Mission to Mars


Mission to Mars
2000
Brian De Palma

Quand on croit avoir toujours un sens critique plus aiguisé que les autres, on se méfie de l’avis « général » et on fabule sur des comparaisons intenables. Bien que ce soit pour m’en dire le plus grand mal, quand on m’a récemment rappelé l’existence de ce film, j’y ai vu l’espoir, la grandeur d’évasion des plus grands chef d’œuvre de science-fiction. L’affiche digne d’une vision de Mass Effect, une histoire de mission de reconnaissance / sauvetage en dehors de notre atmosphère, un réalisateur de cinéma d’auteur aux commandes d’un énorme projet SF, produit par Disney et qui a fait un four en salle. Bref, sur le papier les mêmes caractéristiques que le film le plus abouti de l’an dernier : Ad Astra. Ah c’est beau de se faire un film dans la tête, mais les comparaisons s’arrêtent là…

Nous sommes en 2021, peu après que la première mission habitée, partie de la Terre le 7 juin 2020, ait atteint la planète rouge, Mars (ah c’est beau de rêver, 20 ans plus tard on n’est pas plus avancé… ). Chef de l’équipe sur place, Luke Graham (Don Cheadle) va détecter une anomalie structurelle aux abords de leur base. Cette nouvelle sera le dernier message reçu par la station spatiale internationale de leur part, laissant craindre le pire. Ses collègues astronautes Jim (Gary Sinise) et Woody (Tim Robbins) vont alors décider de monter en urgence une équipe pour se rendre sur place, à la recherches de réponses et d’éventuels survivants.

Dès les dix premières minutes, l’euphorie de se plonger dans de la SF s’était envolée. Dix minutes à voir des stéréotypes ambulants blablater avant le grand départ, qui finalement n’aura pas lieu. Point de décollage à vous coller des frissons, de comment se passe une traversée dans l’espace insondable six longs mois durant, rien. On se retrouve directement sur place, pour la fameuse découverte. Le contact sera l’occasion d’une flopée d’effets spéciaux incroyablement mauvais, où l’on voit que l’intégralité des grains de poussières, roches et autres graviers sont des incrustations sur un sol inexplicablement immuable, créant une dissonance terrible. Mais le vrai problème sera scénaristique : face à une tornade des plus violentes, qui est assez con pour rester à regarder ? Qu’il y ait un con, à la rigueur, mais TOUS ?! Même quand ça arrache des pierres du sol à moins d’un mètre ?! En vingt minutes, le sort du film semblait scellé, mais ça n’était que la première d’une longue succession de déceptions. Le film se torche tellement violemment avec la science que s’en devient usant. Comment peut-on ne pas savoir que la moindre brèche tuerait  quasi instantanément l’entièreté des habitants d’un vaisseau dans l’espace ? Le plus fort restera tout ce qui entoure la révélation finale, cumulant tous les clichés les plus éculés de la SF de la manière la plus maladroite et bancale possible. L’échelle du plan galactique aura de quoi rendre fou, sans compter les effets-spéciaux tellement criards qu’on se croirait dans les années 50 avant 2001 : l’odyssée de l’espace. On sent d’ailleurs que ce film tente de le copier sur énormément de points en terme de technique, et ce seront justement les points les plus réussis, mais en dehors de la récupération du module, pas grand chose de marquant. Le film aurait simplement pu être moyen si son scénario n’était pas à ce point claqué au sol, mais vraiment la dernière demi-heure est un ratage complet, une souffrance. Terrible désillusion…

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J’accuse


J’accuse
2019
Roman Polanski

Voici assurément la plus grosse polémique du cinéma français du moment : peut-on et doit-on séparer l’artiste de son œuvre ? Non dans la mesure où l’homme derrière l’artiste aide à comprendre son travail, mais quel que soit la vie de l’homme, cela ne doit pas nous empêcher d’apprécier son travail, d’autant que résumer un film à son seul réalisateur est une injure aux milliers de personnes ayant aussi travaillé dessus, surtout dans un film d’époque où la reconstitution des décors et des costumes est si importante. Après oui, quand le film reçoit le prix de la meilleure réalisation, cela ne récompense pas l’ensemble des personnes de la production, mais bien le réalisateur et uniquement lui. De ce point de vue là, lui décerner le prix ultime était une erreur, mais tâchons d’oublier cet incident plus exaspérant qu’important.

