Papa

Papa
2005
Maurice Barthélémy

De par le statut culte de la plupart de ses rôles, ses émissions de télé qui ont marqué l’histoire et qui continuent de nous divertir encore aujourd’hui grâce à l’excellent Burger Quizz, sans compter les sketchs mémorables des Nulles, Alain Chabat a une sorte d’aura qui touche au sacré. Sa présence donne tout de suite un attrait tout particulier à n’importe quelle œuvre, bien que pas forcément gage de qualité. Mélange de nostalgie mêlée à la joie désormais de retrouver un papy farceur sur qui les années n’ont aucune emprise, il n’en restait pas moins un paramètre primordial à prendre en compte : le réalisateur. Ex de la troupe des Robins des Bois dont le niveau, malgré quelques fulgurances, était plutôt très bas, sa carrière a depuis été pour le moins chancelante, pour ne pas dire complètement bancale.

Quasi moyen-métrage puisque atteignant tout juste les soixante minutes, le film est une sorte de road movie façon film d’auteur français, mettant en scène un père (Alain Chabat) et son fils traversant la France (à Priori de Paris, puisque l’immatriculation est du 75, et d’après les décors à destination du sud du pays non loin du massif central). Une traversée d’environ 700 km en quatre jours (prenant pourtant l’autoroute et semblant conduire quasi non stop !), l’occasion de se retrouver tous les deux.

Réussir à faire un film particulièrement long alors que la durée avoisine les soixante-dix minutes, c’est un sacré exploit. Tout du long les deux ruminent la mort du petit frère dans un mélange de dépression et de bonne humeur, donnant une ambiance très posée et sans enjeux, la phase de deuil ayant semble t-il déjà été faite. Tout ne sera alors que discutions futiles entre un grand enfant quasi absent, enchaînant les blagues sans la moindre conviction, et son enfant à lui, inexistant au possible. Ni insupportable ni attachant, juste vide. Les interactions avec le reste du monde seront quasiment inexistantes, créant une certaine frustration puisque ne se servant jamais des rares occasions pour développer quelque chose. L’autostoppeuse servira quasiment qu’au père pour se parler à lui-même, et la tante ne montrera que la capacité cérébrale limitée des deux gros mous qu’on suit tout du long. Pas de réflexion sur la mort, juste une acceptation faite avant même le film, aucun enjeu familial puisque le père et le fils n’avaient pas tellement besoin de se rapprocher, et le reste n’est que musique d’antan, taillage de route et arrêts en stations. Le scénario est vide, les acteurs peu investis et la réalisation minimaliste. C’est à ce demander comment un film ne nécessitant quasi aucun décor, une simple vieille voiture et un seul vrai cachet, a pu engendré pratiquement cinq millions d’euros de frais, faisant de cette sortie marginal flirtant avec les trois cent mille entrées un échec. Un film sans intérêt aucun donc, attristant presque de par le gâchis qu’il représente.

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Skyscraper

Skyscraper
2018
Rawson Marshall Thurber

Chaque été a son lot de gros blockbusters plus ou moins décérébrés qui n’ont d’autre fonction que d’apporter du divertissement à l’instant T, puis d’être aussitôt jeté dans l’oubli. Vendu comme un Die Hard en mode bourrin, le film s’était un peu cassé les dents malgré son immense vedette en tête d’affiche, mais heureusement la Chine a sauvé les meubles, y récoltant le tiers de ces recettes. Connaissant leur goût en matière de cinéma, soit quasi exclusivement que des gros films d’action où ça explose de partout, ou alors des comédies plus grasses que ce que n’osent les américains, il y avait de quoi craindre le pire.

L’histoire est celle de Will Sawyer (Dwayne Johnson), un ancien soldat reconverti dans la sécurité suite à un accident qui lui a coûté une jambe, mais qui lui a aussi permis de rencontrer sa femme Sarah (Neve Campbell), l’infirmière qui s’était alors occupée de lui. Consultant pour la plus grande tour du monde tout juste finie d’être construite à Hong-Kong, il devait gérer l’ouverture de la partie haute, prévue pour devenir un nouveau secteur résidentiel. Seulement un dangereux mafieux local va voir cette expansion d’un mauvais œil, prévoyant d’y mettre le feu en piratant le système de l’intérieur. Il commettra néanmoins une erreur fatale : impliquer par hasard la famille de Sawyer.

