My Best Men

My Best Men
2012
Stephan Elliott

Quoi de mieux qu’une bonne comédie déjantée pour se détendre ? En plus, le film étant anglais, son humour spécial le rend d’autant plus prometteur. Malheureusement, les cinémas le diffusant étant peu nombreux, son visionnage fut reporté, et il aurait mieux valut que cela reste ainsi. Parfois, il faut savoir être attentif aux appels du destin…

Le film avait pourtant un programme réjouissant : David, un anglais, rencontra une magnifique femme lors de son voyage en Australie, et l’osmose fut telle qu’il décida de l’épouser d’emblée. Pour ses amis, il s’agit clairement d’une énorme erreur. Mais advienne que pourra, retour au pays des kangourous pour festoyer et encourager les mariés ! Mais tout va très vite déraper lors de la soirée d’enterrement de vie de jeune garçon. Entre de l’alcool qui coule à flot, de la drogue en grosse quantité, des objets de sadomasochisme et le bélier du beau-père, la soirée va avoir de terribles répercutions sur la cérémonie du mariage.

Bon bah voilà un chouette programme : une bande de potes qui se mettent minables et qui massacrent le mariage. En gros un immense délire à mi-chemin entre Very Bad Trip et American Pie : marions-les !, mais la comparaison s’arrêtera là. Le film n’aura pas la folie du premier, et s’avérera encore plus gras et vulgaire que le second. C’est bien simple, il ne s’écoule pas une minute sans qu’un convive prononce un mot désignant un organe génital ou son utilisation graveleuse. L’humour scatophile y passe aussi, allant de l’indigeste au vomitif. À Côté de ça, c’est presque surnaturel : presque aucune blague ne passe. Tout est tellement lourd et gratuit qu’on ne peux que le rejeter en bloc, et ce du début à la fin. Le summum du navrant est sans contestes la fin, au bord de la falaise au soleil couchant, balançant carrément l’un des protagonistes dans l’indifférence la plus totale. Sans doutes qu’eux non plus ne croyaient pas en leur film. Une honte, une ignominie.

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Starbuck

Starbuck
2012
Ken Scott

Petit succès canadien, le film y aura rapporté 3M$, et aura surtout remporté de nombreux prix lors des festivals. Et malgré la barrière de l’accent, le film fut encore plus populaire en France, avec moitié plus de spectateurs. Pour son histoire, primée à plusieurs reprises, l’inspiration vient des problèmes de législations sur les donneurs de sperme au Canada, et faisant au passage un clin d’œil à Starbuck, un taureau dont la qualité des gènes aura révolutionner le milieu de l’insémination. Et si un homme se démarquait de la sorte ?

Voulant offrir à sa famille un voyage à Venise, David Wozniak (Patrick Huard) va durant deux ans donner quotidiennement sa semence à une agence d’insémination, pensant juste au beau cadeau pour lequel il s’investissait. Des années plus tard, à 42 ans, alors qu’il s’apprête à être père, son passé de Starbuck, le donneur inconnu, va refaire surface. Ses multiples dons ont largement contribué, et il est aujourd’hui père de 533 enfants, et 142 d’entre eux se sont rassemblés pour établir un comité et connaître leur géniteur. Protégé par son anonymat, il décide tout de même de partir à la rencontre de ses enfants, éprouvant une immense satisfaction à devenir leur ange gardien.

Qui dit film québécois dit accent terrible et faussé énorme en terme de langage. Difficile de ne pas se sentir perdu et déstabilisé face à leurs expressions reprenant de l’anglais, et surtout cette prononciation si différente que de par chez nous. Mais bizarrement, tout semble presque calculé à la minute près pour que cette étrangeté renforce le film. Dans la première partie du film, qui prend l’histoire d’un point de vu comique, cette singularité accentue le décalage de l’histoire et la rend encore plus drôle. Puis à force, on s’y habitue, pile au moment où le film prend une tournure plus dramatique, où notre Starbuck fait le choix de donner un sens à sa vie en en donnant un à celle de ses enfants, les aidant du mieux qu’il peut. Parmi eux, on trouvera les clichés classiques du jeune adulte entre le gothique, l’acteur, le chanteur de rue, le pédé, ou encore la junkie. Le film trouve dans cet angle de père bienveillant une grande profondeur et une très belle sincérité, d’autant plus grande de par la sympathie du personnage et le talent de son interprète. Peu banale, cette histoire mêle beaux sentiments et drame humain avec une efficacité poétique qui nous inonde de joie et d’espoir. Preuve s’il en fallait que l’émotion n’a pas de frontière, et que l’amour est universel. Merci le Canada !

