Les Vacances de Ducobu

Les Vacances de Ducobu
2012
Philippe de Chauveron

Partant d’un principe simple, un cancre abusant des pires stratagèmes pour tricher sur sa voisine parfaite, la bande-dessinée n’aura pas su se renouveler ni faire évoluer son concept. Et si l’inspiration a marqué des dizaines d’excellentes BD, la série s’est essoufflée, et ça n’est pas la première adaptation cinématographique, truffée de sacrilèges et globalement décevante, qui a changé la donne. Mais seulement voilà : L’Élève Ducobu a rassemblé presque 1,5 millions de spectateurs, et à l’image du Petit Nicolas, le coup des vacances faciles s’imposait, et avec de nouveau le million au compteur, il n’y pas de raisons de s’en priver.

Pour ce second film donc, Ducobu va avoir le droit à ses vacances d’été à la plage. Souhaitant passer du temps et peut être charmer la mère de Léonie Gratin, le père de Ducobu (Pierre-François Martin-Laval) va choisir de partir lui aussi en vacances d’été au soleil dans un camping au bord de l’eau. Hasard des choses, le professeur Latouche (Elie Semoun) sera lui aussi présent au camping, accompagné par sa nouvelle fiancée Mademoiselle Rateau (Joséphine de Meaux). Mais leur amour risque de ne pas durer face à la concurrence d’un ancien amant de Mme Rateau, aujourd’hui animateur au club Mickey : Esteban (Bruno Salomone). Des vacances placées sous le signe de l’amour, sauf pour Dubocu, fasciné par un trésor pirate.

Quand on part sur des bases aussi irrespectueuses, les à priori sont nombreux, et d’autant plus à l’annonce du projet. Toute la famille Ducobu qui change de casting, et le nouvel ambassadeur des cancres est encore moins ressemblant à l’original. Mais ce n’était visiblement pas assez, car le premier film est un véritable chef d’œuvre à côté de cette suite débile à souhait. Non, arrêtez de croire qu’un film orienté pour les enfants doit faire rire avec des « prout » et que l’histoire plus c’est navrant mieux ça passe ! Il suffit ! Pourtant amusant dans le premier film, Latouche devient ici caricatural au possible, surjoué à l’extrême, comme tous les autres d’ailleurs, et l’histoire, déjà pas brillante initialement, tient désormais à l’escroquerie pure et dure. Aberrant et minable, scatophile et gnangnan. Des personnages insupportables, une histoire risible : la messe est dite, le film est une honte comme on en voit rarement.

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Final Fantasy III

Final Fantasy III
2007
Nintendo DS

De même que pour le remake de Final Fantasy IV sur la portable de Nintendo, cette nouvelle version du classique de Square Enix est arrivée 17 ans après l’originale, mais qui n’était sortie sur Nintendo qu’exclusivement au Japon, et il aura fallut attendre le septième opus pour voir la saga atterrir en France. Premier véritable remake de la franchise, le jeu était porteur de beaucoup d’espoir et s’est inscrit comme l’un des plus gros cartons de la firme sur la console. Dommage qu’après les résultats mitigés de la suite l’aventure se soit arrêtée, car contrairement au cinéma, une remise au goût du jour a parfois du bon pour les jeux-vidéos, même si d’aucuns argueront que l’innovation est plus méritante.

Graphismes : 16/20

Techniquement pas au top, le jeu souffre bien évidement des limitations physiques de la console, mais peu de jeux peuvent se targuer d’afficher une 3D aussi propre. FFIV avait par la suite bien sûr amélioré le moteur créé ici, mais à défaut d’une direction artistique plus inspirée, ce jeu propose un contenu plus en adéquation avec les capacités de la DS. Préférant l’harmonie et la finesse plutôt que la démesure, le jeu se contente de décors sobres, colorés, chaleureux, et les personnages affichent un style peu détaillé en alias-shading mais qui a le mérite d’éviter les amas de pixels. Point d’attaques dévastatrices ni d’ennemis impressionnants, pas de surcharge à l’écran et pour économiser les moyens, un seul des deux écrans fonctionne durant les combats et les explorations intérieur. Le résultat est donc très loin d’impressionner mais on gagne en netteté, le jeu est très fluide et compte tout de même parmi les plus probant en terme de 3D.

