Annie

Annie
2015
Will Gluck

Célèbre bande-dessinée des années 20, la petite orpheline Annie est ensuite devenu un phénomène mondial avec la célèbre comédie-musicale de Broadway de 1977, adaptée ensuite au cinéma cinq ans plus tard avec un succès retentissant. Des chansons mythiques que ce remake ambitionnait de remettre au goût du jour à la sauce pop, pour un résultat globalement massacré par les critiques et qui doit son salut commercial à une belle période de Noël aux Etats-Unis. Pourtant, il n’y a vraiment pas de quoi avoir honte.

L’histoire de ce remake se situe 80 ans plus tard mais le contexte reste le même. Abandonnée par ses parents, Annie (Quvenzhané Wallis) fut recueillie par la vilaine Hannigan (Cameron Diaz), plus intéressée par les avantages sociaux que lui rapporte la garde qu’aux enfants, sale vermine rampante. Une pauvre orpheline dont la route va croiser celle de Will Stacks (Jamie Foxx), riche patron d’une société de téléphonie mobile et candidat à la mairie, qui la sauvera involontairement. Un fait qui le propulsera des les sondages, donnant l’idée à son conseillé en communication de prendre sous son aile la petite fille défavorisée, source inopinée de popularité. Un arrangement malhonnête mais dont Annie compte bien tirer avantage.

L’histoire était très bonne en théorie : une petite fille attendrissant le cœur aigri d’un patron acharné de travail, passant de la pauvreté et du rejet au luxe et à l’amour. Les mouchoirs étaient prêts, mais ne seront malheureusement pas utilisés. Que tout soit téléphoné est une chose, mais le vrai problème vient de l’humour, plus que douteux, ne pouvant s’empêcher de s’immiscer dans les quelques passages qui auraient pu nous attendrir. Enfin bon, quand on a Rose Byrne au casting, co-responsable des pires étrons de l’histoire de la comédie, il fallait s’y attendre. Mais tout de même, la course-poursuite finale atteint un si haut degré de bêtise et d’incohérence, sans compter les interventions catastrophiques de la nullissime Cameron Diaz, que l’indigestion est consommée. Heureusement, un point vient sauver le tableau : les musiques (sauf pour la VF, absolument insupportable tant en terme de raccord, de paroles ou d’interprétation). La mise à jour est assez largement réussie, les thèmes entraînants, les acteurs convaincants, notamment la jeune Quvenzhané Wallis qui confirme son statut de prodige, et on pourrait carrément parler de tube pour certaines chansons comme « Hard Knock Life », à écouter encore une fois en VO, comme de toute façon la totalité des comédies musicales, car même la localisation saluée de La Reine des neiges ne tenait pas la comparaison face à l’originale. Un film écrit avec les pieds, à l’histoire fade et à l’humour gras, dégoulinant de bons sentiments et mièvre au dernier degré, mais l’héroïne est tellement parfaite, l’ambiance si réjouissante et les musiques si entraînantes qu’on lui pardonne volontiers.

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Divergente 2 : l’insurrection

Divergente 2 : l’insurrection
2015
Robert Schwentke

Un choc, une véritable claque. Alors que les adaptations de roman de jeunesse se multiplient et se ressemblent, avec bien souvent une piètre qualité à la clef, l’un d’eux a fait sensation l’an dernier : Divergente. L’engouement ne fut pas aussi colossal qu’un Hunger Games, mais les quelques 289 M$ mondiaux récoltés permirent de donner le feux vert aux suites, dont voici la première.

Se déroulant dans un monde utopique post-apocalyptique, on y trouvait une organisation excitante sous forme de factions (cinq : les fraternels, sincères, érudits, audacieux et altruistes), permettant à chacun de trouver sa place dans la société, avec tout de même un certain libre arbitre (donc encore plus pertinent que l’excellent The Giver, même si ce dernier compensait avec une force de poésie extraordinaire et une approche totalement différente – en fait j’aurait même tendance à le trouver meilleur compte tenu de cette suite). Mais ce fameux libre arbitre que le gouvernement espérait illusoire commençait à devenir problématique avec l’apparition de divergents, au point de vouloir lancer une campagne d’extermination contre eux, de même que les Altruistes au passage, contraires aux valeurs défendues par les érudits, en quête de pouvoir.

