Will Hunting

Will Hunting
1998
Gus Van Sant

Si lors des Oscars de 1998 le film n’a rien pu faire face au raz-de-marrée Titanic, le film aura tout de même eu son heure et a su marquer à travers le temps. En plus d’avoir offert à ses deux acteurs vedettes leurs seuls Oscars de leur carrière (néanmoins en tant que scénariste, et non acteur, pour le fameux Will), sans compter plus de 220 M$ dans le monde, le film aura su s’imposer dans la culture populaire grâce à certains de ses passages sur le sens de la vie, ou tout simplement des performances oratoires. Oui, mais même avec un bon casting, d’excellents dialogues et un scénario de base solide, le film n’en est pas pour autant si génial que ça.

Comme les études le montrent : le bonheur est inversement proportionnel à l’intelligence. Conscient de ses facultés mentales hors du commun, Will Hunting (Matt Damon) s’évertue donc à cacher le plus possible ses dons, en s’assurant de ne jamais rien faire de sa vie. Il occupe donc un boulot de balayeur et passe le plus de temps possible au bar à se bourrer la gueule avec ses potes (Ben Affleck et Casey Affleck), et rejette les pauvres folles qui oseraient s’attacher à lui (Minnie Driver). Malheureusement pour lui, à force de multiplier les conneries, il va se retrouver au pied du mur, obligé d’accepter l’aide de Lambeau (Stellan Skarsgard), un professeur de renom qui a décelé en lui un immense potentiel. Pour l’aider à aller mieux sur le plan psychologique, il sera obligé de voir un psy (Robin Williams) qui devra lui apprendre à vivre.

Le film avait, comme à l’image de son héros, un immense potentiel, mais qui ne sera jamais correctement exploité. Dans un premier temps, on ne voit pas bien ce que le film essaye de dire ou de montrer, si ce n’est le cas « typique » du gars qui fait exprès de foutre sa vie en l’air, à ceci près que d’habitude il s’agit plutôt d’un jeune homme de bonne famille qui perd pied. Le problème, c’est qu’à force, ses petits jeux orateurs dévoilent sa faiblesse : il est exactement ce qu’il critique, incapable de penser par lui-même et régurgitant sa science comme une sorte d’armure pour le protéger du monde extérieur. Les mécanismes du film manquent de subtilité ; tout, jusque dans la toute dernière scène, est téléphoné à outrance ; on ne dénotera pratiquement aucune évolution psychologique des personnages, moteur pourtant indispensable à l’avancement de l’histoire ; la romance n’a pas de développement suffisant pour avoir une réelle ampleur ; et au final les fameuses tirades si brillantes sonnent parfois creux, comme un discours pré-mâché d’auto-défense. Le film reste intéressant, pas mal de pistes de réflexions sur la vie et la société, mais globalement on en ressort mitigé, comme si ça n’allait pas assez loin. Un film pour ma part très surcoté.

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Green Book

Green Book
2019
Peter Farrelly

Malgré d’excellentes critiques, voici un outsider auquel pas grand monde ne croyait, en dehors du prix du meilleur acteur secondaire qui était fortement pressenti. Et le voilà reparti des Oscars avec le prix du meilleur scénario, mais surtout celui du meilleur film, célébration ultime pour ce qui était déjà un joli succès du cinéma indépendant, glanant près de 150 M$ dans le monde et plus d’un million d’entrées en France avant même sa consécration. Alors que peu des meilleurs films des derniers Oscars vont durablement marquer, la plupart de ceux des dix dernières ayant déjà été oubliés, celui-ci fera-t-il exception ? Peu probable, mais c’est assurément l’un des plus méritants de la sélection.

Tiré d’une histoire vraie, le film se déroule en 1962, période sous haute tension pour les afro-américains puisque la ségrégation avait encore cours, bien que le racisme culturel résiste encore un demi-siècle plus tard. Pianiste de renom, Don Shirley (Mahershala Ali) voulait alors entreprendre un voyage des plus compliqués : une série de concerts dans le sud des Etats-Unis, zone où la ségrégation était particulièrement forte et les comportements agressifs. Sans emploi et un peu au pied du mur, Tony Vallelongua (Viggo Mortensen), italien proche du milieu mafieux, va accepter à contrecœur un emploi de chauffeur / garde-du-corps, lui qui ne supporte pas les personnes de couleurs. Un riche noir pédant, un gros bof italien au sang chaud : deux hommes qui n’avaient rien en commun et qui n’étaient pas fait pour s’entendre, et le hasard des choses va les réunir pour un voyage de huit semaines.

