11.6

11.6
201.3
Philippe Godeau

Tiré d’une histoire vraie, le film nous raconte comment un petit convoyeur de fond lyonnais, Toni (François Cluzet), va monter un plan pour dérober la modique somme de 11.6 millions d’euros. Lui qui vivait juqu’alors très bien sa petite vie modeste avec sa compagne restauratrice, il va peu à peu se laisser gagner par la colère de ce monde plein de possibilités, mais toutes inaccessibles pour lui.

Le film aurait pu jouer la carte de la surprise, mais surévaluant la portée médiatique de l’affaire, depuis complètement tombée dans l’oubli, il ne va même pas essayer de prétendre que deux trois spectateurs méconnaissent le sujet. À la première scène, Toni se rend à police, à le seconde, commençant à retracer le parcours qui l’a fait finir jusqu’au poste, on le voit à son travail de convoyeur de fond. En moins de deux minutes, le spectateur sait donc qu’il finira en prison pour avoir détourner l’un de ses propres convois. Un choix narratif des plus néfastes qui détruit tout semblant de suspens dès le départ, et c’est d’autant plus dommage que le film avait un gros potentiel. En plus du partenaire attachant qu’est Bouli Lanners, le film peut compter sur un héros charismatique et formidablement interprété, une histoire finement construite avec une vraie évolution psychologique. Mais au final, tout cela n’aura pas tellement d’importance vu la dernière ligne droite : celle du casse et sa gestion. Aux premiers abords imparable, la stratégie va finalement nous laisser perplexe, laissant le spectateur avec un goût d’inachevé ou de bâclé. On voulait y croire, mais il n’y a en fait pas grand chose à voir.

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Clash of Cons

Pour ceux qui connaissent le jeu de Supercell Clash of Clans et qui ont ragé dessus une quantité de fois ahurissante à cause de l’intelligence artificielle un peu spéciale, voici une vidéo parodique qui vous parlera tout spécialement. Pour les autres, vous me verrez faire mu-muse avec mon fond vert à orchestrer une bataille digne de Kaamelott.

À découvrir ici : https://www.youtube.com/watch?v=fiQmzbVBxh0

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Nos souvenirs

Nos souvenirs
2016
Gus Van Sant

Chaque année le festival de Cannes se couvre de ridicule en couronnant des daubes absolues, faisant trembler le spectateur aguerri qui a affaire à un film qui y était en compétition. Seulement cette fois, la présentation tourna au lynchage, et même au moment de la sortie la presse resta quasi unanime pour descendre le film. Comme quoi, à force d’avoir de la merde dans les yeux on fini aveugle.

Faire face à la mort de l’être qui vous était le plus cher peut parfois paraître insurmontable, alors quand sa femme Joan (Naomi Watts) est morte, Arthur (Matthew McConaughey) a choisit de mettre fin à ses jours en se rendant dans la forêt d’Aokigahara au Japon, près du Mont Fuji, lieu que nombre de gens choisissent pour s’y donner la mort. Il y croisera Takumi Nakamura (Ken Watanabe), autre personne décidée à en finir avec qui il partagera sa douloureuse expérience.

Pas toujours très régulier, Gus Van Sant a néanmoins un talent certain pour instaurer des ambiances, et c’est ici une réussite incontestable. La forêt, la rencontre incongrue, cette lutte contre la nature, l’émotion du passé : chaque aspect du film a un impact immédiat et pesant. Jouant la carte de la simplicité, le film s’intéresse à la beauté de l’instant, la connexion entre les êtres, la poésie de la vie. Le casting formidable donne une ampleur légitimant l’émotion, et même si tout semble déjà écrit, le film nous réserve de très belles surprises dénotant d’une grande profondeur. Magnifique leçon de vie, le film est une fable grandiose à la poésie évidente.

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Les Malheurs de Sophie

Les Malheurs de Sophie
2016
Christophe Honoré

Pour tous ceux qui sont nés dans les années 80-90, la série d’animation Les Malheurs de Sophie fut à n’en point douter l’un des souvenirs de télévision les plus forts, mêlant avec une rare subtilité légèreté et tristesse, abordant des thèmes aussi durs que la maltraitance et la mort. Cette histoire tirée des œuvres de la comtesse de Ségur a déjà connu deux précédentes adaptations cinématographiques, mais la dernière datait de 1980 et n’avait pas tellement convaincu. Le projet était donc une superbe nouvelle, mais c’était sans compter sur son réalisateur indépendant, passé maître dans l’art de l’auto-sabotage.