On reprend donc l’histoire après la tentative de coup d’état de Jeanine Matthews (Kate Winslet), déjouée par Trice (Shailene Woodley) et Quatre (Theo James), devenus des fugitifs traqués par les érudits, désormais en situation de loi martiale et s’étant octroyé les pleins pouvoirs. Un climat de tension donc, rendant le rassemblant des fugitifs, des sans-factions et des sympathisants plus difficile, l’objectif étant de lever une armée pour renverser les érudits. Ces derniers, sentant la fin de leur civilisation proche, essayent d’ouvrir un artefact protocolaire prévu à cet effet, mais il nécessite la collaboration d’un divergent capable d’atteindre la perfection dans chacune des factions.

Qu’est-ce qui a fait de Divergente une si belle pépite ? Si déjà le casting était formidable avec de belles surprises (on retrouve d’ailleurs Jai Courtney, Ansel ElgortRay StevensonMiles Teller, Zoë Kravitz et Maggie Q, avec en prime l’arrivée de Naomi Watts), les deux principales qualités du film furent l’originalité de son histoire, avec une initiation absolument géniale, et la force de sa réalisation, enchaînant les panoramiques à couper le souffle et les jeux de lumières magnifiques. Ces deux derniers points sont malheureusement absents de cette suite, l’initiation étant terminée et le réalisateur du premier film ayant laissé sa place à un incapable dont la dernière bouse en date est l’hideux R.I.P.D. (bon, il a aussi fait l’excellent Hors du temps, mais ça ne fut clairement pas la réalisation qui fut responsable de son succès). Côté histoire, on aura à la place une chasse à l’homme qui fait bien pâle figure face au pénultième Harry Potter, et dont l’aspect « révolte » fait presque autant pitié que le troisième Hunger Games, avec beaucoup de blabla et très peu d’action. Rien d’aussi intense que la capture de drapeau et rien d’aussi immersif que la tyrolienne du le premier film. Quant à la réalisation, elle est passe-partout, et aucun plan ne convaincra vraiment, d’autant que, est-il nécessaire de le préciser, la 3D est encore une fois d’une inutilité absolue. Seule la seconde moitié du film nous réveille un peu, mais aucune des révélations de cette suite ne surprendra, et au final tout ce qui est dit ne sert à rien, ne faisant que nous remettre sur la vraie voie : l’ailleurs. Tout reste encore possible et le potentiel de la saga est entier, mais cette première suite s’est tout simplement trompée d’histoire, rallongeant simplement la fin du dernier en compliquant la mise à mort du système. Une première moitié inutile, une seconde poussive, pour au final mettre en image ce qu’on savait déjà. Une bien cruelle déception…

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Serena

Serena
2014
Susanne Bier

Vendu comme une épopée magnifique digne de la grande époque des Westerns, le film se voulait aussi comme les secondes retrouvailles du couple tant apprécié de Happiness Therapy, film au succès incontestable. Du solide donc, et pourtant le film n’a même pas atteint les cent mille entrées en France, eu des moyennes par copies dégueulasses dans tous les pays où il est déjà sorti, et il lui reste encore neuf jour avant sa sortie limitée aux Etats-Unis, qui n’atteindra surement jamais le seuil de l’exploitation nationale. Ambition mal placée, campagne désastreuse ou simple caprice de distributeur ?

Prenant place en plein dans la crise de 1929, le film raconte les difficultés qui pèsent sur les épaules de George Pemperton (Bradley Cooper), exploitant forestier de Caroline du Nord, devant lutter contre les problèmes économiques, la défaillance de son associé, et aussi la menace de cessation d’activité émise par le shérif (Toby Jones), soucieux de l’écologie malmenée par ce genre d’exploitation. Pour faire face, il pourra néanmoins compter sur le soutien indéfectible de sa femme, Serena (Jennifer Lawrence), prête à tout pour réussir et garantir le bonheur de son foyer.