Voilà ce qu’on appelle un feel-good movie. Le film part de thématiques assez graves pour au final nous livrer un road-movie où deux inconnus vont apprendre à se connaître et à s’apprécier. Un choc de cultures où chacun a à apprendre de l’autre et où tout le monde en ressort grandi. Le film n’est pas là pour nous balancer sagement sa morale, il est surtout là pour faire un point sur le monde, son évolution (ou non en l’occurrence), mais surtout pour nous faire comprendre son fonctionnement. Si la distinction raciale est naturelle, le racisme au sens de « la peur de l’autre » est quant à lui plus culturel. Indubitablement dans une cérémonie des Oscars où la mixité était à ce point mise en avant, le sacre du film est évidemment politique, mais le film ne démérite pas pour autant. Si en terme d’écriture ou de mise en scène le film n’a rien de bien original, son histoire n’en reste pas moins agréable à suivre, la femme de Tony apporte une émotion qui fait du bien, et le jeu des acteurs est effectivement excellent. Mahershala Ali campe encore un peu toujours le même genre de personnage, et il le fait parfaitement bien, mais j’aurais plus tendance à applaudir la performance de Viggo Mortensen, au rôle très éloigné de son répertoire, arrivant pour le coup à sortir un accent italien convaincant, sans compter la métamorphose physique. À l’image de la plupart des Oscars du meilleur film de ses dernières années, il est probable que le film sombrera vite dans l’oubli et ne marquera assurément pas l’histoire, mais il a le mérite d’offrir un excellent divertissement, largement plus abouti que la plupart des autres prétendants qui étaient en lice.

Critique aussi disponible en vidéo complémentaire : https://youtu.be/lX0u1ue4rZ8

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Roma

Roma
2018
Alfonso Cuarón

Voici donc l’un des grands favoris des Oscars qui récolta pas moins de dix nominations, dont toutes les catégories les plus importantes (meilleur film, réalisateur, actrice, scénario, photographie… ). Après deux films de science-fiction très biens accueillis, on attendait avec impatiente de savoir quel allait être le nouveau projet d’Alfonso Cuarón, et nombre ont été déçu de savoir qu’il nous préparait un pur film d’auteur, espagnol et en noir et blanc. Pourtant, le voilà auréolé de prestigieuses critiques, acclamé dans les plus grandes cérémonies. Et pourtant…

Le film nous conte l’histoire d’une bonne (femme de ménage) hispanique dans une famille de « riche » à Mexico aux alentours des années 60-70 semble-t-il (La Grande Vadrouille, sorti en 1966, étant diffusé en salles). La mise en images de la banalité de la vie, du quotidien de chacun, vue par une femme banale.

Dès les premières minutes les problèmes s’enchaînent. Ne serait-ce que deux choix de réalisation qui laissent perplexes, que ce soit le style contemplatif ou le traitement de l’image. Il y a deux types de films contemplatifs : les films d’atmosphère qui misent sur la poésie de l’instant, et ceux qui confondent se poser et se reposer. Les scènes semblent s’éterniser sans que cela ne serve le propos, à supposer qu’il y en ait un. On comprend aussi l’intérêt de la couleur quand le noir et blanc empêche parfois de comprendre ce que l’on regarde. Également, l’étalonnage est bizarre, manquant de contraste, faisant que les nuances de blancs perdent en lisibilité, et côté réalisation les mouvements de caméras sont parfois peu esthétiques. Mais bon, si le rythme ou l’esthétisme peuvent effectivement empêcher d’apprécier un film, une bonne histoire aurait pu tout rattraper. Seulement c’est là le hic, c’est le assurément le point le moins convaincant du film. On suit une famille, sa bonne qui tombera enceinte, et c’est tout. Le film tentera bien de créer un petit électrochoc après 1h30 de profond sommeil, mais ne connaissant pas l’histoire Mexicaine de l’époque, à titre personnel la mini guerre civile de moins de cinq minutes m’a plus sorti du film qu’autre chose. Le passage à l’hôpital est en revanche une très grande réussite en terme d’émotion et d’intensité, mais les questions sont nombreuses. Par exemple, à quoi sert le chien ? Montrer que les riches sont des connards qui prennent un animal sans prendre conscience de la charge de responsabilité qui en incombe ? C’est lourd. Le cliché du connard qui se barre quand la fille annonce sa grossesse… Au secours ! Pire, le film en rajoutera deux couches, pour être vraiment sûr que le spectateur ait bien compris le message. Clairement s’il n’y avait pas le nom d’un illustre réalisateur attaché au film, il est évident que jamais le film n’aurait fait parlé de lui, sauf à la limite pour les pauvres cinéphiles tombés dessus par hasard, et qui auraient le devoir de mettre en garde le reste du monde contre un ennui si mortel. Rarement vu un film aussi surcoté, les quelques moments réussis et le talent des actrices ne pouvant effacer autant d’esbroufe visuel, mais surtout une histoire si plate et ennuyeuse.

