Pokémon – Mewtwo contre-attaque : Evolution


Pokémon – Mewtwo contre-attaque : Evolution
2019
Motonori Sakakibara, Tetsuo Yajima, Kunihiko Yuyama

Partant du principe que la nostalgie fait vendre et qu’à défaut d’être le meilleur, loin s’en faut, le tout premier film était peut-être le plus présent dans le cœur des fans, Gamefreaks s’est dit que faire un auto-remake plan par plan comme le fait régulièrement Disney serait une excellente idée pour capitaliser sur sa franchise. Seulement il n’est pas cette fois question de passer d’un film d’animation 2D à du live action. Non, ici on reprend la même idée foireuse que pour Le Roi Lion : remplacer une “belle” 2D pour de la 3D vraiment immonde et sans âme, et pour le coup incroyablement cheap.

Le scénario est donc exactement le même que le film de 2000 : avides de pouvoir, des scientifiques vont cloner “le plus puissant Pokémon de tous les temps” : Mew (alors qu’entre sa base stat et la stratégie, il n’est même pas dans le top 50 dans les jeux). Ne sachant le sens de son existence, ledit “Mewtwo” va partir en quête de sa raison d’être.

Si le film est un remake plan par plan, ça n’est malheureusement pas de la version longue qui expliquait un temps soit peu le travail des scientifiques en montrant le décès de la jeune fille du chef de la base. On reste donc sur une quête existentielle extrêmement superficielle où l’action et les réflexions sont expéditives. Le scénario reste donc au ras des pâquerettes, mais là où Pokémon le film avait le mérite de conserver le charme de la série et un design réussi, le passage à la 3D se fait ici dans la douleur. C’est d’une laideur sans commune mesure, digne des séries animées les plus cheap jamais vues, les personnages sont dénués d’âme et les quelques changements sont tous néfastes, comme le drakkar qui devient un bateau lambda. On retrouve nos héros, leurs voix, l’histoire est la même, mais son impact est amoindri et les personnages ont été remplacés par des robots atroces en pleine vallée dérangeante. Bref, Gamefreaks a fait un remake du pauvre, le résultat est désastreux et Netflix a en plus proposé un doublage conservant les erreurs de traduction d’origine. Les anciens y verront là une version atroce, et les nouveaux seront rebutés par une histoire dénaturée à l’emballage si repoussant.

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Pokémon épée


Pokémon épée
2019
Switch

Bien que je n’en avais pas écrit de critiques, j’avais eu l’occasion de tester les dernières générations 6 et 7 du temps de la Nintendo 3DS, qui ont redéfini le style graphique moderne de la saga, mais qui ont surtout marqué un essoufflement de fond. Les progrès en terme de mise en scène et de modélisation 3D étaient indéniables, mais l’histoire était en chute libre et les mécanismes lassaient, alors même que la cinquième génération avait signé le renouveau de la franchise avec un scénario presque bon et un sentiment d’enjeux véritables. Avec l’arrivée de la franchise principale sur une console plus ambitieuse, la Switch, l’espoir de voir un épisode radicalement différent et plus abouti était immense. Bien trop malheureusement.

Graphismes : 13/20

S’il a toujours été difficile de briller sur des consoles portables, les précédents opus étaient néanmoins à chaque fois parmi les plus beaux de leur ère, et le constat est très loin d’être similaire ici. Quand on compare à d’autres mondes ouverts comme Breathe of the wild, la comparaison est douloureuse. Alors oui, c’est mignon, coloré, en terme de design les nouvelles créatures sont intéressantes, et on peut dire que c’est la plus belle itération de la saga, mais compte tenu des performances de la console, on est plus proche des opus 3DS que des musts de la Switch… Côté environnements, c’est assez pauvre : quelques côtes, de grandes étendues, des lacs, des montagnes, quelques passages sous la neige. Du classique rarement inspiré. Seule la caverne aux pierre brillantes, déjà présente dans les opus X et Y, est à peu près une bonne surprise. Clairement en terme de mise en scène, de décors et même de modélisation il y avait largement mieux à faire comme le prouvent les premières images des extensions à venir, notamment la seconde. Avec en plus un clipping énorme (distance d’affichage, faisant apparaître des personnages / pokémons à quelques mètres à peine) et des effets climatiques intempestifs empêchant de voir correctement les décors, on pouvait clairement espérer mieux.