Il est parfois bon de savoir prendre son temps. Mettant beaucoup l’accent sur les paysages sauvages de l’Amérique profonde, le film nous montre des plans magnifiques, sublimés par des jeux de lumières très travaillés, donnant un caractère fort aux décors. Cela permet de donner vie à l’histoire, au cadre enchanteur et paisible, bien que rapidement rattrapée par les événements tragiques qui s’y déroulent, reprenant une trame à la Moby Dick, où les deux héros sont chacun obsédés par une chose, lui l’argent / le Brésil et elle la seconde famille de son mari, parallèle d’autant plus flagrant avec le mystérieux pumas faisant écho à la baleine qui symbolise la peur de l’inconnu quand les choses nous échappent. Mais pour autant le film ne fait pas preuve d’une lassitude rebutante, l’histoire ne connaissant pas vraiment de temps mort. Une ambiance passionnante et formidablement retranscrite, mais le virage prit dans le dernier tiers déçoit fortement. Énigmatique et charismatique personnage, Galloway (Rhys Ifans) va participer au naufrage final, partant beaucoup trop loin dans une direction peu agréable, au point de n’avoir plus aucun sens. Un dernier virage qui gâche le tableau, perdant peu à peu la subtilité initiale. Un travail artistique remarquable et un casting efficace, mais l’histoire est vraiment trop mal négociée pour réellement convaincre.

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Taxi 4

Taxi 4
2007
Gérard Krawczyk

Personne ne pouvait sciemment espérer voir Taxi 3 égaler l’exploit historique de Taxi 2, et atteindre la barre des six millions de spectateurs fut déjà énorme en soit, largement suffisant pour voir un quatrième volet débarquer. En revanche, ce dernier enregistra une nouvelle chute assez importante, terminant à 4,5 millions de billets vendus, désormais plus suffisant pour relancer la machine, d’autant qu’un projet annulé de série américaine a furtivement tenté une apparition. La force des choses a donc mit fin à cette saga, et elle ne nous quitte pas sous son meilleur jour, loin s’en faut.

Se déroulant presque une décennie plus tard, le film nous narre éternellement les bourdes de la police de Marseille, avec cette fois-ci Émilien (Frédéric Diefenthal) responsable de l’évasion de l’ennemi public numéro un, mais heureusement Daniel (Samy Naceri) est toujours là pour leur sauver le miches, contrairement à sa compagne dont l’actrice est trop occupée à avoir une vraie carrière.

Une fois, deux fois, pourquoi pas. La troisième, à la limite quand on a un guest de cette envergure, mais là non. La séquence d’ouverture de ce quatrième film est en tous points identique aux trois précédentes, reprenant quasiment les mêmes plans sur les mêmes routes. Trop c’est trop, et avec une thématique racoleuse et populaire autour du foot, on craque. L’overdose est consommée, et ce film de trop en paye les pots cassés. À trop tirer sur la corde du pathétique avec le commissaire Gilbert, on ne ri plus du tout, à trop être l’homme le plus con du monde, Émilien nous fatigue, et même notre chauffeur de taxi perd sa réparti et semble usé jusqu’à la moelle. Le coup du belge est exécrable, même avec François Damiens qui tente de glisser quelques bonnes idées, et le scénario brille une fois de plus de par la blancheur immaculée de son script. La formule est exactement la même, donc pas non plus catastrophique, mais l’inspiration atteint le degré zéro absolu. Ça n’est pas les quelques efforts visuels (ce dernier étant le plus réussi des quatre niveau réalisation) qui changeront la donne : on arrive à l’échelon supérieur de la nullité. Une saga pleine de promesses, de bonnes idées et d’un humour parfois ravageur, mais rien n’aura été vraiment concrétisé, chaque film se vautrant dans une fainéantise ahurissante. Ainsi donc s’achève une saga au succès démesuré, dont l’absence de qualité a fini par rattraper. Adieu Taxi, et espérons que ton cadavre putride ne sera jamais exhumé.

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Taxi 3

Taxi 3
2003
Gérard Krawczyk

On se pose cinq minutes sur un canapé et c’est réglé : le scénario du prochain taxi est plié. Avec un score fleuve dépassant les dix millions de spectateurs en France, Taxi 2 ne laissait aucune place au doute, il allait y en avoir d’autres. Et après tout, un certain potentiel restait lattant, ne serait-ce qu’en poussanr le concept plus loin avec des enquêtes plus bidons que jamais et des courses plus spectaculaires qu’un simple pic de vitesse à contre-sens ou une pseudo transformation lamentable en avion. Mais non…

Après les allemands puis les asiats, les bridés sont de retour, cachés par des costumes de pères noël. Alors que Émilien (Frédéric Diefenthal) et Daniel (Samy Naceri) sont en proie avec la grossesse (permettant de refoutre Marion Cotillard sans savoir vraiment à quoi d’autre elle peut servir), et tout les tracas que cela implique, un terrible gang de père-noël mène la vie dure à la police marseillaise, et encore une fois le taxi sera le sauveur, changeant Marseille et Paris en montagne suisse.

