Borg/McEnroe

Borg/McEnroe
2017
Janus Metz Pedersen

Alors déjà que ce qu’il s’est passé l’année dernière dans le milieu sportif en général, c’est beaucoup trop loin et j’en ai pas grand chose à carrer, mais alors du tennis d’il y a presque 40 ans, il aurait pu y avoir le meurtre du meilleur joueur de tous les temps en plein match que je n’en saurais absolument rien. Bref, les conditions étaient optimales pour se pencher sur une rivalité apparemment mythique puisque je peux ainsi juger le film sans avoir à l’analyser comme une adaptation d’histoire vraie et pouvant garder une part d’inconnu sur le destin de chacun.

Le film se concentre sur un événement majeur dans l’histoire du tennis : le tournois de Wimbledon de 1980 où le suédois Björn Borg (Sverrir Gudnason), numéro un mondial, concourait pour son cinquième titre d’affilé à seulement 26 ans (38 pour l’acteur), tandis qu’en face se dressait un autre prodige en pleine percée, l’américain numéro deux mondial John McEnroe (Shia LaBeouf), de cinq ans son cadet (soit 21 ans, et 30 pour l’acteur).

Quand on s’attaque à ce genre de film, la peur principale qu’on pourrait avoir serait qu’il ne s’adresse qu’aux fans, passant trop vite sur certains événements de peur d’ennuyer le spectateur aguerri mais délaissant les néophytes. Eh bien rassurez-vous d’emblée, même si j’ai été déçu de constater que le développement se concentrait à 80% sur Borg contre seulement 20% pour McEnroe, je ne me suis jamais senti perdu, comprenant bien qui sont les protagonistes (incluant Stellan Skarsgard en manager de Borg), d’où ils viennent et quelles sont leurs motivations. Plus que d’immenses sportifs ayant chacun marqué à sa manière le sport, leurs parcours atypiques sont passionnants et on voit l’intérêt de raconter leurs histoires et en quoi le tournois de Wimbledon de 1980 fut à ce point décisif et historique. Les acteurs, bien que largement trop vieux pour leurs rôles, sont à la fois ressemblants (d’après les images d’époques montrées à la fin) et bien interprétés, retranscrivant cette pression colossale, la rage intérieure et le dépassement de soi. D’un point de vue cinématographique, le film est aussi très réussi, composant avec une narration non linéaire, une réalisation intimiste quand c’est nécessaire et un montage très dynamique qui nous fait oublier les interminables heures que durent un match à ce point disputé. On se sent happé par cet événement sur-médiatisé qui dépasse de loin les deux pauvres joueurs, on se passionne pour l’histoire et les personnages et le film est très bien fait en terme de mise en scène et de montage.

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Le Sens de la fête

Le Sens de la fête
2017
Eric Toledano, Olivier Nakache

Je ne comprend pas. Je n’ai pas compris avant et je ne comprend pas après. Affichant certes un casting sympa, étant réalisé par un tandem qui compte plus de succès que de bons films et étant sorti durant la période propice des vacances de la Toussaint, le film n’allait à priori pas bider, mais personnellement la bande-annonce m’avait dissuadé plus qu’autre chose, enchaînant des gags faciles et déjà vus. Et puis paf, après trois abusifs millions d’entrées, la surprise du chef : une avalanche des nominations aux Césars (neuf, dont meilleur film). Heureusement, le film n’a rien reçu, mais rien que d’être nominé était une blague de mauvais goût.

Après l’organisation de colonies, place maintenant aux mariages. Gérant d’une société événementielle sur l’ancienne union sacrée, Max (Jean-Pierre Bacri) a la fâcheuse tendance à vouloir faire plaisir à autrui, ce qui inclus prendre une assistante qui insulte tout le monde, embaucher son épave de beau-frère, accepter un chanteur remplaçant (Gilles Lellouche) à la carrière inexistante ou encore un photographe (Jean-Paul Rouve) si désagréable que plus personne d’autre ne veut travailler avec lui. Une équipe de bras cassés (incluant William Lebghil et Alban Ivanov) à laquelle se rajoute un marié (Benjamin Lavernhe) qui veut mettre son grain de sel de partout. Le désastre était annoncé.