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Jusqu’à la Garde

Jusqu’à la Garde
2018
Xavier Legrand

La dernière cérémonie des Césars a récompensé à quatre reprise ce film, et pas dans les moindres catégories : meilleur film, meilleur scénario, meilleure actrice et meilleur montage. Cela me rappelle que je n’ai toujours pas vu le gagnant de l’an dernier, la faute à un thème qui ne me concerne pas, voir qui me dérange. Mais quand je me remémore les autres gagnants des deux dernières décennies, sur les vingt films très peu m’auront vraiment marqué, et je n’en ai apprécié qu’une poignée. C’est dire à quel point je ne crois plus beaucoup en cette cérémonie.

En France, près de trois femmes par semaine meurent de violences conjugales. À quand un film sur les baignoires qui tuent une centaine de gens chaque jour ? Soit-disant victime de violences, Miriam (Léa Drucker) avait kidnappé ses enfants et refusait jusqu’alors que le père (Denis Ménochet) ne les approche, mais avec un tel comportement le verdict ne pouvait qu’aller en faveur du père, qui obtiendra donc ses droits habituels (un week-end sur deux, moitié des vacances scolaires). Ce dernier, prêt à tous les sacrifices pour la chair de sa chair, va quitter son travail et ses amis pour s’installer là où sa famille est partie, à 500 km de son ancien foyer. Ayant enfin obtenu gain de cause au niveau de la justice, il pensait pouvoir enfin reprendre le cours de sa vie, mais c’était sans compter sur son ex femme, multipliant les coups en douce et ayant réussi à liguer ses enfants contre lui.

N’y allons pas par quatre chemins : ce film est raté. Son but est d’alerter sur la violence conjugale, mais le film n’en montre jamais. Au contraire, à la place on a une espèce de folle qui semble vouloir faire du mal à son ex mari pour des raisons qui échappent totalement au spectateur. Elle parle sans cesse de sa violence, de sa méchanceté, mais le film nous montre sa dévotion, son besoin d’amour, constamment mis à mal par cette mégère qui le pousse sans cesse à bout. On est typiquement dans le cas d’une personne qui demande à une personne calme de se calmer : du pur foutage de gueule qui pousse justement quelqu’un de calme à devenir violent. Le film en viendrait presque à légitimer la violence conjugale quand on voit tant d’injustice et de méchanceté gratuite, et c’est là son plus gros problème. Pour rendre son propos cohérent, il aurait fallut montrer cette dite violence conjugale, puisque même la notion de « conjugale » n’a pas lieu d’être dans la mesure où la séparation a déjà eu lieu. Ou alors il aurait fallut faire de la mère un personnage droit, et non une vile manipulatrice passant son temps à mentir. Elle en devient à force la créatrice d’un monstre dédaigneux et horripilant, son fils. De même, si le père était effectivement violent, il aurait fallut le montrer énervé sans raison, et pas exclusivement quand le monde s’acharne à le rendre malheureux. Un mot aussi sur le scénario passablement mauvais, au développement si prévisible et aux histoires laissées en plan, comme celle de la fille. La réalisation est elle aussi fade, mais pire reste sans nulle doute la fin : un modèle d’arrogance. Une porte qui se referme pour tourner la page, un générique qui défile sans un son, toute une symbolique. De la pure esbroufe qui ne fera ni oublier les faiblesses d’écriture avec les histoires laissées en plan, ni le problème viscéral de la thématique mise à mal par un propos contradictoire. En somme, le film n’a rien de novateur et se montre assez ennuyeux, tout en ratant complètement message. Lamentable.

Disponible en vidéo complémentaire : https://youtu.be/njiXzQ0HHRc

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Kaamelott

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Kaamelott
2005 – 2009
Alexandre Astier

Si je vous dis série française, on pense surtout à une avalanche d’étrons abrutissants à la qualité bien morne, car mise à part peut-être Caméra Café, pratiquement aucune série française n’a su se distinguer dans la durée, au point que même ceux qui ne l’ont pas découverte à l’époque en ont entendu parlé et ont su l’apprécier. Assurément l’une des rares à avoir marqué dans la durée et au-delà de sa génération, la série Kaamelott a réussi là où pratiquement tous ont échoué : racoler avec de la comédie format court pour au final devenir plus qu’un simple divertissement en allongeant son format et en assombrissant son propos. Un renouvellement salvateur qui a énormément contribué à la légende de la série, désormais au panthéon du genre.