Jouabilité : 16/20

Depuis le premier opus sorti en 1995, le système de jeu n’a pratiquement pas bougé d’un iota. On continue inlassablement d’attraper nos pokémons avec nos pokéballs, on démarre avec un starter plante/eau/feu, on peut avoir six pokémons ayant chacun quatre attaques, et on fait tout ça pour avoir nos huit badges et défier la ligue, avec une histoire de pokémon légendaire sur notre route. En plus de deux décennies, le principe du jeu n’a donc pas bougé d’un cheveu, mais au moins de nombreux changements bénéfiques se sont progressivement greffés. Si on regrette les mégas-évolutions, on aura à la place un dynamax impressionnant lui aussi, avec un niveau dynamax à faire monter avec des bonbons à obtenir dans la principale nouveauté du jeu : les raids dynamax. On y affronte à plusieurs des pokémons dynamax, ce qui permet d’obtenir pas mal de bonbons pour booster son équipe, d’obtenir des CT, et potentiellement capturé des pokémons avec des IV très forts. Le jeu devient aussi beaucoup moins frustrant une fois terminé : la boîte est accessible de partout, plus besoin de CS pour avancer (ce qui détruisait le moovepool de certains de nos compagnons), on connaît désormais les EV et IV de nos pokémons avec précision, et en cas de capture de légendaire, on n’est plus obligé de recommencer quinze fois pour avoir de bonnes stats et la bonne nature. Désormais, via la tour de combat, on peut booster nos IV à 31, changer de nature à volonté. Certes, c’est long, mais moins aléatoire et frustrant qu’un élevage à l’aveugle. Le système d’échanges en ligne permet aussi de facilement compléter le pokédex, ce qui permet de lutter contre la triche, car la patiente permet dès à présent de se forger une team parfaite. L’aventure est donc moins contraignante et le post game moins frustrant, nous donnant à tous les clés d’un farming plus fun, plus rapide, avec surtout une gestion totale. Enfin ça, c’était avant la sortie du “Pokémon Home” qui permet d’importer des légendaires qui détruisent le méta-game pour tous ceux qui ne payent “que” le online…

Durée de vie : 18/20

Plus casual que jamais avec les raids faciles qui permettent de booster très vite son équipe et une ligue qui nous soigne entre chaque combat, le jeu peut se plier en moins de 25 heures pour ceux qui veulent tracer, ce qui est tout à fait correct. Personnellement, ayant fait l’erreur de farm direct pour une équipe stratégique, finir la ligue et capturer le légendaire Zacian m’a prit plus de 40 heures. Mais c’est alors que commence le vrai jeu : se constituer son équipe, farmer les oeufs pour avoir les bons IV et la bonne nature, faire le EV puis faire le moovepool, à moins qu’on ait par exemple besoin de Toxic sur son Noacier, attaque par reproduction, ou atterrissage sur Minisange, auquel cas il faut sen occuper avant. Il faudra farm les raids et la tour de combat pour avoir son équipe au max et enfin pouvoir se mesurer au challenge des combats en ligne, le jeu devenant l’un des meilleurs jeux de stratégie tant la quantité de pokémons disponibles, d’attaques et de combinaisons de types obligent à une grande réflexion en amont où l’équipement est aussi primordial. Entre quelques événements ponctuels et l’arrivée de prochaines extensions, le jeu s’inscrit sur la durée et l’intérêt n’a jamais été aussi fort.

Bande son : 12/20

Franchement oubliable. En dehors du thème style écossais sur les terres sauvages, et à la rigueur le chant de guerre lors des combats de champions en stade, la plupart des musiques sont clairement inexistantes. Toujours pas de doublages, ni même d’effets sonores à la Zelda lors des dialogues, et on est loin de la qualité des compilations / plagiats de Noir et Blanc par exemple. L’Angleterre n’aura pas inspiré outre mesure les équipes de Gamefreaks.