Après The Rock face à un tremblement de terre, The Rock contre de dinos, voici The Rock face à immeuble d’un kilomètre de haut en flamme. On tient là au passage le cascadeur le plus fort de l’histoire, capable d’escalader à mains nues une grue montant au delà du centième étage d’un immeuble. Tout est dans la démesure, et pourtant le film arrive à créer une espèce de cohérence au milieu de tout ça en nous proposant un héros certes increvable et infatigable, mais non moins usé. Il n’est plus le jeune militaire qu’il était, sa démarche est pesante, gérant bien la prothèse, intelligemment utilisée tout le long du film d’ailleurs. Rien de fou pour le scénario en revanche, c’est cousu de fils blancs (sauf peut-être le coup de la sacoche) et ça ne justifie pas grand chose. Côté action le film est plutôt décevant, proposant peu de course-poursuites, combats ou phases musclées. Une certaine tension se dégage tout de même, notamment grâce à une mise en scène efficace, se permettant même quelques effets sympathiques et originaux avec la fameuse sphère. Il ne faut donc pas attendre grand chose d’un tel film, mais étrangement ça tient plutôt bien la route entre des scènes qui en imposent et un héros charismatique, donc pourquoi pas.

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Aquaman

Aquaman
2018
James Wan

Apparu de façon très peu convaincante dans l’immense échec Justice League, Aquaman semblait sceller l’univers étendu de DC tant il n’avait aucunement le potentiel pour redresser la barre, et le naufrage était annoncé. Un démarrage en demi-teinte et des critiques très mitigées ont alors confirmé la tendance, mais faisant fi de toute vraisemblance et profitant comme nulle autre des fêtes de fin d’année et d’une Chine s’étant ruée dessus, le film a pulvérisé tous les records pour un film de super-héros DC, terminant sa course au delà des 1,1 milliards de dollars dans le monde, battant même le précédent recordman The Dark Knight Rises. Folie collective ou réelle bonne surprise ? Eh bien pour moi ça sera plutôt la première option.

Héritier de l’Atlantide, Arthur Curry (Jason Momoa) est né de l’union de la reine des atlantes (Nicole Kidman) et d’un humain lambda, faisant de lui un paria vivant loin du royaume censé être le sien. Néanmoins entraîné depuis des années par Vulko (Willem Dafoe) pour potentiellement reprendre un jour le trône à son petit frère (Patrick Wilson), l’idée va devenir une urgence à concrétiser pour le bien de tous puisque ce dernier prévoit de déclencher une guerre pour que le peuple atlante prenne le pouvoir. Fuyant de surcroît un mariage arrangé, Mera (Amber Heard) va tout faire pour pousser Arthur à réclamer ses droits et prendre le trône de l’Atlantide.

Mélange de drame shakespearien et de La Petite Sirène, l’histoire du film est cousue de fils blancs, peinant à susciter un quelconque frémissement quant aux enjeux et destins de chacun. Ne restait alors que peu d’arguments possibles pour nous convaincre : l’ambiance, les personnages ou les qualités visuelles. Le film joue la carte de l’humour gros bof, et c’est à peu près ce qu’il y a de plus réussi dans le film. Alors qu’il était tout sauf sympathique dans le grand rassemblement, Aquaman est ici bien plus charismatique et cool et l’acteur fait très bien le taf, mais difficile de ne pas se dire qu’on a là une pâle copie de Thor. C’est d’ailleurs le seul : que ce soit les méchants ou les rôles secondaires, c’est une avalanche de personnages stéréotypés, et les acteurs peinent à leur donner de la consistance. Reste le visuel alors ? Un peu, mais globalement pas du tout. Quelques scènes sont épiques et les créatures marines ne sont pas trop mauvaises, mais on a rarement vu des fonds verts aussi criards : c’est bien simple, on n’arrive jamais à croire à ce qu’il se passe à l’écran. Pire, surtout pour un tel film, on ne croit pas une seconde aux effets aquatiques. Alors certes, le mouvement des cheveux passe plutôt bien, mais on en ressent ni la texture ni la pression de l’eau, et côté éclairage c’est une catastrophe absolue, la gestion du noir des abysses est absent, comme si les eaux du monde étaient devenues d’une limpidité incroyable. En résulte un blockbuster sans âme, vite oublié malgré un héros attachant, quelques bonnes scènes et un effort de réalisation louable, massacré par des effets spéciaux pas au niveau. On ne peut pas non plus dire que le film est passablement raté, ça reste du divertissement honnête, mais difficile d’y trouver plus d’intérêt.