Période un peu floue et donc l’existence même du mythe est incertaine, la série reprend la fable du roi Arthur, la table ronde et la quête du Graal qui aurait potentiellement prit part au début du Moyen-Âge vers la seconde moitié du V° siècle. Homme orchestre officiant à quasiment tous les étages, allant de l’écriture, la réalisation à la composition, Alexandre Astier y campe aussi le fameux roi Arthur, leader charismatique à la tête du royaume de Logres, qui devra mener à bien la quête du Graal, vase magique qui a recueilli le sang du Christ, tache que lui ont confié les dieux, et ce malgré l’équipe de bras cassés qui l’entoure. Série parodique et humoristique, l’œuvre détourne la légende pour nous proposer une multitude de sketchs de trois-quatre minutes où le roi doit faire face à l’incompétence ahurissante de chacun. On retrouvera dans les personnages hauts en couleurs : Léodagan (Lionnel Astier), beau-père du roi obsédé par la défense militaire et qui n’a de cesse que de décrier la politique de tapette du roi ; sa femme Séli (Joëlle Sevilla), vile conspiratrice et castratrice ; leur fille, la reine Guenièvre (Anne Girouard), aussi belle qu’intelligente, #ironie ; son frère Yvain (Simon Astier), aussi faible de corps que d’esprit, comme son collègue Gauvain (Aurélien Portehaut), fils du roi Loth (François Rollin), passé maître dans l’art de la traîtrise ; Lancelot (Thomas Cousseau), bras droit du roi et seul homme intègre tenant la route ; au contraire des deux chevaliers les moins preux, Perceval (Franck Pitiot) et Karadoc (Jean-Christophe Hembert), plus présents à la taverne du village que sur le front ou sur les routes à chercher le Graal ; Dame Mevanwi (Caroline Ferrus), la femme de Karadoc qui gagnera peu à peu en importance ; Bohort (Nicolas Gabion), un autre chevalier de la table ronde particulière couard et efféminé ; Merlin (Jacques Chambon), soit-disant grand enchanteur, mais lui aussi tout aussi incapable que la plupart des proches du roi ; la Dame du Lac (Audrey Fleurot), fée censée guider le roi mais à l’utilité douteuse ; ou encore le désabusé Père Blaise (Jean-Robert Lombard), brodant tant bien que mal autour des contre-performances de l’équipe. Côté invités de marque, on notera les présences remarquées (puisque sur un grand nombre d’épisodes) de Antoine De Caunes, chevalier benêt suivant aveuglément celui qui parlera le plus fort ; Alain Chabat, duc d’Aquitaine tout aussi naïf et limité ; Elie Semoun, évangéliste extrémiste ; Christian Clavier, érudit consultant amateur de grosse morue ; ou encore la regrettée Valérie Benguigui qui campe à de multiples reprises une voyante. Voilà pour ce qui est du casting principal, du moins pour les cinq premières saisons.

Une troupe extrêmement fournie qui donne le tournis, mais c’est une des forces de la série. Avec autant de personnages au caractère si prononcé, cela fait autant de petites histoires à développer ou de ressorts comiques à poncer, sans compter certains personnages moins présents mais qui en auront marqué plus d’un comme le duo de fermiers, l’impayable Venec, ou le plus attardé de tous, Kadoc. La richesse du matériau permet une diversité de situations incroyable, et de ce fait malgré le manque de fond des deux-trois premières saisons, on ne s’ennui pas une fois. Le format sketch n’a pas le temps de nous lasser, riant tantôt des âneries des uns, tantôt des bourdes des autres. Le contexte de l’époque et la magie entourant la fable permet toute sorte d’excentricités, les décors ont de la gueule, les costumes aussi, et plus encore les acteurs se révèlent dans l’ensemble tous très bons. Mais ce qui a fait à ce point la renommée de la série à ses débuts, c’est surtout le talent de la plume d’Alexandre Astier, nous régalant de dialogues savoureux et de comique de situation finement travaillés. On pense notamment à la corde dans les bois, nous montrant tour à tour la situation vu selon le point de vue de tous les personnages. Un petit bijoux d’écriture.