Le film nous place en 1894, alors que le capitaine Dreyfus (Louis Garrel) est reconnu coupable de traîtrise, déchu de ses grades militaires et exilé sur une île-prison. Pour le colonel Picquart (Jean Dujardin), c’était assurément une bonne nouvelle : la France se débarrassait de la vermine juive. Pourtant, après avoir récupéré le poste de directeur du service de renseignements de l’armée, il va faire une découverte troublante le faisant douter. Et si Dreyfus était innocent ? Et si le traître était encore dehors ?

Affaire à la portée historique, tout élève l’a forcément étudié au moins une fois au cours de sa scolarité, et assurément comme moi tout le monde ou presque a oublié l’entièreté de l’histoire. Une chance pour mieux apprécier les retournements de situation, et je n’en soufflerais donc mot. Néanmoins, avec le recul, je vois mal comment cette affaire a pu tant marquer. Des erreurs judiciaires, il y en a tous les jours, et contrairement à ce que d’aucuns auguraient compte tenu du harcèlement médiatique subit par son réalisateur, le parallèle s’arrête là puisque ce n’est pas spécialement le peuple mais surtout le gouvernement qui harcela le colonel Picquart. Pour ce qui est de l’antisémitisme, il n’est pas non plus si violent, se montrant plus culturel que viscéral. L’histoire en elle-même n’est donc pas si intéressante que ça, du classique à base d’enquête, de conspiration et d’honneur. Reste que le film a deux arguments de taille. Le premier et le plus évident est son casting, réunissant quantité de têtes plus ou moins connues : Laurent Stocker, Vincent Perez, Mathieu Amalric, Denis Podalydès ou encore Michel Vuillermoz pour les plus inspirés, et Emmanuelle Seigner, Grégory Gadebois et Melvil Poupaud pour les moins convaincants. On reconnaîtra aussi moult voix, des doubleurs de renom y ayant des rôles physiques. C’est sympathique, mais ça ne fait un film. Non, le vrai intérêt du film réside dans les dialogues, et aussi la force d’interprétation de Dujardin. On éprouve de l’admiration en entendant par exemple : « Je ne veux pas d’une nouvelle affaire Dreyfus. Ce n’est pas une nouvelle affaire Dreyfus, c’est la même ». Et comment ne pas être abasourdi par une telle prestance, un tel charisme quand résonne « C’est peut-être votre armée, mais ce n’est pas la mienne ». On peut aussi souligner le travail admirable sur les décors et les costumes. Clairement le film a eu les moyens de ses ambitions, quelques passages donnent le frisson, mais les enjeux peinent à dépasser le cadre humain, laissant dubitatif sur la portée historique des faits.

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Retour à Zombieland


Retour à Zombieland
2019
Ruben Fleischer

Alors même qu’une suite avait été annoncé peu après la sortie du premier film, il aura fallut attendre 10 ans pour retourner à Zombieland. La raison ? Eh bien après avoir planché sur le scénario de la suite, il a été convenu que la saga allait se poursuivre en série. Et comme les protagonistes ont vu leurs carrières exploser, bien que l’ascension avait déjà commencé pour tous, les réunir pour un budget restreint sur une plus longue période bloqua. Finalement le casting fut rebooté, mais le pilote fut abandonné. Régulièrement des rumeurs ont circulé, mais nous y voilà finalement enfin : une vraie suite avec tout le casting d’origine. Un petit miracle de patiente, source de bien trop d’attentes.

Qu’est-il advenu de notre quatuor durant dix longues années dans ce monde infesté de zombies ? Eh bien ils ont vagabondé de squatte en squatte, trouvant enfin un pied à terre à la maison blanche. Thallahassee (Woody Harrelson) s’est trouvé un nouveau bolide de guerre qu’il bichonne, Columbus (Jesse Eisenberg) et Wichita (Emma Stone) se supportaient toujours jusqu’alors, mais face à l’ennui chronique et la solitude Little Rock (Abigail Breslin), désormais adulte, les sœurs vont à nouveau prendre la tangente. Retour à la case départ…