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To Rome with Love

To Rome with Love
2012
Woody Allen

Continuant son tour des capitales européennes, Woody Allen s’attaque ici à l’Italie, posant ses caméras à Rome. Malheureusement, alors qu’il écrivait de temps à autre un scénario, il retombe ici dans ses travers de films-chorales, racontant un panel d’histoires, mais dont le seul lien sera la ville, leurs destins ne se croiseront même pas.

Au programme, des amourettes, des rencontres, un casting de rêve, et surtout beaucoup de bizarreries. L’une des histoires les plus ambiguë est celle de Jack (Jesse Eisenberg), architecte. Soit son histoire est un souvenir de John (Alec Baldwin), racontant sa rencontre avec l’ensorcelante Monica (Ellen Page) alors qu’il sortait avec Sally (Greta Gerwig), soit John n’est que le subconscient de Jack. Les autres histoires tournent elles aussi autour du fantasme : un homme banal (Roberto Benigni) s’imagine poursuivit par des paparazzis, un retraité (Woody Allen) délire sur une carrière de chanteur d’opéra sous douche pour le père de son beau-fils, ou encore un jeune homme coincé qui voit une prostituée à se damner (Penelope Cruz) s’offrir à lui.

Rajoutant toujours sa touche colorée à des histoires vivaces, le réalisateur nous livre un film plus mielleux que jamais. Ne nous présentant que des gens heureux au quotidien tranquille et apaisant, et leur amenant en plus sur un plateau leurs plus grands fantasmes, il tombe dans la surenchère et l’outrance, donnant une impression de facilité et d’ennui. Mais le plus gros problème, c’est la présentation de l’histoire et les choix de casting. Tout est confus, brouillon, sans la moindre césure, nous perdant constamment. Est-ce une illusion, un rêve, ou est-ce une réalité improbable et complètement folle ? Et c’est là le problème : on ne sait jamais et la fin n’y répond pas plus. Autre constat douloureux, celui des acteurs. S’il est évident que Woody Allen n’a rien à faire devant la caméra, et il le prouve à nouveau, le choix d’Ellen Page en beauté fatale est douteux, et celui étant supposé être un sexe-symbole du cinéma italien est à mourir de rire : gros, chauve, le nez en patate, les oreilles en choux et le menton fuyant. Un éleveur de porc en somme. Et puis il faut bien dire que même si les histoire sont assez intéressantes, les coups du « moi superstar » et « meilleur chanteur sous la douche » sont très limites. Déjà pas bien inspiré avec Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu, il nous livre ici un film encore plus léger et inconsistant, finissant même par lasser.

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Le Village

Le Village
2004
M. Night Shyamalan

Film mystérieux, il avait connu une campagne de pub de grande qualité, en perdant complètement le spectateur sur la nature même du film. Est-ce une histoire de bois hantés ? De monstres mystiques ? D’Amish ? Il faut dire qu’à l’époque M. Night Shyamalan était encore en odeur de sainteté, malgré l’accident d’Incassable. Après tout, son dernier film parlant d’extraterrestres, on pouvait s’attendre à tout.

Le film nous propose donc de découvrir un village un peu spécial. Il y a de longues années, un groupe de personnes (dont William Hurt, maire du village, Brendan Gleeson et Sigourney Weaver) ayant perdu un être cher assassiné froidement se sont rassemblées, et ont décidé de quitter à tout jamais les villes, terres de désolation et de barbarisme. Ils vivent désormais dans leur petite communauté en autarcie, paisibles. Mais leur village vie dans une crainte constante : la forêt qui les entoure est habité par des créatures malfaisantes. Néanmoins, un accord a été passé : s’ils ne profanent pas leur forêt, ils n’entreront pas dans leur village. Une situation qui les coupent aussi du monde extérieur, les privant notamment d’aide médicale. Voulant aider, Lucius Hunt (Joaquin Phoenix) souhaiterait partir quérir des médicaments, mais les lois sont claires : la ligne ne doit jamais être franchie. Nourrissant un amour grandissant pour Ivy (Bryce Dallas Howard), il s’attirera malheureusement les foudres de Noah (Adrien Brody), lui aussi éprit d’elle, qui par sa démence l’attaquera violemment. Traverser la ligne va alors devenir primordial pour le sauver.