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Mowgli : la légende de la jungle

Mowgli : la légende de la jungle
2018
Andy Serkis

Voilà bien un projet qui me laissait de marbre. J’avais détesté le classique d’animation du Livre de la jungle, et l’auto-remake de Disney était un chouia moins bancal mais toujours aussi pauvre en terme de scénario, et les effets spéciaux n’étaient pas ouf. On était loin de L’Odyssée de Pi où la frontière entre imagerie numérique et véritables animaux était pratiquement indécelable. Prévu pour sortir lui aussi en 2016, face au mastodonte qui frôla le milliard au box-office, le film fut reporté d’une année entière, puis plus rien. Prenant la poussière au fond d’un tiroir, le film fut finalement sorti par Netflix en décembre dernier, déjà acquéreur du précédent film du réalisateur, Breathe. Censée être une version plus sombre et mature, et de fait bien plus attendue par certains, le film aura donc été privé de sortie en salle, mourant dans un catalogue surchargé où il est difficile de briller.

Toujours adapté du roman de Rudyard Kipling, le film nous narre une énième fois le passage à l’âge adulte d’un petit d’homme appelé Mowgli, humain dont les parents ont été tués peu après sa naissance par le terrible tigre Shere Khan. Il fut ensuite élevé par des loups, protégé par Bagheera la panthère et Baloo l’ours. Un équilibre qui fonctionnait tant bien que mal malgré les réticences de certains, mais entre des hommes de plus en plus envahissants et un Shere Khan se sentant un peu plus menacé par Mowgli chaque jour, la vie paisible de la jungle va basculer.

Il n’y avait visiblement rien d’autre à tirer du roman d’origine et on comprend pourquoi le film a été repoussé de plus de deux ans : pour laisser aux gens le temps « d’oublier » cette histoire qu’on connait par cœur. Les différences en terme d’histoire sont minimes, le film jouant toute fois dessus, comme lors de l’enlèvement des singes où il n’y aura pas de roi. En découle quelques « rebondissements » un peu méta, tentant de nous prendre à rebrousse poil en jouant sur notre connaissance de l’histoire, mais en réalité cela nous en sort puisque faisant appel à d’autres films, cassant ainsi le quatrième mur. De même, on s’étonnera de certains ajouts grossiers dignes d’un Disney, notamment l’ami albinos avec l’éternelle scène où une amitié se brise avec des propos méchants. Une facilité scénaristique pour créer des enjeux émotionnels, et ça ne prend pas. Reste l’aspect visuel, de loin le plus gros problème du film. Alors que la version Disney 2016 était déjà un peu limite, bien que plus convaincante sur les décors, cette version est ici largement en dessous. Les animations sont plus expressives mais si peu réalistes, et en terme de modélisation c’est un naufrage, aucun animal n’arrivant à créer l’illusion une seule seconde. Au moins pour les éléphants cela nous offre un assez beau spectacle, mais tous les autres sont lamentablement ratés. Trop grossière pour les adultes, pas aussi féerique que la version Disney, cette énième itération avait un certain potentiel mais semble s’être perdue en chemin.

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L’Heure de la sortie

L’Heure de la sortie
2019
Sébastien Marnier

Une seule bande-annonce m’avait largement suffit : je me devais de voir ce film. Faute de salle le diffusant, il a fallut attendre qu’il soit disponible en support physique pour le voir, et nous y voilà enfin. Film sombre et inquiétant, le film met en avant un certain Pierre (Laurent Lafitte), professeur remplaçant arrivant dans un collège abritant une classe de surdoués. Mais s’ils sont apparemment des prodiges, c’est surtout pour faire peur aux autres qu’ils excellent. Pour Pierre il ne fait aucun doute qu’ils cachent un lourd secret et que leurs petits jeux n’ont rien d’anodin. Quelque chose se trame et seul lui semble s’en inquiéter.

