The Inheritors

The Inheritors
2013
Kim Eun-sook
Sortie en 2013, la série est apparemment un monument dans l’histoire des séries coréennes, un grand classique qui a fait ses lettres de noblesse au genre k-drama, un peu au même titre que Crash Landing on You en est devenu le plus gros succès de tous les temps au moment de sa sortie par la suite. Il faut dire que le sujet est gageur puisque quelques années plus tard, avec le même sujet la série Netflix (où The inheritors est disponible d’ailleurs) Elite avait tout explosé, marquant l’histoire de la plateforme en bien puis en mal, réussissant le grand écart absolu entre deux saisons quasi parfaites puis une troisième offrant une fin très bonne, avant d’enchaîner deux saisons de trop très décevantes, mais absolument extraordinaires comparé aux saisons 6, 7 et 8, d’une nullité absolue au moins pour les deux pénultièmes, l’existence d’une huitième saison m’était totalement sorti de l’esprit (mais j’ai au moins zappé dedans d’après mon historique de visionnage). En effet, on retrouve un thème central identique : la guerre des classes dans un lycée de l’excellence parmi les familles les plus riches du pays, où l’on de la pauvreté va s’y infiltrer.
L’histoire se concentre autour de Cha Eun Sang (Park Shin-Hye), une jeune fille de 18 ans, en dernière année de lycée, qui va entreprendre un voyage aux Etats-Unis pour rendre visite à sa sœur, censée se marier et dont la mère veut donner toutes les économies de la famille pour l’aider. Seulement sur place, tout n’était que mensonges : pas d’études prestigieuses ou de fiancé américain, que du vent pour récupérer de l’argent et s’enfuir. Sans un sou, perdue dans un pays étranger, Eun Sang va faire la rencontre d’un compatriote expatrié : Kim Tan (Lee Min-ho). Il se trouve être le second fils d’une des plus grandes entreprises de Corée, l’un des partis les plus convoité du pays, mais entre candeur et mal du pays, leur histoire ne sera que de courte durée, d’autant que loin de se douter de qui il est vraiment. Normalement interdit de poser le pied en Corée pour laisser le champ libre à son frère ainé, destiné à mener les rennes de l’entreprise familiale, Kim Tan va par amour décider de rentrer pour tenter de retrouver Eun Sang, sans savoir que son père l’avait fait surveiller, et placer dans le lycée le plus en vue du pays, où tout le gratin de demain y reçoit la meilleure éducation. Une façon de la contrôler pour éviter qu’elle ne revoit son fils, loin de penser que ce dernier allait rentrer au pays. Entre jeux de pouvoirs, secrets et chantages, un nouveau monde aussi guindé que factice va s’ouvrir à elle, plus promesse de danger que d’avenir prometteur.
Composé de vingt épisodes de presque une heure chacun, la série est assez massive, avec tout d’abord quelques épisodes de moments suspendus aux Etats-Unis, avant de finalement rentrer dans le vif du sujet avec ce lycée de l’excellence où tout n’est que guerre d’influence et réseautage, où l’amitié se mesure au nombre de zéros sur le compte en banque des parents. Le sujet est donc excellent, une lutte des classes même au sein des plus riches, un univers de strasses et paillettes plus impitoyable que nul autre, où l’on vient en plus y mêler une pécore de la pire des misères, avec une mère handicapée vivant dans une chambre de bonne de ses maîtres. Entre naïveté, sincérité et amour plus fort que tout, on suivra avec un immense plaisir tout ce petit monde évoluer, mettre des coups dans la fourmilière et constamment nous surprendre, nous faire rire et jubiler de conventions balayées, d’égo remis à leur place et de valeurs humaines empiétant sur du social trop embourgeoisé. Les personnages, bénéficiant de fait de près de 20 heures de développement, sont presque tous excellents entre le couple de meilleurs amis qui se taquine sans cesse, la princesse qui se la raconte de trop mais qui a tout de même bon fond, le photographe rigolo, le meilleur ami torturé mais qui fait de sa souffrance une force de conviction, le frère assommé par le poids de la couronne, ou encore les deux protagonistes principaux, super attachants et terriblement mignons. Mais je retiendrais surtout le personnage du rival Yeoung Do (Kim Woo-bin), la grosse brute rongée par la jalousie et la haine, qui connaîtra l’un des plus beaux arcs de rédemption jamais vu.
Bigre, c’est donc une série absolument incroyable ! Non ? Eh bien le potentiel était là, les personnages sont géniaux, les acteurs excellents, même la réalisation et les décors sont très bons, mais tout n’est pas parfait, loin loin s’en faut. Si l’écriture des personnages est réussie, celle de l’intrigue au sens large est plus mitigée, voir problématique : tout est prévisible, mais surtout le rythme est catastrophique. Constamment des bâtons seront mis sur la route, ralentissant inlassablement une intrigue qui semble étirée artificiellement à l’outrance, tenant souvent à cause d’un manque de communication ou de comportement problématique, notamment le duo principal, entre elle ayant la fâcheuse tendance à tout cacher, ne rien dire et fuir, et lui assez toxique et dirigiste, cherchant à tout contrôler mais sans réel plan, donnant lieu à un chaos pas du tout maîtrisé. Passé les premiers épisodes, on rage bien trop souvent de quiproquos, de situations hasardeuses aux conséquences néfastes, qui éloignent régulièrement les objectifs de chacun de façon grossière. D’un certain côté, on apprécie beaucoup le temps passé dans ce milieu pas si frivole que ça, où peu à peu les barrières sociales tombent à mesure que les cœurs s’ouvrent, mais pour marquer vraiment, la série aurait eu besoin d’une intrigue plus poussée, et si on peut pester de dérives invraisemblables dans Elite, surtout pour des jeunes, à l’inverse ici on se retrouve face à des ados à peu près adultes, mais qui osent à peine se faire de tous petits bisous. J’ai beaucoup aimé cette version avant l’heure de Elite, d’autant que le cadre de la Corée du Sud change totalement les prismes sociaux, surtout grâce au casting incroyable et la qualité d’écriture des personnages, mais la lenteur abusive et le manque de réelle intrigue fait tendre la série vers du Destin de Lisa, à mi chemin entre plaisir coupable et syndrome de Stockholm où l’on veut rester dans cet univers.
