Matrix Resurrections


Matrix Resurrections
2021
Lana Wachowski

Officiellement annoncé en 2012 pour une sortie fixée en 2014, la suite de la trilogie Matrix a connu bien des changements, avant même de subir de plein fouet la crise du covid avec de longs mois d’interruptions. Si tout le monde ou presque est d’accord pour dire que le premier était un précurseur, toujours aussi abouti plus de deux décennies après, les deux suites ont beaucoup plus divisé, sombrant dans la surenchère de spectacle et délires pseudo philosophiques. C’était donc avec nostalgie, impatience mais surtout anxiété que le monde attendait ce nouvel opus, arrivant 18 ans après Matrix Revolutions, et au final pas du tout : entre des critiques glaciales, un Spider-Man plébiscité en face, et surtout la disponibilité en VOD immédiate, et donc du téléchargement illégal massif, le film est déjà entré dans l’histoire comme l’un des fours les plus violents de tous les temps, peinant à faire le tiers des entrées du dernier volet, déjà en chute libre par rapport au second opus. Et bigre que c’est mérité.

Le cycle a-t-il donc bien été brisé ? Oui, mais seule une partie des machines a décidé de laisser vivre l’humanité, et vu l’état du monde, la majorité de l’humanité continue de préférer vivre dans une matrice, ce qui arrange bien toutes les machines qui continuent d’exploiter les humains pour en tirer leur énergie. Dans cette optique, les machines ont finalement sauvé Néo (Keanu Reeves) et Trinity (Carrie-Anne Moss), mais se doutant qu’ils ne sont pas heureux dans la nouvelle matrice, une humaine éveillée (Jessica Henwick), son équipage et le programme recyclé de l’agent Smith devenu gentil, tous vont tenter de les ramener dans le vrai monde.

Dès le début les craintes s’amplifient. Les effets de ralentis sont immondes, les incrustations de flashback maladroites, et le message « ouin la Warner a mit la pression pour faire une suite » est d’une finesse digne d’un mammouth… Le parallèle jeux-vidéo / monde virtuel de la matrice est tout sauf fin, et si les blagues sur Keanu Reeves en mode chucknorrisfact passent dans un Expendables 2, c’est ici malaisant à outrance, de même que le tour de table sur la trilogie qu’on fait passer pour des jeux-vidéo qui fait le tour des théories comme une vaste blague en crachant à la gueule des spectateurs en se foutant d’eux, en crachant sur les sagas en se plaignant que le studio leur a mit la pression pour faire une suite. Le personnage de l’analyste (Neil Patrick Harris) marche assez bien, donc les techniques utilisées pour maintenir Néo dans la matrice sont intéressantes, mais tout le reste du scénario est vide à outrance. Aucun enjeu autre que ramener les deux tourtereaux dans le monde réel, on ne parle quasi pas de la guerre entre les machines, pas de grand changement dans aucun des mondes, et tous les thèmes abordés l’ont déjà été dans les trois précédents en mieux. Le film ne raconte rien, le rythme est catastrophique, les ralentis sont immondes, la réalisation terriblement décevante, Néo est vieux, fatigué, ne faisant qu’utiliser le même pouvoir en boucle, les combats sont affreusement mous, mal chorégraphiés, et les dialogues sont quasi nanardesques. Mon dieu que le personnage du Mérovingien (Lambert Wilson) est souillé ! Et le principe de la purge n’est de fait pas respecté, donc le peu que le film raconte n’est même pas cohérent avec lui-même. Si c’était pour faire ça, il valait mieux passer son tour ou laisser la main à quelqu’un d’autre, ça aurait difficilement pu être pire…

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Love And Monsters


Love And Monsters
2020
Michael Matthews

Voilà qui prouve que le streaming n’a rien de néfaste pour le cinéma, au contraire, cela donne souvent une seconde vie à des œuvres. On pense notamment à la série La Casa de Papel, vaste bide sur la télé espagnole, puis racheté par Netflix et comptant désormais parmi les séries les plus connues au monde. Dans le même ordre d’idée, ce film est sorti au pire moment possible : fin 2020 quand toutes les salles se mirent à fermer à nouveau, avec dans la foulée une vente en VOD inexistante, au point que tout le monde croyait que le film était une production Netflix quand le service le proposa à ses abonnés en avril 2021, devenant très vite l’un des plus gros succès de tous les temps de leur catalogue.