Jouabilité : 15/20

Comme c’était le cas dans les trois premiers Final Fantasy, le jeu repose sur un système de Jobs, reprenant les classes « classiques » du RPG : moine, mage noir / blanc, guerrier, invocateur, et bien d’autres variantes faisant office d’évolution, les quatre différents niveaux de lots se débloquant au fur et à mesure de l’avancement. Une bonne et une mauvaise idée : si cela permet une diversité de système de jeu agréable et une liberté totale de stratégie, les personnages perdent leur personnalité, certains jobs se révèlent inutiles, et d’autres sont tout simplement immondes. De plus, le problème des mages noirs, invocateurs et tout ce qui relève de la magie subit le problème classique de tous les RPG au monde : si les premières attaques sont d’un avantage certains, leurs puissances n’évoluent que peu et ce genre de classes devient très vite un boulet joyeusement éjecté. D’autres problèmes de réglages viennent aussi un peu gâcher l’expérience de jeu : les dégâts. Les marchands étant à la fois une denrée rare et leur produits étant quasi systématiquement inadaptés à nos classes, les dégâts encaissés sont souvent au delà des trois quarts des PV en cas d’attaque magique, et cela pour une bonne raison : la courbe de gain de PV par niveaux est presque exponentielle, obligeant à faire d’intenses phases de level up pour espérer résister aux attaques, amenant à un autre problème, celui des PV des adversaires. Trop peu nombreux face à des monstres de guerriers arrivant rapidement aux 9999 de dégâts, les plus gros boss ne résisteront pas à tellement plus que deux tours, sauf le boss final, relativement corsé. Un équilibrage douteux donc, mais globalement cela reste très efficace et agréable, d’autant que les combats sont très dynamiques (enfin pour du tour par tour).

Durée de vie : 16/20

Deux mondes et leurs fond marin à explorer, des donjons cachés et des jobs à pratiquer : le jeu étant très complet, le temps de jeu peu être très variable. Pour un expert tactique ne perdant pas de temps en hésitant sur les jobs et ne cherchant pas spécialement à accomplir les certes rares quêtes annexes, on pourra compter sur une quinzaine d’heures de jeu. Mais pour peu qu’on se prête au jeu des jobs et qu’on perde un peu de temps à chercher des secrets dans chaque recoin, ce score peut être doublé. Un bon compromis pour les acharnés du 100% et les amateur souhaitant juste tracer l’histoire, même si l’intérêt du jeu n’est heureusement pas là.

Bande son : 17/20

Nobuo Uematsu : tout est dit. Véritable légende du milieu, le grand maître avait déjà œuvré sur le jeu original, et son travail est une fois de plus remarquable. Plus ou moins grandiose d’un Final Fantasy à l’autre, prodigieux sur Chrono Trigger, il signe une très bonne bande son, globalement très sympathique mais qui possède surtout deux morceaux particulièrement savoureux : celui du palais de cristal et aussi celui du Forbidden Land, écoutable ici.

Scénario : 4/20

Quatre orphelins ont été sauvé il y a une vingtaine d’années de l’engloutissement de leur monde par les ténèbres : Luneth, Arc, Refia et Ingus. Condamné à mort par son propre maître, le magicien Xande est bien décidé à détruire le reste du monde avec lui, mais les cristaux de lumière se sont réveillés et ont choisit les quatre orphelins pour porter la lumière jusqu’au monde oublié et sauver l’univers du néant. Un big-crunch imminent, à moins que nos quatre héros n’arrivent à stopper le nuage des ténèbres. Une avalanche de clichés, des personnages insipides et des explications hasardeuses : assurément une mauvaise idée ou du moins passablement bâclée.

Note Globale : 14/20

Sorti à l’époque eh plein balbutiements des RPG, le jeu n’avait pas d’histoire bien étoffée faute de possibilité de mise en scène, et ce remake échoue lamentablement à la faire exister. Même pas au statut d’ébauche, elle ressemble plus à une auto-parodie. Heureusement, le jeu ne mise pas que sur cet unique point. Possédant tout de même une bonne ambiance, le jeu repose aussi sur des graphismes agréables, et sa jouabilité offre une multitude d’expériences de jeu louable. Une vingtaine de classes et tout autant de stratégies : il n’aurait manqué qu’un petit centre d’entrainement ou un autre mode de jeu pour obtenir un intérêt quasi illimité. Loin d’être parfait, les système de jeu offrent néanmoins une expérience motivante qui permet de nous tenir en haleine tout le long de l’histoire, à défaut d’être passionné par cette dernière. Le remake rempli donc parfaitement son rôle : nulle austérité à l’horizon et une expérience originale. De toute façons il s’agissait d’un des plus mauvais jeu de la saga, mais le résultat n’en est que plus louable.