Ainsi, durant les quatre première saisons, on passera d’une réunion calamiteuse de la table ronde à la déperdition en pleine taverne en passant par la débandade des champs de bataille, le tout dans un esprit parodique où le monde entier semble composé de cons ayant semble-t-il décidé de tout faire pour emmerder le roi. Entre les fermiers qui veulent tout cramer, les chevaliers abrutis et une quête du Graal qui piétine, on passe un excellent moment, et on ne saurait assez dire merci à l’équipe qui nous a tant régalé. Mieux encore, pour éviter de se complaire dans un même format durant trop longtemps, avant de prendre un virage en terme de durée et de montage avec le cinquième livre, à partir du livre III mais surtout le IV, le ton a progressivement évolué pour nous conter des histoires plus sérieuses et dramatiques, tout en restant en grande majorité de la pure comédie. Bref, une formule qui marche du feu de dieu, nous régalant pendant quatre belles années, mais pour raconter une vraie histoire une évolution était inévitable.

Livre I à IV : 

Période délicate pour les fans de Kaamelott, le Livre V n’a pas été du goût de tout le monde entre ceux qui voulaient se complaire dans la pure comédie, déçus du tournant, et les autres dont je fais parti, saluant la prise de risque pour un résultat si prodigieux. Il faut dire que la série a été diffusée sous deux formats pour cette saison : huit épisodes d’une cinquantaine de minutes, et cinquante épisodes de sept minutes. Si le format court sied particulièrement bien à la comédie, il perd tout intérêt, voir nuit carrément quand le style est purement dramatique. Or le tournant est ici total. L’heure n’est plus à l’amusement : le roi, fatigué d’être constamment remit en question, a replanté l’épée Excalibur dans son rocher originel et ne compte pas la reprendre, abandonnant le trône alors que son fidèle Lancelot est porté disparu après sa rébellion avortée. Le royaume se déchire de toute part, des clans autonomes prennent place, actant la dissolution de la table ronde pendant que Arthur, aux portes du désespoir, cherche une raison à sa vie, partant en quête de sa descendance. Les thématiques sont fortes, les acteurs bouleversants, mention spéciale au charismatique Méléagant (Carlo Brandt), de même que Guy Bedos qui trouve là probablement le meilleur rôle de sa vie, du moins celui où il convainc le plus. On voit ainsi le monde partir en vrille, comme fasciné par les flammes consumant tout sur leur passage. La tension monte crescendo avec l’arrivée de Méléagant, nous mettant une boule à la gorge qui éclatera de façon violente avec une fin de saison d’une rare justesse émotionnelle, balayant tout sur son passage. Simple série humoristique, Kaamelott venait pour moi d’entrer dans la légende.

Livre V :

Si déjà le Livre V a divisé, le livre VI a été un divorce pour certains, mais là encore je salue un effort supplémentaire, tant en terme de moyens techniques que de volonté artistique. Cette nouvelle salve de neuf moyens-métrages d’une cinquantaine de minutes nous replonge cette fois dans la jeunesse d’Arthur, plus précisément à la fin de ses classes dans la milice romaine. Un ambitieux tournage dans les décors d’époque, reconstitués dans la cité du cinéma de Rome, marquant une nouvelle fois le domaine du divertissement télévisuel français par les moyens mis en œuvre. La plongée dans la mythique cité antique vaut le détour, nous faisant au passage découvrir de nouveaux visages parmi lesquels se distinguent Lucius Sillius Sallustius (Patrick Chesnais), le bienfaiteur d’Arturus (nom romain d’Arthur) qui cherche en réalité à s’attribuer tout le pouvoir ; Manius Macrinius (Tchéky Karyo), général romain las d’une décennie passée sur le front breton ; Manilius (Emmanuel Meirieu) et Verinus (Manu Payet), les deux meilleurs amis de l’époque d’Arturus ; Caius (Bruno Salomone), l’homme qui demande aux connards de faire griller un porcelet, avec politesse ; ou encore César (Pierre Mondy), vieil homme las qui a perdu sa flamme d’antan. Ces quelques nouveaux sont très charismatiques et la plongée dans Rome est une franche réussite avec des gains de galons inspirants, mais le bilan n’est pas pleinement satisfaisant.

En effet, on restera dans l’ensemble un peu sur sa faim. Arrivé à la seconde moitié, nombre de personnages seront laissés pour compte, ne leur offrant pas un développement satisfaisant, et concernant le passé en Bretagne, on restera mitigé entre l’efficacité du fan-service et son absence d’intérêt. De même, nombre de personnages secondaires romains sont ennuyeux, à l’image du chef de la milice vite saoulant, mais surtout de la bande d’érudits en toges dont le running-gag est aussi raté qu’usant. Même la réalisation connaît pas mal de ratés, certains mouvements étant parfois trop brusques, voir saccadés. Alors oui, les décors ont de la gueule et quelques histoires méritaient effectivement qu’on les raconte, mais dans l’ensemble ça reste assez dispensable tant on voulait surtout voir la suite des événements, d’autant qu’au final onze ans vont séparer la sortie du premier film de la fin de la série télévisuelle. Si la qualité d’écriture est toujours là et que la musique est sublime, le nouveau casting n’est pas toujours à la hauteur, et après un cinquième livre si abouti, on en attendait forcément plus. En espérant que les films se fassent bien et que cette histoire connaisse la fin qu’elle mérite, en attendant la série reste un monument de la télévision française, modèle comique à ses débuts, œuvre magistrale par la suite.

