Mad Max Fury Road

Mad Max Fury Road
2015
George Miller

Si le succès planétaire de Mad Max a un peu du mal à s’expliquer avec le recul, Mad Max 2 était en revanche une vraie révolution, définissant avec brio un tout nouveau genre. Puis c’est le drame, et malgré un succès encore plus grand, le troisième fut largement décrié, au point de stopper nette l’une des franchises les plus lucratives de l’époque. Eh oui, il y en a qui ont la présence d’esprit de couper le moteur quand un voyant rouge critique s’allume. Mais voilà, un sentiment d’inachevé pesait sur George Miller, qui voulu mettre en chantier l’épisode de la rédemption dès la fin des années 90, mais il lui aura fallut près de dix ans pour réunir la somme équivalente à son rêve : 150 M$. Et pendant tout ce temps, il peaufinait son scénario, son univers, prêt à bouleverser à nouveau le paysage audiovisuel. Présenté hors compétition à Cannes, ses quelques 98% et 8,9 sur rottentomatoes / IMDb lui ont fait volé la vedette à tous les concurrents, et même la presse française s’est inclinée et le préfère aux grands favoris des festivaliers. Une seconde révolution est en effet en marche.

Pour ce nouveau film, la saga passe en mode reboot, gardant l’essentiel : le monde post-apocalyptique entièrement désertique où des psychopathes s’entre-tuent pour de l’essence, et le personnage de Max Rockatansky, héros malgré lui, incarné ici par Tom Hardy. Capturé par des War-Boy, il va se lancer contre son gré à la poursuite de l’impératrice Furiosa (Charlize Theron), qui tente d’affranchir les mère-porteuses / esclaves sexuelles (avec parmi elles Rosie Huntington-Whiteley et Zoë Kravitz) du leader local Immortan Joe (interprété d’ailleurs par le chef des Aigles de la Route du tout premier film), peut enclin à céder son harem. Il va alors déchaîner le monde entier contre Furiosa.

Dans un paysage cinématographique où les films d’actions sont obligés de redoubler d’imagination pour lutter contre les films fantastiques de super-héros défiants les lois de la nature, avec des Fast & Furious ne savant plus où arrêter la surenchère, voici une leçon de maître. Pas besoin de partir dans l’espace où détruire une ville entière pour nous impressionner, lui y arrive avec quelques dizaines de véhicules dans une course poursuite dans le désert. Quand la direction artistique est à ce point maîtrisée, l’immersion décuple les sensations, et le résultat à l’écran prend une toute autre ampleur. Chaque véhicule est unique, possédant un design incroyable,  chaque arme est une trouvaille, donnant un sens nouveau aux explosions, jamais aussi bien justifiées, le désert nous happe, et les personnages ont un charisme fou. La muselière de Max est cauchemardesque, les War-Boy sont de véritables psychopathes, Nicholas Hoult en tête pour une prestation qu’on est pas prêt d’oublier (on est tous témoins !), mais largement moins que Furiosa, totalement bad-ass (mais pas très sexy avec le crâne rasé, heureusement que l’arrière du camion de l’enfer est blindé de top modèles à s’en décrocher la mâchoire), et le fameux Immortan Joe figure dorénavant au panthéon des méchants les plus classieux. L’univers est aussi une réussite totale, introduisant avec panache une religion tellement folle qu’elle en devient hilarante, décuplant la portée de la folie des personnages, avec encore une fois un Max Mad dans le sens où il est probablement la seule personne seine d’esprit – ce qui constitue donc une folie par rapport aux autres – même si une de ses idées viendra un peu contrebalancer ce fait.

Mais si le film marque à ce point, c’est donc pour la puissance de son action. On commence directement dans le bain, dans une violence et une folie inouïs, et à quelques passages près, plus des trois quarts du film sont une course-poursuite effrénée dans le désert où ça s’échange méchamment des explosifs, des projectiles et de la castagne (pour peu que vous ayez envie de tester les sièges Dbox, vous ne pouvez rêver meilleure occasion, et le résultat est saisissant – synchronisation et pertinences optimales). Mais cette fois le réalisateur ne joue plus la provocation et privilégie l’artistique, suggérant plus qu’il ne montre les passages les plus sanglants. Ainsi, avec la vitesse d’enchaînement, la puissance de l’univers et la maîtrise artistique aboutissant à des plans spectaculaires, la claque visuelle est totale, d’autant qu’il se dégage un réalisme peu commun et rafraîchissant, sans compter le talent des acteurs qui arrivent à faire vivre cette folie ambiante. Un film qui ne ressemble à aucun autre, complètement déjanté et haletant de bout en bout, réussissant le pari de faire renaître une franchise vieille de plus de trente ans et éclipsant sans mal tout ces prédécesseurs, tout en s’imposant comme l’un des films d’actions les plus aboutis et impressionnant de l’histoire. Soyez en tous témoins !

Ce contenu a été publié dans Cinéma, Critiques. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *