Predators

Predators
2010
Nimrod Antal

Si le premier Predator sorti en 1987 est un grand classique du cinéma et possède de nombreux fans, la mythologie s’est effondrée avec sa suite et ses spin-off, le premier Alien Vs Predator ne volant pas très haut, et son Requiem atteignant des bassesses honteuses. Et 23 ans plus tard, après trois échecs dont deux cuisants, la saga tente de réhabiliter la franchise.

Après s’être un peu amusés sur notre planète, les Predators ont décidé d’enlever quelques humains pour les chasser sur leurs propres terres. Mais pour plus de challenge, ils ont sélectionné des prédateurs de chez nous : un mercenaire (Adrien Brody), une militaire, un médecin fou, Machette (Danny Trejo), un yakuza, un prisonnier extrêmement dangereux, et d’autres militaires spécialisés de divers pays du globe. Magnanimes et conscient de leur supériorité musculaire, technologique et intellectuelle, les proies humaines ont été larguées avec leur équipement militaire et un bon stock de munitions. Mais comment lutter contre un ennemi qu’on ne peut voir ?

Au travers des différents films la question des Predators a été très superficiellement survolée, ne faisant que nous les montrer furtivement entre deux camouflages. L’idée de transposer l’idée de chasse humaine au cœur d’une de leurs planète est clairement un angle excellent, mais presque pas exploité dans les faits. Tout juste découvre t-on péniblement un type de monstre banal, et une ancienne plateforme de forage désaffectée, l’occasion de croiser un Laurence Fishburne complètement inutile. On suivra donc une bande d’acteurs peu convaincant, campant des clichés ambulants, crevant les uns après les autres avec prévisibilité. Alors bien sûr, la traque est intéressante, et deux trois bonnes idées s’y perdent, mais globalement l’histoire est désespérément vide. Le film ne vaut réellement que pour son esthétique, original et réussi, proposant des environnements riches et exotiques (suffisamment pour croire à une planète étrangère), et des effets spéciaux (pour les effets de lumières et les Predators) particulièrement fins et réalistes. Cela permet d’apprécier au mieux l’histoire faiblarde, qui n’est qu’un prétexte à resservir une histoire de traque dans la veine du film original. Pas mauvais et même plutôt bien fait, le film n’en reste pas moins arriviste et facile.

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La Stratégie de la poussette

La Stratégie de la poussette
2013
Clément Michel

L’esprit humain est très adroit, et est capable de tirer profit de n’importe quelle situation. Après une femme qui fait croire à une grossesse pour ne pas être virée, finissant même par se convaincre elle-même (En cloque mais pas trop), c’est au tour de la gente masculine d’en profiter, reprenant le bon vieil adage comme quoi un homme avec un bébé c’est super sexy.

Après avoir passé des moments formidables avec Marie (Charlotte Le Bon), Thomas (Raphaël Personnaz) rechignera à s’engager plus, estimant son avenir professionnel trop incertain. Et à force elle se lassa, et choisit de le quitter. Un an plus tard, Thomas est toujours inconsolable, persuadé d’avoir perdu la femme de sa vie. C’est alors qu’une voisine fit une terrible chute dans les escaliers, la plongeant carrément dans le coma. Prit par erreur pour le père, il se retrouvera obligé de garder son bébé. Par le hasard des choses, il se retrouvera dans le même hôpital où travaillait Marie, apprenant au passage qu’elle s’occupe désormais d’une association pour bébés, et il vient justement de se voir confier le motif rêvé pour la revoir fortuitement. Il découvrira alors « le pouvoir du bébé », faisant fondre toutes les femmes. Mais petit à petit, il s’enfermera dans son mensonge.

Première bonne surprise : le film ne base pas sur cette technique de drague, bien au contraire. C’est par pur hasard que la démonstration nous sera faite, et le bébé n’est pas vraiment là pour draguer, mais plus pour prouver une certaine maturité, fictive au début, puis qui se concrétise de par les responsabilités imposées. Plus qu’une simple comédie-romantique facile, le film fait vraiment preuve d’habileté et d’originalité pour traiter ce sujet. Le personnage principal est sympathique, et sa maladresse le rend attachant. Pour ce qui est de la blague un peu lourde et rappeuse, on retrouvera Jérôme Commandeur en semi forme, trouvant occasionnellement quelques bonnes réparties. Tout ça ne vole pas très haut, mais la romance est mignonne, l’humour efficace. On passe un bon moment.