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Kill Bobby Z

Kill Bobby Z
2008
John Herzfeld

Après des débuts compliqués, l’acteur américain Paul Walker avait enfin réussi à sortir de l’anonymat avec la saga Fast & Furious, mais depuis, sauf quelques rares exceptions, la plupart de ses films se sont cantonné au genre action. Et comme cela lui arrivait trop souvent, ses rôles furent dans des sous-productions de série B même pas diffusées au cinéma, et celui-ci mit tout de même trois ans pour débarquer en France. Un homme charismatique et sympathique, mais que reste t-il vraiment après sa mort ? Une chose est sûre, ça n’est pas avec ce genre de films que les générations futures se rappelleront de lui…

Dans le milieu des réseaux mafieux, Bobby Z est une légende. Parti de rien, il a monté tout un empire de la drogue sans jamais se mouiller, à tel point que presque personne ne l’a vu pour de vrai. Mais seulement voilà, en fuite en Jamaïque, il aurait contracté une terrible maladie locale et serait mort d’une crise cardiaque. La police, censée échanger Bobby Z contre un de leurs membres retenu prisonnier par un cartel mexicain, a donc eu l’idée d’utiliser une doublure, un sosie : Tim Kearney (Paul Walker), truand qui vient tout juste de signer son arrêt de mort en assassinant en prison un chef de gang. Seulement l’échange ne se passa pas exactement comme prévu lorsque l’agent Tad (Laurence Fishburne) ouvrit le feu sur l’assistance, même sur ses collègues. Un coup monté qui dépasse complètement Tim, mais il trouvera heureusement du soutien sur place : Elisabeth (Olivia Wilde), une ex de Bobby.

Qui dit sosie dit problème de taille : différence de gestuelle, comportementale et vocale. Le principe que presque personne ne connaisse Bobby Z donnait néanmoins un avantage sérieux à ce niveau là, mais avec la présence de proches, le voile tombe, sans quoi c’est la cohérence qui en paye le prix. Un virage bien négocié, mais le reste du scénario ne suit pas. L’infiltration est réussie, mais un peu plus tard, lors de l’évasion, la confusion et la bêtise se relayent pour un résultat très bancal. Une course poursuite ridicule, de la fusillade ahurissante tant les tireurs sont trisomiques, de la chance insolente : le film commence à nous laisser froid. Ça n’est pas la piètre tentative de relation père-fils ou les pseudos plans pour s’en sortir qui remonteront le niveau : le film restera jusqu’à la fin brouillon et passablement cheap. Les acteurs ne sont pas très bons, la réalisation est mauvaise, le scénario anémique et les scènes d’actions sont tout juste passables. Heureusement qu’on peut compter sur la sympathie du héros et que l’ambiance générale du film soit détendue, évitant ainsi un ennui trop prononcé, mais il s’agit clairement d’un film de série B pas très passionnant.

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Personal Effects

Personal Effects
2009
David Hollander

Adapté d’un roman de Rick Moody, le film a bien tenté sa chance dans de nombreux festivals, mais l’essai n’étant pas concluant, il fut privé de sortie en salles. Et pourquoi en aurait-il été autrement quand on maîtrise aussi mal son sujet. Le film part en effet sur un thème délicat, et son traitement ne sera pas à la hauteur.

Deux vies brisées, deux destins croisés. Walter (Ashton Kutcher) n’est plus le même homme depuis que sa sœur est morte. Violée, molestée puis incendiée, elle a connue une fin des plus atroces, et Walter enrage de voir son meurtrier, certes trisomique, traité comme une pauvre victime de son état mental. L’issue du procès est incertaine et constater qu’il semble être le seul concerné le rend malade. De longues journées au tribunal en attente du verdicte, lui donnant l’occasion de rencontrer une personne : Linda (Michelle Pfeiffer), une veuve dont le mari a été descendu par un « ami ». Ils ont une vingtaine d’années d’écart, mais le malheur rapproche et ensemble ils vont tenter de surmonter leurs deuils.