Bienvenu dans une version un peu psychédélique de GTO, où un jeune professeur un peu marginal et atypique va se retrouver plongé dans un établissement sinistre et aux élèves encore moins rassurants. Pour créer un décalage encore plus perturbant, le film prend place peu de temps avant la fin de l’année, l’été a déjà bien commencé, la canicule bat son plein et le cadre se trouve être une paisible campagne où il fait bon vivre et où la classe sociale semble plutôt aisée. Mais ne nous y trompons pas : la première scène donne le ton avec le professeur principal de la fameuse classe qui décide de mettre fin à ses jours en se jetant de la fenêtre du second étage en plein cours, devant des élèves pour la plupart impassibles. Si l’écriture est franchement excellente, on regrettera quelques naïvetés qui dénotent, mais dans l’ensemble l’histoire est intelligente. Là où le film frappe vraiment fort c’est en terme d’ambiance et de mise en scène, sans oublier l’excellent casting comprenant Emmanuelle Bercot et Grégory Montel (exceptionnel, étonnant qu’il ne soit pas plus présent au cinéma), mais les deux qui crèvent le plus l’écran sont Laurent Lafitte, au sommet de sa forme, et la jeune Luàna Bajrami dont la carrière sera à suivre de très près. Un film atypique dans le paysage français, et une telle originalité et efficacité sont à saluer.

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Le Grand Bain

Le Grand Bain
2018
Gilles Lellouche

Après avoir vu la bande-annonce, je m’étais fait la réflexion que le film avait l’air particulièrement inintéressant, d’autant plus de par son sujet, et si j’avais dû parier j’aurais dit que le film allait faire un bide et que personne n’en parlerait jamais. Au final, le film fut acclamé, réunissant quatre millions de spectateurs et glanant des nominations dans quasiment toutes les catégories aux Césars, bien qu’il n’y empocha que celui du meilleur acteur dans un second rôle. Eh bien le moins que l’on puisse dire c’est que l’engouement m’échappe complètement.

La France est un pays de dépressifs, mais contrairement au Japon où l’on garde tout pour soi jusqu’à l’implosion, chez nous on rumine, on se plaint et on se bourre de médocs pour éviter d’avoir des pensées trop noires. Licencié il y a deux ans et depuis complètement amorphe et dépité de la vie, Bertrand (Mathieu Amalric) va trouver une forme de réconfort dans un groupe pour le moins improbable : de la natation synchronisé pour hommes (Guillaume Canet, Philippe Katerine, Alban Ivanov, Benoît Poelvoorde, Jean-Hugues Anglade). En les côtoyant, il va comprendre que son malheur est symptomatique de l’état d’esprit ambiant et que cela touche tout le monde. On se rassure comme on peut.

Dans ce film bien trop long, on passe tout d’abord plus d’une heure à exposer les malheurs de chacun, nous montrant bien toute la misère humaine, puis la seconde partie ne consistera pas à se reprendre, mais plutôt à accepter sa condition. Bref, ne cherchez pas à devenir meilleur, apprenez à vous satisfaire du peu que la vie vous concède. Un bilan peu glorieux pour un film qui n’est visiblement pas là pour faire rêver, mais à quoi sert-il au juste ? Le film est un relativement bon tableau de notre société actuelle, mais c’est à peu près tout. On retrouvera pas mal de noms connus au générique comme Virginie Efira, Leïla Bekhti, Marina Foïs, Mélanie Doutey, Félix Moati ou encore Jonathan Zaccaï, mais le trop-plein de personnages empêche chacun de briller, et certains sont complètement délaissés, comme celui qui a inexplicablement reçu le César, d’autant qu’un physique pareil avec une telle débâcle capillaire et pilleuse nous arrachera les yeux tout du long. C’est d’ailleurs un problème touchant l’intégralité du casting : tous les acteurs se sont laissés allé dans des propensions dantesques, et la virilité est aux abonnés absents. Cela aurait pu être impressionnant si tout le film avait été tourné dans l’ordre et que durant le mois de tournage un entraînement intense aurait permit à tous de retrouver une silhouette digne de ce nom, mais la cohérence de l’entraînement ne sera pas de la partie, perdant une occasion de donner un peu d’espoir au spectateur en lui montrant que les efforts payent. Mais non, la morosité est une fatalité… Mal équilibré, trop long, rarement drôle et pas assez touchant, le film m’a profondément ennuyé, voir agacé.