Scénario : 6/20

Oui, Pokémon n’a jamais tellement brillé pour son histoire, et ça n’est pas cette leçon écologique qui y changera quoi que ce soit. Le questionnement de la condition d’esclaves des Pokémons de Noir et Blanc était sans nulle doute la meilleure itération, avec de vrais personnages charismatiques. L’histoire sonne ici comme une redite de X et Y, déjà très faibles en terme de narration, et les héros sont ici vides, les enjeux ennuyeux, les méchants ridicules et les légendaires quasi absents.

Note Globale : 15/20

On ne va pas se mentir : la saga peine à se renouveler. Jouer à Pokémon aujourd’hui ou il y a 25 ans ne change pas fondamentalement l’expérience, c’est juste moins contraignant, avec plus de pokémons, de types, d’objets et d’attaques, rendant la stratégie plus complexe. Sans pour autant faire honneur à son époque ou à la technologie qu’est la Switch, les progrès esthétiques sont là et ça reste agréable à regarder et à jouer. Nombreux en attendaient plus et se lassent de voir une liste de monstres se rallonger plus que de raison, de voir de nouvelles régions et de nouveaux personnages sans pour autant que cela ne change quoi que ce soit. Chaque nouveau jeu ressemble donc plus à une mise à jour qu’à une révolution salvatrice, mais pour peu qu’on soit un fan acharné de la première heure ou qu’au contraire on saute régulièrement une ou deux générations, le jeu est alors pleinement justifié. Exit désormais aussi la version deluxe à peine retouchée sortant l’année suivante, place aux extensions rallongeant la durée et permettant plus de diversité. Un changement bienvenu qui nous permettra de nous y replonger régulièrement pour un coût inférieur à un nouveau jeu, ce qui permettra à tout le monde de mieux s’y retrouver.

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Les 101 Dalmatiens


Les 101 Dalmatiens
1997
Stephen Herek

On parle sans cesse de la mode actuelle de Disney de vouloir ressortir ses classiques d’animation en live, mais la pratique ne date pas d’hier. Certes moins en surabondance qu’aujourd’hui, le phénomène ne gêna pas grand monde à l’époque, le film ayant eu un fort succès en salle et valut même une nomination aux BAFTA pour sa méchante, dont il est question qu’une nouvelle histoire soit centrée sur elle en 2021.

Remake du classique de 1961, le film nous raconte une double histoire d’amour, ou comment Roger (Jeff Daniels) et Anita (Joely Richardson) sont tombés amoureux grâce à leurs chiens, Pongo et Perdita, qui ont d’abord eux leur propre coup de foudre. Deux célibataires endurcis qui vont découvrir le bonheur, entourés par une ribambelle de petits dalmatiens. Mais une ombre plane sur eux : Cruella D’Enfer (Glenn Close), la patronne d’Anita et qui rêve de posséder un manteau en peau de bébés dalmatiens.

Dans la grande tradition actuelle de Disney, on assiste là à un quasi remake plan-par-plan, mais c’est justement dans ce genre de cas où l’intérêt se fait sentir. Deux choses justifient ce remake : l’original date de 1961, et même si depuis il y a eu plusieurs remasters, ça reste de la vieille animation (bien que plus belle que les 3/4 des productions 3D actuelles), mais surtout l’histoire s’y prête tellement bien. L’animation prend énormément de temps et coûte très cher, donc tous les films d’animations d’antan étaient très courts (70-80 minutes) et allaient à l’essentiel. Ici, les quelques 25-30 minutes supplémentaires permettent de donner plus de sens à l’histoire au travers du travail de Roger, mais aussi poser les décors. Autre point de taille : les animaux. Voir le travail de dressage est quelque chose de fascinant, impressionnant en l’occurrence, et cela renforce les liens avec les personnages tant le regard d’un chien en dit long. Des pans entiers du film se déroulent sans le moindre dialogue, juste avec des regards d’animaux, des aboiements. L’exemple parfait de quand les gestes parlent d’eux-même. Bon, bien sûr ne soyons pas trop dupes, il est évident sur certains plans qu’il n’y a jamais eu 101 dalmatiens, tout juste une dizaine grand maximum, le reste étant des incrustations, mais en dehors des animatroniques de raton-laveur, ça passe étonnamment bien pour l’époque. Alors oui, le scénario reste assez convenu, la romance expéditive, le duo Hugh Laurie / Arthur Whisley caricatural et la méchante en fait des caisses, mais ça se veut dans l’esprit cartoon, le film garde toutes les qualités de l’original et pallie à quelques défauts narratifs. Personnellement, c’est donc un grand oui.