Le film possède immédiatement une ambiance très personnelle entre cette petite communauté énigmatique, ses codes, et surtout cette forêt terrifiante qui abriterait les pires démons. On y retrouve une dichotomie du bien et du mal, symbolisée par un code de couleurs : les créatures sont attirées par le rouge, et le jaune protège les villageois. Si on retrouve aussi certains codes chrétiens intégristes ou amish, la principale religion tourne autour de « ceux dont on ne doit pas en parler » (les créatures des bois). Alliant un style visuel pesant et froid à une musique belle et angoissante, l’ambiance du film est particulièrement réussie. Les personnages sont eux aussi très bons entre un maire charismatique, une aveugle envoûtante, un grand naïf attendrissant, et un psychopathe qu’on voit tour à tour comme innocent puis dangereux. Leurs interprétations les rendent encore meilleurs. Pour ce qui est de l’histoire en elle même, elle reste assez sommaire, malgré quelques bonnes idées disséminées, mais donnant lieu à une fin plutôt inattendue et intéressante. Une petite faiblesse scénaristique qui n’empêche pas le film d’être très bon, reposant sur un suspense pesant et une ambiance parfaitement retranscrite.

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Mars Attacks!

Mars Attacks!
1997
Tim Burton

Déjà très populaire à l’époque, peut être même plus qu’aujourd’hui, Tim Burton a prolongé son trip parodique d’Ed Wood avec cette fois ci une sorte d’invasion extraterrestre en mode invraisemblable et délirante. Un choix qui aura beaucoup divisé, et le film aura marqué le second ratage consécutif du réalisateur, récoltant tout juste 101M$ pour un budget de 70M$, malgré un casting de taille : Jack Nicholson, Glenn Close, Pierce Brosnan, Annette Bening, Natalie Portman, Danny DeVito, Sarah Jessica Parker, Michael J. Fox ou encore Jack Black.

Pour ce qui est de l’histoire, ça restera assez sommaire : les extraterrestres viennent de Mars en soucoupe-volante. D’apparence pacifiques, ils vont se montrer hostiles lors du premier contact, tuant tout le monde sur leur passage. Erreur de communication ? Non, le rendez-vous de réconciliation connu le même sort : une boucherie. Incrédules, les forces assistent impuissantes à l’invasion. Ils sont simplement venu pour s’amuser à nous tuer.

Voulant se moquer des films d’invasion extraterrestre où les gens réagissent comme des abrutis naïfs, où les envahisseurs semblent n’avoir aucun autre mobile que la méchanceté, Tim Burton nous livre une œuvre pas tellement plus solide. Démultipliant des histoires bourrées de clichés pour les rendre risibles, il arrive très bien à son terme : on s’en désintéresse totalement. Malgré son casting de luxe, sans doute là aussi pour pointer du doigt les grosses productions, il pêche aussi par orgueil, alourdissant les personnages par un jeu trop appuyé. On tente tant bien que mal de rire des décalages, les effets spéciaux ratés et les extraterrestres ridicules y aidant beaucoup, mais le film peine à imposer son style farfelu. Fourmillant d’idées brillantes, le film les exploitera ou trop peu ou trop mal. Un bon gros délire parodique, mais quand même sacrément raté.

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Créatures féroces

Créatures féroces
1997
Fred Schepisi, Robert Young (II)

Huit ans après le succès d’Un Poisson nommé Wanda, l’équipe du film revient à la charge avec une comédie qui fera la part belle aux animaux, puisque l’intrigue tournera autour d’un zoo.