Dès le générique avec l’apparition du logo Columbia, le ton est donné et le franc sourire se dessine sur le visage d’un spectateur comblé de reprendre du rab d’un plat qu’il avait tant apprécié. L’intro nous régale avec une pléthore de bonnes idées comme le zombie Homer, et le dégommage en règle est jouissif, bien qu’incroyablement imprudent et toujours à un cheveux de la morsure fatale. Sans déconner, comment ne pas prévoir une combinaison à la Batman ? Quand tous les magasins et peut-être des bases militaires sont en open-bar, cela me semblerait la moindre des choses. Et pour peu qu’on commence à entrer dans le sujet de la cohérence, on en sort pas. Le film fait genre d’avoir pensé à certaines incohérences du premier film en disant « c’est dingue que les barrages et autres éoliennes et panneaux solaires nous fournissent encore de l’électricité ! ». Sérieusement les gars ? Non clairement, sans personne pour entretenir et gérer le réseau, tout s’effondrerait en moins d’une semaine. Blackout total. Et je ne parle même pas de la légende urbaine de l’essence miraculeusement efficace dix ans après. L’essence et le diesel commencent à perdre certaines de leurs propriétés en quelques mois à peine, donc dix ans plus tard l’intégralité de ce qui a été raffiné est inutilisable. Et puis d’où sortent les zombies ? Vu les plaies et l’état de délabrement, n’importe quel corps serait trop délabré pour se déplacer en quelques semaines à peine, et ce n’est pas une question de volonté. Donc dans un contexte de quasi extinction où la nourriture est presque inexistante, il est strictement impossible qu’il y ait autant de survivants, sans compter le vieillissement accéléré dû aux conditions de vie. Enfin bref, revenons-en au film.

Pas mal de bonnes idées sont donc abordées d’emblée, comme par exemple la relation Columbus / Wichita. Quand on a pas vraiment le choix de la personne avec qui on est, peut-on tout de même voir son couple comme légitime ? Bon après la réflexion sociétale n’est pas très poussée, et dans la vraie vie nulle doute que la faim aurait poussé Little Rock à tenter de se taper le copain de sa sœur ou son père de substitution, qui lui même face à l’arrivée de formes si généreuses aurait fini par avoir des envies, probablement même avant l’âge légal, d’autant plus dans un contexte apocalyptique. Il n’y a qu’à voir comment les chiens se jetaient tous sur une fillette même pas pubère dans Waterworld. Reste que cela permet d’introduire le personnage de la blondasse cruchasse (Zoey Deutch), aussi attachante que séduisante, mais globalement la tentative d’introduction de nouveaux personnages est un ratage. Le coup des clones avec Luke Wilson ne sert à rien, si ce n’est faire un clin d’œil sympa à Idiocracy, et le personnage de Rosario Dawson est trop peu exploité pour marquer. Et c’est malheureusement un constat qu’on peut étendre à l’entièreté du film : de bonnes idées et autres clins d’œil sympathiques, à l’image de la séquence de fin, mais pas très abouties et surtout n’apportant pas grand chose au final. L’histoire n’a pas vraiment de nouveaux enjeux, si ce n’est protéger ce qu’on avait déjà, et au final on assiste à un chapitre complètement dispensable dans l’histoire de ce quatuor. Revenir pour une suite, d’accord, mais encore faut-il y trouver un but en dehors de prolonger le plaisir. Si on retrouve effectivement tout ce qui faisait le charme et le sel du premier Zombieland, cette suite échoue à se forger sa propre identité et peine à justifier son existence, plus opportuniste que créative.

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Contre-enquête


Contre-enquête
2007
Franck Mancuso

Avant le sacre de The Artist, c’était un peu l’argument unique et central de la défense contre les fous pas encore convaincus du talent de Jean Dujardin. Il faut dire qu’entre Un Gars une Fille, les OSS117 et autres Brice de Nice, sa carrière s’était basée sur les comédies, et une fois qu’on est catalogué dans un genre, il est difficile de s’en sortir. Exit les plages et autres loufoqueries, place à l’amertume et au désespoir : pour un contre-emploi, une contre-enquête.

Il suffit parfois d’un instant d’inattention, d’une confiance trop aveugle en un monde pourtant si dangereux. Alors que sa femme était au travail et qu’il était seul chez lui avec sa fille de neuf ans, Richard Malinowski (Jean Dujardin) va recevoir un coup de fil du travail. Il aurait pu dire non et partir pour la balade en vélo comme prévu, mais poussé par une mentalité parisienne carriériste, il va laisser seule sa fille ce jour-là. Inconsciente, elle va rejoindre un ami en forêt comme cela lui arrivait, mais elle ne rentrera jamais. Son corps sera retrouvé dans un étang de ladite forêt, visiblement violée et rouée de coups. De par la gravité de l’affaire et le fait que Malinowski est en plus inspecteur de police, une enquête exemplaire sera menée avec des effectifs impressionnants, aboutissant rapidement à l’arrestation d’un certain Daniel Eckmann (Laurent Lucas). Tout l’accuse et il sera condamné à l’unanimité, mais il va pourtant continuer de plaider son innocence. Incapable de tourner la page, Malinowski va alors mener une contre-enquête.