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Silent Voice

Silent Voice
2018
Naoko Yamada

Retour au Japon pour de la belle animation 2D comme seuls eux savent le faire, toujours dans la joie et la bonne humeur avec un thème des plus sympathiques : le harcèlement scolaire et le handicape. Très loin du succès retentissant de Your Name, le film a dû se contenter du dixième de ses entrées, mais son succès d’estime fut non moins aussi important, de quoi lui laisser une chance.

Arriver en cours d’année dans une nouvelle école est difficile, être de surcroît sourde et muette aidant encore moins. Petit clown de sa classe de sixième (c’est ce qui est écrit sur la porte, mais ils parlent de primaire), Ishida va trouver drôle de martyriser la petite Nishimiya, très vite rejoint par l’ensemble de sa classe, détruisant psychologiquement et émotionnellement leur camarade handicapée. Semaine après semaine, le phénomène va s’empirer, au point d’obliger Nishimiya à changer d’établissement, et face aux sanctions disciplinaires, la classe se retournera contre Ishida, passant du clown rigolo au monstre persécuteur. Lynché et abandonné, Ishida va alors vouloir se suicider quelques années plus tard, mais il va plutôt décider de devenir un meilleur homme et essayer de réparer tout le mal qu’il a fait.

Ambiance ! Dès la première scène, on découvre un petit con bien décidé à en finir avec la vie, et vue ce qu’on découvre directement après sur la violence physique et morale qu’il a fait subir à une pauvre petite fille aux sens défaillants, on se sent l’âme charitable, près à donner un petit coup de main pour l’aider à escalader la rambarde du pont. On pourra alors faire quelques constats sur la qualité d’écriture du film : la violence scolaire est très bien retranscrite, les personnages font écho à certaines personnes qu’on a pu connaître, et la gestion de la sourde et muette est parfaite, tous ceux qui ont connu quelqu’un souffrant de ce problème seront impressionnés par un tel réalisme. L’idée d’une histoire basée sur la rédemption et l’acceptation de soi est excellente, et en dehors d’une échelle de grandeur des personnages un peu étrange (le héros fait 1m90, son pote de Sim City 1m20 et la plupart des filles 1m40) l’animation est vraiment excellente. Néanmoins, le film a tout de même deux défaut assez pesants : le personnage principal a deux de tension et est incapable de prendre la moindre décision (le phénomène Shinji), et aucun personnage n’arrive à exprimer simplement ses émotions. La romance est digne des plus mauvais feuilletons, et c’est aussi torride qu’un reportage Arte. Comme toujours la fin joue constamment avec nos nerfs, et si elle reste satisfaisante, on pouvait espérer mieux. Un scénario et une animation excellents, mais cette ombre dépressive plane toujours avec son lot de frustrations et de déceptions.

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Your Name

Your Name
2016
Makoto Shinkai

Avec pratiquement 360 millions de dollars dans le monde, le film est tout simplement le plus gros succès de tous les temps pour un film issu de l’animation japonaise, surclassant même à domicile la plupart des films du studio Ghibli avec près de 25 millions d’entrées. Marché qu’on ne savait pas amateur de ce genre de film, c’est aussi en Chine que le film a fait la différence, se plaçant parmi les plus gros succès tout animation confondu avec pas loin de vingt millions d’entrées. Alors pourquoi avoir mit pratiquement trois ans à regarder ce film ? Eh bien qui dit japon dit dépression, pays où le taux de suicide est l’un des plus élevés au monde entre les hommes plus petits que la moyenne, avec une capacité musculaire réduite et une pilosité en berne, donc peu virils, et des femmes aux formes plus timides que dans le reste du monde. Bref, des complexés de la vie dans un pays où la pression sociale est sans pareille et où le pouvoir d’achat est en chute libre depuis plusieurs décennies, et ça se ressent dans leur cinéma, souvent pas très joyeux. Généralement j’en ressort profondément déprimé en me disant « oui c’était beau, mais diantre que c’est déprimant », et bizarrement je ne suis pas fan de ce genre d’émotion.