Propriétaire d’un zoo en Angleterre, un grand groupe américain décide de faire quelque chose pour le re-dynamiser, l’affaire n’étant pas très rentable. Elle décide d’envoyer sur place Rollo, qui a une idée assez précise de ce qu’il faut à un zoo : de la férocité. Les gens ne payent pas pour voir de gentils animaux domestiques, ils veulent voir des monstres déchaînés et redoutables, capables de vous arracher un bras ! Mais bien sûr, les employés sont peu enclin à se séparer de leurs braves bêtes auxquelles ils se sont attachés. Pendant ce temps là, Willa Weston (Jamie Lee Curtis, avant qu’elle ne devienne vieille, chauve et moche) tente de s’imposer au sein de l’entreprise, et se verrait bien diriger le zoo à l’étranger. Prête à tout, elle ira même jusqu’à sympathiser avec le benêt de fils du patron (Kevin Kline).

Incrédule face à tant de bêtise, le spectateur se demandera s’il s’agit d’une parodie de comédie lourdingue américaine, mais non. Comment peut-on rire d’un coup de poing au ventre qui fait péter ? En quoi un demeuré qui gesticule est drôle ? C’est presque par hasard que le film nous décrochera deux trois sourires, notamment lors de « l’exécution » des animaux. Le seul point qui fait à peu près mouche est le comique de répétition sur la vie sexuelle débridée et abondante du Rollo, et c’est peu. Mais pour une bonne blague comme ça, on en compte dix en dessous de la ceinture et d’un telle lourdeur (jeux de mots faciles et qui arrivent inopinément) que s’en est indigeste. Et que dire du scénario, vide et dont la moitié n’est pas justifiée. Et tous ces défauts se retrouvent pour une fin grotesque et lamentable où plus rien n’a de sens, ni même celui du ridicule. On l’a tué, on dit que c’est un suicide, personne n’y croit, mais on s’en fout ! À moins d’être complètement décérébré ou un adepte inconditionnel de l’humour scatophile (l’un aidant l’autre), mieux vaut s’éviter cette tumeur ravageuse.

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Le Pacte

Le Pacte
2012
Roger Donaldson

L’idée de faire justice soit-même est aussi vieille que le monde, mais ici cette notion va être quelque peu détournée. Simple professeur et mari aimant, Will (Nicolas Cage) va voir son monde s’écrouler quand il recevra un coup de téléphone de l’hôpital, lui apprenant que sa femme (January Jones) a été violemment battue et violée. Heureusement encore vivante, elle en gardera malgré tout des séquelles. C’est alors qu’un certain Simon (Guy Pearce) va s’adresser à lui, lui proposant tout simplement de tuer le monstre qui a fait ça. Une terrible tentation à laquelle il succomba, ne prêtant pas attention à la contrepartie : lui rendre à l’occasion de petits services. Six mois plus tard, Simon réapparu, lui demandant d’espionner une personne. Un service assez banal, mais qui deviendra un ordre de tuer, sans quoi la sécurité de sa femme sera compromise. Chef d’un service d’auto-justice, Simon tient tout de même à le rassurer en lui assurant que sa cible est un dangereux pédophile. Coincé, il n’aura de choix que d’accepter. Filmé près des lieux, la police l’interpellera alors, le soupçonnant du meurtre du journaliste. En réalité, sa cible enquêtait sur leur service, et Will devait être leur bouc-émissaire. Infiltrés jusque dans la police, il se retrouve piégé et doit fuir.

Comme souvent, on retrouve Nicolas Cage dans un rôle survitaminé où l’action fuse. Une recette qui fait mouche, mais à force de tirer sur la corde, elle flanche. Pourtant, le film partait très bien entre un bon casting (on retrouvera au passage Jennifer Carpenter de Dexter), du suspense, puis une conspiration intéressante et un rythme plutôt bon. La scène à l’interrogatoire est à la fois inattendue et forte, amenant avec brio une envergure à l’organisation. Puis plus rien, un enchevêtrement de passages qu’on dirait avoir vu mille fois, ne faisant preuve d’aucune intelligence ni originalité, ne surprenant plus une seule fois, et échouant à solidifier l’histoire, montrant très vite ses limites. La fin est elle aussi une déception, concluant malhonnêtement le film. Loin d’être mauvais, le film manque surtout d’ambitions.