Le postulat du film est ou prou le même que celui d’After Earth : un futur où la nature sur Terre aurait évolué pour devenir hostile à l’être humain, au point de l’avoir fait déchoir de son statut d’espèce dominante. Les humains restants se terrent dans des bunkers, espérant survivre un jour de plus avec la menace des créatures si dangereuses qui vivent au dessus de leurs têtes. Membre le plus inutile de son bunker, Joel (Dylan O’Brien) est de loin le plus terrifié par les créatures, et pour les autres aucun doute qu’il ne tiendrais pas deux minutes à la surface. Pourtant, en apprenant que son amour (Jessica Henwick) d’avant cataclysme n’est qu’à 150 km de lui, il va décider d’entreprendre un voyage de sept jours à la surface. L’amour contre les monstres, qui l’emportera ?

Si le film dans sa globalité marche à peu près scénaristiquement parlant, sa base est une énorme blague : un astéroïde a été bombardé pour éviter une collision fatale, mais trop proche de la Terre, faisant retomber une quantité folle de radiations (car missiles nucléaires). Alors déjà, des radiation la Terre en encaisse des quantité phénoménales tous les jours, et c’est justement là qu’intervient le bouclier naturel à base d’ozone. Ensuite, le phénomène est censé avoir transformé des créatures terrestres en monstres géants surpuissants en sept ans. En SEPT ANS ???!!! Même en mille ans ça n’aurait aucun sens, il faudrait des dizaines de milliers d’années pour voir apparaître de tels changements. Eh oui mais sans ça, pas d’amourette d’avant cataclysme, donc pas de voyage en quête du grand amour, donc pas de film. Il faudra aussi passer sur le fait que sans une intervention extérieure tenant du miracle, et ce deux fois de suite, d’emblée l’aventure aurait dû s’arrêter, c’est donc en demander beaucoup trop à la suspension d’incrédulité. Le film est-il donc mauvais ? Clairement pas, une fois passé une mise en place poussive, on se laisse porter par cette aventure romantique dans un monde aux mille dangers. Le chien est trop mimi, le père et sa fille sont badass, drôles et attachants, les décors sont quasi totalement naturels et ça fait un bien fou de n’avoir quasi aucun fond vert, le design des créatures est réussi, les séquences d’action prenantes, et le film gère bien le suspense et alterne efficacement entre moments d’angoisse, d’action, de drame, de romance ou plus légers. Mieux vaut ne pas trop se poser de questions, mais c’est typiquement le genre de film fun, feel good et hautement divertissant, et avec en plus un bon sens du système D, une vraie volonté de faire le plus possible avec des effets pratiques et des décors en dur, le résultat est assez solide.

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Reminiscence


Reminiscence
2021
Lisa Joy

Ne jamais avoir trop d’espoirs sur un film… Réalisé et écrit par Lisa Joy, il lui manque cependant sa moitié, son mari Jonathan Nolan avec qui elle a fait l’extraordinaire série Westworld, scénariste qui a fait ses preuves, et c’est justement là où ce film va pêcher le plus.

Se passant dans un futur où inexplicablement (car incohérent) la température et les eaux ont drastiquement montées, les gens se sont réfugié dans leurs propres souvenirs. Nick (Hugh Jackman) et Watts (Thandie Newton) sont justement des vendeurs de souvenirs, proposant aux gens de revivre leurs anciens souvenirs pour échapper à la dure réalité, et c’est justement Nick lui-même leur client le plus assidu, n’arrivant pas à se remettre de la disparition de sa fiancée Mae (Rebecca Ferguson). L’a t-elle simplement quitté sans un mot, ou cela cache t-il quelque chose ?