Un rôle à contre-emploi admirablement tenu, une histoire très sombre et un scénario plutôt bien pensé : tout était réuni pour tenir là un grand film. On veut y croire, on veut aimer ce film, et il a de grandes qualités d’écriture et surtout d’interprétation, mais impossible de fermer les yeux sur tout ces défauts. Déjà en terme de mise en scène, on sent que les moyens ou la technique n’y sont pas. Ancien policier de profession, le réalisateur y faisait là ses premiers pas, et ça se sent : on se croirait devant un téléfilm, tant en terme de mise en scène que de rythme. Malgré le fait que le film soit très court, à peine dans les 80 minutes, l’histoire avance péniblement, mais le problème vient d’autant plus de la gestion du suspens. On sent tout venir à des kilomètres, les révélations n’en sont pas, amenuisant les quelques enjeux mis en place. C’est dommage car le principe du combat d’un père meurtri est excellent et le casting est impeccable, faisant que le film marche tout de même, mais on est passé à côté d’un très grand film.

 

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Pokémon – Mewtwo contre-attaque : Evolution


Pokémon – Mewtwo contre-attaque : Evolution
2019
Motonori Sakakibara, Tetsuo Yajima, Kunihiko Yuyama

Partant du principe que la nostalgie fait vendre et qu’à défaut d’être le meilleur, loin s’en faut, le tout premier film était peut-être le plus présent dans le cœur des fans, Gamefreaks s’est dit que faire un auto-remake plan par plan comme le fait régulièrement Disney serait une excellente idée pour capitaliser sur sa franchise. Seulement il n’est pas cette fois question de passer d’un film d’animation 2D à du live action. Non, ici on reprend la même idée foireuse que pour Le Roi Lion : remplacer une « belle » 2D pour de la 3D vraiment immonde et sans âme, et pour le coup incroyablement cheap.

Le scénario est donc exactement le même que le film de 2000 : avides de pouvoir, des scientifiques vont cloner « le plus puissant Pokémon de tous les temps » : Mew (alors qu’entre sa base stat et la stratégie, il n’est même pas dans le top 50 dans les jeux). Ne sachant le sens de son existence, ledit « Mewtwo » va partir en quête de sa raison d’être.

Si le film est un remake plan par plan, ça n’est malheureusement pas de la version longue qui expliquait un temps soit peu le travail des scientifiques en montrant le décès de la jeune fille du chef de la base. On reste donc sur une quête existentielle extrêmement superficielle où l’action et les réflexions sont expéditives. Le scénario reste donc au ras des pâquerettes, mais là où Pokémon le film avait le mérite de conserver le charme de la série et un design réussi, le passage à la 3D se fait ici dans la douleur. C’est d’une laideur sans commune mesure, digne des séries animées les plus cheap jamais vues, les personnages sont dénués d’âme et les quelques changements sont tous néfastes, comme le drakkar qui devient un bateau lambda. On retrouve nos héros, leurs voix, l’histoire est la même, mais son impact est amoindri et les personnages ont été remplacés par des robots atroces en pleine vallée dérangeante. Bref, Gamefreaks a fait un remake du pauvre, le résultat est désastreux et Netflix a en plus proposé un doublage conservant les erreurs de traduction d’origine. Les anciens y verront là une version atroce, et les nouveaux seront rebutés par une histoire dénaturée à l’emballage si repoussant.

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Pokémon épée


Pokémon épée
2019
Switch

Bien que je n’en avais pas écrit de critiques, j’avais eu l’occasion de tester les dernières générations 6 et 7 du temps de la Nintendo 3DS, qui ont redéfini le style graphique moderne de la saga, mais qui ont surtout marqué un essoufflement de fond. Les progrès en terme de mise en scène et de modélisation 3D étaient indéniables, mais l’histoire était en chute libre et les mécanismes lassaient, alors même que la cinquième génération avait signé le renouveau de la franchise avec un scénario presque bon et un sentiment d’enjeux véritables. Avec l’arrivée de la franchise principale sur une console plus ambitieuse, la Switch, l’espoir de voir un épisode radicalement différent et plus abouti était immense. Bien trop malheureusement.