Livre VI :

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9 Jeux de Rêve

Chaque nouvelle année vidéo-ludique qui passe rend le constat de plus en plus amer : plus rien ne semble en mesure de nous faire rêver. La qualité est là, on passe un bon moment parfois, mais l’attachement émotionnel se fait distant, l’attente moins grande. Nos exigences sont fondées sur des classiques qui semblent indépassables, et pourtant, chacun d’entre nous aspire à une grandeur propre à nos rêves.

De quoi sont fait vos rêves ? Quels sont les jeux qui vous ont le plus marqué ? Aujourd’hui j’avais envie de partager sur ce thème si riche, et voici donc neuf jeux que j’aimerais voir débarquer un jour, si Papa Noël veut bien s’en donner la peine :

https://www.youtube.com/watch?v=HHax3DNMV7I

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Johnny English contre-attaque

Johnny English contre-attaque
2018
David Kerr

Très fan de l’humour British et trouvant que Rowan Atkinson a un pouvoir comique énorme, j’ai toujours voulu y croire, mais le passé n’est pas très glorieux. Troisième opus d’une saga parodiant l’espionnage, Johnny English avait un certain potentiel, mais jusqu’à présent l’inspiration faisait défaut, les gags étant éculés et le scénario désastreux. Avec un budget en baisse et des recettes identiques, il y a fort à parier que le pire agent secret reviendra, mais à quoi bon…

Cette fois devait être la bonne : le MI7 avait enfin réussi à se débarrasser de Johnny English (Rowan Atkinson), reconverti en professeur de collège. Seulement voilà, la base de donnée contenant l’entièreté des agents actifs va être piratée, et pour enquêter dessus il fallait donc faire appel à un agent qui n’y figurait plus. Le dernier recours pour la première ministre (Emma Thompson), désespérée de devoir confier la sécurité du pays à un individu pareil.

On pourra se consoler sur au moins un point : si le pitch du film est anecdotique, il a le mérite de justifier le retour de Johnny, et pour une fois les réactions qu’il suscite sont raccord avec son personnage. Et pourtant, même si c’est malgré lui, il n’a jamais été aussi efficace, prenant même certaines bonnes décisions consciemment ! Le personnage de Jake Lacy ne trompera personne et Olga Kurylenko est pratiquement réduite à l’état d’objet sexuel, servant juste d’atout charme telle une James Bond girl, faisant de l’écriture du film une vaste blague, mais au moins ça a le mérite d’être cohérent. Un peu à l’image du gag sur la réalité virtuelle, une hérésie de hasard dans la pratique, mais admettons. Pourquoi pas, au moins c’est à peu près drôle. Le film est toujours dans cette inconfortable zone de dérangement, donnant un ressenti mitigé entre l’amusement et le grotesque absurde, gênant même, des situations. La tandem avec Bough marche plutôt bien, mais étant absent du second volet, son retour a moins d’impact, le public l’ayant largement oublié en deux décennies. Sans rire jusqu’aux éclats, le film arrivera à nous arracher tant bien que mal quelques sourires, un peu forcés à cause de la lourdeur générale. C’est peu, mais mine de rien c’est probablement le moins mauvais de la saga.

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En eaux troubles

En eaux troubles
2018
Jon Turteltaub

Voilà ce qui s’annonçait comme l’un des blockbusters les moins intéressants et les plus dangereux commercialement de l’été. Faire un énième film de requin en rappelant un ancêtre préhistorique démesuré sonnait comme de la série B pathétique, et lui accorder un budget faramineux de 130 M$, ce qui est pratiquement le triple de la moyenne des recettes des films où son acteur vedette Jason Statham tient le premier rôle, était tout simplement une aberration. Alors certes, le film s’est notamment gavé en Chine où il a rapporté près du tiers de ses recettes, mais avec 530 M$ dans le monde, ce qui sonnait comme une grosse blague s’est avéré être un coup de génie monstrueux. La preuve qu’il y a l’art et la manière.