Parlons tout d’abord du scénario. Outre le fait qu’une machine permettant de revoir ses souvenirs, voilà qui rappelle beaucoup Minority Report, notamment avec la cuve et le casque, et que globalement l’histoire est un polar archi lambda et peu passionnant, prévisible à souhait, l’univers proposé n’a aucun sens. On parle de chaleur et de montée des eaux, or pour qu’une montée des eaux soit possible, il faudrait que la glace des pôles fonde, or cela provoquerait un rejet colossal d’eau glaciale, ce qui refroidirait drastiquement les côtes et les terres en général avec des courants d’air océaniques bien plus froids. Donc pour avoir en plus une chaleur nettement supérieur, il faudrait vraiment des événements improbables qui mériteraient qu’on s’y attarde, ce qui n’est pas le cas. De plus, comment croire à cette « chaleur » quand cela ne se traduit pas le moins du monde à l’écran ? Pas de soleil écrasant, pas de moiteur torride, et surtout pas de répercutions : les gens continuent de porter des pantalons, manches longues et manteaux ! Et que dire de la fameuse « guerre » qu’on rabâche sans jamais l’expliquer ou la décrire réellement. La mise en scène est correcte et les acteurs prestigieux, mais le film est vraiment plombé par un scénario pas toujours cohérent, superficiel sur de nombreux points comme la nouvelle drogue, la propension de terres immergées ou la guerre (qui, comment, pourquoi ?), et surtout banal à outrance. Aucun des thèmes abordés n’est original, pas plus que la façon de faire, et on est sans cesse à trop en espérer, comme pour quand Watts massacre un réseau mafieux seule, ce qui est d’un bêtise absolue tant on n’explique jamais d’où lui vient cet entraînement militaire de malade, donc on remet constamment en doutes une réalité qui est finalement premier degré. Le rythme est également mal dosé, proche d’une série prenant son temps pour poser son histoire, mais qui fonctionne beaucoup moins bien dans le cadre d’un long-métrage. On aurait presque tendance à parler d’œuvre prétentieuse tant le film essaye de se donner des airs de film de SF qui retourne le cerveau, et on ne s’étonnera donc pas que le public a massivement déserté les salles, affichant péniblement 15 M$ dans le monde pour un budget hors marketing de 68 M$. Le potentiel était là, mais bien moins que l’ennui.

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Encanto, la fantastique famille Madrigal


Encanto, la fantastique famille Madrigal
2021
Byron Howard, Jared Bush, Charise Castro Smith

Genre le plus durement touché par la crise sanitaire, le cinéma d’animation peine à se relever alors même que c’est là où le besoin d’argent est le plus grand tant plus aucun Disney animation n’arrive à se boucler pour moins de 150 M$ de nos jours. Avec un score quasi définitif de 225 M$ dans le monde, et ce sans VOD payante en parallèle avant sa mise en ligne sans supplément sur Disney+ à peine un mois après sa sortie pour Noël qui a stoppé net son parcours en salles, difficile d’y voir un quelconque succès. Et sans mascotte ni potentiel produit dérivé sur lequel capitaliser, c’est sans conteste le plus gros revers financier depuis deux décennies pour le studio. Et contrairement à Raya où on ne peut que déplorer son rayonnement limité tant il s’agit d’un des meilleurs films de l’histoire, l’insuccès est ici beaucoup moins regrettable.

Toujours en quête d’une nouvelle culture, Disney nous plonge cette fois en Colombie avec la famille Madrigal, une famille qui a la particularité d’être dotée de pouvoirs magiques. Tous ? Eh bien non, alors qu’à l’adolescence chaque nouveau membre de la famille est censé découvrir son pouvoir, Mirabel n’en a pas reçu, faisant d’elle une pariât inutile. Pire, un beau jour elle va découvrir que son oncle disparu (José Garcia) avait eu une vision d’elle détruisant la source de pouvoir de la famille.

Certains seront ravis, ce fut pour moi un cauchemar : le retour des chansons. Le Miraculeux Raya nous en avait exhorté, nous en sommes ici submergés, et c’est objectivement une catastrophe (en VF tout du moins). Les textes sont pauvres, les voix tout juste correctes, et la musique est sympa mais rien d’inoubliable. Mon Dieu que la présentation de « la famille Madrigal » est une torture ! Grosse douche froide également concernant les enjeux : il n’y en a pas, aucun méchant, rien, juste la peur de perdre leurs pouvoirs. On dirait un film sur un trader en pré-retraite qui a peur de ne toucher que douze milliards de bonus à la fin de l’année. Les personnages sont caricaturaux à outrance sans once de développement faute d’une famille trop nombreuse, à l’image de la cousine qui entend tout et qui aurait pu être géniale, mais faute de présence seule l’héroïne se révèle attachante. L’univers coloré combiné avec des pouvoirs magiques, notamment ceux de la sœur fleurs, aurait pu être grandiose, mais ça reste gentillet. Et puis pardon, mais quand on dit « Bruno » avec l’accent, je m’imagine Brüno dans sa combi jaune prêt à se faire empaler par un asiatique à peine pubère. La magie passe tout juste, on se laisse vaguement emporter mais ça reste une comédie musicale bien trop superficielle.