Graphismes : 13/20

S’il a toujours été difficile de briller sur des consoles portables, les précédents opus étaient néanmoins à chaque fois parmi les plus beaux de leur ère, et le constat est très loin d’être similaire ici. Quand on compare à d’autres mondes ouverts comme Breathe of the wild, la comparaison est douloureuse. Alors oui, c’est mignon, coloré, en terme de design les nouvelles créatures sont intéressantes, et on peut dire que c’est la plus belle itération de la saga, mais compte tenu des performances de la console, on est plus proche des opus 3DS que des musts de la Switch… Côté environnements, c’est assez pauvre : quelques côtes, de grandes étendues, des lacs, des montagnes, quelques passages sous la neige. Du classique rarement inspiré. Seule la caverne aux pierre brillantes, déjà présente dans les opus X et Y, est à peu près une bonne surprise. Clairement en terme de mise en scène, de décors et même de modélisation il y avait largement mieux à faire comme le prouvent les premières images des extensions à venir, notamment la seconde. Avec en plus un clipping énorme (distance d’affichage, faisant apparaître des personnages / pokémons à quelques mètres à peine) et des effets climatiques intempestifs empêchant de voir correctement les décors, on pouvait clairement espérer mieux.

Jouabilité : 16/20

Depuis le premier opus sorti en 1995, le système de jeu n’a pratiquement pas bougé d’un iota. On continue inlassablement d’attraper nos pokémons avec nos pokéballs, on démarre avec un starter plante/eau/feu, on peut avoir six pokémons ayant chacun quatre attaques, et on fait tout ça pour avoir nos huit badges et défier la ligue, avec une histoire de pokémon légendaire sur notre route. En plus de deux décennies, le principe du jeu n’a donc pas bougé d’un cheveu, mais au moins de nombreux changements bénéfiques se sont progressivement greffés. Si on regrette les mégas-évolutions, on aura à la place un dynamax impressionnant lui aussi, avec un niveau dynamax à faire monter avec des bonbons à obtenir dans la principale nouveauté du jeu : les raids dynamax. On y affronte à plusieurs des pokémons dynamax, ce qui permet d’obtenir pas mal de bonbons pour booster son équipe, d’obtenir des CT, et potentiellement capturé des pokémons avec des IV très forts. Le jeu devient aussi beaucoup moins frustrant une fois terminé : la boîte est accessible de partout, plus besoin de CS pour avancer (ce qui détruisait le moovepool de certains de nos compagnons), on connaît désormais les EV et IV de nos pokémons avec précision, et en cas de capture de légendaire, on n’est plus obligé de recommencer quinze fois pour avoir de bonnes stats et la bonne nature. Désormais, via la tour de combat, on peut booster nos IV à 31, changer de nature à volonté. Certes, c’est long, mais moins aléatoire et frustrant qu’un élevage à l’aveugle. Le système d’échanges en ligne permet aussi de facilement compléter le pokédex, ce qui permet de lutter contre la triche, car la patiente permet dès à présent de se forger une team parfaite. L’aventure est donc moins contraignante et le post game moins frustrant, nous donnant à tous les clés d’un farming plus fun, plus rapide, avec surtout une gestion totale. Enfin ça, c’était avant la sortie du « Pokémon Home » qui permet d’importer des légendaires qui détruisent le méta-game pour tous ceux qui ne payent « que » le online…

Durée de vie : 18/20

Plus casual que jamais avec les raids faciles qui permettent de booster très vite son équipe et une ligue qui nous soigne entre chaque combat, le jeu peut se plier en moins de 25 heures pour ceux qui veulent tracer, ce qui est tout à fait correct. Personnellement, ayant fait l’erreur de farm direct pour une équipe stratégique, finir la ligue et capturer le légendaire Zacian m’a prit plus de 40 heures. Mais c’est alors que commence le vrai jeu : se constituer son équipe, farmer les oeufs pour avoir les bons IV et la bonne nature, faire le EV puis faire le moovepool, à moins qu’on ait par exemple besoin de Toxic sur son Noacier, attaque par reproduction, ou atterrissage sur Minisange, auquel cas il faut sen occuper avant. Il faudra farm les raids et la tour de combat pour avoir son équipe au max et enfin pouvoir se mesurer au challenge des combats en ligne, le jeu devenant l’un des meilleurs jeux de stratégie tant la quantité de pokémons disponibles, d’attaques et de combinaisons de types obligent à une grande réflexion en amont où l’équipement est aussi primordial. Entre quelques événements ponctuels et l’arrivée de prochaines extensions, le jeu s’inscrit sur la durée et l’intérêt n’a jamais été aussi fort.

Bande son : 12/20

Franchement oubliable. En dehors du thème style écossais sur les terres sauvages, et à la rigueur le chant de guerre lors des combats de champions en stade, la plupart des musiques sont clairement inexistantes. Toujours pas de doublages, ni même d’effets sonores à la Zelda lors des dialogues, et on est loin de la qualité des compilations / plagiats de Noir et Blanc par exemple. L’Angleterre n’aura pas inspiré outre mesure les équipes de Gamefreaks.

