The Boys – Saison 5

22 mai 2026 0 Par Antoine


The Boys – Saison 5
2026
Eric Kripke

Nous y voilà, l’ultime saison de la dernière vraie grosse série, et qui sait si un tel engouement arrivera à nouveau dans un futur proche. Si pas grand chose n’avait pu rivaliser avec le mastodonte Game of Thrones (oui je sais, je l’ai vu deux fois sans jamais en écrire la critique, un jour viendra) en termes d’aura et de popularité, il y a tout de même eu quelques énormes succès, au moins temporaires comme La Casa de Papel, Squid Game, The Witcher ou Sex Education, mais seules deux séries avaient une aura si colossale : Stranger Things et The Boys, toutes deux s’achevant en cette année 2026. Si pour ma part la première s’est conclue de façon magistrale, arriver à conclure une œuvre si immense n’est pas chose aisée, et The Boys a t-il réussi à son tour un tel exploit ?

Plus que jamais en proie à la folie, Homelander (Antony Starr) ne veut plus se contenter d’incarner les super-héros, Vought ou même les Etats-Unis, il veut désormais être considéré par tous comme un Dieu, Le Dieu ultime, religion universelle et obligatoire, seul et unique dirigeant des Etats-Unis, puis peut-être les weekend de cet ailleurs du tiers monde qu’on appelle « l’étranger ». Pour mettre fin à cette insanité et l’arrêter, toute l’équipe va se reformer : le Butcher (Karl Urban), Hughie (Jack Quaid), Annie (Erin Moriarty), La Crème « Mother Milk » (Laz Alonso), le French (Tomer Capon), Kimiko (Karen Fukuhara), A-Train (Jessie T. Usher), Edgar (Giancarlo Esposito) et très très accessoirement Marie Moreau (Jaz Sinclair), Emma (Lizzie Broadway) et Jordan Li. Bien que certains sont encore emprisonnés et doivent être secourus. Firecracker (Valorie Curry), Sage (Susan Heyward), The Deep (Chace Crawford) vont être à nouveau rejoint par Soldier Boy (Jensen Ackles) pour prêter main forte au Homelander, ce dernier ayant choisi de réveiller son père de sa cryogénisation. Une course contre la montre va être lancée pour trouver le V1 du gène V, dernière barrière contre le possible remède anti superhéros.

Passons très vite sur l’immense déception Gen V : non, les intrigues n’auront pas fusionnées, les protagonistes du spin-off font de la pure figuration complètement anecdotique, donc l’annulation du show rend de facto la série annexe absolument inutile car sans aucun impact sur son univers, et les intrigues vont être laissées en plan, sauf surprise par rapport au vague spin-off mexicain qui arrivera peut-être dans quelques années mais qui en l’état fait plutôt pitié.

Passé la joie de retrouver nos personnages adorés pour un dernier tour de piste, force est de reconnaître qu’aucune pièce n’est remise dans la machine, aucun nouveau personnage important ni nouvel élément d’intrigue vraiment important, à part peut-être l’idée de la nouvelle religion, mais ça reste l’évolution logique d’un pervers narcissique tout puissant. D’un côté, cela permet à la série de gagner en rythme – encore que pas vraiment -, d’un autre cette saison n’aura rien de spécial pour marquer les esprits. Pour reprendre l’exemple de Stranger Things, la dernière saison offrait tout un nouvel environnement à base de plongées, radio pirate, bases en territoire ennemi, explorant plus que jamais son univers tout en redéfinissant totalement la manière de l’explorer, avec en plus certains des meilleurs personnages comme la petite sœur et Derick. L’écart de traitement est aussi ahurissant en termes d’ambition : rien de foufou ici, contre un climax de chaque instant pour ST. Le plus problématique est que ici les attentes sont totalement différentes, puisque The Boys ne sort pas de nulle part : il se base sur un comics déjà existant, et terminé depuis quelques années déjà (2020). Et comment dire que la différence est monumentale… Sans trop spoiler, le combat final devait impliquer un retournement de situation incroyable, absent ici, avec en prime un combat épique avec l’armée entière de mobilisée et de bons gros tanks venant tout raser. Le créateur a certes tenté de modérer les ardeurs en expliquant avoir eu un budget réduit, mais comment est-ce possible ? On parle de Amazon, la seconde plus grosse plateforme existante, capable d’investir plus d’un milliard dans la première saison de la série dans l’univers du Seigneur des Anneaux. Et il semblerait qu’elle n’est mise que 96 M$ dans la dernière saison de son show iconique le plus populaire de très loin ??? Là encore, comparé à Stranger Things et les quasiment un demi milliard de budget (on parle de 400-480 M$) pour la dernière saison, c’est d’un ridicule absolu ! De fait, on ne s’étonnera qu’à moitié que la guerre civile massive se transformera en mini baston de quatre personnes en huis clos… Mais même sans ce épique quasi absent, force est de reconnaître nombre de choix douteux, comme celui de changer le destin de certains personnages pour faire objectivement moins bien. J’aurais largement préféré un sacrifice rédempteur comme dans les comics à un dilemme moral bidon, et le quasi happy ending est à l’opposé total du comics d’origine, bien plus sombre, et de fait marquant de par la radicalité proposée.

Une dernière saison laissant un goût amer dans la bouche, car si la qualité d’écriture reste excellente, que les personnages sont toujours jouissifs et formidablement interprétés, la puissance satirique des débuts semble loin. La violence est plus gratuite, plus prévisible, avec une provocation quasi forcée, passant de coup de génie à insolence lassante. Sans aller jusqu’à dire que ce dernier tour de piste est raté, la déception est énorme, espérant du spectaculaire, du marquant, pour au final être plus choqué par le côté « petits bras ». Pire, la conclusion n’a même pas un goût de fait claire et net, au contraire, par exemple le destin de Soldier Boy est en suspend – pratique quand on veut vendre un préquel centré sur lui l’an prochain – et tous les personnages de Gen V sont juste laissés de côté malgré tout le build up autour du projet Odessa et de la fameuse élue. Sans aller jusqu’à dire que cette fin me laisse une amertume aussi grande que Game of Thrones, on en est quand même pas loin et je ne suis pas sûr de revoir un jour la série, alors même qu’elle fut une gigantesque claque à ses débuts. Triste sort…