Quand on dresse un tableau où aucun membre ne va, impossible de feindre la surprise quand ça dérape. La question n’était donc plus si, mais quand, comment et à quel point. Et malheureusement, les réponses sont toutes décevantes : cela se passe de la manière la plus prévisible possible et le délire n’est pas exploité du tout, brossant à la surface en faisant simplement ce à quoi on s’attendait. Qui dit attente dit envie, donc d’un certain point de vue c’est une bonne chose, mais les gags sont très éculés et on s’ennui au bout d’un moment à force d’avoir constamment raison sur ses pronostiques. Être bousculé à l’occasion a du bon, mais ça n’arrivera tout simplement pas. Le film traîne sur la longueur, fait parfois de l’exposition d’esbroufe (le coup des bougies) et n’essaye même pas de nous surprendre. Le casting n’est pas si fort, chacun nous refourguant sa sauce habituelle, et même si on a plaisir à les voir ça reste convenu. Le cadre du mariage n’est pas neuf, l’humour est facile et le rythme est en dents de scie. Une comédie qui fait le taf, mais sans inspiration ni fulgurances.

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Jim la Houlette

Jim la Houlette
1935
André Berthomieu

Ah qu’est-ce qu’on ne fera pas pour séduire une femme ? Nègre de l’écrivain Brotonneau, Moluchet (Fernandel) s’est entiché de la femme de son patron pour qui il laisse de petites notes poétiques chaque jour. Un amour « caché », bien que quand on est le seul autre homme du secteur il est assez inconcevable de ne pas faire le rapprochement, mais un jour l’occasion de briller à ses yeux va s’offrir à lui. À force de sortir inlassablement les mêmes romans à l’eau de rose, les ventes de Brotonneau se sont effondrées et son agent va avoir une idée pour se faire de la pub : et si le célèbre cambrioleur « Jim la Houlette » dérobait le manuscrit de son prochain roman ? Moluchet va donc se faire passer pour le plus médiatisé des gangsters, mais les choses vont mal tourner.

Amis de la finesse, bonsoir et au revoir. Digne de figurer au théâtre, cette histoire rocambolesque ne fais ni dans la demie-mesure ni dans la sur-intellectualisation : on va au plus simple, au plus direct, et on hésite pas à en faire des caisses pour que le spectateur le plus débile comprenne tout immédiatement et sache où le film veut aller. Le mystère entourant Jim la Houlette se dissipera dans la seconde où son personnage (encore anonyme) fera son entrée et entre la maladresse de l’un et les fantasmes d’une autre, la suite sera limpide. Une prévisibilité assez énorme, mais le film reste pas mal divertissant et efficace entre les situations cocasses et les personnages hauts en couleur. Pour passer le temps donc.

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Bright

Bright
2017
David Ayer

Après avoir tué le game des séries, le géant de la vidéo-à-la-demande Netflix s’est attaqué au cinéma, pour l’instant sans avoir le même impact. Sorti en décembre dernier, ce film était leur grand test, leur ultime blockbuster : une énorme production télévisuelle à 90 M$ avec un Yes Man populaire derrière la caméra et son lot de vedettes devant. Si le démarrage de 11 millions de vues en trois jours fut correct, le total trois mois plus tard est déjà plus alarmant avec tout juste 20 millions. Il est vrai que le bouche-à-oreille fut sévère, mais il était encore loin du compte.