Face au désespoir il n’y a que deux solutions : passer outre ou se lamenter. Clairement le film a choisit la deuxième option, mais ça aurait pu marcher. Le drame humain, la dépression, le réconfort : le film avait quelques bonnes pistes, et la romance cougar marche d’ailleurs très bien. Difficile d’imaginer à quoi aurait ressemblé le film sans Michelle Pfeiffer tant sa présence est l’unique intérêt du film. Il faut bien dire que de tous les autres acteurs, les seuls occupant le devant de la scène sont le fils sourd, une mauvaise idée tant le manque de communication est lassant, et l’exécrable Ashton Kutcher, souvent mauvais dans la plupart de ses films mais atteignant ici un niveau d’inexpression préjudiciable. Mais le plus décevant dans ce film est bien sûr son histoire, très longue à se mettre en place pour au final ne quasiment pas évoluer. On s’ennui ferme tout du long, attendant en vain une prise de conscience. La fin tentera un léger bousculement, mais ça ne représente pas un grand intérêt. Rien à faire, c’est passablement vide.

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Les Garçons et Guillaume, à table !

Les Garçons et Guillaume, à table !
2013
Guillaume Gallienne

En voilà une surprise de taille : alors que la bande-annonce laissait entendre une sombre bouse sur un homosexuel refoulé, le film a attiré pas loin de trois millions de spectateurs, sans compter bien sûr la razzia qu’il a fait aux derniers Césars. Meilleur montage, meilleure adaptation, meilleure première œuvre, meilleur acteur et meilleur film. Cinq prix dont le plus important de tous. Mais comment est-possible ? La bande-annonce est-elle à ce point préjudiciable au film ? Sans parler d’excellence, il faut bien avouer que le film n’est pas dénué de qualités.

Adapté de la pièce de théâtre de Guillaume Gallienne retraçant sa propre vie, le film mélange habilement des extraits de la pièce avec les flash-back correspondants. De son voyage en Espagne jusqu’à la fin de scolarisation en Angleterre en passant par un internat pour garçons, Guillaume nous raconte son parcours initiatique à la recherche de lui-même, perdu entre son amour mimétique pour les femmes, spécialement sa mère, et son entourage voyant en lui une tarlouze finie. Jouer les filles est pour lui une occupation divine, mais peu enclin à la sexualité, il se laissera peu à peu convaincre de son homosexualité par ses proche, n’ayant aucune opinion personnelle. Piégé dans une situation qui l’amuse, il n’en reste pas moins blessé par le rejet quasi général qu’il subit.

Le premier des prix au moins partiellement mérité qui saute aux yeux est le montage. Le point de vu narratif du film n’est pas mauvais puisqu’il propose de vivre toute une succession d’événements dans un ordre chronologique et montré au présent, tout en le racontant avec un point de vu omniscient, puisque dit par Guillaume des années plus tard sur une scène. La réalisation est elle aussi plutôt bonne, elle avait d’ailleurs été nominée, les couleurs ressortant de façon surréaliste, soulignant ainsi la vision décalée de son héros. Un héros particulièrement bien interprété, et encore heureux puisqu’il ne s’agit pas d’un rôle de composition mais d’une auto-représentation. Le prix décerné n’est alors pas forcément judicieux, mais on lui accorde de bon cœur. Côté histoire, c’est là que les pires craintes résidaient, mais cela va s’avérer être une bonne surprise. Loin de la caricature homosexuelle que d’aucun suspectaient, le film dresse le portrait d’un « homme » simplement différent, dont le comportement relève plus de l’autisme ou de la schizophrénie, et on assiste à quelque chose d’assez psychologique. De là à parler de meilleur film de l’année, il ne faut pas non plus abuser. L’œuvre est singulière et touchante de par son ton personnel, drôle par moments et plus solennel à l’occasion, aboutissant à un film réussi, mais pas autant que ses prix pourraient laisser croire.

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Evasion

Evasion
2013
Mikael Hafstrom

Les temps sont décidément très dur pour les actionners des années 80. Après avoir signé chacun de leur côté des bides colossaux avec les pourtant pas mauvais Du blond dans la tête et Le Dernier rempart, les mythiques Stallone et Schwarzenegger se sont encore viandé ensemble avec un désamour total aux Etats-Unis : 25 M$ de recettes pour un budget de 70 M$. Heureusement, le marché en plein essor qu’est la Chine a sauvé les meubles en récoltant plus de 40 M$ pour un total mondial déjà plus respectable de 137 M$. Un film qui divise aussi en France où l’écart entre les notes presses et spectateurs comptent parmi les plus disproportionnés de l’histoire.