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Kiki la petite sorcière

Kiki la petite sorcière
1989
Hayao Miyazaki

Sorti en 1989 au Japon, le film fut le quatrième long métrage du désormais légendaire Hayao Miyazaki, et surtout son premier grand succès commercial, permettant l’essor de son studio Ghibli. En France, ce petit bijoux aura mit 15 à sortir (en 2004), les distributeurs ayant attendu la sacralisation du réalisateur.

Se déroulant dans un monde presque contemporain (l’automobile, l’aéronautique, la télé et le téléphone en sont à leurs balbutiements), le film y mêle les sorcières, vivant amicalement avec les autres humains. Dans leurs coutumes, il en est une spécifiant que chaque sorcière de 13 ans se doit de participer à un voyage initiatique d’une année où elle devra se débrouiller seule. Un événement que la petite Kiki est particulièrement enthousiaste de vivre, partant à l’aventure sur son balais, emportant humblement quelques vivres et un peu d’argent, escortée par son fidèle chat noir Jiji (doublé par mister Cartman de South Park, conservant même un peu son humour). Réfugiée dans un train pour se protéger de la pluie, elle s’éveillera aux abords d’une ville majestueuse, surplombant la mer comme elle en a toujours rêvé. Un peu déboussolée et arrivant dans une grande ville peu habituée aux sorcières, elle trouvera néanmoins refuge chez une boulangère, une belle occasion pour monter une affaire de livraison par balais.

Des sorcières vêtues de noir, parlant aux chats, et préparant des potions magiques, ça n’a rien de tellement extraordinaire. Mais quand dans un univers réaliste et contemporain tout le monde trouve ça naturel, juste émerveillé par ce don incroyable, notre regard change directement. C’est une véritable claque : le monde est magnifique, coloré, joyeux. Mais n’est-ce que poudre aux yeux ? Et si tout cela n’était que le regard pure d’une jeune fille épanouie ? Partant d’un principe assez fou qu’est de laisser une adolescente partir à la découverte du monde, le film transforme ça en conte d’une rare beauté, bercé par une joie immense et porté par une poésie sublime. Pas les plus beaux qui soient, les graphismes y sont tout de même très soignés et surtout incroyablement vivants, nous transportant dans un des coins les plus stupéfiants du globe sur fond de musique troublante, et nous montrant que même si la vie peut parfois être dure, la gentillesse et le dévouement des gens fait que l’aventure nous mènera loin. Sans doute pas l’histoire la plus complexe et intéressante de Miyazaki, le film est d’une telle légèreté et d’une telle gaieté qu’il nous transporte magnifiquement.

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Jack Reacher

Jack Reacher
2012
Christopher McQuarrie

Immense succès littéraire, la saga Jack Reacher de Lee Child s’est écoulée à plusieurs centaines de millions d’exemplaires, attirant donc le regard cupide d’Hollywood. Le film reprend le neuvième tome, le plus populaire de la série, vendu à 60 millions d’unités, un chiffre qui fait écho aux 60 M$ investis dans le film.

Ancien militaire haut gradé ayant disparu de la circulation, Jack Reacher (Tom Cruise) est un fantôme, un mythe, une légende. Mais une vieille connaissance de l’armée le fera sortir de l’anonymat. Posté sur un parking, un sniper (Jai Courtney) tua de sang froid cinq personnes d’une balle dans la tête, un acte attribué à tord à un certain James Barr, un fêlé ayant déjà commit un acte similaire en Iraq, dont les empruntes ont été retrouvées un peu partout. Clamant son innocence, il appellera à l’aide son ancien collègue Jack, bien que ce dernier ne souhaite que sa mort. Poussé par son instinct de détective et l’avocate à la défense (Rosamund Pike), il décide alors de mener sa propre enquête pour comprendre les raisons d’un tel complot.