L’adolescence est une période difficile dans la vie de tout un chacun : on doit se forger sa propre identité dans un cadre où il ne faut pas sortir du moule, un moment brutal où l’on aurait le plus besoin de réconfort mais où l’on a le moins confiance en soi, rendant pratiquement impossible toute romance, et on doit en plus faire face à la pression imminente de l’entrée dans la vie active pour laquelle il faut se battre le plus tôt possible. C’est dans cette période des plus compliquées qu’un phénomène étrange va venir tout bousculer. Mitsuha, lycéenne à la campagne, et Taki, lycéen de Tokyo, vont se réveiller un beau jour dans le corps de l’autre. De temps en temps, ils vont aléatoirement se réveiller à la place de l’autre, découvrant pour elle la ville qu’elle a toujours rêver de voir, et pour lui la beauté de la nature et des anciennes traditions. Deux êtres reliés par le destin.

Que c’est rageant de voir un film passer aussi près du chef d’œuvre ! L’idée de deux personnes qui échangent de corps n’a rien de novateur, si ce n’est que le phénomène est ici aléatoire et non permanent, mais l’exécution est excellente. Mise à part le fait qu’il faut vraiment être débile pour ne pas immédiatement se rendre compte qu’il ne s’agit pas d’un rêve, le traitement est plutôt cohérent, et le choix des personnages est parfait. Un garçon de la ville et une fille de la campagne, il ne pouvait pas mieux tomber pour découvrir une vie singulièrement différente, et vu que le côté mystique repose en grande partie sur l’histoire se déroulant à la campagne, on se réjoui de voir une plus grande partie s’axer autour d’elle. Bien sûr, on pourrait toujours dire que les deux échangeurs arrivent trop facilement à faire illusion et que j’aurais personnellement essayé de m’appeler moi-même dès que la possibilité de s’échanger des informations via téléphone se serait présentée, mais globalement jusqu’à la quête avec le verre de saké, le film est quasi parfait. L’animation est magnifique, les décors somptueux, la lumière incroyable. Bref, c’est au niveau des meilleurs Ghibli, l’un des films d’animation les plus beaux qui soit. Vient alors la dernière demi-heure, passablement ratée, jouant avec nos nerfs et nous faisant constamment rager entre une mémoire volatile absurde et un bond temporel à saigner des gencives à force de serrer des dents. Il y avait deux finalités possibles à partir de l’excellent retournement de situation au milieu du film : soit nous faire pleurer en ne changeant strictement rien, soit réussir à faire quelque chose et changer le destin. Le film choisi effectivement de changer le destin, mais en perdant un temps aberrant, saccageant la mémoire et tout ce qui faisait la poésie du récit. Comme pour dire que rien n’est parfait, le film sali sa propre fin et nous refuse la beauté de l’instant. Et sinon, elle va bien la petite sœur dans Le Tombeau des Lucioles ? Psychiatre à Tokyo, il y a de quoi faire fortune…

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Avengers Endgame

Avengers Endgame
2019
Joe Russo, Anthony Russo

Initié il y a 11 ans avec Iron Man, l’univers du MCU arrive au terme d’une époque, clôturant un arc de 22 films avec l’histoire de Thanos (Josh Brolin), annoncé depuis le grand rassemblement des Avengers en 2012. Un événement cinématographique sans pareil puisqu’avant même la sortie du film la franchise avait généré plus de 18 milliards au box-office mondial, soit plus de deux milliards de spectateurs. La première partie de cette conclusion épique avait pulvérisé le précédent record de la saga, Infinity War ayant été le premier film de super-héros atteignant la barre des deux milliards de dollars au box-office, se classant alors – hors inflation – quatrième plus gros succès de tous les temps. Il ne faisait aucun doute que cette toute dernière partie allait encore battre des records, mais le raz de marrée pulvérise à l’heure actuelle même les plus folles prévisions : en seulement deux semaines le film s’est hissé à la deuxième place des plus gros succès de l’histoire, et il sera le tout premier à atteindre le seuil des trois milliards, délogeant ainsi une décennie de règne pour Avatar. Un engouement sans commune mesure, dépassant de loin le cercle d’initié d’amateurs de comics, devenant un phénomène mondial qui marquera à jamais l’histoire du cinéma. Si la collaboration entre Disney et Marvel ne s’arrêtera pas là, de nombreux projets sont déjà annoncés pour les années à venir, c’est tout de même la fin d’une ère, et les enjeux de ce film étaient juste fous.