Reprenant les deux premiers livres de la trilogie, Les petites filles modèles et Les malheurs de Sophie, le film nous raconte l’enfance de Sophie de Réan, petite fille capricieuse, voleuse et curieuse, dont le principal passe-temps est de multiplier les bêtises. Peste pourrie gâtée qui se sert de son cousin Paul et des domestiques comme défouloir, elle connaîtra en revanche bien des malheurs.

Spécialiste des images dégueulasses filmées avec des caméras d’un autre âge, le réalisateur passe ici à la haute qualité avec la caméra la plus populaire du moment : l’Alexa, capable de monter au 4K. Et pourtant, cela ne l’empêche pas de couper les bords du cadre pour un ratio « d’époque » et d’incorporer des animations ignobles comme tout enfant de cinq ans aurait honte de montrer. Mais bon, cela est apparemment plus facile à faire que de dresser des animaux et monsieur trouve intéressant les incrustations immondes. Niveau idée de génie, on notera aussi les monologues face caméra, histoire de bien casser le quatrième mur comme un porc, de même que le choix de prendre des acteurs qui n’ont pas « l’intelligence de la caméra » (qui jouent mal quoi). Du coup, on en viens à se dire que Anaïs Demoustier et Muriel Robin jouent bien, c’est dire. Et si au moins ça permettait d’avoir un casting fidèle, mais non : Camille, Madeleine et Marguerite sont particulièrement mal choisies. Sophie et sa mère (Golshifteh Farahani) sont elles aussi hors sujet mais ce sont de loin les personnages les plus intéressants et travaillés, mais ça reste léger. Aussi bien diabolique qu’angélique normalement, Sophie n’est ici qu’une peste qui ne fait guère acte de repentance, atténuant son côté attachant et attendrissant. Le film ne fait qu’enchaîner les bêtises de Sophie, perdant une grande partie de l’essence originelle, la plupart des personnages sont ratés, les enjeux dramatiques torpillés (état de santé prémonitoire et disparition désamorcée) et la sauce ne prend pas. La magie semble bien loin.

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Green Room

Green Room
2016
Jeremy Saulnier

Deux ans après l’échec commercial mais succès critique de Blue Ruin, son réalisateur nous revenait avec un film dont le parcours fut à peu près semblable : acclamé lors de festivals comme Cannes, il peina à rencontrer son public en salles (moins de 5 M$ dans le monde) malgré un soutien ahurissant des distributeurs (ajoutant des salles malgré des moyennes par copies désastreuses). Il faut dire qu’encore une fois le film ne tient pas ses promesses.

Tentant de percer dans le milieu de la musique en écumant le plus de scènes possibles, Pat (Anton Yelchin) et son groupe ont accepté de donner une représentation dans un concert métal des plus mal famé, mais ce qui devait arriver arriva. Rentrant dans une pièce où il n’aurait pas dû aller, Pat va tomber sur un cadavre et appeler la police, exactement ce que ne voulait pas l’organisateur (Macon Blair), semble t-il habitué à ce genre « d’incident ». S’enfermant dans une pièce sécurisée, le groupe, une jeune femme (Imogen Poots) et une brute du staff vont alors attendre l’arrivée de la police tandis que le chef de la secte (Patrick Stewart) va se charger de mettre de l’ordre.

Une fois passé la très longue amorce, on rentre enfin dans le cœur du film : du survival stressant où un groupe de jeunes doit faire face à une menace bien réelle. En gros le scénario basique des trois-quart des films d’horreur d’antan, le tout saupoudré de skinheads nazis. Il est vrai que le chef a un charisme certain et que sa présence donne une ampleur bien plus importante à l’histoire, mais en réalité le ménage qui devait être fait n’impressionne nullement de part sa sophistication ou son originalité, semblant carrément disproportionné et débile, d’autant plus compte tenu du résultat. Tout ça pour finir dans un bâclage total, laissant tomber certains personnages clés sans jamais les avoir approfondis. On pense notamment à la jeune femme présente au moment de la découverte du cadavre, et qui restera ensuite avec le groupe, dont le lien avec la secte et son importance ne seront jamais expliqués. Quelques scènes choc, un esthétique réussi et un certain talent de mise en scène, mais en dehors de l’organisateur et du chef de la secte les personnages sont ratés, sans compter l’histoire très décevante. Du savoir faire, mais au service de pas grand chose…