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Godzilla vs Kong


Godzilla vs Kong
2021
Adam Wingard

Dans l’univers du fan service ou univers cinématographique, les « Vs » ne sont pour ainsi dire jamais une bonne idée, ou tout du moins jamais la meilleure puisque que ce soit dans Civil War, Batman V Superman ou ici, il s’agit de faire s’affronter les gentils entre eux, donc même si les deux autres films nommés sont bons, voir excellent pour le second dans sa version longue, ça reste une idée à la con où les enjeux réels sont ailleurs. Lancé en 2014 avec Godzilla, énorme potentiel mais décevant, le monsterverse s’est poursuivit en 2017 avec Kong Skull Island, pour le coup pas loin d’être mauvais et narrativement inutile puisque se déroulant plus de 40 ans avant, donc mise à part rappeler qu’un gros singe géant existe, c’est la seule chose que cette « introduction » ait fait. En 2019 enfin, un second opus Godzilla 2 a vu le jour, là aussi énorme visuellement, mais bien trop creux scénaristiquement. A peine trois films pour préparer le crossover ultime, aucun très qualitatif et avec même un semi-gadin au box-office pour le dernier en date. Budget en baisse, réalisateur inconnu au bataillon et divers reports pour cause de pandémie, puis sortie dans le mouroir de la reprise en mars 2021 avec même une absence de sortie en France. Un destin scellé pour la saga naissante ? L’absence de scène post-générique laisse supposer que la Warner ne croyait même plus au projet, balançant le film en simultané sur HBOMax, et pourtant aux Etats-Unis ce fut le premier à dépasser la barre des 100 M$ (de justesse) et grâce à un succès tonitruant en Chine (188 M$), le film fut au final un joli succès (468 M$, soit avec le streaming une rentabilité supérieure à n’importe quel des trois précédents films). L’effet « premier grand spectacle » à la réouverture probablement.

L’histoire, si on peut appeler cette blague un scénario, nous conte que d’un coup d’un seul, Godzilla a senti – alors qu’il est présent depuis au moins un demi-siècle – la présence de Kong, qui serait aussi un titan alpha, et il faut donc que le lézard massacre le singe pour que sa domination ne soit pas remise en question. Du coup, des scientifiques (Alexander Skarsgard et Rebecca Hall) vont se dire « tient, et si on le mettait dans la terre creuse ? » parce que oui elle existe et y’a même une inversion gravitationnelle.

Je crois que mise à part Fast & Furious 9, je n’ai pas mémoire d’un scénario – hors nanar – aussi claqué. Bon, le besoin d’être l’alpha, admettons, mais tout ce qui entoure la terre creuse est à hurler de désespoir, chaque semblant de justification est juste lamentable, on croise vaguement Kyle Chandler et Millie Bobby Brown du précédent film pour rappeler que c’est une saga censée se suivre et être cohérente, mais rien n’est cohérent, surtout ce qui touche à l’informatique ou à la science, et on a rarement vu des personnages aussi inutiles. C’est bien simple : toutes les histoires humaines sont inutiles voir nuisibles, excepté la petite, et en plus Kong empiète quasi totalement sur un Godzilla qui a semble t-il perdu presque tous ses neurones. Reste alors le visuel, sympa et avec de bonnes bastons, mais à des années lumières d’un Pacific Rim, qui en plus avait un bon scénario. Au moins le film est bien rythmé et on pouvait difficilement s’attendre à autre chose, donc le divertissement minimum est assuré, mais qu’il est loin le gigantisme haletant d’un parachutage sur un Godzilla vertigineux…

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Raya et le dernier dragon


Raya et le dernier dragon
2021
Don Hall, Carlos Lopez Estrada, Paul Briggs, John Ripa

Snobé par beaucoup de monde ayant tôt fait de le cataloguer comme une tentative de Disney d’aller draguer le marché Chinois, alors qu’au final le film y a fait 20 M$, soit le tiers du score d’un Disney Animation habituel, le film a surcroît prit de plein fouet la très faible réouverture des salles en mars 2021 avec le streaming qui tend éloigner les gens des salles. Et pourtant, on tient là l’un des tous (voir le ?) meilleurs Disney de l’histoire.

Dans un monde où régnait la magie des dragons, un mal ancestral avait été réveillé par la cupidité et l’avidité des hommes qui n’a pu être endigué que par le sacrifice des dragons. 500 ans plus tard, la paix s’est progressivement fragilisée, l’histoire est devenue simple légende, et la pierre de dragon protégeant du mal suscitait la convoitise de tous, lui prêtant des pouvoirs rendant surpuissant quiconque la posséderait. Et alors que la nation protégeant la pierre a voulu rassembler toutes les nations pour plaider le retour de Kumandra, l’union de toutes les nations, ces dernières vont toutes tenter de s’emparer de la pierre, finissant par la briser et libérer le fléau, changeant toutes les personnes sur son chemin en pierre et plongeant le monde dans les ténèbres.