Mélange de film policier classique, de SF d’anticipation avec des histoires de prophétie, le tout dans un univers d’héroïque-fantaisie où se côtoient humains, orques, elfes et fées,  le film suit un duo de flics de Los Angeles, un humain, Daryl Ward (Will Smith), et le seul orque recruté dans les forces de l’ordre, Nick Jakoby (Joel Edgerton). Alertés par des comportements bizarres puis pris dans des tirs de feu, ils vont tomber sur un lieu de culte et surtout sur l’objet de toutes les convoitises capable de réaliser tout ses vœux : une baguette magique. Entre la cupidité de leurs collègues et une ville entière prête à tuer père et mère pour mettre la main dessus, Ward et Jakoby vont se retrouver seuls à devoir gérer la situation.

Il ne faudra pas plus de deux minutes pour savoir que l’intégralité des idées du film sont mauvaises. Avoir un film contemporain réaliste parlant de créatures magiques aussi implantées dans l’imaginaire collectif que les elfes ou les orques, non seulement ça dénote mais le film n’en fait rien. Les elfes deviennent simplement la caste évoluée et riche, que d’aucuns feraient immédiatement le parallèle avec les juifs, tandis que les orques sont la racaille pauvre, autrement dit les noirs et les arabes pour là encore faire un raccourci raciste, mais croyez-moi c’est clairement le ressenti qu’on a devant le film. Des parallèles malaisants et qui ne servent pas à grand chose, si ce n’est introduire de manière très maladroite et superficielle des créatures et de la magie en puisant dans l’imaginaire collectif plutôt que de tenter de recréer quelque chose d’original. Quand un film aussi sombre et qui se prend autant au sérieux vous parle de prophétie, baguette magique et bright, c’est absolument ridicule. D’ailleurs, le fameux coup du Bright d’où nous vient le titre est la désignation des élus capables de se servir des baguettes magiques, autrement une personne lambda la touchant meurt instantanément. Là aussi, l’univers jure carrément avec l’ambiance du film. Le coup des races est donc une excuse pour parler de notre société et de ces dérives, mais le problème c’est que même le héros est un connard bourré de préjugés racistes, et il n’évoluera pratiquement pas. Même à la fin, son duo de flic ne marche toujours pas, d’autant qu’une pseudo révélation – qu’on attendait depuis le début avec le type dans la voiture – vient déséquilibrer de façon dantesque le rapport de force.

L’écriture du film est donc très mauvaise, nous racontant une banale histoire de flics qui tentent une extradition en milieu hostile, les personnages n’ont aucune consistance et ont une logique invraisemblable, notamment la fille elfe qu’ils se trimbalent. Elle a constamment la baguette à portée de main et ne fait pas confiance aux flics, et pourtant elle restera bien sagement à leurs côtés en attendant une épiphanie de mes couilles. Pareillement, le personnage de Kandomere (Edgar Ramirez) n’est là que pour teaser on ne sait trop quoi (enfin dès le début le projet était annoncé comme une trilogie, mais c’est pas une raison pour nous refourguer un personnage énigmatique juste pour la frime) ; on a Jay Hernandez qui cachetonne comme un gros mac ; et cerise sur le furoncle, la grande vilaine du film, campée par une Noomi Rapace trop « dark », est juste là pour matérialiser la menace des Inferni sans autre recherche scénaristique. Une faiblesse d’écriture lamentable aux ficelles si colossales que le moindre rebondissement est un calvaire de prévisibilité, mais malheureusement le reste est d’une paresse plus affligeante encore. Toutes les deux scènes on nous refourgue de l’action à la pelle en mode bourrage total, mais seulement quand la luminosité est aux fraises et que les mouvements de caméra sont trop brutaux, tout devient absolument illisible. Les maquillages des races sont ignobles et en terme de direction artistique c’est là aussi le désert de l’inspiration, nous balançant des néons bleus de partout. Un mélange des genres qui n’a aucun sens, un spectacle brouillon au possible et un scénario à la rue : le film est un naufrage artistique comme on voit rarement, alors pitié arrêtez les frais et ne lancer pas les suites, c’est un pur gâchis de temps, d’argent et d’énergie.