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Tout schuss

Tout schuss
2016
François Prévôt-Leygonie, Stephan Archinard

Sortant en pleine période hivernale avec les vacances de février pour gonfler le score pour une sortie de piste en douceur, le film avait réussi à faire le plein malgré une faible distribution et une campagne discrète. Il faut dire qu’avoir l’une des plus grandes stars françaises en tête d’affiche aide beaucoup, même si son heure de gloire semble passée. Et vu le film, ça ne risque pas de changer…

Qu’est-ce que ça fait d’être la fille du grand romancier trash Mas Salinger (José Garcia) ? Rosalie (Manon Valentin) aimerait bien le savoir, mais depuis quinze ans son père a brillé par son absence, et pour une fois qu’elle lui donnait une occasion de se racheter, il s’est encore dérobé. Voulant l’obliger à réagir et le faire s’intéresser à elle, elle va lui dérober la seule copie de son nouveau roman. S’il veut la récupérer, il va devoir aller la chercher à sa classe de neige.

Bon alors c’est clair, le film n’a jamais vendu du rêve, tout juste un divertissement facile et reposant en très grande partie sur le pouvoir comique d’un vieux de la vieille qui maîtrise l’art du rire, mais quand la facilité devient à ce point usante et que le pilier du film est bancal, on touche le fond des abysses. L’histoire de la classe de neige est classique, enchaînant tous les clichés du monde de l’adolescence, de même que l’humour est assez lourd, mais ce qui nous pèse le plus est ce qui était censé sauver le film : José Garcia. Semble t-il conscient de l’inconsistance du film, il saborde le peut d’intérêt qu’on pourrait y trouver, cabotinant dans des propensions sans précédents. Se la jouant grande diva super branchée, il gesticule comme un type venait de se faire électrocuté et parle avec l’éloquence de Doc Gynéco. Bref, c’est absolument insupportable et le temps s’écoule bien trop peu. Ajoutez à cela le running-gag foireux du beau-père et un montage qui place trois scènes clés dans les bonus du générique et vous aurez alors une vague idée du degré d’incompétence qui sévit. À l’image du bonnet, c’est bien bien à chier.

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Je suis à vous tout de suite

Je suis à vous tout de suite
2015
Baya Kasmi

Monsieur, j’ai une terrible nouvelle à vous annoncer : vous êtes viré. En revanche, pour vous consoler je peux coucher avec vous si vous voulez ?

Voilà se qu’il se passe quand on ne sait pas dire « non » aux gens, qu’on aime faire plaisir, comme c’est le cas avec Hannah (Vimala Pons), DRH d’une société de vins. Une tare ou une qualité selon les uns, qu’elle a hérité de son père (Ramzy Bedia), épicier qui passe sa vie à aider son prochain. Evidemment, dans les deux cas cela peut parfois être un désavantage quand les gens malintentionnés essayent d’en tirer profit, amenant Hannah à se questionner quand son horrible frère va lui demander une greffe de rein, lui qui a basculé dans le repli identitaire islamique et se radicalise de jour en jour.

Le film mêle deux thèmes : l’humour, avec le caractère volage et puissamment naïf de la sœur, et le drame, dénonçant un phénomène de rejet culturel et de radicalisation avec le frère. Du coup, le film sonne un peu bâtard, ne sachant pas vraiment à quel côté donné le plus d’importance, alors même que le titre se positionne plus sur un parti. Le montage est lui aussi un peu approximatif, créant une narration artificiellement complexe en faisant moult sauts, surtout en début de film. On a ainsi des passages comiques qui se mêlent difficilement avec le thème sous-jacent de la religion, tendant à prouver que l’immigration provoque la haine des expatriés qui rejettent une vie choisie par leurs parents, qui peut être perçue comme un déni de leur culture d’origine, faisant par ce biais un bras d’honneur à la mère (Agnès Jaoui), d’origine et de culture française. Dans les deux cas le sujet intéresse et les acteurs sont bons (à noter les présences de Claudia Tagbo, Anémone, Zinedine Soualem et Bruno Podalydès), mais le bilan reste assez mitigé à force de ne pas explorer pleinement l’un des deux thèmes.

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Août 2016

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À vif !