Ah la la, on a faillit y croire. En mode Yamakazi, le début envoie du lourd, enfin le niveau supérieur qu’on attendait tant, avec quelques séquences inspirées et comiques, révélant un guest-star d’envergure : Sylvester Stallone. Nom de Zeus ! La suite continue fort avec les comiques sur les grossesses, assez efficaces, et les prémices de l’enquête avec Q, objet de jeux de mots faciles et prévisibles, mais avec le chef de la police plus minable que jamais, on en ri davantage. Puis patatras : le retour des asiatiques, un monstre de bolide improbable qui ne sert qu’à tout dégommer dans une gratuité totale, de la redite en pagaille, une histoire ennuyeuse sur presque tous les tableaux, et une séquence de fin vraiment pas terrible. Pas spécialement une surprise, mais les espoirs de voir un épisode de Taxi proposer du vrai spectacle d’envergure à la Fast & Furious s’effondre, et ça m’étonnerait que le quatrième et probablement dernier volet ne rectifie le tir, car après tout pourquoi changer une formule qui marche ? Verdict demain.

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Taxi 2

Taxi 2
2000
Gérard Krawczyk

Pas spécialement bien reçu par le public, Taxi avait tout de même connu un succès monstrueux, ne laissant pas le choix quand à la possibilité de faire une suite. Ça avait fait marrer le français moyen, et quand on voit qu’avec des retours encore plus néfastes cette première suite a réussi un second exploit en alignant 10,2 millions de français dans les salles, on se dit qu’ils ont eu bien raison. Après, il est vrai qu’il y avait moyen de faire mieux, de pousser le concept un peu plus loin, et on ne demandait qu’à être surpris.

Belote et rebelote. Après avoir été coincé par Émilien (Frédéric Diefenthal) dans le premier film, Daniel (Samy Naceri) est cette fois-ci enrôlé de force dans les forces de l’ordre par son beau-père (donc père de Marion Cotillard), ex-militaire de renom, chargé d’accueillir le premier ministre japonais, en visite pour voir si la France est le meilleur candidat pour décrocher le contrat de milices anti-gang / terroristes que les japonais souhaitent signer avec un pays européen. Car bien évidemment, avec une telle équipe de bras cassés à la police, la mission va tourner à la catastrophe, se soldant par l’enlèvement dudit ministre, et Daniel va se révéler être le seul capable de le retrouver.

Fous-toi de ma gueule ! Alors voilà, on prend les mêmes et on recommence. Émilien galère toujours autant au volant, et on nous ressort le même gag de la voiture encastrée ; Marion joue toujours les bonniches en chaleur qui ne fait qu’attendre le retour de son prince charmant ; les flics sont toujours aussi nuls et ressortent les mêmes gimmicks (« Oh » pour le black, « Alerte générale ! » pour le patron, « mon petit Émilien » pour Petra) ; et les clients de Daniel vomissent toujours après la course (sans compter le type aux verrues et le jeune voleur). Plus encore, le scénario recycle à fond les mêmes principes, remplaçant les clichés sur les allemands par des caricatures de japonais, avec forcément des arts-martiaux et des kimonos. Mais bon, les gags associés ne sont pas trop mauvais, quoiqu’assez lourds, surtout le fameux « con-nichon-ah ». D’autres en revanche sont déjà plus inspirés et percutants, comme vers la fin avec le « qui m’aime me suive », reprenant la force tranquille du héros, capable de tout faire passer avec une certaine finesse (enfin comparativement au reste). Mais encore une fois, les courses poursuites ne sont pas si impressionnantes, et le côté avion est une vaste blague pas crédible une seconde, d’autant que même pas suffisamment assumé pour réellement faire voler le taxi. Bref, le même film, toujours aussi peu inspiré, et forcément la clémence baisse.

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Taxi

Taxi
1998
Gérard Pirès

Avec trois ans d’avance sur Fast & Furious, la France faisait sensation avec sa saga sur un chauffeur de taxi marseillais capable de prouesses hors normes au volant, réunissant plus de 27 millions de spectateurs en quatre films, dont 6,5 pour ce tout premier épisode. Un carton colossal – plus populaire que critique tant les retours furent catastrophiques pour chacun – généralement associé à Luc Besson, mais qui n’est en réalité que le scénariste et producteur de la saga, n’en ayant jamais réalisé un seul.