Scénario : 6/20

Oui, Pokémon n’a jamais tellement brillé pour son histoire, et ça n’est pas cette leçon écologique qui y changera quoi que ce soit. Le questionnement de la condition d’esclaves des Pokémons de Noir et Blanc était sans nulle doute la meilleure itération, avec de vrais personnages charismatiques. L’histoire sonne ici comme une redite de X et Y, déjà très faibles en terme de narration, et les héros sont ici vides, les enjeux ennuyeux, les méchants ridicules et les légendaires quasi absents.

Note Globale : 15/20

On ne va pas se mentir : la saga peine à se renouveler. Jouer à Pokémon aujourd’hui ou il y a 25 ans ne change pas fondamentalement l’expérience, c’est juste moins contraignant, avec plus de pokémons, de types, d’objets et d’attaques, rendant la stratégie plus complexe. Sans pour autant faire honneur à son époque ou à la technologie qu’est la Switch, les progrès esthétiques sont là et ça reste agréable à regarder et à jouer. Nombreux en attendaient plus et se lassent de voir une liste de monstres se rallonger plus que de raison, de voir de nouvelles régions et de nouveaux personnages sans pour autant que cela ne change quoi que ce soit. Chaque nouveau jeu ressemble donc plus à une mise à jour qu’à une révolution salvatrice, mais pour peu qu’on soit un fan acharné de la première heure ou qu’au contraire on saute régulièrement une ou deux générations, le jeu est alors pleinement justifié. Exit désormais aussi la version deluxe à peine retouchée sortant l’année suivante, place aux extensions rallongeant la durée et permettant plus de diversité. Un changement bienvenu qui nous permettra de nous y replonger régulièrement pour un coût inférieur à un nouveau jeu, ce qui permettra à tout le monde de mieux s’y retrouver.

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Les 101 Dalmatiens


Les 101 Dalmatiens
1997
Stephen Herek

On parle sans cesse de la mode actuelle de Disney de vouloir ressortir ses classiques d’animation en live, mais la pratique ne date pas d’hier. Certes moins en surabondance qu’aujourd’hui, le phénomène ne gêna pas grand monde à l’époque, le film ayant eu un fort succès en salle et valut même une nomination aux BAFTA pour sa méchante, dont il est question qu’une nouvelle histoire soit centrée sur elle en 2021.

Remake du classique de 1961, le film nous raconte une double histoire d’amour, ou comment Roger (Jeff Daniels) et Anita (Joely Richardson) sont tombés amoureux grâce à leurs chiens, Pongo et Perdita, qui ont d’abord eux leur propre coup de foudre. Deux célibataires endurcis qui vont découvrir le bonheur, entourés par une ribambelle de petits dalmatiens. Mais une ombre plane sur eux : Cruella D’Enfer (Glenn Close), la patronne d’Anita et qui rêve de posséder un manteau en peau de bébés dalmatiens.

Dans la grande tradition actuelle de Disney, on assiste là à un quasi remake plan-par-plan, mais c’est justement dans ce genre de cas où l’intérêt se fait sentir. Deux choses justifient ce remake : l’original date de 1961, et même si depuis il y a eu plusieurs remasters, ça reste de la vieille animation (bien que plus belle que les 3/4 des productions 3D actuelles), mais surtout l’histoire s’y prête tellement bien. L’animation prend énormément de temps et coûte très cher, donc tous les films d’animations d’antan étaient très courts (70-80 minutes) et allaient à l’essentiel. Ici, les quelques 25-30 minutes supplémentaires permettent de donner plus de sens à l’histoire au travers du travail de Roger, mais aussi poser les décors. Autre point de taille : les animaux. Voir le travail de dressage est quelque chose de fascinant, impressionnant en l’occurrence, et cela renforce les liens avec les personnages tant le regard d’un chien en dit long. Des pans entiers du film se déroulent sans le moindre dialogue, juste avec des regards d’animaux, des aboiements. L’exemple parfait de quand les gestes parlent d’eux-même. Bon, bien sûr ne soyons pas trop dupes, il est évident sur certains plans qu’il n’y a jamais eu 101 dalmatiens, tout juste une dizaine grand maximum, le reste étant des incrustations, mais en dehors des animatroniques de raton-laveur, ça passe étonnamment bien pour l’époque. Alors oui, le scénario reste assez convenu, la romance expéditive, le duo Hugh Laurie / Arthur Whisley caricatural et la méchante en fait des caisses, mais ça se veut dans l’esprit cartoon, le film garde toutes les qualités de l’original et pallie à quelques défauts narratifs. Personnellement, c’est donc un grand oui.