Le film commence par une séquence choc comme on les aimes : un type qui tire dans le tas, tuant hommes et femmes sans distinction, et prenant sûrement beaucoup de plaisir. Une boucherie qui n’est pas sans rappeler celle d’Oslo en Norvège, en moins meurtrière il est vrai. Pour tout le monde l’affaire est classée, mais pas pour Jack, héros mystérieux et charismatique dont l’adhésion est immédiate. D’une classe folle, il s’avère non seulement un pro du combat sous toutes ses formes, mais fait montre d’une rare intelligence. Une énorme sympathie, qui vient en grande partie de l’humour du film, passant généralement par des dialogues quasi parfait (le coup de « Candy kilo » ne passe pas du tout, blague réchauffée et moisie). Grand champion de la répartie, il nous gratifiera notamment d’un génial « tu pense ? » « tout le temps, tu devrais essayer ». Une réussite qui incombe grandement à Tom Cruise, parfait pour rôle (mais n’oublions pas que c’est un travail d’équipe – avec d’ailleurs Robert Duvall au casting). Et avec une enquête prenante, de l’action à gogo et cet humour dévastateur, on se régale. Dommage en revanche que la fin manque d’ambition, et que l’histoire ne soit pas plus étoffée. Le personnage est en tout cas une grande réussite, et on espère que le beau succès commercial et critique du film se prolonge avec d’autres adaptations.

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Les Misérables

Les Misérables
2013
Tom Hooper

Adaptation de l’une des pièces de théâtre les plus populaires de l’histoire, le film est aussi par extension l’adaptation du chef d’œuvre de littérature de Victor Hugo. Un sacré héritage mit en scène par l’oscarisé Tom Hooper, d’ailleurs pas en reste avec ce film, auréolé de nombreux prix incluant, la plupart pour le son ou les décors / costumes / maquillages, mais aussi quelques uns pour son casting, notamment l’oscar de la meilleure actrice dans un second rôle pour Anne Hathaway. Un succès d’envergure, fracassant le box-office avec pas loin de 438 M$. Et pourtant, massacré par la critique française, le film a bidé de par chez nous – pourtant lieu du film et pays originel du livre – avec un ridicule 218 983 entrées. Allergie aux comédies-musicales ou véritable ratage ?

Pour ceux qui ne connaissent pas ce grand classique de la littérature, le film raconte l’histoire de Jean Valjean (Hugh Jackman), condamné au bagne pour un quignon de pain volé. Libéré après 19 années d’esclavage, il reste néanmoins plus miséreux que jamais, constamment surveillé et rejeté par tous à cause de son statut d’homme « extrêmement dangereux ». Fatigué de sa vie de malandrin, il se séparera de son identité, devenant dix ans plus tard « monsieur le maire ». Traqué par le commandant Javert (Russell Crowe), il mettra à mal sa couverture pour aider une pauvre mère désespérée et mourante, Fantine (Anne Hathaway). Sur son lit de mort, il lui jurera de protéger et de chérir sa petite Cosette (incarnée une fois adulte par Amanda Seyfried), confiée aux Thénardier (Helena Bonham Carter et Sacha Baron Cohen).

Que c’est lamentable de voir un tel panel de stars se vautrer aussi méchamment dans cet exercice de chant… Le film prend le parti de ne faire quasi exclusivement que des chansons – en anglais évidemment, ne facilitant pas la compréhension lors des nombrables cohues -, quitte à faire des vocalises uniquement pour aligner trois mots inutiles. Bien souvent, les « chansons » arrivent comme un cheveu sur la soupe. Mais le plus gros problème, c’est sans nul doute le fait que presque personne ne sait chanter, faisant pleurer nos oreilles, surtout avec le désastreux Hugh Jackman, pourtant personnage principal du film. Et s’il n’y avait que ça… En plus de filmer les plans beaucoup trop rapprochés, de proposer des décors qui sonnent faux et des costumes risibles, les acteurs sont franchement mauvais. Alors oui, c’est une comédie musicale, mais ça en fait des caisses. C’est bien simple : c’est à celui qui gueulera le plus mal et le plus fort. Et les plans s’éternisent, à l’image du film péniblement étendu sur 2h30 quand le scénario ne le permet pas. Difficile de tellement se captiver par une révolution française mollassonne et brouillonne, où les soit-disant meneurs perdent la tête pour un simple regard échangé, ridicule suprême. S’il y avait là un effet poétique, il est complètement raté. Si par le hasard des choses deux-trois belles voix se démarquent, que quelques musiques nous étonnent, qu’une scène trouve à peu près écho, l’ensemble est tellement minable que l’ennui est omniprésent. Pas seulement une injure à notre culture, le film est simplement une infâme prétention où rien ne tient la route.