Passionné de course automobile et ayant un don incroyable dans ce domaine, Daniel (Samy Naceri) va en toute logique choisir le métier de chauffeur de taxi pour vivre de sa passion, mais transgresser le code de la route pour les plaisirs de la vitesse va lui coûter cher. Client de son taxi, Émilien (Frédéric Diefenthal) va faire jouer son statut de policier pour obliger Daniel à l’aider, devant faire face à l’incapacité totale de son service contre une bande de braqueurs allemands, lui y compris, et voulant enfin faire ses preuves.

Comment un film qui s’est fait autant cracher à la gueule a t-il pu avoir un succès si phénoménal ? Déjà qu’y a t-il à reprocher au film ? Le choix est vaste et la liste exhaustive entre la réalisation proche d’un téléfilm, le scénario pour ainsi dire inexistant et cliché au possible, consistant à créer un duo entre une racaille maghrébine et un petit flic blanc de base, les personnages secondaires inutiles (genre Marion Cotillard la bonniche), là pour la simple anecdote ou pour sortir une blague à un moment donné (notamment l’intégralité des membres de la police, tous des running-gag ambulants), le jeu des acteurs lamentable ou encore les dialogues stupides au possible. Oui mais voilà, c’est tellement con que c’est bon. Les personnages de Daniel et Émilien sont tellement exagérés à l’outrance que c’en devient drôle, le premier par ses répliques audacieuses si légères, et le second par sa connerie aux répercutions chaotiques. Mais même la plupart des intervenants sont susceptibles de faire rire tant la parodie est poussée à l’excès. Et puis on gardera aussi quelques séquences de course, pas super impressionnantes, mais avec de temps à autre un plan pas mal immersif, et puis ce ton décalé qui tourne tout en dérision. N’oublions pas non plus le caractère précurseurs du film, qui a probablement pesé lourd à l’époque, sans quoi on aurait vraiment du mal à comprendre d’où est venu le succès. En l’état, le film est un divertissement complètement décérébré mais honnête, bien qu’il souffre désormais la comparaison.

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The Giver

The Giver
2014
Phillip Noyce

Phénomène encore tout récent, les romans pour adolescents se sont multipliés au cours des deux dernières décennies, et The Giver, premier volet de la quadrilogie de Loïs Lowry sorti en 1993, fut l’un des précurseurs du genre, qui a visiblement assez largement inspiré la plupart des univers dystopiques qui pullulent au cinéma, et plus particulièrement Divergente et Equilibrium, heureusement suffisamment démarqués et excellents pour ne pas être appelés « plagiats ». Livre préféré de Jeff Bridges, ce dernier aura bataillé pendant près de 20 ans pour le voir débarquer sur nos écrans, et il y a de quoi lui dire merci.

Dans un futur où la société a conduit l’humanité à sa perte, une société utopique fut créée sur les cendres de notre passé. Une petite bulle au dessus des nuages, préservée des aléas climatiques, de toutes formes de disparités, et des perturbations matériels ou physiques. Ainsi, la population qui y est confinée vit en autarcie, libérée de toutes contraintes émotionnelles. Les gens sont conditionnés, leurs rôles définis, une injection quotidienne les préserve du tumulte des émotions, et toute trace du passé est dissimulée, leur permettant de jouir d’une paix simulée sans se poser la moindre question. Mais de temps à autre, un esprit plus éveillé que les autres se montre plus réceptif au monde qui l’entoure, et il est choisit pour être le receveur, gardien des souvenirs du monde antérieur et des sentiments enfouis qui y sont liés. Choisit pour être ce nouveau receveur, Jonas (Brenton Thwaites) va donc être formé par le passeur (Jeff Bridges) et devenir le dépositaire de la mémoire.