Certains ont des prédispositions pour la musique, la peinture, les sciences. Lui, c’est l’évasion. Ray Breslin (Sylvester Stallone) a un métier un peu spécial : il est payé pour tester les systèmes de sécurité des prisons. En gros, il se fait passé pour un prisonnier sans que personne ne soit au courant, analyse les lieux, les comportements des gens, puis élabore un plan d’évasion. Une méthode jusque là infaillible et aucune prison au monde n’a réussi à le contenir. Conscient du problème, le gouvernement l’a alors contacté pour tester une toute nouvelle prison expérimentale. Avide de défis, il accepta, mais son incarcération ne se passa pas comme prévu : ni lui ni personne ne sait où il se trouve, le directeur de la prison n’est pas celui annoncé et son code d’évacuation est refusé. Il semblerait que sa sortie ne soit pas au programme… Piégé dans la prison la plus perfectionnée au monde, une main se tendra néanmoins vers lui : Emil Rottmayer (Arnold Schwarzenegger).

Les prisons sont souvent le théâtre de grands films, et celui-ci n’y fera pas exception. S’échapper d’une prison, c’est classe, le faire plusieurs fois, c’est magistral. Pour la petite scène d’introduction, on rentre directe dans le bain avec une évasion minutieuse et particulièrement élaborée, de quoi se réjouir pour la suite. Et avec le must du must de la cellule, on espère un haut degré de complexité pour une évasion mémorable. Elle le sera, oui, mais pas en finesse. Quelques idées géniales émergeront de cette histoire, mais on restera globalement dans un style bourrin à la Expendables. Une bonne chose assurément, mais certains passages pouvaient laisser espérer un travail plus intellectuel, mais qu’importe. Une rencontre au sommet entre deux légendes (trois en comptant Sam Neill) au service d’une histoire non dénuée de quelques fulgurances (un coéquipier musulman héroïque à Hollywood, c’est une preuve d’ouverture remarquable) et qui arrive à proposer plus qu’un simple film de gros dur. Le dédain de la presse est un scandale préjudiciable qui dénote d’un snobisme alarmant.

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Une vie meilleure

Une vie meilleure
2012
Cédric Kahn

Dans la vie il y a des rêveurs, des impulsifs, des flambeurs, des immatures et des inconscients. La trentaine bien tassée, Yann (Guillaume Canet) cumule toutes ces tares : il n’a toujours pas de chez lui, est chômeur et s’apprête à faire la pire connerie de sa vie. Fraîchement en couple avec une serveuse – Nadia (Leila Bekhti) – à la carrière toute aussi terne, il lui prendra une folie : acheter un chalet en bord de rivière pour y fonder un restaurant. Sans un sou en poche, il décide de s’endetter jusqu’à perpète pour ce rêve irréaliste, obtenant son prêt en truandant : il utilisera des crédits revolving en tant qu’apport, le plaçant instantanément en position de surendettement sévère. Voulant aussi truander à l’inspection pour réduire sa note de travaux, il omettra quelques mises aux normes, aboutissant bien évidemment à une interdiction d’ouvrir. Voulant fuir cette situation sans issue, Nadia partira au Canada, laissant son fils à Yann pour quelques temps. Mais au bout de quelques semaines, les nouvelles cessèrent et Yann et son beau-fils se retrouvèrent seuls dans une misère totale.

« Une vie meilleure », mais quel humour ! Le film n’est qu’une vertigineuse chute en enfer, aussi méritée qu’inévitable. Un restaurant, c’est bien sympa, mais savoir cuisiner ne fait pas tout. Acheter un établissement où tout est à refaire, ça ressemble déjà à un suicide, mais quand les mots « crédit revolving » furent prononcés, leurs destins furent scellés. Mais il ne s’agit que d’un début : la suite n’en sera pas moins douloureuse. Débile de bout en bout, le personnage de Yann enchaînera les idées néfastes et inconsidérées et n’a de cesse que de tendre le bâton pour se faire battre. La foire au poulet, tout simplement. Au milieu de ça, une mère désabusée trop confiante en son amant et un sale mioche méchamment autiste. Bilan ? Un drame humain poignant et très bien interprété. Malheureusement, les personnages sont insupportables et l’histoire passablement stupide et horripilante. Beaucoup de professionnalisme donc, mais pour un intérêt limité.