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L’Odyssée de Charles Lindbergh

L’Odyssée de Charles Lindbergh
1957
Billy Wilder

Figure de l’aviation qu’on a quelque peu oublié depuis le temps, Charles Lindbergh (James Stewart) a marqué l’histoire, et pas qu’un peu. S’il ne sera pas question ici de la grande tragédie du procès du siècle sur un certain incident survenu quelques années après, le film va ici s’intéresser à ses exploits de pilote d’avion dans sa jeunesse.

Tiré de son autobiographie sortie trois ans seulement avant le film, et pour lequel Charles avait reçu le prix Pulitzer, le film revient sur son projet fou dans les années 20 de relier New-York à Paris en avion, exploit aéronautique encore jamais atteint. Jusqu’alors livreur postal par avion, il va entendre parler d’un concours récompensant le premier homme à réussir une traversée de l’Atlantique par les airs. Entre un vol estimé à 40h, le défi était à la fois technique et humain, d’autant que Charles n’avait fait que des vols inter-continentaux, mais plus qu’un challenge c’était pour lui un rêve.

Quand quelqu’un est passionné, pour peu qu’il soit un bon orateur il en devient passionnant. Si le texte du générique d’introduction est une énorme bêtise tant il tue le suspense pour ceux qui ont la mémoire qui flanche quand l’action se déroule 91 ans plus tôt, autrement la mission du film est une franche réussite. Pour nous faire aimer son histoire, le film nous raconte d’où il vient, comment est née sa propre passion, mais surtout comment il a monté un tel projet. Eh oui, un avion ça coûte cher, c’est technique, donc il faut trouver des financements, des ingénieurs qualifiés, replaçant ainsi les choses dans leur contexte et montrant que ne serait-ce que tout mettre sur pied était déjà un sacré exploit. Et plus le film rentre dans les détails, nous montrant le création même d’un avion pièce par pièce, plus tout cela devient vrai, palpable. Non seulement cet avion est une réplique impressionnante du Spirit of Saint Louis, mais il vole vraiment, il existe. En impliquant le spectateur au plus près, le film nous permet de vivre pleinement cette formidable aventure avec un réalisme dingue. Si le doute sur certains fonds verts nous assaille par moments, visuellement le film est magnifique, l’histoire palpitante et Charles Lindbergh s’est trouvé une pointure pour le camper avec brio. Que vous aimiez ou non l’aviation, face à un charisme si grand et une histoire si minutieusement retranscrite, on prend simplement une grande leçon de cinéma.

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Call Me By Your Name

Call Me By Your Name
2018
Luca Guadagnino

Si se taper toute la liste des nominés aux Césars est assurément une torture pour tout cinéphile tant la sélection est généralement quasi exclusivement composée de films chiants et souvent ratés, le constat des Oscars est habituellement tout autre. Les projets calibrés pour plaire à l’académie n’ont souvent rien de folichon et ce ne sont jamais les meilleurs films qui y sont primés, mais on y trouve parfois des petits films indépendants rebutants sur le papier mais forts sympathiques dans les faits. Cette année le moins populaire (financièrement) de la sélection était celui-ci, peinant à atteindre les 18 M$ à domicile et les 35 M$ dans le monde. Tout comme Moonlight l’an dernier, le film met en avant un jeune homme face à sa sexualité déviante (homo), même si d’un point de vue récompenses le parcours fut ici plus modeste avec « seulement » l’Oscar du meilleur scénario adapté.

Tiré du roman de André Aciman, le film raconte un été dans la vie d’Elio (Timothee Chalamet), jeune garçon de 17 ans se prélassant dans le domaine familial entre siestes, baignades et lectures. Comme chaque été, son professeur de père (Michael Stuhlbarg) va inviter un de ses élèves à faire un stage, et cette année son disciple sera Oliver (Armie Hammer), apollon de deux mètres de haut et aux muscles saillants. Jusqu’alors attiré par les jeunes filles qui passaient, le jeune éphèbe qu’est Elio va vite se fasciner pour le colosse.