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À couteaux tirés

À couteaux tirés
2019
Rian Johnson

Genre qui se fait rare, l’année 2019 a été gâtée au niveau film d’enquête à la Hercule Poirot ou Agatha Christie puisque nous avons eu l’excellent film français Le Mystère Henry Pick, et voici une production américaine au casting incroyable dont le scénario fut même nommé aux Oscars. De quoi mettre l’eau à la bouche pour les amateurs du genre, attendant fébrilement la suite du Crime de l’Orient-Express, petite perle du genre qui s’est immédiatement imposée comme un classique.

Plus que l’amour d’une personne, ce qui suscite le plus la convoitise, c’est la gloire et l’argent. Le jour de son 85ème anniversaire, le grand romancier Harlan (Christopher Plummer) va se donner la mort, laissant derrière lui un empire littéraire de plusieurs dizaines de millions d’héritage. Enquêteur de renom, Benoit Blanc (Daniel Craig) va retrouver un morceau de journal sur l’annonce de cette mort, de même qu’une grande quantité d’argent en liquide, le tout dans une enveloppe anonyme. Intrigué, il va alors se joindre à la police (Lakeith Stanfield) pour enquêter sur ce qui ne serait donc pas forcément un suicide.

Qui est coupable ? La fille délaissée (Toni Collette) qui pique dans la caisse ? La petite-fille hippie (Katherine Langford) ? Le fils cupide (Michael Shannon) qui tente de vendre à tous prix les droits télévisuels des œuvres de son père ? Le petit-fils (Jaeden Martell) sur son téléphone ? Non franchement le pauvre on ne peut rien de plus sur lui, inexistant au possible… La fille aînée (Jamie Lee Curtis) ? Elle non plus, rien à dire sur elle, bigre. Le petit-fils (Chris Evans) qui s’est embrouillé avec tout le monde ? Ou bien alors l’aide soignante (Ana de Armas) ?

Plus que l’enquêteur, c’est autour de cette dernière que l’histoire va s’axer. Elle est en effet le point d’étude le plus intéressant pour Benoit Blanc pour mener l’enquête : elle est externe à la famille mais en connaît tous les secrets, et elle possède une particularité bien arrangeante. En effet, elle souffre d’une incapacité chronique à mentir, vomissant à la moindre tentative. Une pirouette scénaristique bien commode, mais le film est réalisé et écrit par Ryan Johnson, le même derrière le huitième opus de la saga Skywalker. Le monsieur est passé maître dans l’art de déjouer les attentes, et il va alors casser certains codes, à l’image de la révélation d’une infidélité. Il est évident, entre sa réaction et le fait que la fille sur la photo est brune aussi, que c’est d’elle dont il s’agit, que c’est ladite maîtresse. Une information de taille, un enjeu d’importance pour le récit. Et pourtant, à aucun moment l’information ne sera confirmée ou infirmée, et ce fait ne servira jamais. Mais pour le coup, au même titre que certains personnages faussement énigmatiques qui ne sont jamais développés, ça sonne plus comme une écriture un peu foutraque et pas bien construite. Le film monte aussi quelques suspenses autour de scènes clés, mais les révélations seront prévisibles, cassant donc même le principe des révélations, choisissant les moments les moins percutants pour faire les plus grandes révélations. Le style de réalisation quasi “documentaire télévisuel” fait aussi un peu peur, et globalement toute cette excentricité ne mène qu’à une enquête somme toute classique. Reste quelques excellents personnages, une poignée de vraies idées de mise en scène et un soupçon de satisfaction quand vient le dénouement final, donc on passe tout de même un bon moment, mais loin des modèles du genre.