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Les Fils de l’homme

Les Fils de l’homme
2006
Alfonso Cuarón

Il avait certes déjà fait ses preuves avec son magnifique La Petite princesse, mais en jouant dans la cours des grands avec un blockbuster d’envergure : Harry Potter 3, Alfonso Cuarón s’est offert une notoriété. Aujourd’hui fièrement propulsé par un Oscar du meilleur réalisateur, sa première tentative dans l’univers de la SF ne s’est pas très bien passée. D’une ambition un peu démesurée par rapport à la diffusion qu’il a obtenu, il n’ a réuni que 70 des 76 M$ nécessaires à couvrir le budget brut du film, donc sans compter les divers frais de marketing.

L’action du film se déroule en 2027, alors que le monde est en émoi : il vient de perdre son plus jeune habitant, il avait tout juste 18 ans. En effet, pour des raisons inconnues, les femmes du monde entier sont toutes devenues en quelques années stériles, et une terrible épidémie avait décimé les plus jeunes enfants. Une situation dramatique annonciatrice d’une fin du monde imminente, à un point si inquiétant que le peuple n’y croit même plus et que le chaos règne. Plus rien ne semble pouvoir les raisonner, et seule demeure protégée de la folie ambiante la ville de Londres. C’est alors que l’impensable se produisit : une grossesse. Fait tenu secret par un groupe révolutionnaire, sa chef (Julianne Moore) fera appel à son ancien mari, Théo (Clive Owen), pour assurer la protection et le transport de la mère jusqu’à un sanctuaire.

Voilà ce qu’on appelle un magnifique cas d’école sur les séparations entre forme et fond. Tout d’abord, parlons du réalisme. Le film possède une réalisation impressionnante qui mêle la caméra embarquée avec des techniques plus classiques pour une vision très personnelle de l’histoire, nous impliquant avec des plans intelligents comme lors de l’attaque à la voiture bélier. Les images sont saisissantes, les décors en ruines bluffant et on croit aisément à l’univers dépeint tant il est vivant et palpable. Mieux encore, les acteurs (citons au passage Michael Caine et Chiwetel Ejiofor) sont excellents et donnent une vraie force au film. Sur la forme donc, le film est tout simplement incroyable, mais ça ne fait pas tout. Point de départ crucial du film, son histoire laisse perplexe : alors que l’augmentation de la stérilisation ne se fait sentir que chez les hommes, le film part du principe que, sans la moindre explication, les femmes sont l’unique problème au phénomène. De même, le film n’explique rien sur la mort des nourrissons (premier signe de dégénérescence) ni même sur la situation critique qui a obligé une loi martiale dans le monde. Pourquoi au lieu d’attendre calmement une solution au problème les gens se sont-ils rebellé contre une autorité, d’ailleurs pas bien établie, et dans quel but ? Le cheminement de l’histoire s’en retrouve donc confus entre les objectifs mystérieux de chacun. Plus grave encore, le film se paye le luxe de souffrir d’une lenteur le rendant terriblement ennuyeux par moment. Alors même que l’idée de départ semblait excellente et que le résultat paraissait quasi parfait, cette œuvre n’est finalement que poudre aux yeux qui s’efface à la seconde même où on se posera des questions, et Dieu sait que le film nous en laisse le temps…

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Quai d’Orsay

Quai d’Orsay
2013
Bertrand Tavernier

S’il n’est pas rare de voir des bandes-dessinées titiller les politiques, en voir une centrée sur ce milieu est déjà moins commun, attisant la curiosité du réalisateur Bertrand Tavernier, malheureusement pas bien brillant dans sa filmographie. Froidement déconseillé par un proche et encensé par un article du Figaro, ni une ni deux mon opinion était déjà établie : un calvaire annoncé. Mais que sait-je, la curiosité ? L’envie d’alerter mes chers lecteurs sur un ennui profond ?