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Upside Down

Upside Down
2013
Juan Solanas

Le film ne prend pas place dans un monde, mais dans deux. Dans une réalité alternative, l’humanité coexiste simultanément sur deux planètes synchronisées et partageant leurs atmosphères, mais possédant donc chacune sa propre gravité. Ainsi, toute chose organique ou synthétique ne répond qu’à sa gravité d’origine, séparant irrévocablement chacun des deux mondes. Une loi interdit d’ailleurs tout échange entre eux, notamment à cause d’un problème de surchauffe des objets situés dans le mauvais monde.

Né dans le monde du bas, Adam (Jim Sturgess) a grandit dans un orphelinat, puis chez sa tante au pied d’une montagne, qui le rapprochait  de ce monde d’en haut si prospère et lumineux. Et un beau jour, au détour d’un promenade, il fera la rencontre de Eden (Kirsten Dunst), une jeune fille qui se baladait sur une montagne adjacente de l’autre monde. Fascinés l’un par l’autre, leur idylle prit violemment fin quand une patrouille les repéra, et Adam fut persuadé de la mort de Eden, passée dans son monde par cordage, qui s’écrasa brutalement au sol durant l’incident. Mais dix ans plus tard, au détour d’un émission de télé, Adam revit son amour à la télévision, apparemment employée chez Transworld, une entreprise dont la tour relie les deux mondes. Plus que jamais décidé à se battre pour son amour, il fera tout pour mettre à mal le système.

Le film part d’un idée brillante : deux mondes si proches et pourtant si éloignés. L’idée de base du film était l’image de nos deux amants maudits chacun sur la crête d’une montagne et se regardant, l’un en bas, l’autre en haut. L’accent est d’ailleurs beaucoup plus mit sur l’image que l’histoire en elle même. Il s’agit plus d’un concept qu’autre chose : le fait que deux planètes aussi proches ne se heurtent pas, n’endommagent même pas la tour centrale, démontre d’une symétrie et d’un ordre gravitationnel par rapport au soleil tout bonnement impossible. De plus, s’il est évident que chaque planète émet sa propre gravité, le fait d’en changer devrait obligatoirement modifier notre gravité, rendant le film hors de propos. On mettra donc la logique et la science en stand-by, nous focalisant sur la vraie raison du film : un contraste graphique saisissant et jamais vu. Petite perle visuelle d’un niveau extraordinaire, le film nous ébloui de ses images divines, alliant des perspectives inouïes à des lumières magistrales. Immense défi artistique ambitieux, le film arrive contre toutes attentes à rendre cette vision réaliste sur le plan visuel, et nous offre des séquences qui dans l’absolu devrait nous rendre fou en se perdant dans des notions aussi élémentaires que qu’est-ce qui est en haut, mais qui se trouve être réalisé avec tant de grâce et de poésie que le mal de tête ne se fait pas trop ressentir. Pour ce qui est de l’histoire, une fois mit de côté l’improbabilité de la situation et l’illogisme de certains faits, on découvre une romance magnifique avec deux acteurs parfaits, appuyés par notamment un rôle fort, celui de Timothy Spall, apportant son humanisme à un monde froid. Une très grande réussite, qu’on modérera cependant avec sa fin, enfonçant le clou quand à la logique de tout ça, et probablement pliée un peu trop vite, mais qui fait preuve de beaucoup de poésie. Sans doute l’un des films les plus original et dérangeant de ces dernières décennies, un peu léger au niveau du scénario, mais qui offre une image spectaculaire et une romance très belle.

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5 ans de Réflexion

5 ans de Réflexion
2012
Nicholas Stoller

Dans la vie il faut faire des choix, et celui de Tom (Jason Segel) et de Violet (Emily Blunt) fut de s’aimer. Fraîchement fiancés, ils sont arrivé à un point de leur vie où leurs carrières deviennent un frein. Lui chef cuisinier, elle tout juste diplômée d’un doctorat de psychologie, leurs opportunités divergent, et pour rester ensemble il accepte de tout sacrifier. Préférant passer de grand chef à Los Angeles à simple cuisinier de fast food dans une bourgade du Michigan pour qu’elle puisse exercer son métier, il se rendra peu à peu compte de tout ce qu’il a perdu, le faisant régresser un peu plus chaque jour. Et entre le déménagement et l’acclimatation à leur nouvelle vie, le mariage se retrouvera constamment reporté…