Dans un décor trop beau pour être vrai, avec des gens trop parfait, on sent d’emblée qu’il y a anguille sous roche. Les gens sont tous beaux, sveltes, avec le même uniforme, les mêmes coupes de cheveux à peu près (longs pour les filles, courts pour les garçon, avec des différences minimes) et ils vivent tous dans des maisons similaires. Les cycles de vie étant contrôlés (à neuf ans la remise d’un vélo, à 18 l’orientation professionnelle au sein de la communauté, à 45-50 « l’élargissement vers le lointain ») la personnalité n’a donc que peu de place, et chaque personne mène un standard de vie. Une utopie égalitaire qui cache bien des choses, évidentes de par la logique implacable de l’univers. Les révélations ne servent néanmoins jamais en tant que rebondissements, elles nourrissent simplement la phase d’apprentissage émotionnel et historique, créant ainsi une narration plus personnelle et percutante. Une histoire aussi fascinante que son univers, portée par des personnages vraiment excellents (avec à la clef de grands acteurs : Meryl Streep, Alexander Skarsgard et Katie Holmes), notamment le passeur, mentor génial et charismatique, le héros, loin des figures classiques du genre, et aussi son émouvante petite sœur Lilly (Emma Tremblay), dont on regrette la trop faible présence, même si chacun de ses passages sont psychologiquement magnifiques.

D’un point de vu technique le film en impose aussi beaucoup. Chose très intéressante pour rassurer d’emblée le spectateur sur les choix artistiques du film, on nous montre un soupçon de couleur, comme pour nous faire comprendre que malgré son apparence en noir et blanc, la couleur envahira le film à mesure que les sentiments referont surface. Un procédé non sans rappeler le brillant Pleasantville, mais il est expliqué par l’histoire et c’est avec le même engouement qu’on l’accueillera ici. Le résultat à l’image est vraiment bluffant tant l’absence de couleurs n’est pas toujours flagrant, le monde étant façonné pour coller à cette dualité (on a plus une impression de sous(exposition). Il est aussi intéressant de voir en fonction des personnes leurs visions du monde extérieur, plus ou moins atténuées par leur absence de sentiments. La réalisation très esthétisée rend le tout très impressionnant, et c’est presque choquant de savoir que le film n’a coûté que 25 M$ tant il tient la comparaison avec les productions similaires dotées de budgets trois à cinq fois plus massif. Dommage que les résultats furent décevants en dehors des Etats-Unis, déjà pas flamboyant (portant péniblement le total à 67 M$), et il est peu probable que les suites voient le jour, d’autant plus regrettable que si l’histoire est déjà en soit un bel arc, il reste tant de mystères à élucider, de choses à montrer, à découvrir. Qu’est vraiment « l’ailleurs » ? Y a t-il d’autres villes de ce genre ? L’ancienne civilisation a t-elle vraiment disparu ? Bien sûr, le film apporte des pistes de réflexion sur tous ces points, mais le voir permettrait de mieux y croire. On peut aussi l’appréhender comme la télépathie des souvenirs : un simple outil de narration servant à des fins artistiques.

Car oui, si le film possède une logique indiscutable, il faut aussi savoir faire acte de fois. Peut-on vraiment faire disparaître les sentiments et tous ses stimulus, incluant la couleur, par simple injection ? De même, est-ce réellement perspicace ? Après tout, bien des films en noir et blanc ont provoqué un afflux émotionnel bien supérieur à certains autres en couleur. Mais voilà, c’est une donnée de départ à prendre telle quelle, sans trop chercher à rationaliser et analyser, et ainsi on pourra apprécier toute la force du film, qui use de quelques stratagèmes déjà vus et pas forcément scientifiquement parfaits, mais une fois le postulat de départ accepté on ne peut que s’incliner face à tant de maîtrise et de talent. Une histoire magnifique, bourrée d’idées géniales, de personnages fabuleux, d’instants de grâce et d’intense poésie. On a déjà vu œuvre plus complexe, et la fin cache difficilement son ouverture, mais il serait criminel de passer à côté tant le film est un tour de force d’une rare qualité.

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The Good Heart

The Good Heart
2010
Dagur Kari

Sorti dans dix salles à tout péter en France, même pas autant aux Etats-Unis et au final trois-cent mille dollars dans le monde de récoltés : c’est à se demander comment j’ai bien pu en entendre parler. Ce n’est même pas le casting, composé pour les trois principaux d’acteurs biens connus du milieu, mais la bande-annonce trouvée par un complet hasard qui m’a donné envie de voir cette étrangeté du cinéma indépendant islandais.