Une légende, une petite fille quasi princesse avec une créature archi mignonne (de quoi vendre des produits dérivés ?) : pas de doutes, il s’agit bien d’un Disney. Puis un fléau s’abat, les gens sont transformés en pierre en arrachant aussi l’âme des gens comme dans Les Créatures de l’esprit, de quoi laisser perplexe quant à la possibilité d’un jour les ramener à la vie. La petite fille grandi et devient une chasseresse aigrie dont la gentille petite créature de compagnie est devenue une immense monture imposante. On nous plonge dans un monde post-apo où le monde d’antan n’est plus que ruines et désolation, les survivants s’étant réfugiés dans des îles ou villes flottantes, l’eau étant une barrière naturelle protégeant du fléau. Si dans le style on semble proche d’un Disney classique, avec un dragon peluche magnifique (dommage que sa version humaine soit inspirée par son interprète AwkwafinaGéraldine Nakache en VF – car elle l’un des points les moins réussi du film) et des décors incroyables, mon Dieu que l’animation est une claque monumentale, en toile de fond l’ambiance n’est clairement pas la même. Tous ont perdu des proches, le monde vit dans le déni à vouloir se reconstruire, plus par résignation que désespoir, mais personne n’a oublié, la plaie est encore béante des années plus tard. La construction du scénario est un peu classique et prévisible, à la recherche des artefacts pour accomplir la quête, et pas vraiment de surprises dans le développement, mais on sent les presque un siècle d’expertise dans l’art de conter une histoire tant la mise en scène est dantesque et la maîtrise émotionnelle absolue. Quel monstre ne verserait pas sa larme au moment des sacrifices ? Et pour sublimer ce conte captivant, d’une beauté onirique incontestable, James Newton Howard nous régale de l’une des (voir la ?) meilleurs bande originale de sa carrière pourtant exceptionnelle. Une épopée grandiose qui marquera durablement par sa puissance.

 

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Chaos Walking


Chaos Walking
2021
Doug Liman

Alors que beaucoup espéraient le voir travailler sur une suite de Edge of Tomorrow qui n’arrivera probablement jamais, le réalisateur Doug Liman s’est attaqué à la trilogie littéraire du Chaos en marche, ces fameuses sagas pour adulescents comme on dit par chez nous, c’est-à-dire des films généralement de quête identitaire dans un univers dystopique où l’amour occupe une place déterminante. Beaucoup d’appelés, pratiquement aucuns élus, et seule une poignée ont dépassé le stade du premier film. Tourné en 2017, quasi intégralement retourné deux ans plus tard pour cause de projections tests alarmistes avant de subir moult reports, le film a finalement été jeté dans la fosse en mars 2021 aux Etats-Unis où les restrictions sanitaires l’ont immédiatement condamné, au point d’annuler sa sortie dans nombre de pays pour le revendre à Amazon. Avec en plus une réception mitigée voir mauvaise, on aurait tôt fait de faire l’impasse dessus, surtout que les suites ne verront jamais le jour. Et pourtant…

Le film se déroule au XXIII° siècle sur une planète située à 64 ans de voyage stellaire de la Terre, appelée « Nouveau Monde » dans l’espoir que cette planète soit le nouvel Eden pour l’humanité. Seulement voilà, cette terre ne s’est pas avérée si accueillante, avec notamment une population locale sous-estimée qui s’est révélée être bien plus développée que de simples faunes locales, et il ne reste désormais qu’une centaine de survivants, surtout depuis que le peuple local a massacré toutes les femmes et les enfants sur place. N’ayant plus non plus de moyen de communication et n’ayant plus aucun contact avec des vaisseaux ou la Terre, ils se pensaient peut-être les derniers représentants de l’humanité (dirigés par Mads Mikkelsen). Plus jeune des survivants, Todd Hewitt (Tom Holland) va un jour croiser le chemin de Viola (Daisy Ridley), venue dans un vaisseau spatial qui s’est crashé à l’atterrissage. S’il reste du monde là-haut, l’espoir subsiste peut-être.