Ou l’histoire d’un film au titre particulièrement mal choisi. Comment faire mine d’être surpris quand les tentatives de mariages capotent, puisque le titre lui-même annonce très clairement que si mariage il y a, il n’aura lieu que cinq ans plus tard. On garde tout de même le suspense de la conclusion, ayant en mémoire un autre film au titre semblable : 7 ans de séduction. Un film qui nous rappel que tout peux finir mal, même si cela déçoit honteusement le spectateur. Néanmoins la situation est ici tout autre, puisqu’il s’agit de cinq années de vie commune, qui arrivera à nous surprendre dans le bon sens du terme quand à sa fin. Etant avant tout une comédie, le film repose donc sur son humour, assez fin et efficace pour un film du genre. On retrouvera quelques facilités et gags en dessous de la ceinture, mais de manière générale c’est plus potache que débile. Et malgré certains passages plus sombres et mélancoliques, une bonne ambiance générale se dégage, notamment grâce à la sympathie des personnages. On appréciera aussi beaucoup les boutades et tests surréalistes du département de psychologie sociale (dirigé par Rhys Ifans), trouvant là un très bon comique de situation utilisé en Running gag. Le film peut aussi compter sur des personnages secondaires atypiques et amusants, surtout le meilleur ami, époux de la sœur. Pas dépouillant de rire, le film s’impose tout de même comme un divertissement très réussi qui a le mérite d’apporter quelques idées originales à une formule trop classique.

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Le Mystère von Bulow

Le Mystère von Bulow
1991
Barbet Schroeder

Inspiré de faits réels ayant défrayé la chronique en 1985, et adapté du roman Reversal of Foilune – le film en faisant d’ailleurs un jeu de mot dans son titre original, Reversal of Fortune, faisant référence à la fortune de la femme -, le film relate le jugement d’un homme (Jeremy Irons) soupçonné d’avoir tué sa femme (Glenn Close). Clamant son innocence, les faits et les témoignages jouèrent contre lui, et Claus von Bulow perdit son procès, condamné à 30 ans de prison. Mais pas question de se laisser incriminer injustement, et pour faire appel de la décision, il fera appel à un avocat particulièrement compétant et victorieux quand au blanchiment de ses clients, Alan Dershowitz. Il n’a que faire de l’innocence de Claus (à l’inverse de ses étudiants), mais il acceptera son affaire au nom de la justice, car chaque personne a le droit à un procès équitable. À l’aide de son équipe d’élèves à qui il enseigne à l’université (on retrouvera parmi eux Felicity Huffman), il devra mettre sur pied une plaidoirie capable de laver de tout soupçon un homme renié et détesté de tous. Plus qu’un procès de conviction ou de justice, c’est le véritable défi de sa carrière.

Les films tirés d’histoires vraies partent généralement avec un sérieux avantage : être indiscutables au point de vu réalisme. Néanmoins, force est de reconnaître qu’un mari soupçonné d’avoir tué sa femme n’a rien de véritablement bluffant ni terrifiant. La différence ici, c’est que cela se passe au sein d’une famille des plus riches, et que cette fortune était détenue par la femme. Mais cette dernière n’étant pas morte, juste dans le coma, on peux se demander si le procès se justifie, et 30 ans de prison pour une tentative de meurtre non établie semble absurde. Malheureusement, malgré une équipe d’avocats dynamique et convaincante, le présumé coupable ne nous intéressera que très peu à son histoire, ne montrant aucune motivation dans sa démarche, juste du dédain. Lui attribuer un Oscar pour son rôle est tout bonnement incompréhensible. Plus encore le film se penche exclusivement sur la préparation du procès en appel, et non sur le procès en lui même, pourtant tout aussi intéressant – sans doutes par soucis de répétition. On regrettera aussi l’absence de prise de partie du film, laissant un blanc quand à la vérité sur les évènements. Malgré des qualités indéniables et une investigation très réussie, le film pêche par son sujet banal et un cadre bourgeois mollasson peu empathique.

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Kingdom Hearts – Birth by Sleep

Kingdom Hearts - Birth by Sleep
2010
PSP

Partant d’un principe un peu fou qu’était de réunir les univers de Disney et Final Fantasy, la saga Kingdom Hearts s’était imposée comme un cross-over sympathique, surtout plébiscité pour son système de combat particulière pêchu et dynamique, véritable must de l’Action-RPG. Surprenant son monde, la saga a évolué et a fait preuve d’ambition avec son épisode GBA, Chain of Memory, et le fameux Kindgom Hearts II, révolutionnant le concept. Désormais riche d’une belle mythologie propre et d’une dizaine de jeux, la saga nous contera ici ses origines.