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Menteur, menteur


Menteur, menteur
1997
Tom Shadyac

Il y a de ces films qu’on a vu tellement de fois que la question de savoir si on l’a vu ou pas lors des dix dernières années ne se pose pas. Oui, mais quand on avait un site avec plusieurs milliers de critiques et qu’on ne sait pas créer de fichier RSS ou exporter correctement une base de données WordPress, on perd tout, et le doute s’installe. En attendant de savoir pourquoi la liberté d’expression a été bafouée (critiquer des films est-il devenu illégal ???), tâchons de repartir comme si de rien n’était, comme si dix ans de travail n’allaient pas potentiellement en partie partir en fumée, et quoi de mieux qu’une bonne franche comédie d’une époque particulièrement décomplexée en la matière.

Monument de la comédie américaine, Jim Carrey nous revient ici dans le rôle de Fletcher, un avocat sans scrupules prêt à tout pour se bâtir une carrière démesurée à l’image de son ego. Il a tout sacrifié pour son travail, ce qui lui a coûté sa femme, et à force c’est aussi son fils qu’il va perdre. Lassé de le voir promettre monts et merveilles, au moment de souffler les bougies de son cinquième anniversaire, il va faire le vœux que son père ne puisse plus mentir durant 24h. Or pour un avocat sans scrupules acceptants les personnes à la moralité la plus abjecte, léchant sans cesse les bottes de collègues qu’il exècre, la veille d’un important procès, ça ne pouvait tomber plus mal.

Simple, direct, efficace : le plus gros menteur de tous les temps frappé d’une malédiction d’honnêteté. Bon, bien sûr le film est une comédie américaine sous sa forme la plus grasse. Il faut donc s’attendre à un jeu peu subtil, une moralité amenée avec des gros sabots et des gags loin d’être de grande finesse. Si vous ne supportez pas quand Jim Carrey se déchaîne et en fait des caisses, passez votre chemin, il est ici comme possédé. Le film confond aussi “dire la vérité” et une diarrhée verbale incontrôlable, un peu à la manière d’un Gilles de la Tourette. Les témoins des plus pétages de durite sont d’un calme improbable, et globalement on est dans du sur-jeu assez indigeste. Néanmoins, entre une durée atteignant tout juste les 80 minutes et pas mal de scène cultes comme la griffe, “j’ai connu mieux”, les roploplos et le gag de l’avion, le film bombarde suffisamment pour qu’on ne se pose pas trop de questions. On sent la jubilation intérieure de l’acteur, qui malgré la folie de son personnage, arrive à garder un semblant de naturel. Alors oui, c’est débile et pas très fin, mais ça fait du bien.

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Le Mans 66

Le Mans 66
2019
James Mangold

Au même titre que je trouve insupportable les jeux de courses sur de pauvres circuits rébarbatifs où les lignes droites sont rares (coucou les Gran Turismo), je m’explique encore moins la ferveur de ceux qui regardent ce genre de courses interminables et démarrant parfois aux aurores, voir avant. Néanmoins, il faut bien avouer que Rush fut une sacrée claque, ne serait-ce sur le plan divertissement et sensation de vitesse lors des impressionnantes courses. Si les recettes à l’étranger sont équivalentes, le film a eu un succès monstrueux aux Etats-Unis où il a fait plus de cinq fois les entrées de la précédente référence en matière de course automobile. Un tel buzz que le film a été nommé aux Oscars pour la statuette ultime, repartant tout de même avec quelques prix techniques sur son montage.
 
Au milieu des année 60, l’industrie automobile connaissait un bouleversement majeur : le géant Ferrari faisait faillite, racheté par Fiat, et Ford ne cessait de s’effondrer. C’est alors qu’un des employés (Jon Bernthal) de Ford va avoir une idée pour redorer le blason de son entreprise : la faire concourir à la plus prestigieuse course automobile, les 24h du Mans. Pour construire une voiture capable de rivaliser avec la concurrence, ils vont faire appel à un certain Carroll Shelby (Matt Damon), qui avait déjà remporté les 24h du Mans quelques années plus tôt. Il se fera aidé par son ami et pilote chevronné Ken Miles (Christian Bale).