Ne savant absolument rien du film, je n’ai pu qu’être surpris par son originalité. Mine de rien, les films se déroulant sur des planètes qui ne sont pas la Terre sont rares, et l’univers propose en plus une singularité intéressante à bien des niveaux : le bruit. Phénomène inexplicablement exclusif à l’homme (au sens mâle, les femmes n’étant pas touchées), le principe du bruit est que les pensées se manifestent visuellement et de façon audible. Non seulement les gens entendent les pensées des autres, mais ils les voient se matérialiser. Ainsi, il est pratiquement impossible de mentir ou de dissimuler quoi que ce soit, et au contraire les esprits forts pourront même matérialiser tout ce qu’ils veulent. Transparence incontrôlable pour les uns, pouvoir d’illusion surpuissant pour d’autres. Grâce à un budget confortable et plusieurs années de post-prod, le film propose des rendus particulièrement beaux et intéressants pour matérialiser ce concept, et que ce soit narrativement ou pour la mise en scène, l’idée est très bien utilisée. Premier volet oblige, le film reste assez flou sur où en est l’humanité au sens large (sur Terre, potentielles autres colonies sur d’autres planètes) et on se doute que le souci de cohabitation à peine esquissé aurait été un sujet principal des suites. Mais même en considérant ce film comme une histoire indépendante, d’autant que sauf surprise de taille, elle le restera, malgré une trame assez prévisible le concept fascine, l’immersion est excellente et les protagonistes sont attachants. Que ce soit la SF en général ou les « young-teen book adaptation », ce sont deux genres qui me parlent énormément, et de fait mon jugement est peut-être un peu biaisé de par les affinités évidentes, mais objectivement je trouve le film extrêmement réussi et captivant.

 

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Boîte noire


Boîte noire
2021
Yann Gozlan

Pour ceux qui ne savent pas ce qu’est une « boîte noire », c’est le terme commun utilisé pour désigner l’endroit où sont stockées les données de vol d’un appareil (généralement un avion), ce qui permet notamment d’étudier les événements ayant conduit à l’incident dans le cas d’un crash. Comme dans la très grande majorité des cas les chocs se font par le devant de l’appareil et que cette fameuse boîte noire est située à l’arrière dans un caisson censé résister à tout type de catastrophe, dans la très grande majorité des crashs elles sont donc récupérables, glaçant témoignage d’un événement heureusement très rare, surtout sur les grandes lignes où le transport reste largement le plus sûr au monde.

Le film va donc nous plonger au cœur de la BEA (dirigée par André Dussollier), une agence chargée d’étudier tous les problèmes techniques liés à l’aéronautique. Un dossier brûlant va leur arriver : un vol avec une centaine de passagers s’étant mystérieusement écrasé dans les montagnes, aucun survivant. Chargé de l’enquête, Victor Pollock (Olivier Rabourdin) va expressément écarter de l’affaire un de ses employés spécialisé dans l’écoute et le traitement du son : Matthieu Vasseur (Pierre Niney). Seulement deux jours plus tard, Victor va être porté disparu, plus aucune trace de lui, et Matthieu va hériter de l’affaire. L’étude première de la boîte noire semble dessiner un scénario tout tracé, mais la vérité est-elle ailleurs ?

Brillant, juste brillant. J’avais grand espoir pour ce film tant la bande-annonce laissait entendre un thriller haletant, et clairement je n’ai pas été déçu. Dans un film d’enquête, outre la crédibilité, on attend principalement deux choses : un rythme trépidant bourré de rebondissements, et surtout un final à la hauteur. Si un point m’a dérangé, mais que pour des raisons évidentes je ne peux en parler, le film fait un quasi sans-fautes, se montrant impressionnant sur la gestion du suspense, le jeu de pistes et à quel point tout fait sens au final. Conspiration, négligence inconsciente, attentat, obsessions psychiatriques du héros, toutes les pistes sont crédibles et se défendent tout du long, faisant même des allers-retours, avec de nouveaux éléments pouvant redonner du crédit à une piste qu’on croyait écartée. Le scénario est parfaitement géré, le casting impeccable (mention spéciale à Lou de Lâage toujours resplendissante), la mise en scène maîtrisée (la transition de reconstitution dans le hangar est incroyable) et la gestion du budget (à peine 10 M€) force le respect tant le film n’est pas avare en décors. Une enquête palpitante, ultra dynamique et stressante, faisant incontestablement parti des meilleures surprises de l’année.