À priori scientifiquement irrecevable, mais théoriquement fascinant, le film repose sur une idée assez dingue : et si le fond des océans n’en était pas un ? Persuadée que le fond marin n’est en réalité qu’une inter-couche, un peu comme une plaque de calcaire (posée expressément par dame nature ?), une équipe de scientifiques va chercher à en percer les mystères, loin de se douter du drame qui allait survenir. En effet, en créant une brèche dans ce fond marin, ils vont libérer un Mégalodon, requin géant préhistorique de plus de vingt mètres de long, désormais plus grand prédateur de notre ère.

Alors oui, bien sûr, le film est avant tout un grand spectacle proposant un monstre de taille gigantesque, rendant terrifiant tout ce qui est en contact avec de l’eau. Tout n’est pas la démonstration, créant une ambiance en plus de la violence de la confrontation, et le rendu à l’écran est impressionnant. Sur la forme, le film est donc évidemment ce qu’il se targuait d’être, mais sur le fond le film est finalement bien plus intéressant qu’il n’y paraît. Déjà son idée de base sonne crédible, même si on se doute qu’elle ne l’est pas. Les personnages dépeints arrivent eux aussi à nous convaincre, car malgré quelques stéréotypes ambulants, la sincérité semble là, créant une certaine affection, et on se surprend nous-même à vouloir voir avancer l’histoire entre le héros et la mère célibataire. Le film joue assez intelligemment sur nos attentes, ménageant avec brio certains effets de surprise. En terme d’écriture le constat est contre toutes attentes excellent, reposant sur un scénario solide, des personnages réussis et des dialogues drôles et percutants. On peut même lire une critique du capitalisme, voir un message un peu végane. Plus qu’un divertissement d’envergure, le film arrive aussi à proposer une histoire cohérente et intéressante, une prouesse à louer.

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Final Fantasy VII – Advent Children

Final Fantasy VII – Advent Children
2005 (et 2009 version Complete)
Tetsuya Nomura, Takeshi Nozue

Alors qu’aucun épisode numéroté ne se situe dans le même univers ni n’intègre aucun personnage d’un quelconque autre jeu numéroté, les gens n’ont visiblement pas comprit que Final Fantasy, ça n’est pas une longue histoire déroulée sur une pléthore de jeux, mais bien une foultitude d’histoires indépendantes ayant pour seuls points communs quelques noms d’objets, quelques mêmes monstres du bestiaire, des magies et invocations identiques. Bref, c’est avant tout un héritage lexical, brièvement aussi en terme d’ambiance et de style, mais chacun ayant son propre style visuel et univers, la licence véhicule plus un savoir-faire qu’un style établi et fixe. Entre ceux ne connaissant pas la saga et ceux qui n’ont pas compris que le film n’avait aucun rapport à avoir avec les jeux et pouvait s’autoriser une dépendance totale, le film Les Créatures de l’esprit fut un échec cuisant, et c’est là qu’intervient ce film. Puisque l’originalité n’avait pas payé, voici donc une suite sous forme de long-métrage à leur plus gros succès de tous les temps : Final Fantasy VII, qui avec ses diverses sortie a cumulé pratiquement dix millions de ventes dans le monde.

Même si la tentative de Marlène de resituer le contexte, il faut partir du principe que la personne regardant le film connait le jeu, sans quoi elle passerait assurément un assez mauvais moment. Quand il y a autant de personnages et aucune présentation ni développement, ce qui est largement problématique dans le cas de nouveaux arrivants, c’est clairement qu’on ne prend pas en compte la possibilité d’un public là par hasard, ou débarqué en cours de route. Se déroulant deux après l’affrontement dans le cratère nord, le film part d’un postulat assez intéressant et raccord avec la fin du jeu qui annonçait grosso modo la fin de l’humanité d’ici 500 ans (à moins d’une évolution à la FFX) : puisque la Terre a failli mourir à cause des humains, pour s’en prémunir à l’avenir notre planète a décidé de nous éradiquer. Par la rivière de la vie qui coule en toute chose, notre planète a disséminé une toxine mortelle : les stigmates. Un climat de peur et de désespoir s’est alors installé, et trois autres expériences d’Hojo se sont échappées et entendent bien tirer parti du chaos pour poursuivre le combat de Séphiroth.