/!\ Attention spoilers, ne pas lire ces lignes si vous n’avez pas vu le film /!\

La première partie, Infinity War, avait laissé les spectateurs en état de choc : le film s’était achevé sur la défaite des héros, Thanos finissant par mettre la main sur les six pierres de l’infinie, et mettant à exécution son plan, à savoir éliminer la moitié de la population d’un univers surpeuplé. Si certains comme Vision (Paul Bettany), Gamora (Zoe Saldana) ou Loki (Tom Hiddleston) ont été tués, d’autres manquent désormais à l’appel suite au claquement doigt : Docteur Strange (Benedict Cumberbatch), les Gardiens de la Galaxie Chris PrattVin DieselDave Bautista et Pom Klementieff) à l’exception de Rocket (Bradley Cooper), Black Panther (Chadwick Boseman), Bucky (Sebastian Stan), Faucon (Anthony Mackie), Wanda Maximoff (Elizabeth Olsen), Spider-Man (Tom Holland) et Nick Fury (Samuel L. Jackson) pour ne citer que les principaux. Pour ceux qui restent, Iron Man (Robert Downey Jr.), Captain America (Chris Evans), Natacha Romanoff (Scarlett Johansson), Thor (Chris Hemsworth), Hulk (Mark Ruffalo), Hawkeye (Jeremy Renner), Scott Lang (Paul Rudd) et Captain Marvel (Brie Larson), il sera question de comment ramener ceux qui sont partis.

Comment annuler un claquement de doigt ? En en faisant un autre : c’était l’une des principales théories, de même que le voyage dans le temps, une ambition qu’on avait pourtant du mal à concevoir dans un tel film. Les scénaristes l’adaptent à leur propre sauce pour leur permettre de ne pas annuler toute forme d’enjeu qu’un simple voyage temporel pourrait résoudre. Le passé y est immuable, le changer ne ferait que créer des réalités alternatives sans changer leur présent à eux. Un concept qui se tient, et il s’agit donc de récupérer les pierres dans le passé, faire un claquement de doigt pour ramener les disparus, puis ramener les pierres pour éviter de créer des mondes alternatifs chaotiques. Bien sûr, tout ne se passera pas comme prévu, et les événements qui amènent au combat final sont bien trouvés et cohérents, bien que créant ainsi des réalités alternatives singulièrement différentes. C’est aussi une petite pirouettes des scénaristes pour laisser certains personnages morts tout en pouvant les exploiter dans d’autres réalités où ils existent encore. Bien sûr, on pourra dire que c’est bien commode que les voyages amènent aux mêmes réalités des mêmes timelines indépendamment de l’évolution des réalités, mais on a vu des histoires de voyages temporels bien moins crédibles. Le combat final est un grand moment épique, et on peut dire que globalement cette conclusion est de grande qualité, offrant un point final à de nombreuses histoires auxquels on s’est attaché.

Place maintenant aux bons gros spoilers pour aborder certains défauts majeurs du film, ou en tous cas des déceptions immenses qui ne seront jamais rattrapées. Certes le film dure trois heures, et c’est bien assez pour tout ce qu’il y a à dire, mais l’équilibrage est très mauvais, certains passages ne servent pas le propos, et au contraire d’autres passages sont trop rushé. On pense par exemple aux photos dans le restaurant ou tout le passage au Nouveau Midgar, de purs gags bien trop longs et qui tombent un peu à l’eau, et on aurait aimé voir plus d’interactions avec le passé, ou même un combat plus long à la fin tant le nombre improbable de combattants empêche toute présence supérieure à dix secondes en dehors des membres fondateurs des Avengers dont deux tirent leur révérence. En résulte des développements de personnages soit inexistants, soit mauvais en dehors du trio de tête formé par Iron Man, Captain America et Thor, et même ce dernier déçoit un peu tant il semble avoir perdu tout enjeu. Deux cas sont même problématiques : Hulk ne sert plus à rien, ni bon scientifique ni bon combattant ; et Captain Marvel, jugée trop forte et laissée de côté pendant la quasi intégralité du film, et son personnage, sympathique et attachant dans son propre film, devient ici un stéréotype imbuvable de femme forte, provoquant quelques haut-le-cœur lors de son retour, affublée d’une coupe de lesbienne qui prouve définitivement que les scénaristes confondent féminisme et misandrie.