Pour le commun des personnes, l’homosexualité est une simple notion purement théorique qui indiffère ou répugne. Pour d’autres, c’est une réelle pulsion involontaire qui effraye de par la peur de l’autre, des réactions et du rejet. L’idée d’un film sur la découverte de soi au passage à l’âge adulte est donc intéressante et pertinente, d’autant que le film apporte un angle d’approche original : la simplicité. L’action se déroule durant l’été, loin de la pression et du stress des études ; le cadre est une imposante demeure dans le sud de l’Italie où l’opulence et la chaleur nous bercent ; et malgré le contexte de l’époque (on pouvait s’en douter vu les voitures, mais dire clairement que l’histoire se déroulait en 1983 aurait été pas mal) il n’y aura aucune forme de pression sociale ou familiale, bien au contraire. En effet, les parents d’Elio vont faire preuve d’une liberté affolante, n’hésitant pas à laisser leur fils vivre sa vie de son côté et l’encourageant allègrement à profiter de son idylle, allant jusqu’à lui accorder une longue escapade de plusieurs jours. D’aucuns diraient que l’absence d’obstacles pour pimenter le récit ou créer des rebondissements nuit gravement au rythme ou à l’intérêt de l’histoire, mais on peut aussi choisir de le voir comme un instant de vie hors du temps. Personnellement, venir à bout des deux heures de film fut une épreuve qui sembla s’éterniser sur des dizaines d’heures, mais malgré tout le film a de solides arguments.

Déjà son ambiance, calme, chaleureuse et nonchalante, qui aura tôt fait de nous mettre dans le bain, d’autant que le cadre est très enrichissant. Les décors regorgent de vie, de joie, de bonheur, transpirant de cette richesse culturelle. En effet, la famille d’Elio est juive, basée à l’année aux Etats-Unis (ou Royaume-Uni ?) et rentrant en vacances dans leur Italie natale, mais ayant aussi passé une grande partie de leur vie en France et y ayant encore bien des amis, dont un couple gay qui explique leur facilité d’acceptation. Avec une passion pour la lecture et la musique, parlant français de base (et étonnamment bien d’ailleurs) et anglais la plupart du temps avec quelques incursions en italien et allemand, on sent toute cette richesse de savoir, d’autant que l’élément déclencheur reste l’arrivée du stagiaire d’un père professeur en histoire de l’art. La réalisation très douce et la photographie chaleureuse donnent de l’ampleur à cette ambiance très réussie, portée à l’occasion par quelques musiques sympathiques, dont celle nominée aux Oscars. Côté acteurs, malgré quelques réserves sur la véritable sexualité des acteurs qui transparaît pour certains, je reste pour ma part bluffé par leurs implications et ai parfaitement cru à cette histoire. On reste sur de la comédie-romantique classique sur le fond et il sera impossible pour beaucoup de passer outre la durée phénoménale ressentie ou encore le thème de la bisexualité, et globalement je ne comprend absolument pas tout le bruit qu’il y a eu autour du projet, mais je suppose que si l’histoire trouve un écho particulier pour vous ou que vous cherchiez du cinéma atypique, l’aventure prendra tout son sens.

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Cherchez l’idole

Cherchez l’idole
1964
Michel Boisrond

Il arrive parfois que l’on trouve certains placements de produits trop visibles dans certains films, mais cette fois c’est la structure même du film qui se positionne comme une gigantesque publicité. Ainsi, on suit un petit poseur de carreaux (Franck Fernandel) aussi intelligent que débrouillard. Lui qui voulait voler un bijoux d’une valeur mirobolante à sa patronne, il va bien évidemment faire un raffut infernal, attirer la moitié de la ville et planquer le bijou dans un endroit qui va logiquement ne plus y être le lendemain : une guitare. Mais qu’est-elle devenue ? Plusieurs possibilités d’identités d’acheteurs seront alors à vérifier, que ce soit Frank Alamo, Charles Aznavour, Johnny Hallyday, Eddy Mitchell ou Sylvie Vartan. Alors que sa patronne lui laisse une chance de rapporter le bijou sans porter plainte, sa petite copine compte bien mettre la main dessus avant lui et se garder l’argent pour elle, tout en le laissant croupir en prison.