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À couteaux tirés

À couteaux tirés
2019
Rian Johnson

Genre qui se fait rare, l’année 2019 a été gâtée au niveau film d’enquête à la Hercule Poirot ou Agatha Christie puisque nous avons eu l’excellent film français Le Mystère Henry Pick, et voici une production américaine au casting incroyable dont le scénario fut même nommé aux Oscars. De quoi mettre l’eau à la bouche pour les amateurs du genre, attendant fébrilement la suite du Crime de l’Orient-Express, petite perle du genre qui s’est immédiatement imposée comme un classique.

Plus que l’amour d’une personne, ce qui suscite le plus la convoitise, c’est la gloire et l’argent. Le jour de son 85ème anniversaire, le grand romancier Harlan (Christopher Plummer) va se donner la mort, laissant derrière lui un empire littéraire de plusieurs dizaines de millions d’héritage. Enquêteur de renom, Benoit Blanc (Daniel Craig) va retrouver un morceau de journal sur l’annonce de cette mort, de même qu’une grande quantité d’argent en liquide, le tout dans une enveloppe anonyme. Intrigué, il va alors se joindre à la police (Lakeith Stanfield) pour enquêter sur ce qui ne serait donc pas forcément un suicide.

Qui est coupable ? La fille délaissée (Toni Collette) qui pique dans la caisse ? La petite-fille hippie (Katherine Langford) ? Le fils cupide (Michael Shannon) qui tente de vendre à tous prix les droits télévisuels des œuvres de son père ? Le petit-fils (Jaeden Martell) sur son téléphone ? Non franchement le pauvre on ne peut rien de plus sur lui, inexistant au possible… La fille aînée (Jamie Lee Curtis) ? Elle non plus, rien à dire sur elle, bigre. Le petit-fils (Chris Evans) qui s’est embrouillé avec tout le monde ? Ou bien alors l’aide soignante (Ana de Armas) ?

Plus que l’enquêteur, c’est autour de cette dernière que l’histoire va s’axer. Elle est en effet le point d’étude le plus intéressant pour Benoit Blanc pour mener l’enquête : elle est externe à la famille mais en connaît tous les secrets, et elle possède une particularité bien arrangeante. En effet, elle souffre d’une incapacité chronique à mentir, vomissant à la moindre tentative. Une pirouette scénaristique bien commode, mais le film est réalisé et écrit par Ryan Johnson, le même derrière le huitième opus de la saga Skywalker. Le monsieur est passé maître dans l’art de déjouer les attentes, et il va alors casser certains codes, à l’image de la révélation d’une infidélité. Il est évident, entre sa réaction et le fait que la fille sur la photo est brune aussi, que c’est d’elle dont il s’agit, que c’est ladite maîtresse. Une information de taille, un enjeu d’importance pour le récit. Et pourtant, à aucun moment l’information ne sera confirmée ou infirmée, et ce fait ne servira jamais. Mais pour le coup, au même titre que certains personnages faussement énigmatiques qui ne sont jamais développés, ça sonne plus comme une écriture un peu foutraque et pas bien construite. Le film monte aussi quelques suspenses autour de scènes clés, mais les révélations seront prévisibles, cassant donc même le principe des révélations, choisissant les moments les moins percutants pour faire les plus grandes révélations. Le style de réalisation quasi « documentaire télévisuel » fait aussi un peu peur, et globalement toute cette excentricité ne mène qu’à une enquête somme toute classique. Reste quelques excellents personnages, une poignée de vraies idées de mise en scène et un soupçon de satisfaction quand vient le dénouement final, donc on passe tout de même un bon moment, mais loin des modèles du genre.

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Menteur, menteur


Menteur, menteur
1997
Tom Shadyac

Il y a de ces films qu’on a vu tellement de fois que la question de savoir si on l’a vu ou pas lors des dix dernières années ne se pose pas. Oui, mais quand on avait un site avec plusieurs milliers de critiques et qu’on ne sait pas créer de fichier RSS ou exporter correctement une base de données WordPress, on perd tout, et le doute s’installe. En attendant de savoir pourquoi la liberté d’expression a été bafouée (critiquer des films est-il devenu illégal ???), tâchons de repartir comme si de rien n’était, comme si dix ans de travail n’allaient pas potentiellement en partie partir en fumée, et quoi de mieux qu’une bonne franche comédie d’une époque particulièrement décomplexée en la matière.

