Les Sentiers de la perdition

Les Sentiers de la perdition
2002
Sam Mendes
M’étant récemment vu offert une pléthore de DVD, c’était l’occasion d’acquérir quelques classiques, mais aussi de découvrir certains films dont j’étais peut-être passé à côté et qui ont une aura suffisante pour qu’une autre personne juge le film essentiel à sa collection, du moins au moment de l’acheter puisque cette personne a finalement renoncé à sa collection ou une partie. S’il est possible que j’eusse vu le film peu après sa sortie à l’époque, cela faisait néanmoins près d’un quart de siècle, et il est toujours intéressant de revoir les films longtemps après pour les confronter à des connaissances accrues en matière de cinéma, ou d’un changement de regard sur le monde tout simplement. Abasourdi par son casting, le film semblait des plus alléchants, ne vérifiant pas alors son réalisateur : Sam Mendes. Et clairement, si le bonhomme est un plutôt bon réalisateur, il a surtout un talent inouïe pour accoucher d’œuvres ennuyeuses à outrance.
Le récit prend place au début des années 30 aux Etats-Unis, près de Chicago, où un certain Al Capone se faisait notamment des couilles en or grâce à la prohibition, interdisant la vente d’alcool, et rendant donc la contrebande des plus lucratives dans un monde où tout un chacun s’est largement habitué à sa consommation régulière. Sullivan (Tom Hanks) était alors un des plus importants homme de main de Rooney (Paul Newman), bras droit de Capone. Mais un jour, en pleine mission avec le fils du chef (Daniel Craig), alors qu’une fusillade éclata et qu’une figure locale (Ciaran Hinds) fut froidement abattue, un témoin sera présent : Michael Jr (Tyler Hoechlin), le fils de Sullivan. Entre paranoïa, besoin de se couvrir et question d’orgueil, de vengeance, tout ce petit monde va s’effondrer, chacun se lançant à la poursuite des autres, dans un bain de sang où personne n’en ressortira gagnant.
Vraiment, le casting est juste complétement dingue, retrouvant également Jude Law, Jennifer Jason Leigh ou encore Stanley Tucci. Mais même en faisant abstraction de mon manque d’intérêt concernant les éternelles histoire de mafieux, d’autant plus dur que l’arc Al Capone a été poncé jusqu’à la moëlle au cinéma, difficile de trouver une quelconque légitimité à une énième histoire de vengeance quand le mal est déjà fait et qu’il reste encore des gens à protéger dont cette vendetta pourrait porter préjudice. La lenteur du récit est aussi difficilement tenable, prenant trop de temps au début à montrer une pléthore de personnages dont la plupart ne passeront pas la première demi-heure, et le tandem père/fils ère sans plan précis pendant une majorité du récit. Il y aussi le problème du dilemme moral du chef gangster Rooney, qui d’un côté est pétrifié par l’inaction et laisse passer un nombre incalculable d’occasions de clore l’histoire, mais de l’autre a lancé le pire du pire des assassins sans scrupule contre eux. Un rythme poussif pour un film qui semble avoir deux ou trois décennies de retard sur sa propre époque, probablement à son tour pétri dans son hommage et ses inspirations aux films de truand des années 70-80. Pas étonnant que le film n’ait reçu que des prix techniques, les cérémonies adorant les autocitations, mais il n’en reste pas grand chose aujourd’hui. Passé le choc d’un casting si prestigieux, il ne reste qu’un polar peu inspiré et bien trop mou.
