assimov, tous les médias nous plongent régulièrement dans un futur où les barrières tombent entre l’homme et la machine, entre le virtuel et le réel.

Les notions de transhumanisme et de vie par procuration y sont largement dépeint, prolongation logique et presque inévitable d’un monde éternellement insatisfait, dépressif, vivant dans l’instant présent, l’immédiat, la facilité. Le film Surrogate (Clone), ô combien décevant, était sur le principe criant de vérité : si l’on pouvait être éternellement jeune et en pleine santé, pourquoi se fatiguer à traîner sa vieille carcasse si l’on peut avoir un avatar dont les sensations nous sont transmises ? L’étape suivante est bien sûr l’absence d’avatar et d’une humanité pleinement plongée dans la matrice, et le débat semble être de plus en plus résigné à laisser des machines diriger nos vies, qui dans des cuves en stase seraient moins mornes et pas forcément moins réelles.

Le jeu Cyberpunk 2077 étant lui-même une source d’évasion récréative, nous plongeant dans ce futur qui semble inévitable et pas si lointain, sans le principe de risque de la réalité et proposant lui aussi de vivre par procuration façon Inception en superposant des couches de réalité, il en devient ce qu’il dénonce lui-même. La question n’est plus de faire la différence entre virtuel et réel, mais de choisir ce que l’on sait être virtuel car moins décevant que le réel. Qu’il est triste de se résigner à voir la réalité se dégrader.

Nous nous exprimons à travers l’art pour en tirer des leçons, pour en sortir grandi ou ébloui. Il fut un temps où crier au feu sauvait des vies. Aujourd’hui c’est un spectacle dans lequel se jettent les moutons, fascinés par la lumière.

Dans quelques jours sort Cyberpunk 2077. Certains choisiront la pilule bleu et chercheront à sortir de la matrice et empêcher les machines de nous y enfermer, y voyant là un chef d’œuvre d’anticipation sur nos dérives, mais plus le temps passe et plus les gens choisissent la pilule rouge pour ne jamais sortir de la simulation.

Consumérisme, capitalisme, course à la popularité, tout n’est que chiffres, concurrence, élitisme. La question ne sera bientôt plus de savoir si une machine peut avoir une âme, mais si l’humain en possède encore une.

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Enola Holmes


Enola Holmes
2020
Harry Bradbeer

Il me semblait que ce film avait toujours été destiné à Netflix, mais il me semble avoir entendu quelque part qu’il devait à la base sortir au cinéma, mais qu’à cause du Covid et des difficultés (impossibilités serait-on tenté de dire même vu le carnage Tenet aux Etats-Unis) de sortir un film au cinéma, Netflix aurait racheté le film. Cela en dit long déjà sur les ambitions du film, bien que le streaming puisse être parfois un eldorado à blockbuster comme l’exception Mulan l’a montré (300 M$ sur le seul sol américain, score que le film n’aurait jamais atteint en salle, alors même que cela aurait coûté cher en marketing).

On connaissait vaguement le frère de Sherlock Holmes (Henry Cavill), Mycroft (Sam Claflin), voici cette fois l’histoire d’Enola Holmes (Millie Bobby Brown), leur jeune sœur qui va elle aussi marcher dans les pas du célèbre détective. Elle vivait jusqu’à présent avec sa mère (Helena Bonham Carter), mais un beau jour elle va disparaître, laissant au dépourvu sa fille de 16 ans. Jeune femme libre et indépendante, elle va fuir à la recherche de sa mère face à la menace de son frère aîné Mycroft, voulant domestiquer la sauvageonne.

Malgré un casting alléchant, le film montre vite ses limites en terme d’ambition : on est face à sous Sherlock Holmes en mode Club des cinq, reprenant le principe de mystère à résoudre, mais avec une maladresse juvénile. Si le jeune public y trouvera son compte, pour les amateurs du dernier diptyque cinématographique ou simplement les amateurs de l’œuvre de Sir Artur Conan Doyle, la déception sera de mise. Les énigmes sont assez paraisseuses, les rebondissements n’en sont pas vraiment, et le génie du mentor – lui aussi très fainéant malgré le charisme ahurissant de son interprète – ne se ressent pas chez sa cadette. Mais le plus gros soucis de l’histoire, outre qu’on nous présente une femme libre et badass dont le rêve premier est un garçon, c’est le choix de narration. Autant dans un contexte décalé comme Deadpool, porté par un acteur aguerri, le fait de constamment briser le quatrième mur avec des regards voir des dialogues directement adressés aux spectateurs, cela peut fonctionner, mais ici l’histoire ne s’y prête guère, et l’actrice n’en a pas les épaules. L’histoire peine donc à convaincre avec une narration si bancale, et on voit mal le potentiel d’Enola quand son frère Sherlock captive tant toute l’attention à chacune des ses apparitions. L’écart de charisme est juste ahurissant. Sans être raté, le film n’est simplement pas à la hauteur des attentes, ou tout du moins les miennes, marchant dans l’ombre de précédentes adaptations autrement plus abouties.