Monument de la comédie américaine, Jim Carrey nous revient ici dans le rôle de Fletcher, un avocat sans scrupules prêt à tout pour se bâtir une carrière démesurée à l’image de son ego. Il a tout sacrifié pour son travail, ce qui lui a coûté sa femme, et à force c’est aussi son fils qu’il va perdre. Lassé de le voir promettre monts et merveilles, au moment de souffler les bougies de son cinquième anniversaire, il va faire le vœux que son père ne puisse plus mentir durant 24h. Or pour un avocat sans scrupules acceptants les personnes à la moralité la plus abjecte, léchant sans cesse les bottes de collègues qu’il exècre, la veille d’un important procès, ça ne pouvait tomber plus mal.

Simple, direct, efficace : le plus gros menteur de tous les temps frappé d’une malédiction d’honnêteté. Bon, bien sûr le film est une comédie américaine sous sa forme la plus grasse. Il faut donc s’attendre à un jeu peu subtil, une moralité amenée avec des gros sabots et des gags loin d’être de grande finesse. Si vous ne supportez pas quand Jim Carrey se déchaîne et en fait des caisses, passez votre chemin, il est ici comme possédé. Le film confond aussi « dire la vérité » et une diarrhée verbale incontrôlable, un peu à la manière d’un Gilles de la Tourette. Les témoins des plus pétages de durite sont d’un calme improbable, et globalement on est dans du sur-jeu assez indigeste. Néanmoins, entre une durée atteignant tout juste les 80 minutes et pas mal de scène cultes comme la griffe, « j’ai connu mieux », les roploplos et le gag de l’avion, le film bombarde suffisamment pour qu’on ne se pose pas trop de questions. On sent la jubilation intérieure de l’acteur, qui malgré la folie de son personnage, arrive à garder un semblant de naturel. Alors oui, c’est débile et pas très fin, mais ça fait du bien.

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Le Mans 66

Le Mans 66
2019
James Mangold

Au même titre que je trouve insupportable les jeux de courses sur de pauvres circuits rébarbatifs où les lignes droites sont rares (coucou les Gran Turismo), je m’explique encore moins la ferveur de ceux qui regardent ce genre de courses interminables et démarrant parfois aux aurores, voir avant. Néanmoins, il faut bien avouer que Rush fut une sacrée claque, ne serait-ce sur le plan divertissement et sensation de vitesse lors des impressionnantes courses. Si les recettes à l’étranger sont équivalentes, le film a eu un succès monstrueux aux Etats-Unis où il a fait plus de cinq fois les entrées de la précédente référence en matière de course automobile. Un tel buzz que le film a été nommé aux Oscars pour la statuette ultime, repartant tout de même avec quelques prix techniques sur son montage.
 
Au milieu des année 60, l’industrie automobile connaissait un bouleversement majeur : le géant Ferrari faisait faillite, racheté par Fiat, et Ford ne cessait de s’effondrer. C’est alors qu’un des employés (Jon Bernthal) de Ford va avoir une idée pour redorer le blason de son entreprise : la faire concourir à la plus prestigieuse course automobile, les 24h du Mans. Pour construire une voiture capable de rivaliser avec la concurrence, ils vont faire appel à un certain Carroll Shelby (Matt Damon), qui avait déjà remporté les 24h du Mans quelques années plus tôt. Il se fera aidé par son ami et pilote chevronné Ken Miles (Christian Bale).

 

Ce genre de film est compliqué à bien des égares : il faut pouvoir faire plaisir aux fans tout en restant accessible aux néophytes. Eh bien non seulement le film y arrive, mais en plus il raconte une histoire oubliée même des fans. Entre une belle histoire d’amitié, de self-made-men, de passion et de course, le film est une franche réussite sur bien des tableaux. Les courses sont incroyables, la sensation de vitesse est indéniable, on sent vraiment le côté « os-de-verre » des voitures et le danger palpable crée une vraie tension. Néanmoins tout n’est pas parfait. La romance entre Ken et sa Barbie (Caitriona Balfe) n’est pas assez exploitée, la morale est contre-productive, et la fin est quasi mauvaise tant la réalité est décevante sur bien des points. Le film aurait pu nous épargner et couper son dernier quart d’heure, mais soit. Malgré un budget deux fois supérieur, le film est donc à peine plus spectaculaire que Rush, mais à côté de ça son scénario est moins satisfaisant. Reste un film de course grisant, mais attention à ne pas trop lui en demander.
 
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