C’est encore lui, il est partout : Raphaël Personnaz (Arthur) nous invite à visiter l’envers de la politique au sein même d’un haut lieu de pouvoir, le Quai d’Orsay. Convoqué par le premier ministre Villepin Taillard (Thierry Lhermitte), ce dernier souhaiterait faire de lui son attaché au langage : celui qui écrit chaque discours qu’il prononce. C’est la panique en ce moment au gouvernement entre un accord tendu avec l’Allemagne, la guerre en Palestine, les essais nucléaires en Corée, et surtout une menace qui pèse sur le Louzemenistan (un pays musulman fictif en proie aux violences). Un honneur de faire parti des hautes sphères du pouvoir ? Aux vus de ses conditions de travail, ça n’est pas si sûr…

C’est à peine croyable : le film est désespérant. Difficile de choisir par quoi commencer tant tout est catastrophique. Qui est cet Arthur ? D’où sort t-il, pourquoi est-il censé être exceptionnel ? Pourquoi le garder quand son travail est constamment dénigré ? Pourquoi semble t-il être insensible aux remarques et surtout pourquoi est-ce une pareille lavette ? Pourquoi Julie Gayet a t-elle été nominée aux Césars alors qu’on ne la voit presque pas ? Et plus grave encore, pourquoi Niels Arestrup a t-il reçu un César alors même qu’il ne semble plus être capable de rester éveillé ? C’est bien simple : tous les acteurs sans exception sont mauvais, voir insupportables comme Lhermitte dont la série sur TF1 semble l’avoir achevé. Autre problème majeur : le rythme, bien que cela soit aussi dû à l’histoire, autre point néfaste. Tout le film consiste en un immense foutoir où chacun gueule pour dire à quel point les discours sont lamentables. Bon déjà, pourquoi ne pas le virer bordel ?! Et puis, un film entier sur des débats d’ego, c’est lourd. Comme prévu, c’est donc très ennuyeux, mais il y avait probablement possibilité de s’en tirer à bon compte avec par exemple une cohérence entre la nervosité des propos et celle des gens, ici de simples légumes amorphes.

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Le Club des Cinq

Le Club des Cinq
2012
Mike Marzuk

Grand classique de la littérature qui aura marqué bien des générations avec ses bibliothèques roses, la saga policière aura connu 21 ouvrages sous la plume de Enid Blyton entre 1942 et 63, avant d’être reprise après sa mort par Claude Voilier, écrivant quant à lui 24 tomes supplémentaires. Très populaires, ces histoires n’avaient pourtant jusqu’alors jamais été adaptées au cinéma, chose faite maintenant grâce à nos amis allemands. Appelée de par chez eux Fünf Freunde, cette saga cinématographique fait recette, augmentant de films en films avec pour le troisième volet la barre des 10 M$ de franchie, et nuls doutes qu’un quatrième est déjà sur les railles. Et c’est avec deux ans de retard que la France découvre enfin ce premier film, il était temps !

Ça n’était pas gagné au départ, mais l’adversité rassemble ! En vacances chez leur oncle, François, Michel et Annie ont d’abord reçu un accueil assez froid de la part de leur cousine Claude, initialement prénommée Claudine (Valeria Eisenbart) mais elle rejette ce nom trop féminin. Elle est solitaire, casse-cou et garçon manqué, et dans la vie seuls l’aventure, son chien Dagobert et son père l’intéressent. En sauvant son chien d’un piège de braconnier, ses cousins /cousine vont attiser sa sympathie, en démasquant un complot contre son père, ils vont devenir ses amis. Tous les quatre et leur fidèle Dagobert vont alors mener l’enquête pour confronter ceux qui en veulent aux travaux de son père.

Des enfants en quête d’aventure, c’est aussi vieux que le cinéma, et depuis Les Goonies, ce genre de productions se sont multipliées, même si aujourd’hui il semblerait que cette mode ne concerne plus que les pays de l’Est, comme la saga danoise Tempelriddernes skat (Le secret des Templiers). C’est généralement très mauvais et passablement débile, mais par moments ça détend, ça rappelle aux joies insouciantes de la jeunesse. Entre les deux, cette « Deutsche Produktion » offre son lot de dépaysement : sa mascotte canine, bien que trop aboyeuse, est attendrissante, les décors sont chaleureux, et la jeune Claude est un vrai bon personnage, très marqué et au fort potentiel évolutif. Mais en dehors de ça, l’enquête est cabotine, maladroite, invraisemblable et trop rocambolesque. Personne ne semble réfléchir et les coïncidences sont légions : une véritable aberration. C’est donc passablement gamin et exagératif, mais c’est aussi particulièrement reposant et qu’importe la qualité tant que l’œil pétille.

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