Impossible ne pas avoir de pincement au cœur en se disant qu’Iron Man aurait mérité de rester aux côtés de Morgan, sa fille née entre les deux films, et Pepper (Gwyneth Paltrow), et son adieu aurait pu être meilleur. De même, si on sera content pour Captain America qui retrouve enfin son grand amour, on ne pourra qu’être désolé de voir partir un personnage qui avait enfin l’étoffe des grands : le voir prendre Mjolnir est un moment particulièrement jouissif. Reste qu’une nouvelle piste ouverte donne beaucoup envie : les asgardiens de la galaxie. Renonçant au trône au profit de Valkyrie (Tessa Thompson), Thor rejoint l’équipe des Gardiens de la Galaxie à la fin du film, et aux vus des chamboulements causés par les événements de la guerre contre Thanos lors des deux derniers films, l’excitation est à son comble. Le troisième volet, initialement prévu pour 2020, devait donc relancer les enjeux de la licence, mais il faudra finalement attendre 2022 à cause d’une mauvaise blague et d’une réactivité lamentable de la part de Disney. Si la suite de Spider-Man Homecoming sera très certainement un temps fort du MCU, il faudra s’armer de patiente jusqu’en 2021 voir 2022 pour contempler un Docteur Strange 2 ou un Black Panther 2 nous rappelant aux bons souvenirs de nos héros. Avec en prime pas moins de quatre séries programmées sur Scarlet Witch, Hulk, Hawkeye et Loki pour la plateforme Dinsey+, le Marvel Cinematic Universe a encore de beaux jours devant lui, et peut-être même que le meilleur est à venir, mais rien n’est moins sûr. Une page s’est tournée. On en voudrait plus, encore et toujours, mais on peut se réjouir d’un final si grandiose.

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Ralph 2.0

Ralph 2.0
2019
Rich Moore, Phil Johnston

Si les suites sont légion au cinéma, surtout chez Disney, du côté animation le phénomène est plus rare, pour ne pas dire inexistant en dehors de suites au rabais sortant directement en DVD ou sur leur chaîne Disney Channel. En fait, sachant que Fantasia 2000 était plus une suite spirituelle, il faut remonter presque 30 ans en arrière pour trouver la dernière suite en date, celle de Bernard et Bianca au pays des Kangourous. La question qu’on se demande alors, c’est pourquoi ? Sachant que le film n’avait pas tellement convaincu et a été le moins rentable de la décennie, cette suite ayant fait légèrement mieux, poursuivre l’aventure des Mondes de Ralph avait de quoi laisser perplexe, surtout moi qui n’avait pas tellement aimé. Mais c’était sans compter sur des nièces en bas âge à la consommation insatiable de dessins animés.

Retour donc à la petite salle d’arcade où d’insouciants et fortunés jeunes gens s’adonnent au plaisir des jeux de pur divertissement, là où toute notion de scénario est balayée. Un drame est le point de secoué l’univers de Vaneloppe, Sugar Rush, puisque le volant de sa borne est cassé. Et à défaut de le changer, au vu du manque de succès de ladite borne, la question de son abandon pur et simple a été posé. Volant au secours de son amie, Ralph (François-Xavier Demaison) va entreprendre avec elle un dangereux voyage dans l’inconnu pour se procurer un nouveau volant : direction l’internet !

Dès la première scène le ton est donné : une blague, un rot un pet, la finesse est saccagée. L’excuse de départ est à peu près valide, la question était donc de savoir ce que le film allait faire avec son voyage dans l’internet. La réponse est assez décevante et convenue, enchaînant les clin d’œil pas très fins avec une absence de réalisme ahurissant, notamment sur tout ce qui entoure le buzz et l’argent. Au même titre que l’immense gâchis de l’association des méchants anonymes du premier volet, la réunion tant mise en avant des princesses Disney n’apporte pas grand chose, si ce n’est une scène sympa sur la fin, mais c’est très léger. Le scénario est toujours aussi vide, l’absence de méchant ou de menace enlève tout enjeu, et ce que le film propose pour combler est une succession de clichés éculés comme le suspense sur l’amitié ou les pseudos secrets. Visuellement ça manque clairement d’inspiration ou de parti prit esthétique, aucun passage ne m’ayant flatté la rétine. L’ennui m’aura assaillit tout du long, et je déconseille fortement ce film aux adultes.

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