Ce monde n’est pas fait pour les faibles, et le jeune Lucas (Paul Dano) s’en est bien rendu compte. La vingtaine et déjà SDF, il a tenté de mettre fin à ses jours, voyant bien que rien ne l’attendait de toute façon. Mais même sa mort il va la rater, finissant à l’hôpital. Le soutien va alors venir de là où il ne l’attendait pas. Son voisin de chambre, Jacques (Brian Cox), ayant décidé de le prendre sous son aile pour lui confier un jour son bar, son cœur pouvant lâcher à n’importe quel moment et n’ayant ni amis ni famille, Lucas représente alors son seul testamentaire possible. Une nouvelle amitié aussi profitable à l’un comme à l’autre.

Dans un style très cinéma indépendant avec une vieille image dégueulasse, des personnages surréalistes et un rythme différent, le film nous montre le quotidien d’un bar miteux dans un coin bien pourri d’un grande ville américaine, avec le mentor aigri et mourant, et le jeune apprenti qui fait forcément tout mal à cause de sa grande naïveté. Un film très sombre, montrant les gens sous leur jour le plus pâle, le plus vulnérable. Des gens tristes, malheureux, et dont la vie n’aide pas à voir les choses différemment. Une monotonie s’installe, mais point de lassitude non plus, l’angle étant intéressant et les situations inspirées, nous montrant un peu l’envers de la vie des gens, pas forcément ce qu’il y a de plus passionnant, mais on s’y fait. La divine April (Isild Le Besco) vient en suite chambouler pas mal les choses, faisant évoluer un peu les personnages, mais l’idée n’est pas assez approfondie et on ne comprend pas bien son retour, sorti de nulle part. Une fin un peu facile d’ailleurs, puisqu’il aura suffit de trois scènes discrètes mais importantes pour en comprendre le dénouement bien avant qu’il n’arrive. Enfin bon, ça n’est pas non le genre d’histoire à twist-ending, donc ça ne compte pas tant que ça. Un film d’ambiance donc, pas palpitant mais suffisamment intéressant pour piquer notre curiosité, et le talent deux acteurs fera le reste.

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Le Grimoire d’Arkandias

Le Grimoire d’Arkandias
2014
Alexandre Castagnetti, Julien Simonet

En Angleterre ils ont Harry Potter, aux Etats-Unis Tom Sawyer, en Allemagne L’histoire sans fin, et nous, pauvres français, nous avons au rayon livre pour enfants Arkandias, trilogie de Eric Boisset (mais 0,6 millions d’entrées seront probablement insuffisants pour voir se concrétiser les suites). Mais bon, les films pour enfants sont mon grand plaisir coupable, et malgré le niveau abyssal du Club des cinq en péril, je foncerai voir le troisième volet dès qu’il sera disponible (dire que le quatre est déjà sorti en Allemagne… ), car qui n’a jamais rêvé de partir à l’aventure quand il était petit ?

Toute cette histoire démarra par la perte du travail de la mère de Théo, accusée d’avoir volé un tableau chez ceux chez qui elle faisait le ménage, la menaçant ainsi d’être mise à la porte, car qui confierait du travail à une voleuse ? Bien décidé à retrouver les sœurs ramoneuses responsables du larcin (Armelle, Anémone et Isabelle Nanty), Théo va chercher une solution dans un vieux grimoire de magie d’Arkandias (Christian Clavier), le conduisant à la création d’une bague d’invisibilité, point de départ pour son aventure avec ses amis Laura et Bonav.

Une mignonne histoire d’enfants pleine de magie et de poésie ? Oh non, tellement loin s’en faut. Déjà, l’héroïne du trio n’est plus une enfant depuis longtemps avec ses 19 ans au compteur, causant un écart d’âge terrible et totalement injustifié par l’histoire puisque les trois sont censés se connaître de par leur bahut, le collège, qui semble en revanche un peu prématuré pour l’espèce d’hybride bouboule de Bonav. L’aspect magique n’est presque pas exploité en dehors de la bague, et l’histoire est désolante, se limitant à courser trois folles qui sentent le rôle alimentaire vu leurs prestations parodiques. Côté poésie on repassera aussi, la seule pseudo romance est à sens unique et le spectateur ne se fait aucune illusion à ce sujet. Pour l’humour aussi c’est plutôt navrant, tombant dans des gags éculés, notamment avec la scène de la douche, décevante qui plus est par son manque de finitions. Le déroulement est un destructeur de suspens ambiant, semblant avoir été conçu par un simplet ignare. La petite flamme est bien loin, et même les plus nostalgiques / jeunes ne sauraient s’y tromper.

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