Le film est donc une course au trésor d’apparence assez lambda, mais c’est en réalité bien pire. Le film est d’un vide accablant : le principe étant de partir à la recherche de chanteurs, on en profitera pour nous refourguer des chansons entières de chacun des artistes – et pas leurs meilleures – faisant que sur 1h20 de film, on peut amputer quasiment 30 minutes de clip ! Dans le cadre d’une comédie musicale, ça serait presque légitime, mais en l’état ça ressemble juste à des stars venant faire leur promotion dans un film fourre-tout qui a bien du mal à avoir sa propre existence. Dommage car l’histoire du carreleur – pas mauvais acteur au passage, digne héritier de son père – et de la petite bonne est mignonne, la course-contre-la-montre avec la copine apporte un peu de suspense et on aura droit à quelques passages assez drôles comme au bal des policiers. Alors c’est sûr, le tableau fait rêver, mais ça restera une intention maladroite au résultat peu probant.

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Le Coq du Régiment

Le Coq du Régiment
1933
Maurice Cammage

Expression passée dans le langage courant et désignant un sacré coureur de jupons, le fameux « Coq du Régiment » nous vient donc de cette comédie d’entre guerres où apparaissait déjà un jeune Fernandel, encore loin d’avoir appréhendé toute la mesure de son potentiel, se contentant d’un rôle de faire-valoir ni très valorisant ni très inspiré.

Séducteur insatiable, le lieutenant Lucien Lavirette avait surpris son monde en se mariant, pensant qu’il avait changé, mais il n’en était rien. Même en lendemain de son mariage il n’aura ni respect ni remords, reprenant de plus belle la chasse à la donzelle. Seulement cette fois sa dernière proie va le mettre dans de beaux draps. Suite à un concours de circonstances, il va se retrouver à se faire passer pour son « ami » Medard (Fernandel), simple troufion, embourbé dans une accumulation de mensonges l’amenant à déserter contre son gré tout en étant au service de celui qui le cherche sans qu’il ne le sache, le tout avec sa femme et deux maîtresses à ses trousses.

Voilà un vaudeville assez classique, plein de quiproquos et situations farfelues et rocambolesques. Pas grand monde ne se posera de bonnes questions et si un seul protagoniste avait ne serait-ce qu’un QI de 60, tout tomberait à l’eau tant les fils sont énormes. Pour peu qu’on ne se pose absolument aucune question, on pourra éventuellement sourire deux trois fois malgré le jeu assez atroce de la plupart des acteurs et actrices (surtout la sœur, mon dieu quelle cagole !), mais dès qu’on rentre dans l’analyse tout s’écroule et devient même néfaste. Déjà, à partir du moment où le stratagème responsable du quiproquo a échoué, pourquoi avoir persisté au lieu d’expliquer simplement ? Sans le côté mufle bien sûr, il faut savoir couvrir ses arrières. En parlant de se couvrir, quelle est dont cette morale ? Oh oui, on peut tromper sans conséquences ? Au mieux c’est maladroit, au pire c’est malsain, même pour l’époque. Et pour rester dans l’irrespect le plus flagrant, Lavirette et Medard sont amis ? Vraiment ? Pour des « frères de lait », on a rarement vu de tels rapports maître / esclave. L’aspect comique est donc léger, et tout le reste oscille entre maladresse et faute de goût. Même pour les fans du cheval marseillais, l’intérêt n’y est pas.