 

Ce genre de film est compliqué à bien des égares : il faut pouvoir faire plaisir aux fans tout en restant accessible aux néophytes. Eh bien non seulement le film y arrive, mais en plus il raconte une histoire oubliée même des fans. Entre une belle histoire d’amitié, de self-made-men, de passion et de course, le film est une franche réussite sur bien des tableaux. Les courses sont incroyables, la sensation de vitesse est indéniable, on sent vraiment le côté « os-de-verre » des voitures et le danger palpable crée une vraie tension. Néanmoins tout n’est pas parfait. La romance entre Ken et sa Barbie (Caitriona Balfe) n’est pas assez exploitée, la morale est contre-productive, et la fin est quasi mauvaise tant la réalité est décevante sur bien des points. Le film aurait pu nous épargner et couper son dernier quart d’heure, mais soit. Malgré un budget deux fois supérieur, le film est donc à peine plus spectaculaire que Rush, mais à côté de ça son scénario est moins satisfaisant. Reste un film de course grisant, mais attention à ne pas trop lui en demander.
 
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Once Upon a Time… in Hollywood


Once Upon a Time… in Hollywood
2019
Quentin Tarantino

Pénultième film réalisé par le grand Tarantino d’après ses propres dires, souhaitant s’arrêter à dix, le film a comme d’habitude déchaîné les passions et est à ce jour le deuxième plus gros succès de sa carrière. Avec une pléthore de nominations pour les Oscars et de probables prix pour son casting ahurissant, le film sera t-il pour autant à marquer d’une pierre blanche ? Toujours aussi acclamé par la presse, le film est néanmoins celui qui eu l’un des accueils les plus tièdes de la carrière de son réalisateur, et c’est aisément compréhensible.

Prenant place en 1969, le film nous plonge en plein Hollywood à la fin de l’âge d’or du cinéma hollywoodien. On y suivra principalement Rick Dalton (Leonardo DiCaprio) et son cascadeur Cliff Booth (Brad Pitt), affrontant l’inexorable déclin de leurs carrière.

Nous raconter l’envers du décor d’une des époques les plus passionnantes était gageure, le résultat n’est cependant pas à la hauteur, loin s’en faut. Premièrement, l’idée d’axer tout le récit autour de personnages fictifs est dommage quand tant de personnages réels traversent l’histoire, mais l’histoire est en fait une arnaque. Seule le contexte est conservé, on suit des personnages inventés et le déroulement historique n’est pas respecté. Bien évidemment, c’est aussi le sujet du film : c’était mieux avant, et on aurait aimé que rien ne change. Comme quoi, certains hippies sont pires que certains nazis, et même globalement les soldats allemands étaient plus respectables et seins d’esprit. Bon après tout pourquoi pas, Inglourious Basterds réinventait l’histoire lui aussi, et c’est probablement le meilleur film de son réalisateur. Non, le vrai problème c’est que le film dure 2h40 et ne développe réellement que deux personnages. Sharon Tate (Margot Robbie) est anecdotique, et en dehors du duo principal, les autres (Emile HirschMargaret QualleyTimothy OlyphantDakota FanningBruce DernAl PacinoKurt Russell ou encore Maya Hawke) ne font que de la figuration. C’est d’ailleurs drôle de voir l’un des acteurs nommé pour l’Oscar du meilleur acteur et l’autre pour le second rôle alors que leurs présences à l’écran sont justement inversées : le « second rôle » doit avoir au moins tiers de plus de temps à l’écran. Quand un film aussi long met autant de personnages en avant mais n’en développe que deux, il en résulte un sentiment de déséquilibre énorme, de traitement peu convaincant, de soucis de rythme et de narration. Beaucoup de périodes de flottement, et le début est pénible à suivre avec les innombrables digressions narratives, juste histoire de ne pas suivre le déroulé de manière linéaire. Un effet de style inutile et lourd, d’autant qu’il sera oublié en cours de route et utilisé que dans le premier tiers. Un montage étrange, maladroit, n’arrivant pas à imposer un rythme, s’attardant longuement sur des personnages sans pour autant les développer et les laissant carrément tomber en cours de route sans raison. Sans aller jusqu’à dire que le film est raté, son scénario manque clairement d’enjeux et le film est beaucoup trop long pour ce qu’il a à raconter. Pas le pire film de Tarantino, mais vraiment pas loin.