À vif !
2015
John Wells

Quatrième pire démarrage de l’histoire aux Etats-Unis pour un film ayant été diffusé dans plus de trois mille salles, le film a part la suite réussi un joli maintient compte tenu de l’abandon quasi immédiat des distributeurs, et avec 36.6 M$ récoltés le naufrage a été évité. Un sort tout de même étonnant vu le prestigieux casting que le réalisateur de la série Urgence a réussi à réunir, mais il faut croire que la gastronomie n’est pas un sujet vendeur.

Après de longues années de perdition à expérimenter toute sorte de drogues, l’ex chef cuisinier étoilé Adam Jones (Bradley Cooper) revient à Londres pour reprendre sa vie en main et accomplir son plus grand rêve : obtenir sa troisième étoile au guide Michelin, plus haute récompense imaginable en matière de restauration. Pour se faire, il va prendre les rennes du restaurant de son vieil ami Tony (Daniel Brühl) et reformer l’équipe de Paris en rappelant Michel (Omar Sy), son second de l’époque. Loin d’exploiter correctement son potentiel selon Adam, Helene (Sienna Miller), un chef réputé, va aussi être recruté.

Sujet habituellement plus français où l’art culinaire occupe une part plus importante de notre culture, il était intéressant de voir ce que nos collègues outre-Atlantique allaient en faire, et on sent effectivement bien leur emprunte. Si le film nous met copieusement l’eau à la bouche, nous montrant aussi bien la qualité des ingrédients que le soin de leur préparation, avec au passage une belle diversité de techniques, on en revient de façon plus primaire au rêve américain et à l’épanouissement personnel par la réussite professionnelle. C’est intéressant aussi, mais moins original, ou en tous cas plus classique. Heureusement, les acteurs sont bons, charismatiques, et on aura même le droit aux caméos de Uma Thurman, Emma Thompson, Alicia Vikander ou encore Lily James. L’histoire ne va pas chercher bien loin non plus mais fait au moins l’effort de développer les relations entre les personnages et les passés de chacun. Un divertissement honnête qui à défaut de creuser son sujet nous en fait une belle présentation.

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Ange & Gabrielle

Ange & Gabrielle
2015
Anne Giafferi

Occupant rarement une place importante dans des films, et les quelques fois où il le faisait étaient dans de très mauvais, le potentiel jeu d’acteur de Patrick Bruel faisait pendant longtemps doucement rire, du moins jusqu’au Prénom qui lui valut une nomination aux Césars. Depuis, sans non plus nous bluffer outre mesure, il semble avoir trouvé un second souffle dans sa carrière, notamment dans les comédies-romantiques.

Chef d’une société d’architecture spécialisée dans la construction d’immeubles, Ange (Patrick Bruel) menait jusqu’alors une vie simple et tranquille, jouissant toujours de sa liberté à plus de 50 ans et continuant de multiplier les coups d’un soir avec de jeunes femme à peine majeures. Seulement voilà, il y a de ça une vingtaine d’années sa partenaire de l’époque, tout sauf exclusive, a eu un enfant, mais il ne l’a jamais reconnu. Aujourd’hui adulte, Simon (Thomas Soliveres) est lui aussi en plein déni de paternité, c’est du moins ce que va lui rapporter Gabrielle (Isabelle Carré), la mère d’une adolescente de 17 ans enceinte de lui. Totalement étranger à cette histoire selon lui, Ange va se voir contraint par Gabrielle de l’aider.

Le film n’a pas encore commencé qu’on sait déjà comment il va finir, et c’est à peu près le problème de toutes les comédies-romantiques, sauf les plus mauvaises qui font exprès de nous livrer une fin torpillée. On nous présente un couple, qui va donc forcément se rabibocher, et deux futurs grands-parents, qui vont bien évidemment se rapprocher. Les seules questions sont quand et comment, mais en fait même ça on s’en fiche. Ce qui fait qu’un film comme ça marche ou non, c’est l’ambiance et le talent des acteurs. Comptant aussi sur la présence de Laurent Stocker, le casting marche très bien entre Ange, crédible en séducteur énervant, et Gabrielle, attachante et fragile. Les jeunes sont en revanche moins réussis. Drôle sans forcer, le ton du film est aussi simple que frais, compensant la faiblesse de l’histoire par des dialogues assez bons. Pas très recherché donc, mais on tient là une petite histoire sympathique emmenée par un duo charismatique.

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