Graphismes : 16/20

Annoncée comme une Playstation 2 portable, la console n’aura jamais véritablement brillé. Connu pour proposer les plus beaux jeux vidéo qui soient, Square Enix n’aura pas réussi à imposer des graphismes magnifiques, échouant comme avec Crisis Core. La plupart des textures sont assez fades, et mieux vaut ne pas regarder de trop près les décors. Mais après tout, la série est connue pour son style épuré, à l’image des anciens Disney limités par leur époque. Sans doute faudra t-il attendre l’adaptation de Disney plus ambitieux. Mais les choses étant ce qu’elles sont, le jeu est sans doute l’un des plus beaux de la console, et il faut au moins lui reconnaître un level design réussi et un style coloré et chaleureux qui fait son petit effet. De plus, les jeux de lumière, les combos dévastateurs et l’incroyable fluidité rendent l’expérience tout de suite plus agréable. À noter aussi la bonne modélisation des personnages, très probante pour les cartoons.

Jouabilité : 17/20

Ayant porté le concept jusqu’à son sacro-saint, Kindgom Hearts II se verra ici défié, tentant de le transcender. Un pari à la fois raté et réussi, proposant un système de combat quasi parfait, mais plombé par des frustrations insupportables. Composée de trois personnages, l’histoire se doit d’être effectuée au moins en mode expert (cf durée de vie), obligeant déjà à des mises à niveaux régulières et imposant un mixage intensif. Se présentant sous forme d’Action-RPG, le jeu nous oppose donc à des hordes de nesciants (monstres contrôlés par les ténèbres et en passe de devenir des sans-cœurs), que nous affronterons donc à coup de Keyblade, mais pas que. Plus importantes que jamais, les commandes offrent non seulement un panel de coups importants entre celles d’attaques et celles de magies, certaines franchement dévastatrices, mais peuvent en plus s’améliorer par mixage, généralisant cette idée préalablement utilisée. Il est en revanche étrange de constater que les équipements, autres que les armes, aient disparu, allant à l’encontre du principe d’étoffement. On retrouvera aussi les gemmes, permettant l’amélioration des mixages. Malheureusement, et c’est là l’une des plus grandes frustrations, les divers bonus indispensables que le mixage délivre (pour tout ce qui est attraction, profusion, défense magique, et autres bonus) sont chaotiques à prédire, et mieux vaut s’armer d’internet pour ne pas perdre son temps et ses commandes à ce petit jeu, les deux commandes mixées disparaissant évidemment. Quand la plupart des combos ennemis sont mortels, il est indispensable d’avoir la capacité permettant de résister à 1HP. Côté combos, les personnages sont dotés d’une jauge d’enchaînement, permettant de déchaîner des coups de grâce dévastateurs. Nos héros possèdent aussi une commande de visée, activant des attaques à distance ou bien des attaques en pique, très utile pour les boss lents. Puis vient l’heure des erreurs, beaucoup trop nombreuses. Les techniques primordiales de déplacements / parades sont ou hasardeuses, ou même supprimées, comme le rétablissement, devant subir sans interventions possibles des combos, quasi systématiquement meurtriers. On ragera de voir deux des trois personnages faire des roulades quand le premier glisse, et on pestera des exclusivités de chacun (double saut, super saut, planage) qui sont la base même du jeu. Plus encore, et c’est un problème qu’on croyait résolu, la caméra s’affolera une fois de plus face à certains boss, pour ne pas dire tous, rendant notamment les faucheurs abusifs de difficultés. Pour pousser le machiavélisme encore plus loin, une arène cybernétique est présente, offrant des défis dantesques non sans rappeler ceux du Colisée. Niveau mini-jeux, oublions d’emblée ceux de Disneyland, les jouissives courses Gumi sont remplacées par des « courses folles » horribles à manier, mais on se délectera de la « chasse au commandes », sorte de Monopoli très soignée, amusant, et particulièrement utile.

Durée de vie : 19/20

Si le jeu propose quatre mode de difficultés (facile, normal, expert et critique), le premier ne donne pas accès à la fin du jeu, et le mode normal oblige à obtenir tout les rapports, chose fastidieuse sur laquelle il ne vaut mieux pas compter. À contrario, le mode expert est un bon compromit, certes difficile mais qui assure l’obtention du chapitre final et de la séquence secrète. Divisé en trois scénarios proposant trois visions de la même histoire, le jeu se boucle en approximativement 80 heures, incluant les mises à niveaux obligatoires et le chapitre final. Et face à la richesse du contenu, ce score énorme est pleinement justifié, et fait de ce jeu l’un des plus long qui soit.