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Jojo Rabbit

Jojo Rabbit
2020
Taika Waititi

Qu’il est difficile de toucher à la Seconde Guerre Mondiale, et ce pour une pléthore de raisons. Il y a déjà le soucis de la réalité historique, avec souvent des raccourcis exaspérants, d’autant plus dans le cas d’une parodie satyrique au ton comique. Il y a aussi et surtout le soucis de l’originalité tant le sujet a été poncé jusqu’à la moelle, sans compter le statut de challenger aux Oscars, ce qui indique une certaine forme de formatage qui empêche de briller outre mesure. Mais il faut parfois passer outre ses à priori et laisser sa chance au film.

L’histoire se déroule vers la toute fin de la Seconde Guerre Mondiale, dans une Allemagne qui tente de faire bonne figure alors que la défaite se lit sur les visages de chacun. Petit garçon de 10 ans faisant ses classes dans les jeunesses hitlériennes (entraîné par Sam RockwellAlfie Allen et Rebel Wilson), Johansen dit Jojo (Roman Griffin Davis) est ce qu’on appelle une recrue des plus enthousiastes. Espérant rejoindre au plus tôt l’armée nazi, il a pleinement embrassé la cause du führer et est un militant acharné, ayant même un ami imaginaire peu banal : son héros et model de vie, Afdolf Hitler (Taika Waititi). Seulement un beau jour son monde va s’effondrer quand il va apprendre que la vermine a infesté son foyer. Sa mère (Scarlett Johansson) cache dans les murs de sa maison le pire monstre possible : une juive (Thomasin McKenzie).

Oublions d’emblée ce sur quoi le film s’est vendu : l’ami imaginaire Hilter. Si cela offre quelques moments amusants et permet de matérialiser le questionnement intérieur du jeune héros, cela n’apporte au fond pas grand chose et n’a aucune importance dans l’histoire. L’aspect endoctrinement n’est pas non plus très original, mais le ton décalé permet d’éviter de tomber dans les écuelles classiques du mal incarné. L’aspect comique est globalement peu mémorable en dehors de quelques passages, et dans son ensemble la première moitié du film patauge dans son pseudo concept un peu bancal. Pire, on parle de difficultés liées à la guerre, mais on n’en ressent pas du tout l’impact. Puis progressivement le miracle opère : l’évolution psychologique du jeune héros est très bien gérée et sa relation avec l’adolescente juive est touchante. Les affres de la guerre rattrapent l’histoire, le basculement dramatique est incroyable et tout le dernier tiers est magistral. Les décors et les effets spéciaux sont au top, l’émotion tellement maîtrisée et surtout un point fait plaisir : enfin des nazis héroïques, inspirants et nobles. Exit les généralités habituelles, on ne verra d’ailleurs aucun monstre des clichés usuels, et le personnage de Sam Rockwell nous laissera sans voix (même pas nommé aux Oscars, quel scandale !). Il y a tellement de justesse dans l’interprétation, dans les émotions, qu’on fini par pardonner la première moitié presque ratée. Dommage que le film mettent tant de temps à décoller, mais ne boudons pas notre plaisir.

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Yesterday

Yesterday
2019
Danny Boyle

Après le feel-good movie Music of my life qui était une publicité géante pour Bruce Springsteen avec un pakistanais en tête d’affiche, place maintenant à une publicité pour les Beatles avec un indien. Deux films se faisant terriblement écho, d’où une crainte de redondance des thématiques, mais avec un héros plus âgé et quelques divergences d’inspirations ainsi qu’une approche différente, il y avait l’espoir d’y voir quelque chose de plus puissant, surtout avec Danny Boyle à la barre.