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Le Grand Bazar

Le Grand Bazar
1973
Claude Zidi

Bande extrêmement variable qui a connu son lot de va-et-viens, touche à tout en faisant aussi bien de la chanson, du théâtre, du cinéma ou de la télévision, la bande des Charlots a marqué sa génération, mais quand est-il des autres ? Qui se souvient encore d’eux aujourd’hui ? Qui n’a ne serait-ce qu’entendu parler d’eux dans les deux dernières décennies ? Dans ce contexte de découverte totale, ignorant tout de leur univers et de leur style, l’occasion était parfaite pour avoir un avis le plus neutre possible. À l’instar des Nulles ou des Inconnus, méritent-ils de traverser les ages ? Verdict.

Campant une bande de bras cassés vivants dans une barre HLM chez leurs parents et travaillant à l’usine, Jean, Patrick, Fil et Gérard (Les Charlots) vont faire la connerie de trop au boulot, mettant plus le bazar qu’autre chose. Tenant un bar-épicerie en ville, leur ami Emile (Michel Galabru) va tenter de leur venir en aide, mais c’est finalement lui qui va avoir besoin d’aide : un immense supermarché (dirigé par Michel Serrault) va s’implanter juste en face de son commerce, menaçant son humble magasin de fermeture.

Le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils ne font pas dans la finesse. On est sur du gag de bande-dessinée où des voitures se séparent en deux pour suivre deux pistes, où un gars est tellement chargé que ce qu’il porte fait près de dix mètres de haut, un autre qui transporte plusieurs tonnes de bouteilles sur une pauvre mobylette qui n’en demandait pas tant, et la liste est longue. C’est grand-guignolesques, parfois dans le bon sens du terme, des fois l’abus est trop gros ou maladroit pour faire rire. Dans l’ensemble c’est de la comédie potache qui ne se prend pas au sérieux, cherchant à divertir en dénonçant au passage la mort des petits commerces causées par le développement de grosses franchises. Pour peu qu’on soit bon public il y a de quoi passer un bon moment, mais beaucoup trouveront que ça cabotine et que l’humour est aberrant.

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Black Panther

Black Panther
2018
Ryan Coogler

Présenté il y a deux ans dans Civil War, le personnage de Black Panther arrive avec son film solo, visiblement sacrément attendu. Alors que je le voyais présenter les premiers signes inquiétants de fatigue du MCU sur la base de sa bande-annonce, il a explosé tous les records à sa sortie et continue de les pulvériser. Après avoir signé le quatrième meilleur démarrage des tous les temps aux Etats-Unis en dépassant les 200 M$ en seulement trois jours, son maintient est encore plus remarquable, se hissant à la seconde marche du podium des meilleures secondes semaines. En dix jours la barre des 700 M$ dans le monde était déjà atteinte, et le milliard ne se fera pas prier très longtemps avec probablement entre 1,2 et 1,4 milliards à l’arrivée. Un engouement ahurissant, à tel point qu’à domicile le film est déjà assuré de battre le record du MCU, à savoir les 623 M$ du premier Avengers. Seulement quand je jette un coup d’œil à la filmographie du réalisateur, ses deux premiers films ne sont pas matière à rassurer : Fruitvale Station est l’un des pires films que j’ai jamais vu tandis que Creed m’a largement frustré à me raconter une histoire ennuyeuse portée par un personnage détestable. La communauté noire est-elle si forte que ça ou le film a-t-il étonnement de réelle qualités ?

Suite aux événements de Civil War, T’Challa / Black Panther (Chadwick Boseman) a perdu son père. Se faisant, le pays du Wakanda se retrouvait sans dirigeant et T’Challa a naturellement hérité du pouvoir et du trône de son père, bien que cela nécessite de passer par un rituel au cours duquel les cinq tribus du Wakanda peuvent opposer au successeur légitime un concurrent, suite à quoi le pouvoir du Black Panther est retiré de son propriétaire et rendu au vainqueur. Pour sa première grande mesure en tant que roi, T’Challa va ambitionner de mettre un terme aux agissements de Ulysse Klaue (Andy Serkis), un trafiquant qui a volé du Vibranium au Wakanda il y a des années. Seulement pendant ce temps, son cousin caché Killmonger (Michael B. Jordan) va comploter contre lui pour lui reprendre le pouvoir.