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Jane Eyre

Jane Eyre
2011
Cary Fukunaga

Célèbre roman de Charlotte Brontë, Jane Eyre fait parti des grands classiques de la littérature romantique qui, au même titre que bien des romans de Tolstoï, aura inondé les pauvres jeunes filles naïves d’histoires mielleuses et théâtrales. Et pour cette 18° adaptation du roman (Rien que ça… Ils ont pas mieux à se mettre sous la dent les scénaristes ?), la romance dramatique shakespearienne se profile encore.

Héroïne de l’histoire, Jane Eyre (Mia Wasikowska) n’a pas eu une enfance facile. Orpheline très jeune, elle fut recueillie par sa tante, femme vile et austère qui ne montra pour elle que méprit et dédain. Envoyée dans une école religieuse très strict, son éducation fut elle aussi un calvaire. Réprimée et rejetée, sa seule amie mourut dès sa première année d’une pneumonie. Et quand enfin son apprentissage fut fini, elle dû ravaler ses rêves de grandeurs et de voyages, s’enterrant dans un lugubre château de campagne où elle deviendra la préceptrice d’une jeune fille, et n’ayant comme seule autre compagnie une vieille femme usée par la solitude (Judi Dench). Mais sa vie va prendre un tournant le jour de sa rencontre avec Edward Rochester (Michael Fassbender), le maître de la maison, faisant battre son cœur pour la première fois.

Le montage du film est un peu déroutant et nous déboussole longuement. Alors que Jane Eyre vient tout juste d’être recueillie par un bienfaiteur (Jamie Bell), et qu’elle accepte de travailler comme préceptrice pour de jeunes filles défavorisées, on se retrouve au domaine Rochester où elle prend une place de préceptrice dans un milieu bourgeois, après une petite interlude narrant son enfance. Ce n’est que vers la fin du film qu’on comprend qu’en réalité les premières minutes du film sont une vision futuriste se déroulant après son passage au château. Mise à part ça, la réalisation est très bonne et l’image a une vraie personnalité, retranscrivant bien le décalage de l’époque. Le parlé est aussi un peu plus riche, mais sans doute loin de la réalité, probablement pour une meilleure compréhension. Si les personnages sont assez caricaturaux, leurs interprétations sonnent suffisamment juste pour qu’on y adhère. L’histoire se suit bien, et malgré le côté platonique et ennuyeux de leur relation amoureuse, on reste là à attendre fébrilement l’évolution fougueuse. Malheureusement, le film n’arrivera pas à s’en tirer tellement mieux que les autres films du genre, manquant lui aussi terriblement de rythme, et nous laissant immanquablement sur une fin « d’amants maudits », s’enfonçant un peu plus dans les clichés. Aussi bien écrit et poétique que puisse être le livre, il est clair que son histoire ne se démarque pas assez et que son développement est prévisible. Le film aura peut être plus d’impact auprès des jeunes femmes frigides qui s’amuse à repousser les avances, ou bien les hommes romantique dépressifs, mais difficile d’y voir plus qu’une banale tragédie d’époque comme on en voit des centaines, aussi bien faite puisse t-elle être.

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Nausicaä de la vallée du vent

Nausicaä de la vallée du vent
1984
Hayao Miyazaki

Voici Le film qui aura permit à Hayao Miyazaki de percer dans le milieu de l’animation, concrétisant le succès de son manga en film. Avec un peu moins d’un million de spectateurs au Japon, le film rentra au moins dans ses frais, et permit même de financer la création d’un studio qui prendra de l’ampleur au fur et à mesure du temps : le Studio Ghibli. Mais se faire un nom à l’étranger n’est pas chose aisé, et il aura fallut attendre 22 ans, le temps que Le Voyage de Chihiro séduise les néophytes (et pourtant…), pour que ce film sorte de part chez nous. Et comme quoi, ça valait la peine d’attendre.

Le film se passe dans un futur très éloigné, alors que la Terre fut ravagée par la pollution qui détruisit peu à peu toute vie. 1000 ans plus tard, les rares humains vivent reclus dans les derniers endroits viables de la planète, qui s’est retournée contre l’humanité et répand sa Fukaï davantage chaque jour. Forêt extrêmement toxique qui s’est bâti sur les ruines radioactives de nos civilisations, elle prolifère telle la peste et déverse ses spores mortels de par le monde. Pire encore, elle renferme de monstrueux insectes gigantesques et redoutables, capables de balayer des villes entières si la colère les prend. Une situation critique qui porte notre race un peu plus chaque jour vers l’extinction. Le désespoir gagnant les gens, certains en arrivent même à songer à réveiller un guerrier de l’ancien monde, colosse mythique qui a détruit le monde en sept jours. Mais pour Nausicaa, princesse de vallée du vent, l’espoir subsiste, et il se pourrait bien que le dessin de la Fukaï ne soit pas funeste, mais au contraire salvateur.