Bande son : 15/20

Si la note peut paraître sévère aux vus de la beauté des musiques et du respect des musiques des univers Disney, il est important de sanctionner la fainéantise monstrueuse qui frappe le jeu. Si l’absence de doublage en français est très dommageable vu le travail exceptionnel fait sur les précédents jeux et la perte des repères qui en incombe, on pestera tout autant face à la redondance de certaines musiques, mais surtout l’absence de nouveaux morceaux. Le thème principal, certes magnifique (Simple and Clean de Utada Hikaru), n’est qu’un recyclage du générique de fin de Kindgom Hearts II, bien que logique puisqu’il s’agissait aussi de l’annonce de ce jeu. Une bande son très belle, mais qui ne surprend pas.

Scénario : 13/20

Incontestablement le gros point noir du jeu, alors même qu’il s’annonçait comme ambitieux et salvateur. On y suivra trois apprentis maîtres de la Keyblade : Terra, l’avide de pouvoir qui succombe aux ténèbres – sorte d’ersatz de Zack, d’ailleurs seul représentant des FF ; Ventus, un jeune énigmatique séparé de ses ténèbres – qui prirent une forme humaine : Vanitas – et possédant un fragment du cœur de Sora ; et Aqua, l’adulte responsable sur qui pèse le destin du monde. Chaque histoire est très différente, et toutes ne se valent pas. Terra ne fait que survoler les mondes qu’il traverse, et son destin devient vite clair : sa ressemblance avec le Xehanort qu’on connaît fait que la prise de contrôle de son corps par ce dernier n’est guère surprenante, et il y a fort à penser que DiZ n’est autre que Terra, toujours contrôlé (d’où la surveillance de Mickey). En ce qui concerne Ven, sans aucun doute le plus passionnant, son approche des mondes de Disney est intéressante, proche de celle du spectateur des films, vivant pleinement leurs histoire. Mais à son tour, son destin ne surprend pas plus, étant le sosie de Roxas. Mais d’un autre côté cela explique pourquoi ce simili est né avec un cœur (celui de Ven), et pourquoi Sora fut capable d’invoquer deux Keyblade (reflet d’un cœur) une fois fusionné. Pour ce qui est de Aqua, la plus énigmatique et intéressante, elle sert à clôturer la plupart des histoires, et est notamment l’héroïne du chapitre final, et on se réjoui à l’idée de la voir faire équipe avec Sora dans de prochaines aventures, si ce dernier arrive à la sauver. Malheureusement on aura trop souvent l’impression de ne faire que survoler les univers traversés, et l’histoire ne dévoile son potentiel réel que dans son chapitre final. On ne peux être qu’impressionné par l’effort de cohérence qui prouve que chaque lignes de l’histoire fut écrite dès l’origine de la licence, mais le fait de tout condenser à la fin est une grosse erreur.

Note Globale : 16/20

Annoncé comme le meilleur jeu de la console et la quintessence de la saga, le jeu n’est pas entièrement à la hauteur des attentes, confondant quantité et qualité. Loin d’être bluffant graphiquement, quoique très joli de par son style propre, coloré et soignée, le jeu n’est pas non plus la perle ultime de l’Action-RPG. Incroyablement riche et prenant avec ses commandes à foison et ses mixages innombrables, le jeu est aussi très aléatoire et difficile avec le manque de précision des commandes, qui doivent se recharger au moindre impact de l’ennemi – horreur suprême ! -, et cette caméra qui s’affole face aux boss trop imposants ou trop rapides. L’obligation du choix d’un mode de difficulté élevé pour voir la fin du jeu en est d’autant plus contraignante. On ne pourra même pas se délecter d’une histoire qu’on espérait être un préquel ultime, bien que l’idée de trois visions de trois personnages soit une brillante idée, rappelant un peu Chain of Memory. L’histoire étant concentrée sur les derniers instants du jeu, le reste apparaît comme d’autant plus vide. Si le jeu est franchement bon et propose un contenu d’une richesse inouïe, il ne sert qu’à gonfler un peu plus l’attente autour du troisième véritable volet des aventures de Sora, qui commence à sérieusement se faire désirer.

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Avril 2013

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