La première fois que j’avais vu ce film, j’étais comme un dingue. Les combats sont dantesques, graphiquement le film est magnifique, je retrouvais mes personnages adorés et les musiques cultes du jeu. Depuis la magie s’est ternie, le jeu ayant passablement mal vieilli, pas tellement au niveau visuel (la version PC agrémentée de quelques mods permet même d’avoir un rendu à la fois très fidèle et moins hideux) mais surtout au niveau de son histoire. Entre une localisation française pas top, des longueurs et des personnages au fond assez creux, c’est probablement l’épisode le plus mal écrit de sa génération (VIII à revérifier, mais le IX a des personnages bien plus profonds, et son scénario, certes plus simpliste, est néanmoins plus cohérent et solide). Le vide des personnages est dans ce film criant à souhait, les turks étant des comic-relief usants, Cloud est l’éternel dépressif avec deux de tension et zéro d’émotion, et ses acolytes sont des stéréotypes en puissances entre Barret la grosse brute au grand cœur (pas ressemblant pour un sou à sa version dans le jeu au passage), Youfie la waifu pure jus, Tifa la grognasse transie d’amour (on sent que Sakura en est largement inspirée), pour ne citer qu’eux. Et que dire du méchant iconique Séphiroth sans qui la franchise n’arrive pas à exister ? Pour en revenir encore à FF IX, dans le genre création qui pète un plomb, Kuja était mille mieux travaillé. Là on a trois méchants lambda, sortis d’on ne sait où, faisant complètement n’importe quoi dans un hasard complet, simplement poussé par « la volonté de Séphiroth ». Le scénario est plat, son idée de base n’étant pas correctement développée, et les incohérences sont légion. Les deux plus énormes sont l’utilisation d’une matéria bleue pour faire à la fois de la magie et une invocation (pauvre Bahamut sorti tout droit de Power Rangers… ), mais surtout le combat de fin où Cloud est seul, comme dans le jeu. Là aussi le problème était de taille, et avoir Tifa en soutien aurait était magnifique, mais encore une fois, au risque qu’il meurt comme un con, on le laisse tout régler. C’est usant, ça ne va nulle part, ça ne raconte rien. Alors oui, c’est visuellement superbe, la VF est excellente, quelques idées de design sont top, les combats en jettent un max et on a plaisir de revoir cet univers qui a bercé nos jeunes années de joueurs, mais le film en lui-même ne vaut pas grand chose. Du divertissement fan-service pur et dur, et il faut espérer que le remake a venir sera moins fainéant sur le fond, sans quoi la désillusion sera fatale.

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The Passenger

The Passenger
2018
Jaume Collet-Serra

Fatigué des films d’action et ayant franchit la barre des 60 ans, Liam Neeson avait déclaré vouloir prendre ses distances avec le genre après Taken 3, mais c’était sans compter sur le réalisateur Jaume Collet-Serra, qu’il retrouve pour la quatrième fois. Après le vol d’identité et le huis clos en avion, leur troisième collaboration fut une douche froide, dénuée de concept et proposant un polar classique et ultra décousu qui se prit une claque au box-office. Cette fois on revient à un pitch plus marqué, à défaut d’être original puisqu’on a déjà deux films d’action en train : L’attaque du métro 123 et Unstoppable.

Chaque nouvelle génération qui arrive est encore plus cupide, opportuniste et dénuée de morale. Après une carrière comme policier, Michael (Liam Neeson) s’était reconverti dans les assurances, prenant depuis dix ans le même train pour se rendre à son travail. Ayant déjà un crédit sur sa maison et sur sa voiture, il passait déjà un moment difficile avec l’entrée en université de son fils, et le changement de direction, avec à la tête un jeune con constatant simplement qu’un employé âgé est plus cher et moins efficace, ne pouvait pas tomber plus mal. Quand une étrange dame (Vera Farmiga) va lui proposer cent mille dollars en échange d’un petit service, la tentation sera grande, loin de se douter dans quoi il allait s’embarquer sans même le vouloir.

Enquête en huis clos dans un train avec de grosses séquences d’action, voici cette combinaison gagnante à mi chemin entre Le Crime de l’Orient-Express et Non-Stop, même si le scénario ne sera pas aussi retord, de même que l’action sera un peu moins extrême, bien que largement efficace. Dès le début le film rassure sur sa qualité, tant au niveau de l’écriture que du jeu des acteurs, puisqu’en moins de dix minutes le film arrive à dresser un portrait plus large et plus probant des principaux problèmes du modèle américain que dans l’entièreté du film Lady Bird, pourtant entièrement centré dessus. On découvre alors un casting assez dingue, comprenant Sam Neill, Elizabeth McGovern, Jonathan Banks ou encore Patrick Wilson. Mieux encore, le film a l’intelligence de n’en placer aucun dans le train, à part brièvement un habitué, évitant le syndrome Mentalist, série où le coupable (ou personne à trouver en l’occurrence) de l’épisode était systématiquement le seul acteur vaguement connu. Un concept pas forcément si original, mais au moins le film le traite efficacement, ça reste globalement cohérent, et pas une fois on ne décrochera entre le rythme effréné et le suspense haletant. Une bonne cuvée du genre qui fait plaisir.

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