C’est tout simplement brillant, une perle d’intelligence comme on en voit presque jamais. Très loin de la simple fable écologique, le film est d’une rare profondeur. Réinventant tout un écosystème, le film nous illumine de sa splendeur et nous en étouffe, la surchargeant à outrances de plantes, et surtout d’insectes effrayant, nous poussant à l’approche première : brûlons tout ça ! D’instinct, la naïveté de l’héroïne semble néfaste, au mieux suicidaire. L’armée se pose alors en sauveuse, attisant notre impatience à l’idée de voir le dieu de la destruction relâcher sa fureur sur le monde. Et pourtant, notre vision va rapidement changer une fois notre compréhension de la situation éclaircie. Mais que faire quand la logique nous pousse dans la mauvaise direction ? Une personne seule peut-elle faire la différence ? Assurément. Alors oui, changer les mentalités, s’aimer les uns les autres, protéger la nature, voilà des thèmes particulièrement nauséeux. Mais pas ici. L’image étant tellement forte et somptueuse, la musique si douce (quoi de plus beau qu’un chant innocent d’enfant ?), les personnages si attachants et Nausicaa nous envoûtant magistralement, la fable poétique bien-pensante devient une ode à l’espoir émouvante et inoubliable. Sans doute l’œuvre la plus poétique et belle de Hayao Miyazaki, qui signe là l’un des, si ce n’est le, plus grand film de sa carrière. Un bijou d’animation, un chef d’œuvre du cinéma.

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Indian Palace

Indian Palace
2012
John Madden

La vieillesse est-elle une fin en soit ? Pour Deborah Moggach, auteure du roman Ces petites choses, dont le film en est l’adaptation, cela pourrait même être l’occasion d’un nouveau départ. Et pour quelques courageux, la retraite prendra une tournure surprenante.

Veuve ayant hérité des dettes de son mari, Evelyn (Judi Dench) devra vendre son appartement, et les maisons de repos sont hors de prix. Avocat fatigué et lessivé, Graham (Tom Wilkinson) ne rêve que de retourner à sa terre natale. Devant subir une opération à la hanche, Muriel (Maggie Smith) n’a pas les moyens de suivre le traitement. Douglas (Bill Nighy) et sa femme étant ruinés par un investissement dans l’entreprise de leur fille, il ne peuvent non plus vivre décemment chez eux. C’est alors qu’une annonce sur internet va résonner dans leurs têtes : « venez passer une retraite de rêve au Marigold Hôtel qui prend soin des personnes âgées ». Proposé à prix très attractif, l’offre concerne un coin charmant du Rajasthan, en Inde. Mais sur place le bilan est tout sauf idyllique : le palais du Marigold Hôtel n’est plus qu’un tas de ruines et la misère est omniprésente. Pourtant, cette nouvelle vie va les enchanter.

Le film nous propose donc une plongée au cœur de l’Inde, en nous en montrant dans un premier temps tout ce qu’il y a de plus désagréable, car quoi de mieux que de rire du malheur des gens. Mais petit à petit la magie du lieu prend place, nous berçant de ses couleurs chatoyantes et de la joie de vivre qui y règne. On se prendra aussi beaucoup en sympathie pour le maître du Marigold Hôtel, incarné par Dev Patel, dont le rôle est fort et l’interprétation touchante. Reposant sur de grands noms du cinéma britannique, le film nous en démontre une nouvelle fois le talent, qui grandit à mesure que le film avance. Nous montrant une beau florilège d’histoire, le film arrive à nous intéresser à toutes, possédant chacune une poésie et une profondeur délectable. Une bien belle surprise donc que ce message d’espoir et d’amour qui prouve qu’un cœur peu s’emballer à n’importe quel âge.

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