Le peuple noir est-il à ce point égocentrique, arrogant et dédaigneux ? Le personnage de Killmonger, et bien d’autres qui partagent ses positions, représente un mal qui semble aussi profond que la Shoah pour les juifs. Même les moins intégristes appellent l’agent du gouvernement campé par Martin Freeman le « colon », sous-entendu que tous les blancs sont des colonialistes. Le film est donc représentatif de cette haine anti-blanc, ce racisme viscéral qui oppose deux peuples à cause du souvenir de l’esclavagisme que pourtant plus personne n’a connu de nos jours. On pourrait débattre de la place des ethnies au niveau sociétale, au même titre que les femmes qui occupent des postes globalement moins prestigieux, mais quel est l’intérêt ? Est-il encore si primordial de nous rabâcher sans cesse ces fautes du passé ? Oui, la discrimination existe toujours, mais face à une haine si manifeste de l’autre côté on voit mal comment s’en prémunir, et le film est stérile au débat. Il ne fait que cracher sur un état de fait avec ardeur et méprit sans chercher à évoluer soi-même. Donc pour répondre sur l’aspect communautaire du film, oui, il est indéniable et nuis gravement à l’œuvre tant elle la marque et l’abîme. Et malheureusement tout le scénario est soit basé sur ce racisme anti-blanc, soit sur une banale guerre fratricide pour le trône. Certains personnages comme Klaue sont traités avec mépris et n’ont pas le développement qu’ils mériteraient, et la plupart des autres sont des clichés ambulants entre la gazelle aguicheuse (Lupita Nyong’o), la guerrière furieuse (Danai Gurira) à l’esprit très étriqué – c’est mon roi, je le suis, point barre -, le génie précoce qui bricole les nouvelles technologies (Letitia Wright) le traître sur patte (Daniel Kaluuya, dont la blague de sa nomination aux Oscars m’exaspère) qui retourne sa veste dans un manque de respect ahurissant, ou encore Forest Whitaker qui vient cachetonner. Nan franchement je vois pas comment le décrire autrement. Une écriture minimaliste, grotesque et presque nocive pour son aspect communautaire sectaire, et pourtant le film a tout de même bien des qualités.

Déjà pour ce qui est des personnages, le héros confirme son charisme naturel pressenti avec Civil War, sa sœur est une bonne surprise et j’aurais tellement aimé la voir développer une romance surprenante avec Martin Freeman, qui pour sa part est peut-être le meilleur personnage du film. Seul blanc réellement présent, il sera la seule vraie touche d’humour et offrira une connexion amicale avec le reste du monde et c’est de lui que viendra l’ouverture aux autres. Une faible lumière dans un scénario assez mauvais, mais sur le plan artistique le film rassemblera déjà beaucoup plus. Maîtrisant à la fois le dynamisme des scènes d’action en créant de la proximité, de la fluidité et un fort impact, le réalisateur nous offre aussi des panoramas magnifiques avec une profondeur de champ en Imax assez dingue. Si comme d’habitude avec les Marvel le schéma narratif classique impose un déluge d’effets spéciaux pour le combat final (pitié arrêtez avec cette formule, on en a marre !), globalement le film est moins abusif que la plupart des autres films de super-héros et on sent une réelle volonté d’utiliser le moins possible les fonds verts. Esthétiquement, sans être non plus une claque, le film est donc très réussi et sauve les meubles à défaut d’avoir un vrai fond. Ce 18ème Marvel reste divertissant et assure le spectacle autant que les autres, mais difficile de lui pardonner une forme aussi classique, son scénario anecdotique mais surtout ses messages idéologiques visant à diviser notre société.

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