 

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Fast & Furious 9


Fast & Furious 9
2021
Justin Lin

Neuf… Bigre que cette saga dure avec déjà dix films au compteur en comptant le spin-off Hobbs & Shaw ! Il faut dire que si la saga se contentait d’un public de niche à ses débuts, en assumant pleinement un style beauf à base de grosses voitures chromées et de belles donzelles, à partir de Fast & Furious 4 la saga s’est mise à prendre un tournant plus grand public, se dénaturant progressivement pour devenir une pure saga d’espionnage, mais en mode décomplexé puis de plus en plus débile. La saga a atteint son apogée avec Fast & Furious 7, poussant le délire toujours plus loin, et avec en prime la mort de son acteur principal et le fameux hommage en fin de film, le chant de signe acclamé se transforma en succès improbable, doublant presque le record historique de la saga pour atteindre les 1.5 milliards de dollars au box-office. La franchise aurait pu en rester là, mais elle aurait surtout dû en rester là…

Désormais officiellement mercenaires pour le gouvernement (Kurt Russell), la bande de Dominic Toretto (Vin Diesel) – incluant Roman (Tyrese Gibson), Letty (Michelle Rodriguez), Ramsey (Nathalie Emmanuel) et Mia (Jordana Brewster) – va cette fois être confronté à nulle autre que le frère caché de Dom, Jakob (John Cena), qui va tenter de subtiliser une technologie que convoitait également Cipher (Charlize Theron).

Rarement vu un scénario aussi foutraque et insipide. Alors que les deux derniers épisodes nous avaient déjà fait le coup du frère qui sort de nulle part et du « oh la la, il est chez les méchants mais on se demande bien s’il va ou non changer de camp pour être en fait un gentil ». C’est lamentablement écrit, on nous ressort du placard Helen Mirren (mère de Deckard (Jason Statham) qu’on voit pour sa part en scène post-générique) pour le caméo le plus inutile de l’histoire, on a enfin  Lucas Black qui fait plus qu’un caméo mais son personnage est si peu exploité, et puis surtout impossible de ne pas parler du cas de Han (Sung Kang). Plod twist balancé l’air de rien dès la toute première bande-annonce, on nous ressort donc d’entre les morts un des acteurs phare de la saga. Comment a-t-il survécu ? Il bossait déjà avec le gouvernement et a simulé sa mort en se téléportant. Mais quoi ?! Pourquoi revenir ? Pour faire plaisir aux fans. Sérieusement ?! Difficile d’y voir une autre explication tant il ne sert à rien, et je vois mal comment quiconque pourrait s’en réjouir tant il a perdu toute aura. La narration est en plus constamment polluée de flashbacks incessants, tentant de faire de l’émotionnel sur des personnages qu’on ne connaissait pas et qui sont insipides, hormis Dom mais cet événement du passé avait déjà été évoqué.

Mais bon, on me dira que le scénario n’a jamais été le point fort de la saga, donc qu’en est-il du spectacle ? Médiocre, voir mauvais. La surenchère atteint ses limites, et la voiture qui se balance sur une liane, les aimants ou la fusée sont autant d’idées sympas sur le papier, mais juste absurdes à l’écran. Et entre des décors ou des personnages surexposés, des voitures qui voltigent beaucoup trop ou des textures pas bien finalisées, les effets spéciaux ne sont pas au niveau. Un fait dont la récurrence en période covid est inquiétante pour la qualité visuelle des blockbusters à venir, d’autant qu’en sortant tout juste des Eternels qui se pose comme une référence en la matière, le contraste est d’autant plus violent. Comme en plus la narration est parasitée par des flashbacks incessants (le premier ok, mais les autres pitié !), le rythme déjà mauvais s’en ressent encore plus pesant. N’ayons pas peur des mots : on se fait lourdement chier. Redondant, jamais drôle, jamais impressionnant et écrit à la truelle, on atteints des abysses rares pour une telle production. Et dire qu’ils veulent en faire encore deux de plus…

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Les Eternels


Les Eternels
2021
Chloé Zhao

Le monde est-il complètement débile à ce point ? Si les séries Marvel sur Disney+ sont très qualitatives mais largement dénuées d’enjeux hormis Loki, la phase IV du MCU commençait très mal au cinéma entre Black Widow et Shang-Chi, flirtant dangereusement avec l’échec financier et le désert artistique. Projet majeur dans le catalogue de la firme, le projets des Eternels avait été vendu en amont comme le messie, pour ainsi dire le plus important depuis l’origine de la saga, c’est dire. Doté d’un casting impressionnant, d’un budget de 200 M$ et avec à la barre une réalisatrice Oscarisée, les attentes étaient donc maximales pour tous, mais le projet se vautra massivement avec 401 M$ dans le monde et des critiques plus que mitigées. M’étant royalement emmerdé devant Nomadland, qui avait donc valu son Oscar à Chloé Zhao, j’étais donc persuadé d’assister à un ratage en règles, comme pour les deux autres films de la phase IV. Et finalement non, la claque annoncée est bien là.