Chanteur raté qui n’a jamais réussi à décoller malgré tous les efforts de son amie et manager Ellie (Lily James), Jack Malik va se réveiller un beau jour dans une chambre d’hôpital suite à accident de vélo. En plus de deux dents en moins, en parlant avec les gens il va se rendre compte qu’autre chose a disparu : Les Beatles. Les gens ne les connaissent pas et aucune trace d’eux sur internet, comme s’il avait basculé dans une réalité alternative. Il va alors tenter le tout pour le tout et s’approprier leurs musiques de légende.

Tout d’abord deux choses ne vont pas avec le pitch de base. Si ce cas de figure se présentait pour moi, je serais foutrement incapable de me rappeler dans son intégralité d’une chanson, quel que soit l’artiste. Et puis franchement, les Beatles ? Aujourd’hui ? Alors oui, il n’y a pas d’âge pour apprécier de la bonne musique, mais globalement les goûts actuels sont minables, valorisant des textes salaces, pour ne pas dire atrocement vulgaires, où le talent de chanteur s’est fait la malle, remplacé par du vocodeur qui fait mal. Donc c’est bien beau de se dire que ces titres sont mythiques et ne peuvent que casser la baraque quelle que soit l’époque, mais dans la pratique, surtout quand on a jamais réussi à décoller, c’est perdu d’avance. C’est beau de naïveté… Et c’est globalement le problème qu’on pourra reprocher au film, en plus d’une écriture passablement prévisible et clichée (le coup de la manager cupide interprétée par Kate McKinnon reste néanmoins drôle) : tout est bien trop facile et bienveillant. Au moins le scénario se rattrape avec quelques surprises par rapport à cet univers parallèle, puisque la non existence des Beatles n’est pas le seul changement, mais au final le film ne s’en sert pour ainsi dire pas du tout. Il y avait un potentiel monstrueux à exploiter, et c’est si dommage. Reste donc une histoire conceptuelle sympathique, mais effleurant à peine son sujet.

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Marriage Story

Marriage Story
2019
Noah Baumbach

Cette année ce n’est pas un, mais deux films de Netflix qui se retrouvent en course pour l’Oscar suprême, avec entre autre des nominations pour l’ensemble du casting. Une grande réussite pour le service de streaming qui redéfini constamment les codes du genre et ce qu’est le cinéma. Chaudement accueilli par tous et recommandé par beaucoup, son statut de challenger à la statuette ultime était des plus intimidants tant la majorité de la sélection me laisse froid cette année.

Il était une fois un metteur en scène de New-York, Charlie (Adam Driver), et une actrice de Los Angeles, Nicole (Scarlett Johansson), tombant follement amoureux, donnant naissance à un petit garçon et vivant en osmose de leur passion de la scène. Dix ans de bonheur, mais un beau jour Nicole va se réveiller, déçue de sa vie et voulant en changer. Ils voulaient se quitter en bons termes, voir ne pas se quitter et se rabibocher pour Charlie, mais il va peu à peu se rendre compte que sa potentielle futur ex femme est la pire salope du monde, élaborant les pires manigances pour le détruire.

Ou comment détruire une image de sexe symbole. On y découvre une Scarlett Johansson presque moche, menteuse, lâche et sournoise, accusant son mari de tous ses maux sans jamais vouloir en parler, préférant tout faire dans l’ombre, poignardant dans le dos. La pire des salopes autrement dit. On assiste alors à mise à mort par traîtrise par le biais d’une avocate peu scrupuleuse (Laura Dern), obligeant le pauvre à riposter avec son propre avocat (Ray Liotta). Le principe est intéressant, nous montrant jusqu’où la fausseté peut aller. La mise en scène est savamment réfléchie, resserrant le cadre pour un format plus haut que le 16/10, quelque chose entre le 1:66 et le 1:37, ce qui permet de mieux focaliser l’action sur les personnages. Avec en prime des acteurs excellents n’hésitant pas à sortir de leur zone de confort, pour ce que le film a à dire, c’est assurément une grande réussite. Reste un soucis principal : la femme est fautive de bout en bout, et l’histoire n’est pas en soi d’une grande originalité. Un drame humain poignant, formidablement porté par ses acteurs, mais ça n’est pas le genre d’histoire qui passionnera outre mesure.

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