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Brutus Vs César


Brutus Vs César
2020
Kheiron

Censée être l’une des « grosses » comédies de l’été, le film s’est fait assez discret, avant de finalement annoncer son rachat par Amazon pour une diffusion sur leur service de streaming. Le géant américain de la vente en ligne n’en est pas à son coup d’essai puisque en plus de blockbusters américains comme Bloodshot, leur service de streaming propose de temps en temps quelques exclusivités françaises. Si le contexte actuel reste mondialement catastrophique (sur le plan économique bien sur, l’incident étant sanitairement risible), en France le cinéma se porte relativement bien, enfin dans la mesure où très peu de films sont disponibles et que de fait leurs résultats sont corrects, voir inespérés (par exemple les Blagues de Toto qui va atteindre le million d’entrée alors qu’il aurait dû mourir noyé sous les blockbusters estivaux). Voir le film sortir sur une plateforme de streaming était donc peu rassurant, et face à une contre-omerta quasi sans précédent, assassinant le film comme on ne voit que très rarement, je voulais voir ça de mes propres yeux.

Ne se déroulant pas durant l’antiquité comme en attestent le casting et les rencontres anachroniques, le film ne raconte pas non plus l’histoire de Brutus et César, qui par définition ne peuvent ni être lesdits personnages ni liés par le sang, du moins pas père et fils, mais nous y reviendront plus tard. Nous suivons donc « Brutus » (Kheiron), fils illégitime (?) de Jules César (Ramzy Bedia), qui sera choisi par deux sénateurs (Gérard Darmon et Thierry Lhermitte) pour fomenter l’assassinat de son père, peu à peu devenu un tyran ingérable. Mais c’est une tanche, donc c’est mort et fin de l’histoire.

Au secours. Dès la première scène, on le sait : ça va être de la merde, mais on ne se rend pas encore compte d’à quel point. On y voit Brutus faire un spectacle de marionnette, et tout le ressort comique est qu’il doit expliquer que si il est là, c’est que l’empereur a fait crac crac avec une femme. Mon dieu que c’est drôle de parler de parler sexe avec un petit garçon… Non, c’est juste glauque et malsaisant ! S’en suit une surenchère de castings ratés, notamment les deux protagonistes principaux, hors sujet d’un point de vue ethnique (c’est malheureusement le soucis quand on prend des bases historiques, on doit respecter des vérités historiques), mais surtout invraisemblables au niveau de l’âge. Onze ans d’écart, c’est ce qui sépare deux frères, deux amants, mais nullement un père et son fils ! La preuve, Kheiron a plus d’écart avec sa partenaire d’amour à l’écran que avec son père. Encore, l’âge reste subjectif et on s’en fout un peu, de même moderniser le langage, admettons, mais mettre aux forceps un casting cosmopolite où la gaule n’a pratiquement aucun caucasien, où une femme noire est bras droit de l’empereur de Rome, où Spartacus est gros, tatoué, et surtout encore là 30 ans après sa propre mort, d’un point de vue historique absolument tous les choix du film sont une aberration absolue. Et en étant à ce point incohérent, le film nous sort constamment et nous oblige à avoir des réflexions racistes, machistes et grossophobes, prouvant qu’il échoue sur tous ces points et se montre donc néfaste à sa propre cause. Pour enterrer le clou, tous les autres points sont un enfer : les décors sont risibles (même une production télé aurait plus de gueule), l’humour se vautre constamment, aucun changement de ton (romantique, solennel ou épique) ne fonctionne et le film ne va même pas au bout de sa propre histoire, comme teasant une suite ridicule qui n’arrivera jamais. Il suffit de voir Pierre Richard imiter le coït pour se rendre compte du niveau de décrépitude général, explorant les bas fonds des pires navets de l’histoire. Au moins le calvaire ne dépassera pas les 80 minutes générique compris, mais le masochisme a ses limites.

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