Quelle est l’origine du monde ? De la singularité émergea le céleste primordial, Arishem, qui de par son pouvoir créa le premier soleil de l’univers, puis les planètes et la vie. Pour permettre de développer la vie à travers l’univers, dans le noyau de nouvelle planètes sont implantés de futurs célestes, se nourrissant de vies intelligentes pour à leur tour façonner de nouvelles galaxies où se développeront de nouvelles vies. Pour réguler l’évolution et permettre l’émergence de célestes, une première forme de vie fut créée : les déviants. Ces derniers ont cependant échappé à tout contrôle, ne cherchant plus à développer d’autres vies mais à supplanter les vies locales en devenant la nouvelle race dominante. Pour les combattre ont alors été créés les éternels, régis par un seul ordre : ne pas interférer avec la vie locale, mais veiller à ce que les déviants n’empêche pas l’émergence. Après des millénaires d’affrontement sur Terre, l’équipe d’éternels présents sur place (comprenant Gemma Chan, Richard Madden, Angelina Jolie, Salma Hayek) croyait enfin cette menace écartée, mais ils étaient loin de se douter de l’ampleur de la menace pesant sur eux.

Eh bien voilà ! Alors que les blockbusters ont peu à peu perdu leurs âmes à grand renforts de fonds verts et effets-spéciaux en pagaille, que le MCU peinait à avoir de véritable enjeux, voici enfin le film répondant à toutes nos prières. C’était un impératif pour la réalisatrice, et malgré les surcoûts terribles que cela engendre, la production du film fut quasi exclusivement en décors naturels, avec des lumières naturelles, et mon Dieu que ça fait du bien ! C’est beau, c’est réel, on y croit. Et mine de rien, quand il s’agit de scènes d’actions ou de pure SF, ça fait toute la différence dans la mesure où on est beaucoup plus investi car le résultat est visuellement crédible. Indéniablement, un réalisme brutal avec des affrontements dantesques, cela donne un caractère plus épique que pour ainsi dire l’entièreté du MCU. Et c’est d’ailleurs ce traitement froid et réaliste qui fait d’autant plus ressortir les effets-spéciaux, d’une rare finesse, et les passages avec Arishem sont justes dingues.

Mais outre le visuel, c’est avant tout le scénario qui captive. Que ce soit les célestes, les éternels, les déviants ou l’émergence, l’univers dépeint est dépeint est juste dantesque avec des enjeux tout simplement inédits en termes d’ampleur. On ne parle pas juste d’une menace de destruction de la Terre, mais bien de ce qui est à l’origine de toute vie dans l’univers. Le vertige de l’infini, d’entités insondables et inatteignables. Et pour en prendre conscience, on suit donc des éternels si insignifiants à cette échelle, et qui sont pourtant des dieux pour l’humanité, même si certains se sont clairement fait enflés à l’attribution des pouvoir (genre une sourde, sans déconner ?). Si le personnage de Sersi est clairement celui le plus mis en avant, tous ont droit à un minimum de background, permettant de développer un tant soit peu d’affecte pour chacun, d’autant que les acteurs sont vraiment bons. Certains ont reproché au film un ventre mou, mais en réalité c’est au milieu que la plupart des enjeux et scènes épiques ont lieu, donc pour ma part le rythme est là aussi un des points forts du film tant il est maîtrisé. Alors oui, il y a un peu trop d’éternels, les déviants sont mal exploités et on aurait aimé développer plus le différentiel physique / mental de Sprite, ou encore voir Druig essayer certaines manipulations de masse, de même qu’on sera un peu saoulé du teasing au forceps avec Eros (Harry Styles) et Dane Whitman (Kit Harington) tant le film aurait été encore plus fort en se suffisant à lui-même sans vouloir impérativement teaser la suite. Mais que ce soit son impact visuel comptant parmi les œuvres les plus épiques jamais vues, ou encore son scénario pleinement captivant, on tient là l’un des tout meilleurs films du MCU.

 

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